Histoire et mémoire d’un militant laïque : Joseph Rollo, socialiste, syndicaliste et résistant

Alors que l’on a commémoré ces dernières semaines partout en France les quatre-vingts ans de la libération de la France et du retour à la démocratie, Benoît Kermoal revient sur le parcours d’un socialiste et syndicaliste aujourd’hui oublié : Joseph Rollo, militant laïque, éducateur et résistant, qui s’est engagé au péril de sa vie pour défendre la république sociale jusqu’au bout. À l’aide d’archives inédites, son parcours hors du commun est retracé, de ses premiers engagements jusqu’à sa mort en déportation.

Au printemps 1945, un vent de liberté souffle définitivement sur toute la France : les élections démocratiques font leur retour et la paix retrouvée en Europe le 8 mai permet la reconstruction durable du pays. Pourtant, les traces et les blessures du récent conflit sont toujours très présentes : ainsi, beaucoup attendent d’avoir des nouvelles des personnes déportées en Allemagne durant l’Occupation1Olga Wormser-Migot, Le Retour des déportés : quand les alliés ouvrirent les portes, Paris, Archipoche, 2020 (rééd.).. Parmi ces personnes, il y a la famille et les proches de Joseph Rollo, dirigeant clandestin du Syndicat national des instituteurs et institutrices (SNI), arrêté en mars 1944 et déporté en Allemagne à Neuengamme. Entre avril et mai 1945, ce camp a été évacué par les dernières troupes fidèles au pouvoir nazi, mais beaucoup de détenus sont ensuite portés disparus. Il faut attendre le mois de juin suivant pour que les premiers journaux mentionnent la disparition du syndicaliste : Le Populaire du 25 juin 1945 évoque avec prudence sa mort et celle de Georges Lapierre, autre dirigeant du SNI2« La fabrique d’un héros : Georges Lapierre, syndicaliste et résistant », Centre Henri Aigueperse, en ligne.. Tous deux résistants, ils ont été les continuateurs du syndicat durant l’Occupation au péril de leur vie. Militant socialiste, Rollo a également participé activement à la reconstruction du parti dans l’ouest de la France durant cette période3Benoît Kermoal, Parcours d’instituteurs socialistes et syndicaliste dans la Résistance, Fondation Jean-Jaurès, février 2023.. Pendant plusieurs semaines encore, on recherche des informations sur leur sort jusqu’à avoir la certitude de leur mort. Si la mort de Lapierre en février 1945 ne fait rapidement plus de doute, celle de Rollo est plus longue à confirmer : à la fin de l’année 1945, il n’y a définitivement plus aucun espoir de le retrouver vivant. Mais ce n’est qu’à la fin de 1959 que l’on retrouve les restes de son corps et il est enterré le 18 décembre 1960 dans la crypte de la chapelle de la Sorbonne lors d’une cérémonie officielle.

Quatre-vingts ans plus tard, l’histoire et le parcours du syndicaliste Joseph Rollo, aujourd’hui oublié dans les mémoires militantes, doivent être rappelés à l’aide de nouvelles archives. Dans les années 1930, il a joué un rôle majeur dans la défense de la laïcité au sein de la SFIO et dans les organisations laïques marquées par la dynamique du Front populaire. Mais c’est surtout au sein de l’équipe dirigeante du SNI qu’il a acquis une stature nationale. Défenseur acharné de la république sociale, il n’a pas accepté la défaite et s’est opposé à l’Occupation et au régime de Vichy dès l’été 1940. Son itinéraire illustre la place singulière des instituteurs dans l’histoire du Parti socialiste et plus largement dans l’histoire politique de la France des années 1930 et 1940.

Un parcours méconnu à aborder avec de nouvelles archives

Retracer les étapes de la vie militante de Joseph Rollo permet de se plonger dans l’histoire politique et syndicale de la France d’avant 1914 jusqu’aux années 1940 et de comprendre les évolutions de toute une génération d’enseignants qui, comme lui, ont milité activement. Sa disparition en 1945 a effacé de nombreuses traces de son action et rend la tâche plus difficile pour les historiens. Il faut mentionner qu’on ne dispose pas jusqu’à présent d’archives personnelles le concernant, à la différence d’autres militants de son importance4Après la mort de sa femme en 1976, les archives privées de Rollo n’ont pas été conservées. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles ont disparu définitivement. La récente découverte d’une partie des archives de Georges Lapierre, autre dirigeant du SNI, dans les locaux du syndicat SE-UNSA montre qu’il est envisageable d’en retrouver la trace si elles existent encore.. Il est donc nécessaire de recouper des informations parcellaires pour pouvoir retracer son histoire5Cette présente note s’inscrit dans un travail plus large d’une biographie croisée sur Joseph Rollo et Georges Lapierre..

