Le 21 avril sarthois : quand le RN a conquis La Flèche

Lors des élections municipales de 2026, le Rassemblement national a conquis de nouvelles villes dans ses bastions historiques, mais également dans l’Ouest avec l’élection d’un candidat d’extrême droite à la tête de La Flèche, sous-préfecture de la Sarthe. Entre volonté d’alternance, éloignement du pouvoir en place avec les classes populaires et professionnalisation du personnel du RN, comment expliquer la victoire de l’extrême droite à La Flèche ? Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, livre son analyse, s’appuyant des cartes réalisées par le géographe Sylvain Manternach.

Les élections municipales ont notamment été marquées par la conquête de près de cinquante municipalités nouvelles par le Rassemblement national (RN). Si ces gains se concentrent principalement dans les zones de forces historiques du parti – bassin minier du Pas-de-Calais (avec des victoires à Liévin, Billy-Montigny, Harnes, Oignies ou bien encore Marles-les-Mines, par exemple) et région Paca (Orange, Carpentras, Tarascon, La Seyne-sur-Mer, Cagnes-sur-Mer…) –, l’élection d’un candidat du RN à La Flèche, sous-préfecture de la Sarthe, constitue comme une anomalie sur la carte.

Les villes ayant un maire RN ou allié à l’issue des municipales de mars 2026

Il convient donc de revenir sur cette bascule historique pour essayer de comprendre comment et pourquoi La Flèche a constitué la pointe avancée de la progression frontiste dans le grand Ouest.

Si cette victoire a retenti comme un véritable coup de tonnerre localement et fait désormais office d’un « 21 avril sarthois » ayant surpris élus, médias et habitants du département, le Rassemblement national enregistrait dans la Sarthe des scores assez importants, voire très importants, lors d’élections nationales depuis plusieurs années déjà – présidentielles 2017 et 2022, européennes et législatives 2024 – sans pour autant que cela ne se concrétise toutefois par des victoires. Par exemple, lors des élections législatives de 2024 dans la quatrième circonscription1Circonscription voisine de celle de La Flèche., Marie-Caroline Le Pen, sœur de Marine Le Pen, avait raté de seulement 400 voix le siège de députée en atteignant le score de 49,8%2Le scrutin s’étant joué sur les communes d’Allonnes (banlieue populaire du Mans) et de Sablé-sur-Sarthe, où la candidate RN avait été devancée par sa rivale du Nouveau Front populaire.. Et dans la troisième circonscription, soit celle de La Flèche, le candidat RN, Romain Lemoigne, qui vient d’être élu maire de la ville, avait obtenu le score de 48,6% sur l’ensemble de la circonscription (et de 42% sur la seule commune de La Flèche). La victoire du RN aux municipales à La Flèche est donc le résultat d’un processus déjà assez ancien de montée en puissance de ce vote dans le département, mais aussi dans la commune, comme le montre le graphique ci-dessous.

2017-2026 : la montée en puissance du vote RN à La Flèche

La vieille ligne Siegfried a été enfoncée

Encore une fois, cette victoire a beaucoup surpris localement, mais ce qui est moins étonnant, en revanche, c’est que la première victoire locale du RN dans le grand Ouest soit survenue dans la Sarthe. Dans sa magistrale étude électorale de l’Ouest français3André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, Paris, Armand Colin, 1913., André Siegfried avait déjà observé que ce département se situait aux marges du grand Ouest, à l’époque acquis pour l’essentiel aux forces conservatrices, quand les départements voisins du centre de la France et plus globalement le reste du pays étaient nettement plus favorables aux forces de gauche et républicaines. Plus d’un siècle après la parution du Tableau politique, la Sarthe a conservé son statut de « frontière » politique et constitue une zone tampon entre un grand Ouest encore assez rétif au vote RN et un vaste espace central nettement plus favorable au parti lepéniste. Mais cette « ligne Siegfried » était, de facto, de moins en moins hermétique. Et comme l’illustrent les deux cartes suivantes, lors de l’élection présidentielle de 2022, le vote Le Pen fut très élevé dans la majeure partie du département et le verrou sarthois sauta, la vague bleu marine franchissant allègrement la vieille ligne Siegfried.  

Le département de la Sarthe : encore une frontière politique ?

Cette réalité électorale n’échappa pas à la famille Le Pen. Marie-Caroline Le Pen décida de s’implanter dans le département et de se présenter dans la quatrième circonscription, territoire à conquérir depuis le retrait de la vie politique de François Fillon, qui en fut le député pendant plusieurs décennies (sa première élection remontant à 1981). Le mari de Marie-Caroline Le Pen, Philippe Olivier, stratège électoral du parti et député européen, s’impliqua, quant à lui, dans la réorganisation et l’animation de la fédération départementale du RN et donna mission à son jeune assistant parlementaire, Romain Lemoigne, de se parachuter dans le sud-ouest du département, d’abord en étant candidat aux législatives de 2024, puis en s’installant à La Flèche dans la perspective de s’y présenter aux élections municipales. On voit ici comment les succès électoraux successifs du RN lui ont fourni des moyens financiers et humains, en l’occurrence de nombreux postes d’assistants parlementaires, qui seront mobilisés pour préparer les victoires d’après. Romain Lemoigne fait ainsi partie de toute une génération de jeunes salariés du mouvement qui ont été envoyés à la conquête de communes lors des dernières municipales. Dorian Munoz, nouveau maire de La Seyne-sur-Mer (Var), était attaché parlementaire d’Hélène Laporte, tout comme Florian Azéma, attaché de Frédéric Weber, ayant remporté Castres (Tarn), ou bien encore Yanis Gaudillat, Dany Paiva ou Raphaël Eraldi s’étant imposés respectivement à Billy-Montigny, à Liévin et à Lillers (Pas-de-Calais), par exemple.

