Premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie : une bascule dans l’inconnu ?

Le premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie à la suite de l’annulation de celle organisée en novembre dernier confirme la percée de l’extrême droite d’il y a six mois dans ce pays traditionnellement europhile. Alexandre Riou, historien et directeur de l’Observatoire de l’Europe médiane et orientale de la Fondation, analyse les résultats de ce scrutin et souligne les grandes incertitudes quant à l’issue du second tour, les différents partis – dont le PSD – n’ayant pas tous appelé à un front commun contre la menace d’une victoire de l’extrême droite.

Le 3 mai dernier s’est tenu le premier tour de l’élection présidentielle reconduite suite à l’annulation historique survenue en décembre 2024, sur fond d’ingérences électorales inédites ayant mené à l’arrivée en tête « surprise » du candidat Călin Georgescu, ultranationaliste pro-russe. Cette décision avait alors créé une réplique inattendue au séisme du premier tour. À la suite du rejet de sa candidature en mars dernier par les instances électorales, confirmé par la Cour constitutionnelle, nous assistons à l’occasion de ce scrutin inédit à un nouvel acte qui nous plonge une fois de plus dans l’inconnu politique le plus complet dans ce pays qui était jusqu’alors l’un des plus europhiles de l’Union européenne.

Un contexte politique extrêmement tendu et des repères « bouleversés »

Depuis la décision inédite prononcée par la Cour constitutionnelle en décembre dernier qui a vu l’ensemble du scrutin annulé et reporté au premier week-end de mai 2025, la tension est montée dans la société roumaine.

En effet, une part non négligeable de l’opinion, alimentée par des discours d’extrême droite sur le caractère « anti-démocratique » de l’annulation – certes inédite mais s’inscrivant dans le cadre de procédures destinées à protéger l’État de droit et que la Cour Constitutionnelle a appréciée au regard des éléments dont elle disposait –, remettait en cause la pertinence et la nécessité d’une pareille mesure pourtant basée sur plusieurs rapports établis par les services de plusieurs agences étatiques du renseignement et le ministère de l’Intérieur. Le président d’alors, Klaus Iohannis, avait fait le choix de déclassifier, dans un souci de transparence, ces différents rapports, permettant ainsi à l’ensemble de la population de pouvoir en prendre connaissance. En outre, la plateforme TikTok avait été immédiatement pointée du doigt et une demande avait été transmise à la Commission européenne pour qu’une enquête soit ouverte sur le rôle trouble que les algorithmes avaient pu jouer dans la montée du candidat pro-russe1Pour une explication de l’annulation du scrutin présidentiel en décembre dernier, voir Alexandre Riou, Annulation de l’élection présidentielle en Roumanie : un séisme à la réplique inattendue, Fondation Jean-Jaurès, 12 décembre 2024. dans un pays peu connu pour ce type de sympathies et, au contraire, résolument attaché à la construction européenne et à l’atlantisme. De nombreuses personnes avaient pu voir les vidéos de ce candidat via cette plateforme, via ses connaissances, mais un grand nombre ne semblait pas réellement savoir quel était le fond idéologique derrière ce candidat chez qui le nationalisme exacerbé qu’il prônait le disputait au mysticisme messianique dont il entourait sa personne.

En mars dernier, alors qu’il avait fait le choix de candidater à nouveau pour le scrutin présidentiel du printemps avec des sondages le plaçant entre 30% et 40% des intentions de vote au premier tour, la commission électorale du Bureau électoral central avait rejeté sa candidature. Nous avions alors assisté à une déferlante de propos remettant en cause l’État de droit, appelant au « rétablissement de la démocratie » en Roumanie. L’un des chefs de file de cette agitation était alors George Simion, du parti AUR2Alianța pentru Unirea Românilor (Alliance pour l’Unité des Roumains), dont l’acronyme signifie « Or » en roumain., le parti « traditionnel » de l’extrême droite roumaine. Pis encore, il avait tenu et publié des propos d’une grande violence, que la justice lui avait alors intimé de retirer sous peine de poursuites pénales, en menaçant directement et d’une façon on ne peut plus claire celles et ceux qui avaient pris cette décision. En parallèle, une autre candidature d’une figure de l’extrême droite roumaine fut rejetée, celle de Diana Șoșoacă du parti SOS România, tandis que celle de George Simion était quant à elle acceptée et validée par la commission électorale.

