Tous condamnés au déclassement ?

Le sentiment de déclassement, loin de ne concerner que les échelons les plus bas de l’échelle sociale, semble n’épargner désormais aucune strate ou catégorie sociale. Analyse par Yves-Marie Cann d’un phénomène qui pourrait être l’un des principaux facteurs déterminant le vote à la prochaine élection présidentielle.

« Oubliées et précarisées », « à la dérive », « tondues comme des moutons », « dans la crise » ou encore au cœur d’un « grand malaise » et gagnées par « la peur du déclassement », les classes moyennes font depuis plusieurs années l’objet d’une littérature abondante ne cessant de décrire le désenchantement de cette figure centrale héritée des Trente Glorieuses, entre promesse d’ascension sociale pour les milieux populaires et filet de sécurité pour les catégories supérieures.

Omniprésentes dans le débat public, courtisées par les gouvernants et ceux qui aspirent aux plus hautes fonctions électives, les classes moyennes n’en demeurent pas moins un concept flou, que l’absence de définition officielle – ou du moins consensuelle – rend difficile à appréhender. Où commencent et où s’arrêtent les classes moyennes ? Faut-il s’en tenir à la définition restrictive qu’en propose l’Insee, à savoir qu’elles regrouperaient les professions intermédiaires (techniciens, contremaîtres, agents de maîtrise, enseignants, chargés de clientèle, infirmiers, etc.) se situant entre les milieux populaires (employés et ouvriers) d’une part, et les cadres et professions intellectuelles d’autre part ? Ou faudrait-il plutôt les définir par leur niveau de revenus, et donc leur degré de proximité à un revenu moyen ou médian ? Mais dans un contexte où les inégalités patrimoniales s’avèrent considérablement supérieures à celles basées sur les revenus, ne faudrait-il pas changer de braquet ?

En l’absence de consensus sur cette question, notre parti pris sera d’adosser notre analyse sur les représentations telles qu’elles se structurent à l’échelle des individus, et donc du corps social. À ce titre, nous préférons nous appuyer ici sur l’appartenance à tel ou tel groupe ou « classe » exprimée par les Français lorsqu’on les invite à se positionner sur l’échelle sociale.

Nous le verrons, dans l’imaginaire collectif objectivé par les études et qui émerge des réponses collectées auprès des Français que nous avons interrogés à partir d’un échantillon représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, les « classes moyennes » constituent aujourd’hui un vaste bloc central au sein de la population. En termes de classes sociales « subjectives » (par opposition à une classification « objective » basée sur la profession ou le revenu), 70 % des personnes interrogées par Elabe pour la Fondation Jean-Jaurès se positionnement en effet sur les échelons centraux de l’échelle sociale. Avec ce chiffre, c’est une société « moyennisée » qui se dessine, tout se passant comme si le processus amorcé lors des Trente Glorieuses avait survécu et s’était amplifié au-delà de ces années de prospérité et de rattrapage économiques, que les plus jeunes générations et parfois leurs parents n’ont pas connues. Il faut toutefois se méfier des apparences et aller au-delà d’une image d’ensemble certes rassurante – voire réconfortante – mais qui, à étudier la situation de plus près, apparaît trompeuse, tant elle masque les fractures et les lignes de faille qui traversent aujourd’hui la société française et structurent son rapport au monde, à autrui et au politique.{{70|%|des Français disent appartenir aux classes moyennes}}

Dès lors, cette hégémonie des classes moyennes dans les représentations ne doit pas masquer un sentiment de déclassement social prégnant, d’ailleurs de plus en plus présent dans le débat public et qui pourrait être l’un des principaux facteurs déterminant le vote à la prochaine élection présidentielle. Les études annuelles diffusées par le ministère des Affaires sociales en témoignent régulièrement puisque, par exemple, la proportion de Français estimant vivre moins bien que leurs parents a sensiblement progressé depuis le début des années 2000.