Le parti a non seulement envoyé à la conquête de La Flèche un de ses jeunes collaborateurs salariés, mais la direction du mouvement s’est impliquée au plus haut niveau dans ce projet de conquête. Marie-Caroline Le Pen, en tant que déléguée régionale du parti, était présente le 24 octobre 2025 lors de la conférence de presse au cours de laquelle Romain Lemoigne annonça officiellement sa candidature pour les élections municipales à La Flèche. Un mois plus tard, le 22 novembre 2025, dans le cadre de la tournée promotionnelle de son livre, Ce que veulent les Français4Jordan Bardella, Ce que veulent les Français, Paris, Fayard, 2025., Jordan Bardella se rendait dans la commune sarthoise pour participer à une séquence de dédicaces5Vincent Cotinat, « Venue de Jordan Bardella en Sarthe : La Flèche a été divisée en deux en ce samedi après-midi », Ouest-France, 22 novembre 2025., qui rassembla près de 300 personnes selon la presse locale6Comme dans de nombreux autres départements, le président du RN a privilégié pour ces séances de dédicaces les petites villes, où la population lui est plus acquise, aux grandes villes, plus hostiles. Ainsi, dans la Sarthe, il a fait l’impasse sur Le Mans au profit de La Flèche.. Et à trois jours du premier tour, le 12 mars 2026, Marine Le Pen en personne, accompagnée de sa sœur, fit le déplacement pour soutenir son jeune candidat. Déambulant pendant une heure et demie dans les rues de la ville et enchaînant les selfies avec les 350 sympathisants et curieux qui s’étaient rassemblés, la leader du mouvement déclara notamment que La Flèche était une « porte d’entrée du RN vers le grand Ouest7Julien Jean, « Municipales 2026 : Marine Le Pen à La Flèche pour soutenir le candidat RN face à la maire sortante socialiste », ICI Maine, 13 mars 2026. ». Il y a donc bien eu une démarche concertée au plus haut niveau du parti pour enfoncer à cet endroit un coin dans la vieille ligne Siegfried et pour conquérir ce premier point d’appui aux marges du grand Ouest.             

Une sous-préfecture, ni riche ni pauvre, emblématique de la France périphérique

Si la situation géographique de la petite ville en faisait une cible prioritaire, son profil socio-démographique ne la prédestinait pas, a priori, à en faire une zone de très fort vote RN.

Située aux confins du département et à quasiment à mi-distance entre Le Mans, la préfecture à 44 kilomètres, et Angers (à 52 kilomètres), chef-lieu du Maine-et-Loire voisin, La Flèche est certes relativement enclavée. La liaison ferroviaire avec Le Mans ayant été arrêtée en 19708Sablé-sur-Sarthe, ville historiquement rivale et concurrente de La Flèche dans le sud de la Sarthe, demeure, quant à elle, desservie par la SNCF et certains TGV de la ligne Paris-Nantes s’y arrêtent., la gare est désaffectée et il faut cinquante minutes pour effectuer le trajet en voiture ou en autocar jusqu’au Mans. La sortie autoroutière la plus proche (sortie n°10 sur l’A11) se trouve par ailleurs à quinze kilomètres de la ville. Son nombre d’habitants (près de 15 000) et ce relatif enclavement font certes de la ville une commune emblématique de ce qu’on appelle désormais la France périphérique, espace assez acquis au RN, quand les plus grandes villes demeurent plus rétives à ce parti. Ainsi, au second tour de l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen a seulement obtenu 30,8% des voix au Mans (146 000 habitants) contre 42,4% à La Flèche.  

Pourtant, le taux de chômage y est relativement faible (7,5% au troisième trimestre 2025, selon l’Insee) du fait d’une activité économique assez diversifiée. Bien entendu, et comme dans nombre de sous-préfectures et de villes moyennes d’une France désormais désindustrialisée, la mairie et le centre E.Leclerc (280 salariés pour ce dernier) font figures de premiers employeurs locaux. Le pôle hospitalier du Sud-Sarthe, situé à quelques kilomètres de la ville, emploie lui aussi de nombreux Fléchois. Viennent ensuite quelques petites industries9Hannecard France : 160 salariés ; l’imprimerie Brodard et Taupin : 120 salariés ; La Société Electromécanique diversifiée : 80 collaborateurs., une entreprise du bâtiment, Bouffray (160 emplois), sans oublier le parc zoologique de La Flèche (130 salariés), vitrine et produit d’appel touristique de la ville, qui accueille plus de 320 000 visiteurs par an, ce qui en fait le troisième lieu le plus visité de la région des Pays de la Loire10On mesure ici le poids pris par le secteur du tourisme et des loisirs dans l’économie française. Au plan national, l’ensemble de la filière touristique pèse près de 9% du PIB, un poids équivalent à celui de l’industrie..        