Étant sur le positionnement d’une extrême droite plus « classique » que Călin Georgescu, il disposait d’une base électorale théorique bien plus réduite. Il adopta donc la posture du candidat de celles et ceux qui avaient soutenu Georgescu, misant sur les attaques contre l’État de droit qu’ils avaient pu proférer et distiller au sein de la société roumaine depuis l’annulation du scrutin au début du mois de décembre 2024. Il prit grand soin par ailleurs de s’afficher aux côtés de lui pour vraiment faire passer le message à son électorat que le vote Georgescu devait devenir le vote Simion.

Face à cela, les partis plus traditionnels, démocratiques et pro-européens que sont le PSD (Parti social-démocrate), le PNL (Parti national libéral) et l’UDMR (Union démocrate magyare de Roumanie) ont fait le choix inédit de présenter une candidature commune autour des valeurs de démocratie et d’une orientation pro-européenne. C’est Crin Antonescu, ancien dirigeant du PNL, ancien président du Sénat et ancien président de la Roumanie par intérim qui a été désigné pour cette candidature.

Autre élément notable, la candidate Elena Lasconi, ancienne finaliste putative de la précédente élection présidentielle, s’est représentée au nom du parti USR (Union Sauvez la Roumanie), libéral, pro-européen et notamment orienté vers la lutte contre la corruption. Cependant, Nicușor Dan, le maire de Bucarest et membre du même parti USR, se présenta également en qualité d’indépendant. Face à des sondages bien plus favorables pour sa candidature, le bureau politique puis le comité politique national du parti, devant son refus d’abandonner, avaient alors décidé de soutenir l’édile de la capitale dans une manœuvre assez inédite dont la scène politique roumaine semble pourtant, depuis quelque temps, coutumière.

Enfin, ce scrutin a vu également la candidature en indépendant de Victor Ponta, ancien dirigeant du PSD, plusieurs fois Premier ministre de Roumanie et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2014. Exclu du PSD suite à des propos très controversés ainsi qu’à une candidature autonome contre le parti, il s’est distingué par une campagne aux relents populistes. Il faisait partie des candidats présents dans le chapeau de tête.

Nous souhaiterions dire quelques mots très brefs sur un autre sujet : les sondages. Si, lors du précédent scrutin, aucun n’avait prévu la percée aussi surprenante que déroutante du candidat Georgescu, dans le cas de cette élection, les sondages annonçaient effectivement un vote en faveur de Simion très élevé. Ainsi, selon un sondage Verifield3Sondage Verifield mené entre le 24 et le 28 mars 2025 et publié sur le site Euronews. mené fin mars dernier, George Simion obtenait environ 35% des voix, suivi de Victor Ponta avec 21,1%, Nicușor Dan arrivant en troisième position avec 20,8% et, enfin, le candidat Crin Antonescu obtenant 16,4%. Un autre sondage pour Atlasintel mené à la mi-mars donnait quant à lui Simion en tête avec 30,4%, suivi de Nicușor Dan avec 26%, puis Crin Antonescu avec 17,9% et Victor Ponta en situation de décrochage avec 9%. Un autre élément intéressant est à retenir : dans toutes les simulations réalisées, Elena Lasconi était en décrochage avec des intentions de vote bien souvent inférieures à 5%. Seul un sondage CURS la donnait à 12%. Enfin, un dernier sondage réalisé par Inscop le jour du vote donnait Simion à 36% et les trois autres candidats – Antonescu, Dan et Ponta – dans la marge d’erreur avec respectivement 21,5%, 20,6% et 17,1%.

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La continuité d’une élection inédite

Si, dans le cadre de ce scrutin, il n’y a pas de « surprise majeure » en ce sens que tous les sondages annonçaient le candidat d’AUR à un score élevé, il faut tout de même relever que le candidat d’extrême droite George Simion arrive largement en tête avec 40,96% des voix, soit entre 5 et 10 points de plus que ce que les sondages annonçaient. En outre, notons également que la participation ne peut pas non plus ici être un élément différenciant dans la mesure où elle reste, avec 53,21%, à un taux comparable aux derniers scrutins, comme nous l’indique le graphique ci-dessous. Ceci était déjà un élément que nous avions mis en avant dans le cadre d’une note précédente sur le scrutin du premier tour de novembre 2024.