En effet, il n‘existe pas jusqu’à aujourd’hui d’étude rappelant l’ensemble du parcours militant de Joseph Rollo. L’historien Jacques Girault a publié la seule analyse le concernant, centrée sur son action au sein du SNI dans les années 1930, mais il n’aborde pas la période avant son rôle national au syndicat des instituteurs, ni son engagement sous l’Occupation6Jacques Girault, « Joseph Rollo, dirigeant national du Syndicat national des instituteurs (1935-1939 », Recherche socialiste, n°42, mars 2008. Dans le cadre de son enquête sur les instituteurs dans l’entre-deux-guerres, Jacques Girault a recueilli dans les années 1970 le témoignage écrit de Renée Rollo, la femme de Joseph. Je le remercie vivement pour m’avoir communiqué une copie de ce témoignage.. Dans le dictionnaire biographique du Maitron, sa notice comporte des erreurs, concernant par exemple sa date de naissance et sa date de mort7Notice biographique « Joseph Rollo », en ligne. On retrouve de telles erreurs dans sa notice disponible sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia.. Cela suffit à souligner la nécessité d’utiliser à nouveaux frais l’ensemble des archives disponibles afin d’écrire la biographie de cet instituteur engagé. Les dossiers professionnels de Joseph et Renée Rollo sont une première source8Les deux dossiers professionnels, provenant de l’inspection académique du Morbihan, sont consultables aux archives départementales du Morbihan. Tous deux contiennent de nombreux documents sur leur engagement militant., tout comme les dossiers de surveillance issus du fichier central de la Sureté nationale dit « Fonds Moscou »9Archives nationales, ficher central de la Sureté nationale, 19940472/212, dossier Joseph Rollo : il concerne avant tout la période 1912-1930 et contient peu d’informations sur la période suivante. Archives nationales, 19940472/214, dossier Renée Rollo : là encore, il concerne davantage la période avant les années 1930, mais on y trouve plusieurs lettres écrites durant la Première Guerre mondiale destinées à son mari et interceptées par les autorités. Un second dossier est disponible sur sa femme, concernant l’action pacifiste dans l’entre-deux guerres, AN 19940472/212. Cet ensemble documentaire est d’une grande richesse et n’avait pas encore été utilisé dans le cadre d’une étude historique.. Les archives du SNI contiennent également des données, mais elles concernent avant tout la période après 194510ANMT de Roubaix, fonds SNI/SE-UNSA, 2011/014/0330 : correspondance entre 1945 et 1970.. Toutefois, on peut y trouver des lettres adressées aux Rollo11Le fonds SNI/SE UNSA est en grande partie composé des archives personnelles d’un autre couple de militants, Josette et Jean Cornec, portant sur l’entre-deux-guerres. Les archives à proprement parler du SNI ne sont disponibles que pour la partie après 1945. Contrairement à d’autres syndicats, associations ou partis politiques à la fin des années 1990, le SNI n’a pas récupéré ses archives officielles disparues en 1940. On ignore si elles étaient conservées à Moscou comme ces autres fonds qui ont pu revenir en France ensuite. À ce sujet, voir Sophie Coeuré, La Mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, Paris, Payot, 2013.. C’est également le cas dans les très riches archives du militant et historien Maurice Dommanget conservés à l’Institut français d’histoire sociale12Marie-Geneviève Dézes, « Les fonds de militants syndicaux de l’Institut français d’histoire sociale », La Gazette des archives, n°221, 2011. On y trouve de nombreux courriers de Rollo datant des années 1920. Sont également conservés les résultats de son enquête sur les écoles publiques en France datant de la fin des années 1930 dans le cadre de son action au SNI pour la défense de la laïcité.. Pour la période avant 1940, la presse militante13Pour la presse nationale, principalement : L’École libératrice de 1935 à 1940, revue hebdomadaire du SNI, Le Populaire sur la même période. Pour la presse locale : Le Rappel du Morbihan, hebdomadaire de la fédération socialiste du Morbihan (1912-1940), Le bulletin du syndicat des instituteurs du Morbihan (1912-1940), L’Action laïque, mensuel du comité de défense laïque du Morbihan (1935-1940). et quelques témoignages14André Delmas, Mémoire d’un instituteur syndicaliste, Albatros, 1979. Secrétaire général du SNI jusqu’en 1940, Delmas a côtoyé au quotidien Rollo. Il choisit la voie de la collaboration après 1940., publiés ou non, complètent la documentation à notre disposition. Cet ensemble documentaire, partiel et dispersé, permet néanmoins de reconstituer un parcours qui sort de l’ordinaire. En ce qui concerne son activité durant l’Occupation allemande, plusieurs dossiers biographiques existent15Sur son action dans la Résistance : Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 518769. Sur sa déportation : Service historique de la Défense, Caen, AC 21 P 532307., ainsi que des rapports de surveillance16Archives départementales du Morbihan, 1526 W 182, renseignements généraux.. Enfin, pour la période de détention en Allemagne, il a été possible de retrouver également des informations dans les archives du camp de Neuengamme ainsi qu’aux Archives Arolsen17Arolsen Archives, Centre international sur la persécution nazie, TD 260863, dossier Joseph Rollo et KZ-Gedenkstätte Neuengamme, dossier Rollo..