Du fait de ce tissu économique diversifié, dans lequel dominent les emplois publics et ceux de PME, le revenu médian en 2023 s’établissait 21 600 euros, situant La Flèche dans la moyenne départementale et légèrement en dessous (-5%) de la moyenne nationale. Le prix de l’immobilier, qui permet d’étalonner de manière synthétique la désirabilité territoriale et la qualité de vie d’un lieu donné (ce que nous appelons le « capital résidentiel »), indique que La Flèche se situe, assez logiquement, en retrait par rapport au Mans, la ville-centre, mais au-dessus des autres petites villes de la Sarthe.

Le prix du mètre carré dans différentes villes de la Sarthe11Source : Meilleursagents.com.      

Cette sous-préfecture de l’Ouest de la France, ni riche ni pauvre, ne présente donc pas, par exemple, les mêmes caractéristiques socio-économiques que les anciennes villes minières, socialement fragilisées, du Pas-de-Calais, dans lesquelles le RN s’est implanté depuis plusieurs années. Symétriquement, les autres ingrédients qui contribuent généralement à faire grimper le vote lepéniste ne sont guère présents. En matière d’insécurité, les incivilités existent et le trafic de drogue a étendu, ici comme partout en France, ses ramifications. La presse locale relate épisodiquement l’arrestation ou la condamnation de dealers, mais la ville ne connaît aucunement le degré de violence généré par la présence d’une économie criminelle comme dans d’autres agglomérations. La Flèche n’a pas son quartier sensible, théâtre régulier de violences urbaines, comme celui, par exemple, de Perseigne à Alençon (Orne), à l’autre extrémité du département. Et si le centre commerçant et historique de la petite ville de Montargis dans le Loiret, municipalité également gagnée par le RN en mars dernier, fut très durement éprouvé lors des émeutes de l’été 2023, rien de tel ne se produisit à La Flèche. L’autre ingrédient alimentant traditionnellement le vote RN dans un territoire – à savoir l’existence d’une population issue de l’immigration maghrébine, turque ou africaine et la visibilité de l’islam dans l’espace public – ne peut pas non plus être convoqué dans le cas fléchois. La ville ne compte, par exemple, aucun lieu de culte musulman, contrairement à la ville voisine de Sablé-sur-Sarthe où, du fait de la présence d’une importante main-d’œuvre d’origine immigrée travaillant dans les abattoirs du groupe LDC et dans d’autres usines agro-alimentaires, les musulmans disposent de trois lieux pour prier12Pour une population de 12 000 habitants, soit 3000 de moins qu’à La Flèche..           

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La fin d’un cycle politique

Hormis son relatif enclavement et son appartenance à la France périphérique, paramètres générant un vote RN non négligeable, la sous-préfecture de la Sarthe ne présentait donc pas les caractéristiques classiques qui pouvaient laisser présager cette spectaculaire bascule électorale. Philippe Olivier le reconnaît d’ailleurs sans ambages en déclarant : « normalement, c’est une victoire impossible. Il n’y a pas d’immigrés et il n’y a pas d’insécurité à La Flèche13Paul Laubacher, « À La Flèche, la conquête « normale » du RN que personne n’avait anticipée », Le Figaro, 3 avril 2026. ».

D’autres facteurs ont donc joué, au premier rang desquels celui d’une fin de cycle politique. La Flèche est en effet dirigée par la gauche depuis la fin des années 1950 et par le Parti socialiste (PS) depuis 1989, quand Guy-Michel Chauveau, figure marquante de la vie politique locale, avait été élu maire pour la première fois. Il fut ensuite réélu dès le premier tour et sans discontinuer en 1995, 2001, 2008 et 2014, cumulant au total trente-et-une années de mandat de maire. Mais l’ère Chauveau s’est en fait symboliquement poursuivie jusqu’à cette année, puisque Nadine Grelet-Certenais, la maire sortante, avait été son adjointe, avant de lui succéder en 2020. Entrée au conseil municipal dès 2001, elle deviendra la première adjointe de Guy-Michel Chauveau en 2008, mandat qu’elle occupera à ses côtés pendant douze ans. Pour de nombreux Fléchois, Nadine Grelet-Certenais apparaissait ainsi comme l’héritière de Guy-Michel Chauveau, qui lui avait transmis son siège de maire14Elle reprit également, entre 2012 et 2017, son mandat de conseiller général du canton de La Flèche, quand il dut l’abandonner pour cause de cumul des mandats. et qui vint notamment la soutenir dans le cadre de cette campagne électorale.     

Cette continuité politique et le long règne du PS sur la ville ne se sont pas seulement incarnés dans le duo formé par Guy-Michel Chauveau et Nadine Grelet-Certenais. Sur la liste présentée cette année par cette dernière figuraient ainsi six personnes qui faisaient déjà partie de la majorité municipale élue autour de Guy-Michel Chauveau en 2014. Occupant des postes clés, ces personnes constituaient l’ossature de la majorité sortante, étaient impliquées dans la vie associative locale et représentaient des piliers de la gauche fléchoise.   