Graphique 14Données issues des sites Prezenta et Istoric, retraçant les résultats et données détaillées des différents scrutins en Roumanie depuis 1992. Ce site est animé par un collectif d’universitaires roumains en sciences humaines et sociales.

L’analyse des premiers résultats nous indique une vague brune (couleur attribuée au parti AUR) sur la carte de la Roumanie. En effet, à l’échelle des județe5Le județ est une circonscription administrative que nous pouvons associer au département français., seuls 6 n’ont pas placé le candidat George Simion en tête dont le județ de Cluj (Transylvanie) qui a placé Nicușor Dan en tête, ainsi que la ville de Bucarest (divisée en 6 secteurs). Nous voyons d’ailleurs plus globalement qu’à l’instar du scrutin précédent, une rupture se dégage entre le vote des grands centres urbains et celui des communes plus petites ou des zones plus rurales. Cela resterait bien sûr à analyser plus en détail et nous ne prétendons pas avoir fait ce travail, mais des analyses sommaires réalisées à différentes échelles nous permettent de constater cependant ce phénomène.

Nous constatons par ailleurs qu’aucune grande ville n’a placé le candidat d’AUR en tête et, bien qu’il arrive presque partout second, ses scores sont bien moindres que ceux que l’on peut observer à l’échelle des régions et du territoire roumain dans son ensemble. Un autre élément cependant, pour remettre également en perspective ces données, est qu’il n’y avait pour cette élection qu’un seul candidat d’extrême droite, contre deux en novembre dernier.

Graphique  26Données issues du site Prezenta. Sur le plan méthodologique, nous avons indiqué les pourcentages obtenus par chacun de ces candidats dans les municipalités concernées.
Graphique  37Données issues du site Prezenta. Nous avons additionné les pourcentages obtenus par C. Georgescu et G. Simion dans les communes concernées.

Nous voyons bien dans ce tableau que dans les principales villes du pays (hors Bucarest), le vote pour George Simion ne parvient pas, sauf à Cluj Napoca et à Brașov, à bénéficier d’un report des votes en faveur de  Călin Georgescu. À l’inverse, Nicușor Dan parvient à dépasser les résultats d’Elena Lasconi dans chacune des villes. Tout en considérant les scores, certes faibles mais pas inexistants, de sa rivale sur un segment électoral identique, nous pouvons avancer le fait qu’il n’a pas fait le plein de voix non plus dans ces villes.

À Bucarest, ville de Nicușor Dan, ce dernier arrive en tête dans 5 des 6 secteurs. Un résultat que le comparatif cumulé des pourcentages obtenus par Georgescu et Simion permet de mieux appréhender pour montrer qu’il n’y a pas eu de percée ; nous constatons même une superposition des pourcentages quasi identique laissant entrapercevoir un excellent report des votes de Georgescu vers Simion, comme nous le montre le tableau ci-dessous.

Graphique 48Données issues du site Prezenta.

Nous voyons bien ici qu’il n’y a eu aucune percée réelle, seule une très légère progression dans le secteur 5 et, au contraire, une légère baisse dans le secteur 6. Par contre, nous voyons que de son côté, Dan progresse par rapport aux scores de Lasconi dans l’ensemble des secteurs de la capitale. Nous avons fait ce choix de ne pas cumuler leurs pourcentages car, bien que leurs électorats soient similaires, le fait qu’elle se soit maintenue lors de ce scrutin ne donnerait pas une grande plus-value au graphique. Notons seulement que Dan n’était pas, comme nous le mentionnions aussi lors de l’étude des principales villes, à son plein potentiel. Nous pouvons également constater l’effet « maire de la capitale » qui a certainement eu un impact dans les votes en sa faveur.

Graphique 59Données issues du site Prezenta. Nous avons ici additionné les données concernant Călin Georgescu et George Simion pour le scrutin de fin 2024.

Si le cas de Bucarest montre que la dynamique d’un candidat nationaliste unique n’a pas eu l’effet attendu dans les grandes villes, un autre phénomène nous semble similaire au scrutin de novembre dernier : celui du vote de la diaspora qui a placé le candidat d’AUR largement en tête, comme nous l’indique le graphique suivant.

Graphique 610Données issues du site Prezenta.