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Le militant ardent, entre aspirations révolutionnaires et défense de la république sociale

Né le 10 janvier 1891 à Vannes (Morbihan), d’un père facteur des postes et d’une mère couturière, Joseph Rollo entre en 1907 à l’école normale des instituteurs de ce département. Il suit les traces de son frère ainé, Julien, né en 1887. Les deux frères vont militer en commun avant 1914. On sait que Joseph lit beaucoup d’essais politiques durant ses études, que ce soient les écrits de Jean Jaurès, ou bien encore Les Temps nouveaux, revue de Jean Grave orientée vers l’anarchisme et qui bénéficie d’une audience certaine dans le milieu des jeunes instituteurs tentés par l’engagement. Après le congrès de Chambéry d’août 191218Le congrès de Chambéry est resté célèbre car à cette occasion, les instituteurs ont soutenu le « Sou du soldat » considéré par les autorités comme un œuvre antimilitariste. La répression contre le mouvement syndical naissant des instituteurs a été forte dans les mois suivant ce congrès., un manifeste des instituteurs paraît dans L’Humanité le 16 septembre 1912 et les deux frères le signent avant de retirer leur signature sous pression de l’inspection académique19Dossier professionnel de Joseph Rollo. Il justifie ce retrait par le fait de ne pas porter préjudice à ses parents.. Il est aussi membre de la jeune SFIO dans son département d’origine. Ce sont d’ailleurs les instituteurs syndiqués qui forment l’ossature de l’implantation socialiste dans le Morbihan. À la même date, il doit effectuer son service militaire et l’entrée en guerre le maintient sous les drapeaux jusqu’en 1919. La disparition de Jaurès le bouleverse et il ne manquera jamais de souligner son importance dans son engagement. Mobilisé à l’arrière dans la Marine à Brest comme matelot fourrier, il se marie en 1915 avec une jeune institutrice, Renée Coltat, elle aussi déjà engagée dans le mouvement syndical. Marquée par la mort de son père dès le début de la guerre, Renée milite de plus en plus en faveur du retour à la paix20Voir sa notice biographique du Maitron.. Quant à Joseph, il demande à partir au combat et est affecté au Portugal, dans l’escadrille des patrouilles françaises à Porto, chargée de la surveillance de l’Atlantique. Il écrit alors à sa femme : « Nous sommes conscients de la nécessité de lutter. Je demande à partir et si je disparais, il faut que je sois assuré que tu survives et qu’à notre idéal tu consacres ce que tu lui donnes déjà et ce que tu réserves à notre amour21Cet extrait de lettre de 1915 est cité à plusieurs reprises après 1945 dans les hommages à Joseph Rollo, voir par exemple L’École libératrice, 15 avril 1946. ». Tous deux sont surveillés par les autorités militaires et politiques en raison de leur engagement. La guerre renforce leur aspiration à des changements profonds et après 1918, ils sont tous deux partisans de la Révolution russe tout en privilégiant l’engagement syndical.

