Au moment où de multiples transitions nous appellent à repenser nos territoires, où nous cherchons un nouveau souffle citoyen pour revivifier nos démocraties et où il est si urgent d’écrire ensemble le récit heureux de nos devenirs communs, les imaginaires peuvent être l’outil enthousiasmant et efficace de trois grandes réinventions : territoriale, démocratique et politique. Avec plusieurs partenaires, la Fondation lance une démarche de longue haleine sur ce sujet neuf et prometteur. Retrouvez la présentation de la démarche et l’ensemble des travaux au fur et à mesure de leur parution (notes, rapports, études, vidéos).
La démarche
Concepteurs et animateurs des Rencontres des imaginaires locaux, Thierry Germain, expert associé de la Fondation Jean-Jaurès, et Michel Jaouën, architecte-urbaniste, en présentent la démarche.
La Fondation Jean-Jaurès, le Crédit coopératif, les Ateliers de Cergy, le centre iMagination de l’Essec, l’institut Bona Fidé, la SNCF, Urba 2000 et l’association Les Transitionneurs ont entrepris, avec le soutien de la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, de lancer une démarche de longue haleine sur le sujet des imaginaires locaux.
L’idée essentielle de cette démarche : notre futur passe par un usage utile, partagé et passionné de tous nos imaginaires. Pourquoi, autour de quoi et comment pouvons-nous agir avec les imaginaires, et comment les rendre utiles à nos vies d’aujourd’hui et à celles que nous devons à présent inventer ?
Les imaginaires connaissent en effet depuis quelques années un véritable regain d’intérêt. Est-ce parce que beaucoup doit être repensé, les alertes climatiques en série et les sévères blocages de nos sociétés appelant à des transformations aussi profondes qu’urgentes ? Est-ce, en lien avec ces réinventions nécessaires, une transformation de notre rapport à l’avenir, que ce soit dans les lectures dystopiques qui se multiplient ou au travers du renouveau de la planification ? Est-ce au contraire une forme de refuge ou de déni, un pas de côté face aux pressions de plus en plus nombreuses que chacun de nous subit ? Peut-on y lire un effet de l’hyper-individualisation de nos sociétés, l’un des recoins douillets de la civilisation du cocon ? N’y aurait-il pas aussi une forme de retour des idéologies, le recul des millénarismes politiques et religieux laissant la place à d’autres formes de projections et d’utopies ? Les outils numériques et les incroyables développements qu’ils permettent, notamment au travers de l’IA, jouent-ils également un rôle ? La part grandissante des émotions et le prisme de plus en plus prégnant du ressenti et du sensible dans notre façon de penser et d’agir doivent-ils également être pointés ?
Les faits sont là : littérature, marques, politique, communication, séries… Dans de nombreux champs de nos sociétés et de nos vies, la dimension imaginaire semble retrouver toute son importance, même si sa place exacte et l’utilisation qui en sera faite reste l’objet de (passionnants) débats. Les imaginaires comptent, et compteront de plus en plus. Comment en faire, au plan local, des outils de perceptions et d’actions partagées ?
Notre démarche s’inscrit directement en lien avec les territoires. Le tournant local de ces dernières années fait que la société se lit et se vit de plus en plus dans son rapport aux territoires, une dimension locale qui ne cesse de gagner en importance, en soi mais aussi dans son rapport et sa dialectique avec les aspects plus larges (nationaux et globaux).
Elle se déploie aussi en lien avec les urgences majeures, à l’instar de la résilience territoriale. Les territoires seront le lieu privilégié des adaptations nécessaires mais surtout de leur concertation (en proximité) et de leur invention (collective), l’une comme l’autre pour partie appuyée sur des récits nourris d’imaginaires et de représentations.
Enfin, elle prend en compte l’émergence d’une « société du récit » : on note ces dernières années une montée en force des imaginaires et des récits dans différents champs (marques, politique, communication…), mouvement qui est pour partie une résurgence bien sûr, mais dans des intentions et des formes nouvelles.