Ce graphique nous indique très clairement un vote contre les partis dits « traditionnels » de la part des Roumains de la diaspora. Un phénomène déjà observé et qui se confirme. Par ailleurs, nous constatons également, à l’instar du dernier scrutin, un vote massif en faveur du candidat nationaliste, comme le tableau suivant nous l’indique en comparatif.

Graphique 711Données issues du site Prezenta. Nous avons également additionné les données recueillies pour Georgescu et Simion pour le scrutin de novembre 2024. Concernant les écarts constatés du nombre de votants de la diaspora entre novembre 2024 et mai 2025, nous avons ici fait le choix de prendre le nombre de suffrages recueillis et non des pourcentages.

En effet, si le candidat centriste, Nicușor Dan, progresse en voix par rapport au score d’Elena Lasconi, auquel l’on peut ajouter la déperdition due aux suffrages portés sur Elena Lasconi, force est de constater la progression de George Simion qui, quant à lui, augmente la stricte addition des votes de Călin Georgescu et des siens, obtenus lors du scrutin de 2024. En ce sens, l’on peut dire qu’avec plus de 5% par rapport aux voix cumulées, il réalise une percée au sein de la diaspora. Notons aussi une hausse du nombre de votants, au sein de la diaspora, d’environ 160 000 (soit des valeurs s’approchant du million de votants quand, en 2024, ils étaient environ 800 000). Il semble donc que cette hausse spécifique de participation au sein de la diaspora ait davantage profité au candidat d’extrême droite. En voix, cela donne notamment plus de 140 000 suffrages supplémentaires aux voix de l’addition des deux en novembre dernier.

Cela annonce un second tour bien incertain dont il est difficile, au regard des éléments recueillis, de définir d’ores et déjà la forme que celui-ci prendra.

Un second tour qui s’annonce pour le moins incertain : la rupture avec les formations traditionnelles comme nouvelle grille de lecture ?

Lors du scrutin précédent, il était extrêmement difficile, pour beaucoup de spécialistes du pays, de tirer de premières conclusions des mécaniques à l’œuvre au sein de la Roumanie, tant le bouleversement était grand, en raison de l’arrivée fracassante d’un candidat aussi inconnu que radical sur le devant de la scène politique roumaine. L’explication de manœuvres ayant entraîné une insincérité du scrutin du 24 novembre 2024 est bien plausible au vu des nombreux éléments rendus publics. Par ailleurs, les enquêteurs, au fur et à mesure des semaines, sont allés de découvertes en découvertes, que ce soit par le montant de 0 leu12La monnaie roumaine. déclaré ou encore la manipulation à grande échelle via le réseau social TikTok, avec bon nombre d’éléments que nous qualifierons de troublants dont le parallélisme du slogan de Georgescu, « Équilibre et verticalité », avec celui d’une campagne menée lors d’une élection présidentielle ukrainienne, il y a de cela quelques années.  

Pour autant, l’extrême droite désormais représentée par AUR à ce scrutin non seulement s’enracine, mais tend aussi à confirmer une percée spectaculaire que les arguments liés à une manipulation électorale ne peuvent désormais plus justifier. En effet – et c’est là le premier élément d’analyse que nous tirons de ce premier tour –, George Simion a non seulement réussi son pari de récupérer les électeurs de Călin Georgescu, mais a su également renforcer cette dynamique tant sur le territoire roumain qu’au sein de la diaspora.

Par ailleurs, le score du maire de Bucarest et désormais concurrent de l’extrême droite pour Cotroceni13Nom du palais hébergeant la présidence de la Roumanie, à Bucarest. nous indique en creux une seconde clé de lecture de ce scrutin, au regard de celui du mois de novembre dernier, à savoir un vent de défiance et de rejet massif de la part de la population roumaine. Et c’est peut-être ici l’enseignement le plus important de ce scrutin, à mettre en relief avec celui de décembre 2024, l’échec des partis traditionnels que sont le PSD et le PNL avec leurs alliés de l’UDMR. Ce second échec commence à prendre la forme d’un mouvement de fond dont l’ingérence lors du scrutin précédent aurait peut-être agi comme une forme de catalyseur de rancœurs et de défiance à l’égard de la classe politique traditionnelle au pouvoir depuis la chute du régime. 