Le couple Rollo milite donc dans le jeune Parti communiste animé par une farouche volonté de construire un monde nouveau. Alors que naît le Syndicat national des instituteurs et institutrices en 1920, les deux époux choisissent de s’engager à la Fédération unitaire de l’enseignement22Voir sur l’histoire de cette organisation, Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement (1919-1935), Paris, Syllepse, 2005., qui rassemble les adeptes du syndicalisme révolutionnaire et les partisans du communisme. Ce choix s’explique par leur volonté de participer à une action plus radicale, alors que le SNI suit une voie plus réformiste. Joseph Rollo devient rapidement un des orateurs de cette organisation qu’il dirige entre 1924 et 1926. Il est de toutes les réunions et de toutes les actions, tout en continuant à enseigner. Son influence devient grandissante, et il est aidé par une génération de militantes et militants comme les Cornec, Maurice Dommanget et bien d’autres encore. Il est parfois en proie aux doutes : il souhaite en effet de réels changements dans la société et n’est pas porté sur les compromis, mais pour autant il est un défenseur de l’unité d’action et de l’alliance du politique et du syndical. Cela l’éloigne du Parti communiste qui s’inscrit alors dans une période de bolchevisation à outrance. Il en est d’ailleurs exclu en 1930, en raison de nombreux désaccords. L’intransigeance dont il fait preuve ne le conduit pas à considérer les autres organisations syndicales ou politiques comme des ennemis, mais davantage comme des partenaires qui peuvent aider à obtenir les changements espérés. Plus encore, la défense de la laïcité et de la république sociale, qu’il a apprise dès le plus jeune âge chez Jaurès, lui paraît primordial alors que le Parti communiste privilégie la parole et l’action révolutionnaires d’inspiration sectaire et léniniste. Avant même son exclusion du Parti communiste, il écrit à plusieurs amis militants qu’il faut quitter la CGTU pour rejoindre la CGT afin de l’influencer pour revendiquer une véritable transformation sociale. S’il s’éloigne du communisme, il garde de cette expérience de solides liens d’amitié qu’il conserve jusqu’à sa mort. Celles et ceux qui le côtoient voient en lui un leader naturel, orateur hors pair et ami indéfectible. C’est peut-être le secrétaire général du SNI à partir de 1953, Denis Forestier23Voir sa notice biographique du Maitron, en ligne., qui résume le mieux cette attitude : « L’homme était un orateur né, jaurésien par l’expression, marxiste par la formation. Son regard profond et vif suscitait l’intérêt autant que sa voix chaleureuse24Discours de Denis Forestier, 18 décembre 1960. ».

Pour l’éducation et la laïcité

Le 6 février 1934 et ses suites ont renforcé la conviction de Rollo qu’il fallait un mouvement syndical uni et une coopération accrue avec les forces politiques de gauche. Il redevient adhérent de la SFIO pour jouer un rôle de plus en plus important dans le Morbihan, puis au niveau national. Avec sa femme25Renée Rollo est une des premières militantes socialistes dans le Morbihan et elle développe une action féministe très importante durant cette période. Après 1945, elle est élue au bureau national des femmes socialistes., il développe l’action politique de ce parti en parallèle de son action syndicale. Il a au préalable rejoint le SNI avec l’ensemble de la section départementale qui était jusqu’à présent à la Fédération unitaire. Ensuite, il est élu en 1935 au bureau national de ce syndicat où il a en charge plus particulièrement les questions de laïcité. Le « SN » comme on l’appelle alors, sous l’égide d’une équipe renouvelée dirigée par André Delmas, se dote d’une organisation de plus en plus efficace et de moyens de propagande : l’hebdomadaire L’École libératrice, dont le rédacteur est Georges Lapierre, publie des articles des grandes figures de la gauche intellectuelle et connaît une diffusion grandissante. L’organisation syndique, à la suite du Front populaire, plus de 90% de la profession, soit 110 000 instituteurs et institutrices. Cela lui donne une importance cruciale dans le mouvement social des années 1930. Soutenant le gouvernement de Léon Blum, il se place en défenseur des institutions républicaines, pour la défense de la paix et comme promoteur d’une éducation émancipatrice et égalitaire26Voir à ce sujet l’excellente étude d’Olivier Loubes, L’École, l’identité, la nation. Histoire d’un entre-deux-France, 1914-1940, Paris, Belin, 2017. Sur l’action du Front populaire dans le domaine scolaire, Benoît Kermoal, Le Front populaire et l’école, Fondation Jean-Jaurès, 2 septembre 2016..

Dans ce contexte, Joseph Rollo développe une action de défense laïque qui dépasse largement le périmètre syndical. Chaque semaine, il publie un article dans l’hebdomadaire du SNI sur « L’action laïque »27Voir à ce sujet l’étude de Jacques Girault, op. cit.. Il fait plus particulièrement un lien entre la défense laïque et la lutte contre le fascisme, dénonçant sans relâche les collusions entre la religion et les courants d’extrême droite. Il administre dans son département d’origine le journal du comité de défense laïque28L’Action laïque, organe mensuel du Comité d’action et de défense laïque du Morbihan. Ce journal est un creuset militant du temps du Front populaire dans le département et Rollo en est le principal rédacteur., qui regroupe plusieurs milliers d’adhérents. Son activisme dans ce domaine le place à la tête du Front laïque, issu avant tout de l’ouest de la France, qui agit pour que le Front populaire ait une politique volontariste sur la laïcité. Comme l’explique Pascal Ory, cette action, qu’il faut replacer dans l’atmosphère de l’embellie du Front populaire, n’aboutit pas concrètement29Pascal Ory, La belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire (1935-1938), Paris, CNRS éditions, 2016. Si le Front laïque, qui regroupe les partis politiques de gauche, les syndicats, les associations d’éducation populaire et des intellectuels, est surtout présent dans l’ouest de la France, il se structure à l’échelle nationale pour faire pression sur les parlementaires au nom de la défense de la laïcité, en particulier dans le domaine scolaire. En cela, il est l’ancêtre direct du Comité national d’action laïque (CNAL) qui naît après la Seconde Guerre mondiale et qui poursuit aujourd’hui encore son action de défense de l’école publique et laïque.. Si une majorité de responsables politiques à gauche ne souhaitent pas rouvrir la guerre scolaire, son action est de plus en plus reconnue. Il intervient à chaque congrès national du SNI pour démontrer que l’école publique est attaquée par les tenants de la religion et les partisans de l’école privée. Il exhorte les pouvoirs publics à se montrer à la hauteur des créateurs de la IIIe République qui ont dès la fin du XIXe siècles voté les lois laïques à l’école.