Si l’on parle de plus en plus de changer les choses en partant des territoires et si, dans le même temps, l’on conçoit de plus en plus notre rapport à l’avenir en lien avec les imaginaires et les récits, alors c’est le bon moment pour rassembler tous ceux que les imaginaires territoriaux mobilisent et intéressent, dans une démarche large, ambitieuse et nourrie. Rencontres annuelles, notes, rapports, ouvrages, séminaires…, de nombreuses productions verront le jour, et seront recensées ici. Venez les découvrir et, avec nous, explorer, débattre, inventer, rêver et, finalement, agir pour changer notre futur.
Les notes et les articles
Une série de notes s’inscrivent dans le cadre de ce projet :
– Les imaginaires du fleuve en récit : pour une nouvelle culture de l’eau, César Silva Urdaneta et Armelle Varcin (Fondation Jean-Jaurès, 13 février 2026)
– Les utopies vertes en science-fiction : vers de nouveaux imaginaires économiques, Timothée Duverger (Fondation Jean-Jaurès, 28 octobre 2025)
– Ne pas participer, mais décider : face à la crise de la délibération, quels imaginaires dans les cahiers de doléances ?, Loan Diaz, Thierry Germain et Manon Pengam (Fondation Jean-Jaurès, 19 septembre 2025)
De plus, un numéro spécial de la revue Pouvoirs locaux (n°129), intitulé « L’imagination ou comment dépasser la contrainte des finances publiques », est issu des réflexions menées lors des Rencontres des imaginaires locaux de septembre et octobre 2025. Ce numéro explore une tension : penser l’action sans étouffer l’imaginaire, et imaginer sans se couper du réel. Ouvrir un espace d’imagination, ce n’est pas fuir le réel, c’est le travailler autrement. En confrontant ces deux dimensions, ce numéro pose une question : comment agir sans trahir ce que l’on a imaginé ? Et, inversement, comment imaginer sous contrainte ?
Ce numéro n’apporte pas de recette, mais trace une exigence : inventer des cohérences vivantes. Celles où l’action ne clôt pas les possibles, mais les ouvre autrement. Celles où l’imaginaire n’est pas un luxe, mais une condition d’engagement.
L’enquête
À la demande de la Fondation Jean-Jaurès, d’Urba 2000 et de la SNCF, l’Ifop a réalisé une étude visant à analyser les imaginaires locaux des Français, en leur demandant à quoi ressemblerait, pour chacun, un futur désirable pour leur territoire. L’enseignement central est clair : le désir d’avenir ne se projette pas dans un futur spectaculaire, mais dans la capacité très concrète du territoire à soigner, protéger, relier et approvisionner.
L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1000 personnes âgées de 18 ans et plus. La représentativité a été assurée par la méthode des quotas, après stratification par région et catégorie d’agglomération. Le recueil a été effectué par questionnaire auto-administré en ligne, du 16 au 17 juillet 2025.
Découvrez la présentation de l’enquête
Découvrez les résultats complets de l’enquête
Les Rencontres en vidéo
Accueillie par l’agglomération de Cergy-Pontoise, l’École nationale d’arts Paris-Cergy et la Fondation Jean-Jaurès, la première édition des Rencontres des imaginaires locaux illustre, par de multiples formes de réflexions, d’interpellations et d’échanges, l’idée essentielle selon laquelle notre futur passe par un usage utile, partagé et passionné de tous nos imaginaires.
Découvrez le programme des Rencontres des 26-27 septembre 2025 et du 15 octobre 2025
Retrouvez la présentation (en anglais) de Svitlana Usychenko, architecte-urbaniste Ro3kvit (coalition urbaine pour l’Ukraine), qui a contribué au projet « Vision intégrée du fleuve Dnipro »
Retrouvez la pièce de théâtre écrite et mise en scène par Joël Dragutin, représentée le 26 septembre 2025 au Conservatoire de Cergy (montage vidéo de Lucas Prévost) :
Retrouvez la rencontre du 15 octobre 2025 en vidéo (avec Jean-François Caron, Richard Collin, Loan Diaz, Gilles Finchelstein, Guénaëlle Gault, Amandine Lebreton, Laurence Lemouzy, Manon Pengam et Robert Zarader) :
Visionnez un extrait de l’intervention de Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation :
Capsules vidéo
Imaginaires locaux : l’appel de la forêt ?