Alors que la France vient de rentrer en campagne présidentielle et s’apprête à choisir son orientation politique pour les prochaines années, cette note, réalisée à partir des données issues de l’enquête sur « La nouvelle question sociale », se propose d’apporter un éclairage actualisé sur le sujet. Dans un contexte économique et social incertain, une situation politique marquée depuis plusieurs années par la progression des attitudes protestataires et la montée des extrêmes dans les urnes, il s’agira de démontrer que le sentiment de déclassement, loin de ne concerner que les échelons les plus bas de l’échelle sociale, remonte par capillarité et n’épargne désormais aucune strate ou catégorie sociale.

« Classes moyennes », « classes attrape-tout » ?

En termes d’auto-positionnement social, les « classes moyennes » s’avèrent aujourd’hui quasi hégémoniques : 70 % des Français âgés de 18 ans et plus considèrent en effet appartenir aux classes moyennes. Cette « moyennisation » apparente de la société ne doit toutefois pas masquer un déséquilibre important, la proportion d’individus estimant appartenir aux classes moyennes « modestes » étant près de deux fois plus élevée que ceux estimant appartenir aux classes moyennes « supérieures ».
 

Figure 1 : Auto-positionnement social, en % (base : ensemble de l’échantillon)

Cette hégémonie des classes moyennes en termes de positionnement social des Français s’explique notamment par le refus de se définir comme « pauvre » ou « riche », comme « dominé » ou « dominant ». Face à une forme d’injonction sociale ressentie par certains, se décrire comme appartenant aux « classes moyennes », ne seraient-ce que modestes, rassure. Il est d’ailleurs frappant d’observer combien cette tendance se vérifie pour la plupart des catégories socioprofessionnelles (CSP) établies par l’Insee : à l’exception des cadres et des professions intellectuelles supérieures, une majorité relative de répondants se positionnent systématiquement parmi les « classes moyennes modestes ». Si l’on appréhende les classes moyennes dans leur globalité, ce sont alors l’ensemble des CSP qui se positionnement majoritairement sur l’un ou l’autre des échelons de ce groupe, dans des proportions oscillant entre 60 % (chez les ouvriers et les employés) et 81 % (chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures).

Les classes moyennes constituent par conséquent une figure centrale de l’imaginaire collectif et l’on comprend aisément à la lecture de ces quelques chiffres l’intérêt pour les acteurs politiques de les courtiser, que ce soit en campagne électorale ou en responsabilités. S’adresser aux classes moyennes dans ses discours permettrait de capter l’attention et de toucher l’immense majorité de la population. Trop englobant, le concept de « classes moyennes » n’en devient pas moins inopérant pour étudier la société française et les rapports qu’entretiennent les individus qui les composent à notre modèle social. Partant de ce constat, nous distinguerons systématiquement, pour mieux les décrire, les classes moyennes « modestes » (47 % de l’échantillon) des classes moyennes « supérieures » (23 %) aux côtés de deux autres groupes : d’une part les classes « privilégiées ou aisées » (6 %) dominant l’échelle sociale, et d’autre part les classes « populaires ou défavorisées »  (24 %) qui en constituent la base et donc les échelons les moins élevés dans les représentations collectives.

Nos classes sociales subjectives désormais établies, il nous faut désormais les décrire et mettre exergue les éléments les plus saillants, les traits caractéristiques de chacune de ces strates et les facteurs d’élévation sociale dans l’imaginaire collectif des Français.

Classes sociales subjectives et classes sociales objectives

Il existe une articulation entre classe « subjective » observée en termes d’auto-positionnement sur l’échelle sociale et classe « objective » s’appuyant sur la segmentation Insee. Parmi les actifs dans l’emploi, par exemple, la probabilité de se situer sur les échelons supérieurs de l’échelle sociale croît de façon linéaire avec la catégorie socioprofessionnelle. À titre d’exemple, 39 % des ouvriers se positionnent parmi les classes populaires ou défavorisées, de même que 34 % des employés, les scores chutant ensuite à 16 % chez les professions intermédiaires pour atteindre un plancher à 3 % chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures. À l’inverse, 63 % de ces derniers estiment appartenir aux classes moyennes supérieures ou aux classes privilégiées ou aisées, contre seulement 13 % des employés et des ouvriers.{{39|%|des ouvriers se positionnent parmi les classes populaires ou défavorisées}}
 

Tableau 1 : Auto-positionnement social croisé par la catégorie socioprofessionnelle, % en colonnes 
Les différences avec 100% correspondent aux sans réponse (base : ensemble de l’échantillon).