André Delmas, qui pourtant considère alors que la laïcité rigide est une « ornière » dont l’action syndicale doit se prémunir, loue son action : lorsque Rollo est devenu responsable de la défense laïque, écrit-il, « on nota un important changement de ton dans la façon de présenter les faits et les ripostes indispensables […] Le besoin d’agir se lisait dans le bleu métallique de ses yeux ; il se révélait aussi dans le frémissement de sa parole vibrante. C’était un orateur ardent qui exerçait une forte influence sur tous les milieux enseignants30André Delmas, op. cit., p. 211. ». Après avoir à plusieurs reprises regretté que la défense de la laïcité ne soit pas partagée par tous, Rollo lors du congrès du SNI de juillet 1939 constate que la situation a récemment évolué positivement : « ce réveil des forces laïques s’opère à l’heure actuelle31Compte rendu du congrès de Montrouge, juillet 1939, p. 265, ANMT, archives du SNI/SE-UNSA, 2011/14/1966. ». Il vient en effet de publier une brochure intitulée L’École laïque en danger32Publiée à l’été 1939 par le SNI, cette brochure reprend le travail d’enquête mené dans toute la France par Rollo sur l’état de l’école laïque. Elle s’inspire également de sa prise de parole lors du congrès de la SFIO à Nantes en mai 1939. qui a reçu un écho très favorable à gauche. Entré au début de l’année au Conseil supérieur de l’instruction publique, il est par ailleurs un interlocuteur respecté des pouvoirs publics33AN, F/17/13656, séances du Conseil supérieur de l’instruction publique, année 1939.. Son influence est également soulignée dans le journal La Lumière, proche de la Ligue de l’enseignement : au moment du renouvellement du bureau national du SNI, le journal indique : « n’est-il pas symptomatique de noter que, sur 914 suffrages exprimés, c’est notre ami Rollo qui arrive en tête de liste avec 910 voix ?34La Lumière, hebdomadaire d’éducation civique et d’action républicaine, 14 janvier 1938. Cette publication regroupe les partisans de la République et de la laïcité et est proche des radicaux-socialistes. ». Il est donc devenu l’un des militants les plus populaires du SNI, aussi bien à l’interne qu’au sein des organisations partenaires du syndicat.

En outre, il intervient lors du congrès socialiste à Nantes à la fin du mois de mai 19393536e congrès de la SFIO du 27 au 30 mai à Nantes, compte rendu sténographique, en ligne. et son discours est vivement applaudi car il a marqué fortement les esprits, comme le souligne à plusieurs reprises Le Populaire dans les semaines suivantes : « si vous voulez véritablement que l’effort des révolutionnaires successifs de notre pays soit instauré sur des bases solides, vous ne le pourrez qu’en défendant la liberté de conscience et l’école laïque, et si le Parti socialiste, devant la carence de tous les autres partis, ne se serre pas étroitement autour de l’école laïque, c’en est fini, non seulement de l’école laïque, mais de la démocratie dans notre pays !36Ibid., p. 188. Nous avons repris certaines formulations en nous aidant des échos parus dans la presse militante car la version sténographique contient des incohérences qui n’ont pas été corrigées car ce compte-rendu n’a jamais été publié par suite de l’entrée en guerre quelques semaines plus tard. ». Il associe ici le destin des institutions républicaines et de l’école laïque, et ce, quelques mois avant l’entrée en guerre de la France qui allait subir une défaite sans précédent et l’instauration d’un nouveau régime de dictature qui fera de l’école publique et de ses serviteurs une de ses principales cibles.

À l’été 1939, Joseph Rollo est donc un des leaders du SNI à l’échelle nationale, et un des experts de la laïcité au sein de la SFIO. Avec le début de la Seconde Guerre mondiale, il entre dans une nouvelle étape de sa vie militante qui va entraîner sa mort.

