À moins d’un an des municipales, la recomposition du paysage politique se poursuivra-t-elle à l’issue de ce scrutin, dans la continuité des élections européennes et législatives ? Émeric Bréhier et Sébastien Roy, respectivement directeur et membre de l’Observatoire de la vie politique à la Fondation Jean-Jaurès, ont analysé la bataille électorale qui s’annoncera pour les villes de plus de 10 000 habitants dans chaque région, entre volonté de reconduction pour les forces politiques sortantes et espoir de conquête pour les autres.
Introduction
Dans notre précédente note1Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Les élections municipales en 2026 : quel paysage politique se dessine-t-il ?, Fondation Jean-Jaurès, 26 mars 2025., en nous appuyant sur les résultats des dernières élections municipales, ainsi que sur ceux des européennes du 9 juin 2024 et des élections législatives qui ont suivi, nous nous sommes penchés sur les enjeux principaux pour chacune des forces politiques présentes au Parlement et/ou à la tête des villes de plus de 10 000 habitants. De cette rapide analyse ressortaient plusieurs constats ou hypothèses : la possibilité pour le Rassemblement national (RN) comme pour les forces de La France insoumise (LFI) de perturber grandement les équilibres politiques des 900 et quelques communes concernées ; la pression subie tant par la droite républicaine classique (LR, DVD et UDI) face à la montée du parti de Marine Le Pen, que celle vécue par les édiles socialistes face à la progression spectaculaire des scores obtenus par La France insoumise à l’occasion des dernières élections européennes. Bref, il y a bel et bien une possibilité de voir la dichotomie entre les scènes politiques nationale et locale – caractérisée par une absence quasi totale dans les exécutifs municipaux des partis ou groupements politiques rassemblant près des deux tiers des suffrages des Français lors de la présidentielle de 2022 – s’amoindrir à l’occasion des prochaines élections municipales.
Notre hypothèse est donc que nous pourrions bien connaître en mars prochain une vague politique d’une ampleur similaire à celles que notre pays a connues à plusieurs reprises ces cinquante dernières années lorsque soit une gauche rassemblée, soit une droite unie, avaient remporté un nombre de villes extrêmement conséquent. Si tel devait être le cas, alors la question de la substitution de forces ancrées dans notre longue histoire politique par de nouvelles aux origines radicales, ou à tout le moins de rupture, se verrait irrémédiablement posée. Après tout, cela ne serait pas la première fois dans notre histoire démocratique.
Repartant des mêmes données, nous nous sommes efforcés de plonger dans les réalités plus détaillées de chacune des régions métropolitaines. Car, assurément, il existe bel et bien des spécificités pour un certain nombre d’entre elles. En outre, certaines particularités se retrouvent également sur le plan départemental. Ces différences régionales, voire infrarégionales, ne doivent pas être négligées tant elles peuvent, et vont, expliquer les différences d’attitude des organisations politiques selon les territoires. Les contextes locaux différents peuvent justifier, ou expliquer, les choix stratégiques disparates voire opposés d’élus sortants ou de challengers appartenant à la même famille politique. Ces différences locales sont également renforcées par l’affaissement reconnu par chacun de la capacité des organisations politiques à imposer des lignes politiques nationales sur le plan local. Le temps où une organisation politique excluait l’un de ses maires pour non-respect de la stratégie politique nationale est bien loin ; celui de l’autonomie locale s’est clairement imposé à la plupart d’entre eux. À l’exception, une fois encore, du Rassemblement national et de La France insoumise. À cet égard, il est usuel chez les forces politiques en dynamique de percevoir, ou de laisser à croire, les municipales comme un banc d’essai – ou de rattrapage – de l’échéance présidentielle à venir – ou passée. Qui n’a pas entendu les responsables politiques d’alors appeler à la mobilisation pour préparer les prochaines échéances nationales ? C’est d’ailleurs le discours que l’on entend encore – notamment lors de sa manifestation du 1er mai dernier à Narbonne – dans les bouches des responsables du Rassemblement national2« Le 1er mai de Marine Le Pen : un discours d’autorité aux accents trumpistes », France Info, 2 mai 2025.. Leurs homologues de La France insoumise tiennent d’ailleurs un discours similaire : les municipales constitueraient ainsi un galop d’essai en vue de la présidentielle. Compte tenu des circonstances politiques, ce discours est assurément moins fréquent chez les responsables socialistes ou de la droite classique, voire chez les tenants du « bloc central » – ce d’autant plus qu’à eux trois ils sont à la tête de toutes – ou presque – les municipalités de plus de 10 000 habitants. La tentation est alors grande de jouer sur le maire sortant, ou l’inscription locale du challenger, plutôt que l’échéance nationale prochaine.