Dans de telles configurations de longs cycles politiques locaux, des phénomènes d’usure et de lassitude finissent par se produire. Cela engendre alors dans l’opinion publique locale une sorte de vague qui, sans que l’on puisse déterminer clairement quels sont les points d’irritation ou d’insatisfaction majeurs, diffuse dans de larges pans de la population une envie de tourner la page. Dans les nombreux reportages réalisés à La Flèche dans l’entre-deux-tours et au lendemain du second, revenait régulièrement dans les propos des interviewés la phrase : « il faut que ça change15« La Flèche : le Rassemblement National crée la surprise », Le Maine libre, 15 mars 2026. ». Quand le pouvoir est exercé depuis près de quarante ans, un effet de bulle se crée au fil du temps, sans que l’entourage du maire y prête forcément attention. Des réseaux de relations se mettent en place, un système de subventions à certaines associations plutôt qu’à d’autres s’installe. Le maire et son équipe gravitent alors dans un écosystème, qui progressivement s’ossifie et qui, au bout d’un moment, peine à se renouveler, à intégrer de nouvelles générations et à maintenir le contact avec les différentes couches de la population.

Quand la « gauche Télérama » a perdu le contact avec toute une partie de l’électorat populaire

Si la maire sortante de La Flèche avait choisi de renouveler sa liste avec 23 nouveaux colistiers sur 35, l’analyse du profil des membres de sa liste révèle une forte homogénéité sociologique. En effet, pas moins de 13 colistiers étaient des enseignants ou des membres de l’Éducation nationale (directeur d’établissement, ingénieur pédagogique, inspectrice académique…) en activité ou en retraite. Si le monde enseignant a toujours été sur-représenté à gauche (Guy-Michel Chauveau était lui aussi enseignant), une telle proportion peut générer un entre-soi et créer une coupure avec toute une partie de la population, comme l’exprime avec ses mots un senior interviewé par la presse locale : « Je reproche à la municipalité d’être composée de beaucoup de gens de l’enseignement. Toutes les couches de la population devraient être représentées16« Le score du RN à La Flèche suscite incompréhension ou satisfaction », Le Maine libre, 17 mars 2026. ».    

Cet entre-soi sociologique et culturel a été amplifié par la forte prévalence, aux côtés des représentants de l’Éducation nationale, de cadres et de professions intellectuelles (au nombre de 12 sur la liste), réduisant à la portion congrue les catégories populaires. Sur la liste RN, comme le montre le tableau ci-dessous, la répartition entre CSP+ et CSP- était inversée et les enseignants quasiment absents.

Appartenance professionnelle comparée des membres des listes Grelet-Certenais et Lemoigne
 Liste Grelet-Certenais (gauche)Liste Lemoigne  (RN)
Membres de l’Éducation nationale131
CSP+127
CSP-511
Autres516
Total3535

Au regard de ces chiffres, on ne peut que penser à la tripartition schématique des sociétés occidentales proposée par David Goodhart17David Goodhart, La tête, la main et le cœur, Paris, Les Arènes, 2020.. L’essayiste britannique distingue en effet les métiers « de la tête » (professions intellectuelles, de l’encadrement et de la direction) des métiers « du cœur » (professions de l’éducation, du soin et du social, dont les effectifs sont aujourd’hui très importants dans nos sociétés) et des métiers « de la main » (ouvriers, employés, artisans, souvent peu qualifiés). Tout se passe comme si la liste de la gauche fléchoise emmenée par Nadine Grelet-Certenais, elle-même travailleuse sociale retraitée18La liste comptait également une infirmière et un ostéopathe., avait d’abord représenté les métiers de la tête et du cœur, pour reprendre la terminologie de Goodhart, quand la liste de Romain Lemoigne s’était d’abord adressée aux métiers de la main.