La Résistance et la déportation

En raison de son âge, il n’est pas mobilisé lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Il poursuit son activité professionnelle à Auray où il est directeur d’école. Il reçoit depuis plusieurs années l’éloge de ses supérieurs pour ses cours où les élèves sont passionnés et valorisés. Rollo est un éducateur hors pair jusqu’à son arrestation en 1944.

Il est profondément attaché à la paix, mais son pacifisme ne cache pas son adhésion viscérale à la république sociale. C’est pourquoi dès la défaite et la disparition de la IIIe République, Rollo s’engage vers la voie du refus. Il continue de réunir les anciens adhérents du SNI qui n’acceptent pas le programme de Vichy et s’opposent à l’occupation allemande. En lien avec Georges Lapierre, il aide les anciens adhérents victimes des lois raciales ou de dénonciations. Parallèlement, il participe à la reconstruction du Parti socialiste dans l’ouest de la France avec l’ancien député socialiste Tanguy-Prigent, qui devient ministre de l’Agriculture à la Libération. Ces initiatives qui reposent sur une sociabilité militante d’avant-guerre entraînent l’émergence du mouvement Libération-Nord dans la région37Alya Aglan, La Résistance sacrifiée. Histoire du mouvement « Libération-Nord », Paris, Flammarion, 1999.. En février 1943, Lapierre, secrétaire général du SNI clandestin, est arrêté par les Allemands et c’est Joseph Rollo qui prend sa suite. Ses nombreux déplacements éveillent les soupçons des autorités allemandes et de Vichy mais cela ne suffit pas à l’inquiéter. À ses compagnons qui s’en émeuvent, il dit à plusieurs reprises qu’il ne peut pas fuir ses responsabilités. Il est l’auteur d’un manifeste diffusé par la BBC en 1943, « l’Appel aux instituteurs », qui exhorte les enseignants à rejoindre la Résistance.

Le développement de la Résistance en Bretagne alarme les autorités allemandes qui organisent une répression plus efficace. La Gestapo reçoit le renfort de SS chevronnés ayant participé à la Shoah par balles sur le front de l’Est. Rollo est arrêté le 31 mars 1944 par un de ces SS revenus des combats de l’Europe orientale et il est torturé dès le premier jour. Il est ensuite amené à Compiègne et sa femme cherche par tous les moyens à connaître son sort : Renée supplie André Delmas, qui s’est enferré dans la collaboration avec Vichy, de l’aider. L’inspecteur d’académie du Morbihan demande également au préfet du département d’intervenir en sa faveur : « Au point de vue professionnel, M. Rollo est un instituteur d’une valeur exceptionnelle. Ses derniers rapports d’inspection ont comporté des notes fort élogieuses et lui ont valu des lettres de félicitations de plusieurs Inspecteurs d’académie […] J’ajoute que l’arrestation de M. Rollo a suscité parmi le personnel une émotion assez considérable38Lettre de l’inspecteur d’académie au préfet du Morbihan, 7 juillet 1944, Archives départementales du Morbihan, 2 W 15914. ». Mais rien n’y fait, il est déporté au camp de Neuengamme le 28 juillet 1944.

Dans ce camp, où les détenus proviennent de nombreux pays, Rollo tente de survivre et de garder espoir. Il se lie d’amitié avec Louis Maury, enseignant comme lui, qui a écrit un témoignage après-guerre : « Rollo, directeur d’école à Auray, ardent militant socialiste, complète une équipe que l’amitié a spontanément unie et que la mort seule pourra briser. Il est le type même de l’instituteur profondément pénétré de la grandeur et de la dignité de sa mission […] Dans cet enfer, il demeure le pédagogue et l’humaniste qu’il a été toute sa vie dans son métier et dans son action militante39Louis Maury, Quand la haine élève ses Temples…, Louviers, SNEP, 1950. ». Au mois d’avril 1945, le camp est évacué et c’est lors d’un transfert en train que Joseph Rollo est assassiné par le mitraillage d’un des wagons par les gardiens allemands.

La mémoire d’un itinéraire militant singulier

Le 21 novembre 1946, une première cérémonie en souvenir des enseignants et des élèves morts à cause de l’occupation nazie a lieu à la Comédie-Française, où les acteurs lisent des extraits de textes de Joseph Rollo. Les restes de sa dépouille sont identifiés après une longue enquête à la fin de l’année 1959. Quelques mois plus tard, le 18 décembre 1960, une cérémonie officielle l’honore en deux temps : la première partie est réservée aux syndicalistes et aux socialistes amis du défunt dans les locaux du SNI, rue de Solférino. Son cercueil est drapé d’un drap rouge. Puis un cortège officiel accompagne la dépouille de Rollo à la crypte de la chapelle de la Sorbonne. Le drap rouge est remplacé par un drapeau tricolore, le militant devient une figure nationale du héros de la Résistance. Jusqu’à la fin des années 1970, chaque année, sa mémoire était honorée par le SNI et le Parti socialiste, mais peu à peu le souvenir de son action s’estompe40On peut toutefois mentionner que la section socialiste d’Auray garde le nom de Joseph Rollo jusqu’aux années 2000..