Cet exercice de prévision est singulièrement délicat à conduire et est porteur d’évidentes limites. Tout d’abord, car comme déjà dit, les résultats des dernières européennes et législatives sont des résultats nationaux, pour l’essentiel bien éloignés des préoccupations territoriales. Même si la dimension d’implantation, voire d’incarnation, joue à l’évidence – notamment pour les législatives – et peut s’avérer essentielle lorsqu’une élection se joue à quelques dizaines de voix, leurs ressorts relèvent encore et toujours d’enjeux nationaux, voire européens. Délicat également car les ressorts de mobilisation d’une élection à l’autre sont différents : un électeur mobilisé pour une élection nationale peut ne pas l’être pour une échéance territoriale, estimant que les différences d’approche entre les listes ne sont guère probantes. A contrario, même si cela est plus rare, des concitoyens peuvent (devraient ?) trouver plus de réponses à leurs difficultés quotidiennes dans les programmes des candidats aux municipales plutôt que dans ceux au Parlement européen ou à l’Assemblée nationale. Enfin, bien sûr, le comportement électoral d’un individu, ou d’une entité électorale, peut varier d’une élection à une autre. Chacun connaît des villes où le maire appartient à une sensibilité politique alors que sa commune vote globalement plutôt pour le camp adverse lors d’échéances nationales. Il y a d’ailleurs là quelque chose de profondément réconfortant. Les ressorts des mobilisations pour les élections européennes, puis législatives, du printemps dernier, ne seront assurément pas les mêmes en mars prochain. Et il est donc assuré que ces écarts de mobilisation auront des conséquences notables sur les scores électoraux des uns et des autres. Après tout, pour une élection municipale, nous sommes appelés à nous prononcer sur des politiques publiques conduites localement. Pour autant, cette réalité n’a jamais empêché dans l’histoire politique des municipales des vagues électorales : 1977 et la victoire de la gauche, 1983 et sa déroute, 2008 et la victoire de la gauche et 2014 et sa déroute de nouveau !
Second enjeu de ces élections municipales, souvent oublié, celui du « troisième tour ». Alors même que la carte intercommunale française est désormais achevée (fruit d’un long, et décrié, processus), l’enjeu des intercommunalités est par trop souvent laissé de côté. Or celui-ci est majeur en termes, d’abord, de politiques publiques. En effet, et au-delà des compétences qui leur sont reconnues par la loi, ces établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) disposent de budgets colossaux et mettent en œuvre des politiques publiques touchant au plus près de nos vies quotidiennes : aménagement du territoire, politiques de logement, développement économique, transports du quotidien, politiques culturelles, assainissement des eaux, etc. Alors que d’ordinaire la gouvernance de cet échelon, méconnu de nos concitoyens, est le fruit de compromis entre les communes les composant et leurs exécutifs quelles que soient leurs couleurs politiques, il est arrivé à l’issue des dernières municipales que le choix soit fait de passer d’une logique de cogestion bipartisane à une logique majoritaire. Ce fut par exemple le cas dans la Métropole de Bordeaux. Bien sûr, cette logique « majoritaire » est bien plus rare que la perpétuation de la logique de cogestion et, bien souvent, lorsqu’elle a pu survenir, ce fut moins le fruit d’une volonté politique que le simple résultat du cumul des résultats positifs pour une même formation politique lors d’élections municipales du territoire communautaire ; ce qui n’induisait pas d’ailleurs forcément une gestion plus pacifiée que dans le cas d’une cogestion bipartisane.
Les élections municipales sont des échéances singulières à maints titres. D’abord car elles se déroulent à la proportionnelle, avec une prime majoritaire pour la liste arrivée en tête des suffrages exprimés, de 50%. Ensuite car si l’on pense toujours élire son maire, nous élisons une assemblée – le conseil municipal – qui lui, lors de sa séance inaugurale, va élire le ou la maire. Certes, cette précision semble purement juridique. Pourtant, même si les cas sont rares, elle n’est pas fortuite : un conseil municipal peut tout à fait juridiquement élire un autre conseiller que la tête de liste victorieuse ; plus encore, en cas de démission en cours de mandat du/de la maire – ce qui n’est pas si fréquent mais arrive soit pour des raisons de désenchantement ou de fatigue du/de la maire, ou bien pour mettre en selle un poulain –, c’est bien toujours ce conseil municipal qui va élire le/la successeur/e. Elles le sont également car de ces élections proviennent l’écrasante majorité du corps électoral des sénateurs, dont le prochain renouvellement se tiendra en septembre 2026… Enfin, elles sont singulières sur le plan de la participation électorale. Alors même que le mandat de maire est fréquemment plébiscité par nos concitoyens, force est de constater que les taux de participation aux élections municipales ces dernières années n’ont cessé de s’affaisser. Bien évidemment, les dernières élections ont été marquées par la crise liée à la pandémie de Covid-19 qui n’a pas favorisé la participation. Néanmoins, ces quarante dernières années, toutes strates confondues, l’abstention est passée de 21,6% à 36,5% en 20143Jérôme Jaffré, « Les élections municipales 2020. L’abstention aux élections municipales depuis l’après-guerre 1947-2014 », Cevipof, mars 2020.. Dès lors que l’on rentre dans le détail des strates, il apparaît qu’en dessous de 9000 habitants, le taux d’abstention est en-deçà des 40%, alors qu’il lui est supérieur au-delà, dépassant même les 45% dans les communes de plus de 100 000 habitants4Ibid.. Pour mémoire, en 2020, le taux d’abstention sur l’ensemble des communes frôlait les 60%5Voir les résultats des élections municipales de 2020 et en particulier du taux de participation au scrutin sur le site du ministère de l’Intérieur. !