 

Ensemble

Agriculteur, artisan, commerçant

Cadre, profession intellectuelle supérieure

Profession intermédiaire

Employé

Ouvrier

Retraité

S/T Classes moy. sup, privilégiées ou aisées

29 %

38 %

62 %

29 %

13 %

13 %

34 %

Classes privilégiées ou aisées

6 %

7 %

16 %

5 %

4 %

3 %

4 %

Classes moyennes supérieures

23 %

31 %

46 %

24 %

9 %

10 %

30 %

S/T Classes moy. modestes, populaires ou défavorisées

71 %

62 %

38 %

71 %

87 %

87 %

66 %

Classes moyennes modestes

47 %

42 %

35 %

55 %

53 %

48 %

50 %

Classes populaires ou défavorisées

24 %

20 %

3 %

16 %

34 %

39 %

16 %

Toutefois, classes « objectives » et « subjectives » ne se superposent pas parfaitement, loin de là. Les réponses enregistrées auprès des ouvriers et des employés en témoignent. En effet, s’il est communément accepté de parler des « catégories populaires » pour les désigner, la proportion d’ouvriers et d’employés estimant appartenir aux classes populaires ou défavorisées s’avère sensiblement inférieure à ceux se positionnant parmi les classes moyennes « modestes » : 39 % contre 48 % chez les ouvriers, et même 34 % contre 53 % chez les employés. La correspondance s’avère en revanche meilleure entre professions intermédiaires et classes moyennes, ce qui tendrait à confirmer leur positionnement central. 79 % des individus issus des professions intermédiaires estiment ainsi appartenir aux classes moyennes mais, à la différence des cadres et des professions intellectuelles supérieures, une majorité (55 %) se situe avant tout parmi les classes moyennes « modestes ».

Classes sociales subjectives et diplôme

Titres scolaires et accès aux positions sociales et professionnelles des individus s’avèrent étroitement corrélés. Ainsi, les ouvriers et employés se distinguent par un faible niveau de diplôme en comparaison des professions intermédiaires et surtout des cadres et des professions intellectuelles supérieures. Les données Insee issues du recensement de la population s’avèrent très éclairantes à ce sujet : alors que 77 % des ouvriers ont un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat, 81 % des cadres et des professions intellectuelles supérieures sont titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat. À des niveaux plus intermédiaires, une courte majorité d’employés a un niveau de diplôme infra baccalauréat, alors qu’une proportion comparable de professions intermédiaires a un niveau supra baccalauréat.
 

Tableau 2 : Population active de 18 ans et plus – France entière (source : Insee, recensement labellisé 2013)

 

TOTAL

Infra baccalauréat

Niveau baccalauréat

Supra baccalauréat

Agriculteurs exploitants

100 %

57 %

26 %

17 %

Artisans, commerçants et chefs d’entreprise

100 %

55 %

21 %

24 %

Cadres et professions intellectuelles supérieures

100 %

9 %

10 %

81 %

Professions intermédiaires

100 %

25 %

22 %

53 %

Employés

100 %

54 %

26 %

20 %

Ouvriers

100 %

77 %

16 %

7 %

Nous retrouvons trace de ce lien entre la classe sociale « subjective » et le niveau de diplôme. Ainsi, plus le capital éducatif des individus s’élève et plus la propension à se situer sur les échelons supérieurs de l’échelle sociale s’intensifie, la proportion de classes moyennes supérieures, privilégiées ou aisées passant de 18 % chez les personnes peu ou pas diplômées à 58 % chez les plus diplômées, titulaires d’un diplôme de deuxième ou troisième cycles universitaires (ou équivalent).