Défenseur acharné de la République et de la laïcité, Joseph Rollo incarne l’héroïsme de nombreux enseignants qui ont participé activement à la Résistance pour défendre leur idéal. Quatre-vingts ans plus tard, il est essentiel de perpétuer le souvenir de leur sacrifice et de se rappeler qu’ils ont combattu, au péril de leur vie, pour la république sociale, pour la défense de la laïcité et en faveur d’une école émancipatrice.

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    Olga Wormser-Migot, Le Retour des déportés : quand les alliés ouvrirent les portes, Paris, Archipoche, 2020 (rééd.).
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    Benoît Kermoal, Parcours d’instituteurs socialistes et syndicaliste dans la Résistance, Fondation Jean-Jaurès, février 2023.
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    Après la mort de sa femme en 1976, les archives privées de Rollo n’ont pas été conservées. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles ont disparu définitivement. La récente découverte d’une partie des archives de Georges Lapierre, autre dirigeant du SNI, dans les locaux du syndicat SE-UNSA montre qu’il est envisageable d’en retrouver la trace si elles existent encore.
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    Cette présente note s’inscrit dans un travail plus large d’une biographie croisée sur Joseph Rollo et Georges Lapierre.
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    Jacques Girault, « Joseph Rollo, dirigeant national du Syndicat national des instituteurs (1935-1939 », Recherche socialiste, n°42, mars 2008. Dans le cadre de son enquête sur les instituteurs dans l’entre-deux-guerres, Jacques Girault a recueilli dans les années 1970 le témoignage écrit de Renée Rollo, la femme de Joseph. Je le remercie vivement pour m’avoir communiqué une copie de ce témoignage.
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    Notice biographique « Joseph Rollo », en ligne. On retrouve de telles erreurs dans sa notice disponible sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia.
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    Les deux dossiers professionnels, provenant de l’inspection académique du Morbihan, sont consultables aux archives départementales du Morbihan. Tous deux contiennent de nombreux documents sur leur engagement militant.
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    Archives nationales, ficher central de la Sureté nationale, 19940472/212, dossier Joseph Rollo : il concerne avant tout la période 1912-1930 et contient peu d’informations sur la période suivante. Archives nationales, 19940472/214, dossier Renée Rollo : là encore, il concerne davantage la période avant les années 1930, mais on y trouve plusieurs lettres écrites durant la Première Guerre mondiale destinées à son mari et interceptées par les autorités. Un second dossier est disponible sur sa femme, concernant l’action pacifiste dans l’entre-deux guerres, AN 19940472/212. Cet ensemble documentaire est d’une grande richesse et n’avait pas encore été utilisé dans le cadre d’une étude historique.
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    ANMT de Roubaix, fonds SNI/SE-UNSA, 2011/014/0330 : correspondance entre 1945 et 1970.
  • 11
    Le fonds SNI/SE UNSA est en grande partie composé des archives personnelles d’un autre couple de militants, Josette et Jean Cornec, portant sur l’entre-deux-guerres. Les archives à proprement parler du SNI ne sont disponibles que pour la partie après 1945. Contrairement à d’autres syndicats, associations ou partis politiques à la fin des années 1990, le SNI n’a pas récupéré ses archives officielles disparues en 1940. On ignore si elles étaient conservées à Moscou comme ces autres fonds qui ont pu revenir en France ensuite. À ce sujet, voir Sophie Coeuré, La Mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, Paris, Payot, 2013.
  • 12
    Marie-Geneviève Dézes, « Les fonds de militants syndicaux de l’Institut français d’histoire sociale », La Gazette des archives, n°221, 2011. On y trouve de nombreux courriers de Rollo datant des années 1920. Sont également conservés les résultats de son enquête sur les écoles publiques en France datant de la fin des années 1930 dans le cadre de son action au SNI pour la défense de la laïcité.
  • 13
    Pour la presse nationale, principalement : L’École libératrice de 1935 à 1940, revue hebdomadaire du SNI, Le Populaire sur la même période. Pour la presse locale : Le Rappel du Morbihan, hebdomadaire de la fédération socialiste du Morbihan (1912-1940), Le bulletin du syndicat des instituteurs du Morbihan (1912-1940), L’Action laïque, mensuel du comité de défense laïque du Morbihan (1935-1940).