De manière consciente ou non, la composition d’une liste envoie à la population des signaux sur les groupes sociaux que l’on entend mettre en avant et dans lesquels on recrute ses militants et ses électeurs. Mais parallèlement à la composition de la liste, d’autres messages et indices subliminaux traduisent (et trahissent) implicitement les affinités et les centres d’intérêt véhiculés par chaque camp. Les différents segments de la population savent les lire plus ou moins intuitivement et ressentent alors une empathie ou une proximité affective avec telle ou telle liste. Ainsi, compte tenu de la composition sociologique de la liste et de son électorat, la gauche fléchoise avait placé de longue date la culture au centre de son projet. Et une institution comme le Carroi symbolise et incarne la place occupée par la dimension culturelle dans le système de valeurs porté par la gauche locale. Comme il se décrit lui-même sur son site internet, le Carroi est « au centre de la vie sociale et culturelle de la ville de La Flèche ». Fondée en 1970, cette institution est à la fois une association loi 1901, une association d’éducation populaire, un lieu d’animation socioculturelle, mais aussi une structure de diffusion et d’accompagnement artistique et une scène culturelle. Comptant plus de 1000 adhérents19Soit un nombre élevé pour une ville de 15 000 habitants, même si tous les adhérents ne résident pas forcément à La Flèche, mais aussi dans des communes alentour. ainsi qu’une dizaine de salariés et de nombreux bénévoles dévoués, le Carroi organise dans ses locaux (situés en plein centre-ville) et dans d’autres salles de la ville des dizaines de spectacles et de représentations culturelles au cours de l’année, mais aussi le festival gratuit des arts de la rue Les Affranchis, temps fort de la vie fléchoise, le festival Les apARTés, ainsi que des expositions, des cours et de nombreuses activités. La programmation proposée par le Carroi est à la fois assez exigeante et pointue (la chanteuse de soul et gospel Izo FitzRoy, St Graal, Réda Seddiki, etc.), mais aussi engagée politiquement. L’humoriste Guillaume Meurice s’est ainsi produit au Carroi, et Mazarine Pingeot, philosophe et fille de François Mitterrand, devait y tenir une conférence avec un journaliste du Nouvel Obs avant d’annuler sa venue à la suite de la victoire du RN aux municipales. Jusqu’au lendemain des élections, la présidence du Carroi était occupée par Nicolas Royer, qui figurait en deuxième place sur la liste de Nadine Grelet-Certenais et qui joue désormais le rôle de chef de file de l’opposition de gauche au conseil municipal20La maire battue ayant choisi de ne pas siéger au conseil municipal.. Il a été remplacé à la direction du Carroi par Carine Ménage, ancienne première adjointe de la majorité municipale sortante, en charge de la culture. Autre illustration des liens puissants et anciens existant entre la gauche fléchoise et le Carroi, Michèle Pillot, qui fut l’adjointe à la culture de Guy-Michel Chauveau durant deux mandats de 2001 à 2014, occupa la présidence de cette structure avant et après ses mandats à la mairie, de 1995 à 2001, puis de 2015 à 2024. Le Carroi constitue donc incontestablement le navire amiral et l’élément phare du tissu associatif fléchois, mais ce dernier compte de nombreuses autres structures bénévoles et ce milieu se mobilisa activement dans l’entre-deux-tours des municipales, 35 associations locales organisant un rassemblement pour faire barrage au RN.

Si la gauche fléchoise a investi de longue date le champ culturel et a tissé des liens avec le milieu associatif, le jeune candidat du RN a, quant à lui, opté pour le sport pour nouer des contacts avec la population et s’insérer dans la vie locale. À peine installé à La Flèche, Romain Lemoigne, féru de course à pied, s’est inscrit dans l’équipe de football senior, dans le cadre de laquelle il joue chaque semaine. Et quand dans l’entre-deux-tours, Nadine Grelet-Certenais tenait un meeting dans la salle de spectacle le Printania, son rival rassemblait ses partisans pour un apéritif dans une salle de boule de fort (une variante de la pétanque se pratiquant traditionnellement dans cette région). On le voit, ces deux approches ciblaient des publics différents. Pour le résumer d’une formule, la gauche fléchoise s’adressait aux lecteurs de Télérama, quand le candidat frontiste parlait à ceux de L’Équipe.                        

Le RN peut désormais représenter une alternative

L’analyse de l’évolution du score des listes de gauche (menées par Guy-Michel Chauveau jusqu’à 2014, puis par Nadine Grelet-Certenais) aux municipales permet de retracer le déroulement du long cycle politique qui s’est clos le 22 mars dernier.

1989-2026 : évolution du score de la liste de gauche aux municipales à La Flèche

En 1989, Guy-Michel Chauveau remporte seulement avec une courte avance la mairie de La Flèche face à une liste de droite. Au terme de son premier mandat, il sera réélu quasiment avec le même score serré en 1995, son leadership sur la ville étant encore contesté par la droite. Ce n’est qu’au bout de son deuxième mandat et d’un patient travail de terrain que son assise électorale se renforce et s’élargit et qu’il va dès lors pouvoir très nettement s’imposer en ralliant quasiment deux tiers des voix en 2001 et en 2008. Il sera une nouvelle fois réélu dès le premier tour en 2014, mais avec un score plus serré (53,1%) face à deux listes de droite. Au terme de son cinquième mandat, il passa la main à sa première adjointe, Nadine Grelet-Certenais qui, à la tête d’une liste assez renouvelée2123 des 35 membres de la liste de 2020 ne faisaient partie de la liste Chauveau de 2014. et dans les circonstances particulières d’un scrutin marqué par la pandémie de Covid-19, sera élue dès le premier tour avec près de 70% des voix.    

Compte tenu du climat singulier régnant dans le pays lors des élections municipales de 2020, la campagne fut très courte et de nombreuses municipalités furent reconduites, les électeurs jouant la prudence et la stabilité dans un contexte psychologiquement très anxiogène causé par la circulation du virus. À La Flèche, le très bon score de 2020 était en fait en trompe-l’œil et les signes d’usure se manifestèrent progressivement lors du dernier mandat. Certaines décisions, comme le réaménagement d’une promenade en bord du Loir et la suppression de plusieurs dizaines de places de parking ou l’extinction de l’éclairage public à partir de 21 heures, suscitèrent des critiques et du mécontentement et alimentèrent une envie plus générale d’alternance.

Cette envie s’incarna dans la personnalité de Romain Lemoigne. Son jeune âge – il est né en 2001, soit l’année où la maire sortante rentra pour la première fois au conseil municipal – et la récence de son engagement politique au niveau local – son implantation remontant à sa candidature lors des élections législatives de 2024 – l’ont désigné aux yeux de nombreux électeurs fléchois comme le candidat du renouveau et du changement.