J’ai à l’esprit le film Anul nou care N-a fost14« Ce Nouvel An qui n’est jamais arrivé »., du réalisateur Bogdan Mureşanu, sorti l’an dernier en Roumanie. Ce film décrit de façon dramatique, mais non sans humour, les derniers jours du régime de Nicolae Ceaușescu au travers de la vie quotidienne de plusieurs personnages que nous pourrions qualifier de « banals ». À la fin du film, l’un d’entre eux, un ouvrier, est contraint de se rendre, comme l’ensemble de ses camarades, à un grand meeting de soutien au dirigeant – le dernier meeting du 21 décembre 1989 – au cœur de Bucarest. L’un de ses camarades lui glisse alors qu’une simple étincelle peut tout faire exploser. Il sort alors des pétards de sa poche, les allume et le meeting tourne à l’émeute contre le dirigeant. Si cette scène humoristique rejoint la réalité du meeting du 21 décembre 1989, le parallèle de l’étincelle est troublant. Nous pouvons penser que le rejet de la société roumaine à l’égard des partis traditionnels empêtrés dans des scandales à répétition était bien plus profondément ancré dans les esprits et qu’il ne fallait qu’une étincelle pour qu’il se manifeste massivement à l’occasion de l’élection phare du pays.

C’est ce que tendent à nous montrer aujourd’hui les résultats de ce scrutin, dont certes l’extrême droite sort gagnante à l’issue du premier tour, mais dont les grands perdants sont avant tout les principaux partis qui rythment la vie politique du pays depuis la chute du régime communiste et dont la candidature commune – encore inenvisageable il y a de cela quelques mois – sur des bases minimales de défense de la démocratie et des valeurs européennes n’a pas réussi à convaincre et à passer la barre symbolique du premier tour. C’est là un phénomène qui ne sera pas sans conséquence et dont le premier acte intervient seulement quelques heures après la proclamation des résultats : la rupture de la coalition et la chute du gouvernement composé de ces trois partis, dirigé par Marcel Ciolacu du PSD.

Alors que le second tour s’annonce comme celui de toutes les incertitudes, les dernières déclarations des différents partis montrent qu’aucun front commun au nom de la défense de la démocratie n’est à attendre. En effet, si l’USR, sans grande surprise, a appelé à soutenir Nicușor Dan et que le PNL a décidé le 5 mai de le soutenir également sans conditions, son président Alexandru Muraru déclarant « au deuxième tour, votez pour Nicușor Dan. L’orientation européenne de la Roumanie n’est pas négociable15« În turul al doilea, votez cu Nicușor Dan. Direcția europeană a României nu e negociabilă » Digi24.ro, 5 mai 2025. », la réaction d’UDMR, quant à elle, s’est faite plus nuancée. Le parti, par la voix de son dirigeant Kelemen Hunor, n’a pas donné de consignes claires, arguant que le résultat du scrutin ne dépendait pas des Hongrois, mais appelant à voter contre le candidat anti-hongrois, comprendre voter Nicușor Dan. Par contre, le PSD a fait le choix de refuser de choisir en laissant les électeurs libres de leurs votes « selon leur conscience propre16Digi24.ro, 5 mai 2025. ».

D’un strict point de vue arithmétique, le maire de Bucarest, bien que second de ce premier tour, dispose d’un plus grand réservoir de voix pour espérer faire basculer le scrutin en sa faveur. Cependant, avec ses près de 41% des voix, George Simion est très haut et va certainement tenter de séduire une part de l’électorat de Victor Ponta et ses 13,5%. Les accents très populistes de sa campagne, sa position – critiquée – refusant de soutenir Lasconi à l’issue du premier tour font qu’un soutien au candidat centriste apparaîtrait surprenant. Pour autant, son électorat, certainement proche du PSD pour la plupart17À la lecture des résultats par județ, il apparaît que c’est dans les territoires votant historiquement PSD qu’il obtient ses meilleurs résultats. On peut supposer, ce qui resterait bien sûr à préciser par une étude méthodique et détaillée, que l’électorat du PSD s’est divisé entre ceux votant pour le candidat soutenu par le parti, Crin Antonescu, et ceux votant pour le candidat qu’ils identifiaient comme celui du PSD, son ancien dirigeant, Victor Ponta. ou électeurs du parti, pourrait quant à lui faire le choix de se reporter sur un candidat démocrate. En outre, dans une vidéo publiée sur son compte TikTok, l’ancien président du parti social-démocrate fustige le candidat nationaliste George Simion en des termes assez durs. S’il n’appelle pas à voter pour son concurrent, Nicușor Dan, on peut tout de même supposer le choix qu’il appelle, indirectement, à faire.