  • 14
    André Delmas, Mémoire d’un instituteur syndicaliste, Albatros, 1979. Secrétaire général du SNI jusqu’en 1940, Delmas a côtoyé au quotidien Rollo. Il choisit la voie de la collaboration après 1940.
  • 15
    Sur son action dans la Résistance : Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 518769. Sur sa déportation : Service historique de la Défense, Caen, AC 21 P 532307.
  • 16
    Archives départementales du Morbihan, 1526 W 182, renseignements généraux.
  • 17
    Arolsen Archives, Centre international sur la persécution nazie, TD 260863, dossier Joseph Rollo et KZ-Gedenkstätte Neuengamme, dossier Rollo.
  • 18
    Le congrès de Chambéry est resté célèbre car à cette occasion, les instituteurs ont soutenu le « Sou du soldat » considéré par les autorités comme un œuvre antimilitariste. La répression contre le mouvement syndical naissant des instituteurs a été forte dans les mois suivant ce congrès.
  • 19
    Dossier professionnel de Joseph Rollo. Il justifie ce retrait par le fait de ne pas porter préjudice à ses parents.
  • 20
    Voir sa notice biographique du Maitron.
  • 21
    Cet extrait de lettre de 1915 est cité à plusieurs reprises après 1945 dans les hommages à Joseph Rollo, voir par exemple L’École libératrice, 15 avril 1946.
  • 22
    Voir sur l’histoire de cette organisation, Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement (1919-1935), Paris, Syllepse, 2005.
  • 23
    Voir sa notice biographique du Maitron, en ligne.
  • 24
    Discours de Denis Forestier, 18 décembre 1960.
  • 25
    Renée Rollo est une des premières militantes socialistes dans le Morbihan et elle développe une action féministe très importante durant cette période. Après 1945, elle est élue au bureau national des femmes socialistes.
  • 26
    Voir à ce sujet l’excellente étude d’Olivier Loubes, L’École, l’identité, la nation. Histoire d’un entre-deux-France, 1914-1940, Paris, Belin, 2017. Sur l’action du Front populaire dans le domaine scolaire, Benoît Kermoal, Le Front populaire et l’école, Fondation Jean-Jaurès, 2 septembre 2016.
  • 27
    Voir à ce sujet l’étude de Jacques Girault, op. cit.
  • 28
    L’Action laïque, organe mensuel du Comité d’action et de défense laïque du Morbihan. Ce journal est un creuset militant du temps du Front populaire dans le département et Rollo en est le principal rédacteur.
  • 29
    Pascal Ory, La belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire (1935-1938), Paris, CNRS éditions, 2016. Si le Front laïque, qui regroupe les partis politiques de gauche, les syndicats, les associations d’éducation populaire et des intellectuels, est surtout présent dans l’ouest de la France, il se structure à l’échelle nationale pour faire pression sur les parlementaires au nom de la défense de la laïcité, en particulier dans le domaine scolaire. En cela, il est l’ancêtre direct du Comité national d’action laïque (CNAL) qui naît après la Seconde Guerre mondiale et qui poursuit aujourd’hui encore son action de défense de l’école publique et laïque.
  • 30
    André Delmas, op. cit., p. 211.
  • 31
    Compte rendu du congrès de Montrouge, juillet 1939, p. 265, ANMT, archives du SNI/SE-UNSA, 2011/14/1966.
  • 32
    Publiée à l’été 1939 par le SNI, cette brochure reprend le travail d’enquête mené dans toute la France par Rollo sur l’état de l’école laïque. Elle s’inspire également de sa prise de parole lors du congrès de la SFIO à Nantes en mai 1939.
  • 33
    AN, F/17/13656, séances du Conseil supérieur de l’instruction publique, année 1939.
  • 34
    La Lumière, hebdomadaire d’éducation civique et d’action républicaine, 14 janvier 1938. Cette publication regroupe les partisans de la République et de la laïcité et est proche des radicaux-socialistes.
  • 35
    36e congrès de la SFIO du 27 au 30 mai à Nantes, compte rendu sténographique, en ligne.
  • 36
    Ibid., p. 188. Nous avons repris certaines formulations en nous aidant des échos parus dans la presse militante car la version sténographique contient des incohérences qui n’ont pas été corrigées car ce compte-rendu n’a jamais été publié par suite de l’entrée en guerre quelques semaines plus tard.
  • 37
    Alya Aglan, La Résistance sacrifiée. Histoire du mouvement « Libération-Nord », Paris, Flammarion, 1999.
  • 38
    Lettre de l’inspecteur d’académie au préfet du Morbihan, 7 juillet 1944, Archives départementales du Morbihan, 2 W 15914.
  • 39
    Louis Maury, Quand la haine élève ses Temples…, Louviers, SNEP, 1950.
  • 40
    On peut toutefois mentionner que la section socialiste d’Auray garde le nom de Joseph Rollo jusqu’aux années 2000.

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