Bien que sa liste comptait davantage de retraités que celle de la maire sortante (quinze contre dix), son image personnelle, mais aussi sa façon de mener campagne ont fait la différence. Très présent sur le terrain, enchaînant les rencontres avec les habitants22Quand la maire passait pour plus distante : « elle ne nous disait pas bonjour quand on la croisait en ville », raconteront des Fléchois aux journalistes venus en reportage., le candidat RN a également fortement investi les réseaux sociaux. Suivi par plus de 4300 personnes sur Facebook et plus de 2800 sur X, il a su jouer de ces moyens de communication aujourd’hui incontournables, y compris à l’échelle locale. Alors que la presse quotidienne régionale, média jadis central dans une campagne municipale, est en perte de vitesse, notamment dans les jeunes générations, l’information circule aujourd’hui de proche en proche au travers de boucles affinitaires qui se constituent sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook, comme l’ont montré Jean-Laurent Cassely et David Medioni23Jean-Laurent Cassely et David Medioni, « « Je l’ai lu sur Facebook ». Quand l’info disparaît, il reste la rumeur », dans Vers des déserts médiatiques en France, Fondation Jean-Jaurès, 18 novembre 2025.. Le nombre de followers très conséquent dont disposait Romain Lemoigne à l’échelle d’une petite ville de 15 000 habitants en dit long sur la place prise désormais par ces canaux de communication. Digital native, le candidat frontiste avait pleinement intégré cette dimension, maîtrisant parfaitement les codes des réseaux sociaux et se mettant en scène à chacune de ses sorties sur le terrain ou de ses rencontres avec les habitants via des photos ou de courtes vidéos destinées à alimenter ses différents comptes numériques, quand ses adversaires, nés durant le baby-boom, n’investissaient pas vraiment l’espace numérique.           

La dimension générationnelle, sous ses différents aspects, a donc indéniablement joué, mais la dimension politique ne doit pas non plus être occultée. Mais à ceci près qu’il y a quelques années, dans notre vieux système politique bipolaire, c’est la droite qui aurait dû bénéficier de cette envie d’alternance et de l’usure du pouvoir frappant la gauche. Dans la Sarthe, la droite qui dirige le conseil départemental aurait dû avoir la capacité de réaliser l’alternance à La Flèche. Or, ce classique mécanisme de balancier n’a pas fonctionné. Le candidat Les Républicains (LR), Michel Da Silva, n’a réalisé que 16,8% des voix au premier tour et c’est la liste du RN qui a viré en tête au premier tour, avant de l’emporter au second.

Ce remplacement de la droite par le RN a été rendu possible, à la fois, par l’affaiblissement de la droite locale24Au Mans également, la liste de droite est arrivée derrière celle du RN., qui n’a pas été en mesure de mobiliser des forces militantes dans la durée (les têtes de liste de droite ont changé en 2014, 2020 et 2026), mais aussi par le profil du candidat du RN. Natif de la Manche, autre département rural de l’Ouest de la France, fils d’agriculteur, catholique pratiquant et admirateur revendiqué du général de Gaulle, Romain Lemoigne présente un pedigree correspondant en tous points au profil type des candidats de la droite de cette région25Dans la Sarthe, d’autres responsables locaux du RN incarnent cette bascule de certains milieux, historiquement proches de la droite, vers ce parti. Il en va ainsi, par exemple, de Pierre Vaugarny, agriculteur engagé de longue date à la FNSEA, ou de son fils, membre des Jeunes Agriculteurs. Il y a quelques années, ces profils auraient été proches de LR, ils sont aujourd’hui engagés au RN.. Il était d’ailleurs membre des Républicains avant de quitter ce parti en mai 202326Yann Lastennet, Julie Le Duff, « Municipales 2026 : qui est Romain Lemoigne, le premier maire RN de la Sarthe, élu à La Flèche ? », ICI Pays de la Loire, 22 mars 2026.. Bien que le logo du RN soit bien présent sur ses documents de campagne, qu’un visage historique du FN sarthois, Jean-Claude Barlemont, figure en bonne place sur la liste et que les leaders nationaux du parti soient venus le soutenir, Romain Lemoigne a pu jouer de son image personnelle pour rallier à la fois l’électorat de droite27Certains colistiers de la liste de droite, nettement distancée au premier tour, appelèrent ainsi dans l’entre-deux tours à voter pour la liste RN. et tous ceux qui attendaient l’alternance.

Cette capacité qu’a eue le RN d’apparaître comme l’alternative après un long cycle politique local constitue de notre point de vue un des enseignements majeurs de ces élections municipales. Comme à La Flèche, le parti de Marine Le Pen a ainsi bénéficié de l’envie d’alternance dans des villes aux mains de la gauche de très longue date, comme Liévin, socialiste depuis 1945 ; Grenay, dans le Pas-de-Calais, dirigée par le Parti communiste (PCF) depuis 1953, ou bien encore la ville voisine de Billy-Montigny, en y battant le maire communiste sortant, Bruno Troni, en poste à la mairie depuis 1999, où il avait succédé à son père, élu depuis 1977. Mais le RN a manifestement également été capable d’incarner l’alternance dans des contextes sociologiques et politiques radicalement différents. À Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) et à Six-Fours-les-Plages (Var), le parti frontiste a ainsi défait respectivement Louis Nègre et Jean-Sébastien Vialatte, tous deux en poste depuis 1995 et s’étant sans doute lancés dans la campagne de trop. Même schéma à Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, où le long règne d’André Bascou, maire de droite depuis 1983, s’est soldé par la victoire du RN, ou à Menton, où la succession chaotique de Jean-Claude Guibal en poste depuis 1989 et décédé en 2021 a débouché sur la victoire de la candidate RN, Alexandra Masson, députée de la circonscription.      