Jérôme Fourquet
Directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise, Ifop
Connecter les imaginaires à un ancrage local
Jean-Laurent Cassely
Essayiste et consultant (Maison Cassely)
L’imaginaire du futur ? Celui de la coopération !
Jérôme Saddier
Président du Crédit coopératif
La citoyenneté engagée, l’imaginaire idéal pour demain
Benjamin Demailly
Président du Parc naturel régional du Vexin
Merci à Lucas Prévost pour la captation des images.
Extraits des Rencontres
Présentation des Rencontres des imaginaires locaux
Thierry Germain
Expert associé, Fondation Jean-Jaurès
Les imaginaires locaux : présentation de l’enquête
Jérôme Fourquet
Directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise, Ifop
Saisir la mécanique entre fictions et réalités
Blanche Leridon
Directrice éditoriale, Institut Montaigne
Quelques obstacles d’aujourd’hui à la fabrique des imaginaires
Jérémie Peltier
Co-directeur, Fondation Jean-Jaurès
Le fleuve au cœur des imaginaires : le littoral vivant des Grands Lacs (Chicago)
Phil Enquist
Architecte-urbaniste, Chicago et les Grands Lacs
Les tiers lieux, un réseau de fabrique citoyenne des imaginaires
Richard Collin
Délégué général, Les Transitionneurs
Les imaginaires, un outil à partager pour dessiner nos futurs
Ariel Kyrou
Écrivain et essayiste
Merci à Lucas Prévost pour la captation des images.
Les liens utiles
- Le site des Ateliers de Cergy
- Le compte LinkedIn du centre iMagination de l’Essec
- Le site des Transitionneurs (projet Arcadia)
| Dans la riche galaxie des cabinets et think tanks qui se consacrent aux enjeux territoriaux (ainsi Pop-up urbain, M3 ou Arc en rêve, pour ne citer qu’eux), la part des imaginaires est depuis longtemps essentielle. Le POPSU et Libération ont ainsi consacré un dossier entier à ce sujet, partant d’un colloque organisé à Cherbourg. Plusieurs essayistes entreprennent également de raconter les territoires loin de Paris, une façon claire de saisir la question des ruralités via les récits et les imaginaires. Au cœur de bien des controverses, l’Ademe a publié un rapport expliquant comment mobiliser la société à travers le prisme de l’imaginaire, une analyse détonante qui se double de propositions et prolonge un premier travail de l’auteur, daté de 2022, et qui posait la question de comment faire évoluer nos imaginaires pour mieux affronter la crise climatique. Le prix du roman d’écologie a choisi depuis 2018 de passer par la fiction pour lire les transitions, et aider à l’action. Les imaginaires territoriaux sont aussi la matière de l’essai récent de Frédéric Dabi et Brice Soccol, dans lequel ils dissèquent l’opinion au travers d’une vingtaine de notions clés. Les travaux de référence de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely (ainsi récemment sur les PMU-bars-tabacs) rencontrent également un fort écho. Le politique n’est bien sûr pas en reste. Philippe Corcuff a entrepris de « rouvrir les imaginaires politiques », quand Vincent Gerber ou Ariel Kyrou poursuivent leur travail de croisement de la science-fiction et des imaginaires politiques, une hybridation porteuse de sens et d’enseignement. Et avec Cracker l’époque, une série de podcasts est directement consacrée aux imaginaires politiques. Des jeux vidéo aux séries, de l’engouement actuel pour les littératures de l’imaginaire en passant par les liens directs établis entre imaginaires et vie quotidienne ou par des livres d’entreprises comme celui d’EDF, la liste serait longue de tous ces signaux qui nous le disent faiblement encore mais nettement : le monde de demain s’appuiera sur nos imaginaires, et c’est dès à présent que ça se passe. |
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