Néanmoins, les résultats électoraux ne répondent en rien aux règles de l’arithmétique et nous nous garderons bien d’émettre le moindre avis en ce sens que nous ne sommes pas en capacité de l’étayer par des éléments tangibles. En outre, un autre élément qu’il convient de prendre en considération concerne la participation à ce second tour et notamment la mobilisation d’une part des 46,79% d’électeurs – couplée ou non à une abstention de votants du premier tour – qui ne se sont pas mobilisés à l’occasion de ce premier tour. Celle-ci pourrait s’avérer déterminante pour faire basculer le scrutin dans un sens ou un autre. Un sondage Inscop paru le 10 mai dernier prévoit une hausse de la participation de 10% pour s’établir aux environs de 60% pour ce second tour, soit un million de votants supplémentaires attendus. Ce même sondage donne George Simion en tête avec environ 52%, mais dans la marge d’erreur, comme l’indique le responsable de l’institut. Un autre sondage Verifield en date du 7 mai donnerait George Simion à 54,8% contre 45,2% pour le maire de Bucarest.

Si ces sondages à quelques jours du vote peuvent donner une indication des orientations du moment, une seule chose est certaine, le vote du 18 mai prochain sera, selon toute vraisemblance, extrêmement serré et son issue est, pour l’heure, bien incertaine.

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    Pour une explication de l’annulation du scrutin présidentiel en décembre dernier, voir Alexandre Riou, Annulation de l’élection présidentielle en Roumanie : un séisme à la réplique inattendue, Fondation Jean-Jaurès, 12 décembre 2024.
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    Alianța pentru Unirea Românilor (Alliance pour l’Unité des Roumains), dont l’acronyme signifie « Or » en roumain.
  • 3
    Sondage Verifield mené entre le 24 et le 28 mars 2025 et publié sur le site Euronews.
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    Données issues des sites Prezenta et Istoric, retraçant les résultats et données détaillées des différents scrutins en Roumanie depuis 1992. Ce site est animé par un collectif d’universitaires roumains en sciences humaines et sociales.
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    Le județ est une circonscription administrative que nous pouvons associer au département français.
  • 6
    Données issues du site Prezenta. Sur le plan méthodologique, nous avons indiqué les pourcentages obtenus par chacun de ces candidats dans les municipalités concernées.
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    Données issues du site Prezenta. Nous avons additionné les pourcentages obtenus par C. Georgescu et G. Simion dans les communes concernées.
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    Données issues du site Prezenta.
  • 9
    Données issues du site Prezenta. Nous avons ici additionné les données concernant Călin Georgescu et George Simion pour le scrutin de fin 2024.
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    Données issues du site Prezenta.
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    Données issues du site Prezenta. Nous avons également additionné les données recueillies pour Georgescu et Simion pour le scrutin de novembre 2024. Concernant les écarts constatés du nombre de votants de la diaspora entre novembre 2024 et mai 2025, nous avons ici fait le choix de prendre le nombre de suffrages recueillis et non des pourcentages.
  • 12
    La monnaie roumaine.
  • 13
    Nom du palais hébergeant la présidence de la Roumanie, à Bucarest.
  • 14
    « Ce Nouvel An qui n’est jamais arrivé ».
  • 15
    « În turul al doilea, votez cu Nicușor Dan. Direcția europeană a României nu e negociabilă » Digi24.ro, 5 mai 2025.
  • 16
    Digi24.ro, 5 mai 2025.
  • 17
    À la lecture des résultats par județ, il apparaît que c’est dans les territoires votant historiquement PSD qu’il obtient ses meilleurs résultats. On peut supposer, ce qui resterait bien sûr à préciser par une étude méthodique et détaillée, que l’électorat du PSD s’est divisé entre ceux votant pour le candidat soutenu par le parti, Crin Antonescu, et ceux votant pour le candidat qu’ils identifiaient comme celui du PSD, son ancien dirigeant, Victor Ponta.

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