Le clivage centre/périphérie, y compris à l’échelle d’une petite ville

Si à La Flèche, comme dans d’autres villes, le RN a pu incarner l’alternance et surfer sur l’envie de changement exprimée par les électeurs, c’est d’abord parce que ce parti jouit aujourd’hui d’un socle électoral très élevé. Si l’on se base sur les élections européennes et législatives de 2024, l’étiage du parti au plan national se situe désormais autour de 30%, ce qui est considérable. Pour mémoire, ce niveau était celui atteint au début des années 2000 par les deux grands partis de gouvernement de l’époque, le PS et l’UMP. À l’exception de certaines grandes villes, cela confère aujourd’hui au RN une assise de départ très importante dans beaucoup de territoires, assise sur laquelle ses candidats peuvent ensuite capitaliser et ajouter, en fonction des contextes locaux, une prime liée à leur image personnelle ou au souhait d’alternance plus ou moins prégnant dans la ville. 

De nombreuses scènes captées sur le vif par le très bon documentaire RN 72 : la conquête de l’Ouest, récemment diffusé sur France 5, illustrent à la fois cette large assise acquise désormais par ce parti, mais aussi le changement d’époque et de climat d’opinion par rapport au début des années 2000. L’accueil réservé aux représentants du RN sur les marchés ou dans les comices agricoles sarthois et les interactions chaleureuses entre Marie-Caroline Le Pen et des habitants croisés dans le cadre des tractages sont des scènes qu’on aurait pensé inimaginables il y a une vingtaine d’années. De la même façon, le nombre de personnes venues faire dédicacer leur livre par Jordan Bardella à La Flèche en novembre 2025, la diversité de leur profil sociologique et générationnel et leur totale décomplexion, saisie par la caméra des auteurs de ce documentaire, signent la dédiabolisation du RN et la relation qu’il a su construire avec toute une partie de la population. C’est notamment le cas dans un territoire rural comme la Sarthe, avec les vingtenaires et les trentenaires qui, selon les mots de Romain Lemoigne, 25 ans, s’identifient générationnellement à Jordan Bardella et à Marine Le Pen, qu’ils ont découverts via les réseaux sociaux, une enseignante racontant, par exemple, comment la moitié de sa classe de BTS « avait séché pour voir Marine28Sylvia Zappi, « Municipales 2026 : La Flèche, symbole des ambitions d’un RN qui rêve de conquêtes à l’Ouest », Le Monde, 02 avril 2026. » lors de sa venue à La Flèche.     

Alors que les catégories supérieures et les classes moyennes diplômées, notamment celles se rattachant à la fonction publique, sont, comme on l’a vu, restées fidèles à la gauche fléchoise – qui a tout de même rassemblé, rappelons-le, 45% des voix au second tour –, les catégories populaires, qui sont nombreuses à La Flèche, ont manifestement constitué l’autre composante sociologique de l’électorat du RN aux côtés des jeunes. Cette division sociologique se double d’une division géographique, même à l’échelle d’une sous-préfecture ne comptant pourtant que quinze bureaux de vote. La liste de gauche obtient ainsi ses meilleurs résultats dans les deux bureaux de vote installés dans les locaux du Carroi, institution culturelle chère à cet électorat. Au-delà du symbole, ces locaux sont situés en plein centre-ville et les autres bureaux de vote couvrant le centre ou sa périphérie immédiate ont également placé la gauche en tête.

Au second tour, la gauche résiste dans le centre-ville

Symétriquement, Romain Lemoigne vire largement en tête et dépasse parfois le seuil des 50% dans les bureaux de vote les plus périphériques et dans les bureaux correspondant à des quartiers d’habitat social, comme la Zac du Canada. Les deux bureaux les plus excentrés sur la rive gauche du Loir, quartiers s’étant toujours vécus comme un peu relégués et coupés du reste de la ville, ont également placé la liste RN en tête.

Cette dichotomie à la fois sociale et culturelle, mais aussi géographique, a bien été ressentie par Sylvia Zappi, journaliste du Monde, qui a consacré un reportage à La Flèche : « La ville a […] deux visages qui ne se croisent pas : l’un qui vit bien et reste dans un certain entre-soi, appréciant la programmation culturelle variée et les commerces de la grande rue Carnot ; l’autre plus éloignée, qui subit une précarité grandissante, et se sent peu concernée par la rénovation des berges, une culture pas assez grand public et des boutiques de centre-ville trop chères29Sylvia Zappi, article cité. ».

Et c’est en rassemblant autour de l’électorat frontiste historique30La Flèche n’est jamais passée pour un bastion de l’extrême droite. Toutefois, il existe une petite communauté de catholiques très conservateurs et d’anciens militaires gravitant autour du Prytanée militaire de La Flèche, dont les cloches de l’église auraient, dit-on, sonné le soir du second tour des municipales. les voix de ces quartiers populaires et périphériques, mais aussi de toute une partie de la droite classique, pour qui le RN de Jordan Bardella fait aujourd’hui figure de nouveau grand parti de la droite, comme jadis le RPR, que Romain Lemoigne est parvenu à s’imposer à La Flèche.   