Les correspondances entre niveau de diplôme et classe sociale « subjective » s’avèrent toutefois moins évidentes qu’avec la catégorie socioprofessionnelle. Cette dissonance peut notamment s’expliquer par l’allongement de la durée des études et son corollaire, l’élévation générale des niveaux de diplôme d’une génération à l’autre. Ainsi, pour les générations les plus anciennes, l’accès à nombre de professions requerrait des niveaux de qualification moins élevés qu’aujourd’hui pour les nouvelles générations. Notre échantillon mixant l’ensemble des générations en âge de voter, le capital éducatif appréhendé à travers le prisme des titres scolaires perdrait ainsi de son influence. Une autre explication réside également dans l’écart parfois grandissant entre le niveau de qualification et le type de poste occupé, ce décalage contribuant alors à produire des « déclassements scolaires ». Ce phénomène est d’ailleurs illustré par les calculs de Louis Chauvel dont il résulte que « pour maintenir la valeur des diplômes de 1982 à 2011, il aurait fallu passer de 11 % à 22 % de CPIS, alors qu’en 2011 nous ne comptions que 16 % de cadres. Le solde de six points, correspondant aux membres potentiels de la catégorie des CPIS qui ont été rétrogradés dans d’autres positions, s’est pour l’essentiel déversé dans les professions intermédiaires (…)”. À cet égard, il est frappant de constater que ce sont ainsi près des deux tiers des titulaires d’un diplôme de premier cycle universitaire qui se positionnent aujourd’hui parmi les classes moyennes modestes voire inférieures, et encore 42 % des diplômés d’un deuxième ou troisième cycles universitaires (avec toutefois une proportion résiduelle d’individus estimant appartenir aux classes populaires ou défavorisées, la majorité – 58 % – se positionnant sur les échelons supérieurs de l’échelle sociale).
 

Tableau 3 : Auto-positionnement social croisé par le niveau de diplôme le plus élevé, % en colonnes
Les différences avec 100% correspondent aux sans réponse (base : ensemble de l’échantillon).

 

Ensemble

Aucun, CEP, Brevet

CAP, BEP, Bac tech. ou professionnel

Bac général, brevet supérieur

Diplôme de 1er cycle universitaire

Diplôme de 2e ou 3e cycle universitaire

S/T classes moy. sup, classes privilégiées ou aisées

29 %

18 %

22 %

27 %

36 %

58 %

Classes privilégiées ou aisées

6 %

2 %

5 %

4 %

5 %

15 %

Classes moyennes supérieures

23 %

16 %

17 %

23 %

31 %

43 %

S/T classes moy. modestes, classes populaires ou défavorisées

71 %

81 %

78 %

73 %

64 %

42 %

Classes moyennes modestes

47 %

47 %

49 %

53 %

51 %

38 %

Classes populaires ou défavorisées

24 %

34 %

29 %

20 %

13 %

4 %

Classes sociales subjectives et situation économique et patrimoniale

Au-delà des titres scolaires, la conception que se font les Français de leur place dans la société repose en grande partie sur leur situation économique et financière. Plusieurs indicateurs de « La nouvelle questions sociale » convergent en ce sens, au premier rang desquels le degré de facilité à boucler ses fins de mois et à mettre de l’argent de côté, soit pour se constituer une épargne de précaution (en cas d’accident de parcours ou de dépenses imprévues), soit dans la perspective d’un projet ou d’un achat important (se constituer un apport pour un achat immobilier, s’assurer d’un complément de revenus une fois en retraite, etc.). Ce sont ainsi 84 % des individus estimant appartenir aux classes moyennes supérieures ou aux classes privilégiées ou aisées qui témoignent d’une situation financière relativement confortable puisque bouclant facilement leurs fin de mois (et ce d’autant plus qu’ils sont plus de quatre sur dix à réussir à mettre de l’argent de côté). En bas de l’échelle, ce constat n’est partagé que par 27 % des classes populaires ou défavorisées (seules 6 % mettant de l’argent de côté), lorsque 73 % déclarent au contraire boucler leurs fins de mois difficilement. Les classes moyennes modestes se situent quant à elles à un niveau intermédiaire, même si les réponses penchent majoritairement du côté des fins de mois plutôt faciles (59 %) mais avec une capacité d’épargne assez limitée (20 %).{{73|%|des classes populaires disent boucler leurs fins de mois difficilement}}
 

Tableau 4 : La facilité à gérer ses fins de mois croisée par l’auto-positionnement social, % en lignes
La différence avec 100% correspond aux sans réponse (base : ensemble de l’échantillon).