  • 1
    Circonscription voisine de celle de La Flèche.
  • 2
    Le scrutin s’étant joué sur les communes d’Allonnes (banlieue populaire du Mans) et de Sablé-sur-Sarthe, où la candidate RN avait été devancée par sa rivale du Nouveau Front populaire.
  • 3
    André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, Paris, Armand Colin, 1913.
  • 4
    Jordan Bardella, Ce que veulent les Français, Paris, Fayard, 2025.
  • 5
    Vincent Cotinat, « Venue de Jordan Bardella en Sarthe : La Flèche a été divisée en deux en ce samedi après-midi », Ouest-France, 22 novembre 2025.
  • 6
    Comme dans de nombreux autres départements, le président du RN a privilégié pour ces séances de dédicaces les petites villes, où la population lui est plus acquise, aux grandes villes, plus hostiles. Ainsi, dans la Sarthe, il a fait l’impasse sur Le Mans au profit de La Flèche.
  • 7
    Julien Jean, « Municipales 2026 : Marine Le Pen à La Flèche pour soutenir le candidat RN face à la maire sortante socialiste », ICI Maine, 13 mars 2026.
  • 8
    Sablé-sur-Sarthe, ville historiquement rivale et concurrente de La Flèche dans le sud de la Sarthe, demeure, quant à elle, desservie par la SNCF et certains TGV de la ligne Paris-Nantes s’y arrêtent.
  • 9
    Hannecard France : 160 salariés ; l’imprimerie Brodard et Taupin : 120 salariés ; La Société Electromécanique diversifiée : 80 collaborateurs.
  • 10
    On mesure ici le poids pris par le secteur du tourisme et des loisirs dans l’économie française. Au plan national, l’ensemble de la filière touristique pèse près de 9% du PIB, un poids équivalent à celui de l’industrie.
  • 11
    Source : Meilleursagents.com.
  • 12
    Pour une population de 12 000 habitants, soit 3000 de moins qu’à La Flèche.
  • 13
    Paul Laubacher, « À La Flèche, la conquête « normale » du RN que personne n’avait anticipée », Le Figaro, 3 avril 2026.
  • 14
    Elle reprit également, entre 2012 et 2017, son mandat de conseiller général du canton de La Flèche, quand il dut l’abandonner pour cause de cumul des mandats.
  • 15
    « La Flèche : le Rassemblement National crée la surprise », Le Maine libre, 15 mars 2026.
  • 16
    « Le score du RN à La Flèche suscite incompréhension ou satisfaction », Le Maine libre, 17 mars 2026.
  • 17
    David Goodhart, La tête, la main et le cœur, Paris, Les Arènes, 2020.
  • 18
    La liste comptait également une infirmière et un ostéopathe.
  • 19
    Soit un nombre élevé pour une ville de 15 000 habitants, même si tous les adhérents ne résident pas forcément à La Flèche, mais aussi dans des communes alentour.
  • 20
    La maire battue ayant choisi de ne pas siéger au conseil municipal.
  • 21
    23 des 35 membres de la liste de 2020 ne faisaient partie de la liste Chauveau de 2014.
  • 22
    Quand la maire passait pour plus distante : « elle ne nous disait pas bonjour quand on la croisait en ville », raconteront des Fléchois aux journalistes venus en reportage.
  • 23
    Jean-Laurent Cassely et David Medioni, « « Je l’ai lu sur Facebook ». Quand l’info disparaît, il reste la rumeur », dans Vers des déserts médiatiques en France, Fondation Jean-Jaurès, 18 novembre 2025.
  • 24
    Au Mans également, la liste de droite est arrivée derrière celle du RN.
  • 25
    Dans la Sarthe, d’autres responsables locaux du RN incarnent cette bascule de certains milieux, historiquement proches de la droite, vers ce parti. Il en va ainsi, par exemple, de Pierre Vaugarny, agriculteur engagé de longue date à la FNSEA, ou de son fils, membre des Jeunes Agriculteurs. Il y a quelques années, ces profils auraient été proches de LR, ils sont aujourd’hui engagés au RN.
  • 26
    Yann Lastennet, Julie Le Duff, « Municipales 2026 : qui est Romain Lemoigne, le premier maire RN de la Sarthe, élu à La Flèche ? », ICI Pays de la Loire, 22 mars 2026.
  • 27
    Certains colistiers de la liste de droite, nettement distancée au premier tour, appelèrent ainsi dans l’entre-deux tours à voter pour la liste RN.
  • 28
    Sylvia Zappi, « Municipales 2026 : La Flèche, symbole des ambitions d’un RN qui rêve de conquêtes à l’Ouest », Le Monde, 02 avril 2026.
  • 29
    Sylvia Zappi, article cité.
  • 30
    La Flèche n’est jamais passée pour un bastion de l’extrême droite. Toutefois, il existe une petite communauté de catholiques très conservateurs et d’anciens militaires gravitant autour du Prytanée militaire de La Flèche, dont les cloches de l’église auraient, dit-on, sonné le soir du second tour des municipales.

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