 

Facilement

– dont arrive à mettre de l’argent de côté

Difficilement

Classes privilégiées ou aisées

84 %

46 %

16 %

Classes moyennes supérieures

84 %

40 %

16 %

Classes moyennes modestes

59 %

20 %

41 %

Classes populaires ou défavorisées

27 %

6 %

73 %

Après plusieurs années de crise et alors que le contexte économique demeure fragile et incertain, le sentiment d’une dégradation économique et financière transcende d’ailleurs les différentes strates de l’échelle sociale et ce, jusqu’aux classes moyennes supérieures. L’intensité des ressentis varie toutefois sensiblement d’un échelon à autre. La perception d’une dégradation apparaît particulièrement aiguë au sein des strates inférieures : elle atteint 72 % parmi les classes moyennes modestes et jusqu’à 84 % parmi les classes populaires ou défavorisées. Surtout, une césure non négligeable se fait jour entre ces deux derniers échelons : pour 50 % des classes moyennes modestes, leur situation s’est « un peu » dégradée » lorsque pour une proportion équivalente des classes populaires ou défavorisées elle s’est « nettement dégradée » (53 %). La situation apparaît encore nettement plus contrastée parmi les classes moyennes supérieures : si 51 % estiment que leur situation s’est dégradée (dont 36 % « un peu »), l’autre moitié témoigne d’une stabilité (40 %) voire d’une amélioration (9 %). Il faut toutefois aller tout au sommet de l’échelle sociale pour observer la plus grande fréquence de réponses positives : 23 % des individus estimant appartenir aux classes privilégiées ou aisées estiment que leur situation s’est améliorée, 41 % affirmant qu’elle est restée stable.{{84|%|des classes populaires ou défavorisées ont le sentiment d’une dégradation de leur situation économique et financière}}
 

Tableau 5 : Situation économique et financière croisée par l’auto-positionnement social, % en lignes
La différence avec 100% correspond aux sans réponse (base : ensemble de l’échantillon).

 

S’améliore

Ne se dégrade pas, reste la même

S/T Se dégrade

Se dégrade un peu

S’est nettement dégradée

Classes privilégiées ou aisées

23 %

41 %

36 %

27 %

9 %

Classes moyennes supérieures

9 %

40 %

51 %

36 %

15 %

Classes moyennes modestes

4 %

24 %

72 %

50 %

22 %

Classes populaires ou défavorisées

4 %

12 %

84 %

31 %

53 %

De tels écarts d’une strate sociale à une autre ne sont pas neutres sur le regard porté par les Français sur eux-mêmes. L’auto-positionnement des Français sur l’échelle sociale nous révèle ainsi d’importantes disparités en termes d’estime de soi, le degré de satisfaction exprimé sur sa situation personnelle passant ainsi quasiment du simple au double entre les classes populaires ou défavorisées (44 %) et les deux échelons supérieurs de l’échelle sociale (75 % chez les classes moyennes modestes, 89 % chez les classes moyennes supérieures). Surtout, la proportion d’individus se disant « très satisfait » varie selon un facteur cinq entre la base et le sommet de l’échelle sociale : 8 % seulement chez les classes populaires ou défavorisées contre 41 % chez les classes privilégiées ou aisées (!). Notons aussi que la mesure de l’e

Méthodologie : enquête Elabe pour la Fondation Jean-Jaurès réalisée par internet du 21 juin au 4 juillet 2016 auprès d’un échantillon de 2 001 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas appliquée aux variables de sexe, de classe d’âge et de catégorie socioprofessionnelle de la personne interrogée après stratification par la région de résidence et la catégorie d’agglomération.

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