Cette question de la participation sera sans doute essentielle à l’occasion des prochaines élections municipales. Non pas uniquement – ce qui est déjà crucial – pour la légitimité politique des prochaines équipes municipales, mais simplement car dans un certain nombre de communes, les résultats dépendront grandement non pas seulement du taux global mais des catégories d’électeurs se déplaçant aux urnes. Comme nous le verrons par la suite, de sa capacité de mobilisation des électeurs, à l’instar des élections européennes, dépendra grandement la capacité de La France insoumise à jouer gagnant dans un certain nombre de communes.
Dernier élément essentiel dans le cadre de ces municipales, et de leur troisième tour, la capacité des différentes organisations politiques à constituer des listes perçues comme crédibles. On peut légitimement penser à cet égard que les maires sortants – pour l’essentiel issus des formations politiques installées localement comme le PS, LR, l’UDI, Horizons, le MoDem ou encore le PC – ne seront pas confrontés à d’incommensurables difficultés. Le cas sera évidemment bien différent pour les formations politiques émergentes localement : ce sera particulièrement le cas pour le Rassemblement national et bien sûr La France insoumise, même si ces deux formations grâce à leurs conquêtes électorales lors des législatives de 2022 puis de 2024 ont acquis une capacité d’attraction sans commune mesure avec les municipales précédentes de 2020. Il sera intéressant de regarder à cet égard si nombreux seront les députés de LFI comme du RN à partir à l’assaut de villes de leur circonscription, ou s’ils se contenteront de soutenir certains de leurs cadres locaux.
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Abonnez-vousBretagne : le centre et la gauche, l’héritage du menhir6Surnom donné à Jean-Yves Le Drian, président de la Région Bretagne de 2004 à 2017.
De prime abord, la pression sur les partis traditionnellement ancrés localement apparaît bien moins forte que dans d’autres régions. D’abord car aucun député issu du Rassemblement national n’y a été élu lors des dernières législatives. Toutefois, là aussi, la progression du parti de Marine Le Pen est conséquente. Ainsi dans les quatre départements de la région le RN est-il présent dans toutes les circonscriptions au second tour, souvent en triangulaire, parfois en duels7Sauf dans la 8e de l’Ille-et-Vilaine, où le socialiste Mickaël Bouloux est élu dès le premier tour.. On devra être attentif bien évidemment au devenir de villes reconquises par la gauche bretonne lors des dernières municipales, notamment Morlaix (29) et Saint-Brieuc (22), même si à ce stade nulle alerte ne résonne dans ces deux communes. À l’inverse, des signes d’inquiétude pour le Parti socialiste existent bel et bien dans les deux métropoles bretonnes que sont Brest et Rennes. Brest (29) car le maire François Cuillandre avait été réélu en 2020 (pour son quatrième mandat) à la majorité relative après un premier tour où il avait été sérieusement challengé par une liste EE-LV (et rassemblant d’anciens socialistes) qui avait obtenu près de 16% des suffrages exprimés, ainsi que par l’ancien premier secrétaire fédéral, Marc Coatanea, parti rejoindre les troupes d’Emmanuel Macron (12,60% des suffrages au premier tour) et que LFI avait déjà fait acte de présence avec 7,13% des suffrages. On relèvera d’ailleurs que lors des dernières élections législatives, Pierre-Yves Cadalen, la tête de liste LFI, est devenu député dans une des deux circonscriptions brestoises, après avoir échoué de peu deux ans auparavant. Et si aux élections européennes, la liste de Raphaël Glucksmann avec plus de 22% des suffrages exprimés devance largement celles de LFI (12,14%) et des Écologistes (9,17%), le risque de la division et de la fragmentation existe.
Quant à Rennes (35), si la maire Nathalie Appéré ne candidaterait que pour son troisième mandat, la situation politique du Parti socialiste est moins puissante qu’elle ne le fût par le passé, notamment en raison de la progression des scores des Écologistes. À cet égard, les résultats des dernières élections départementales de 2021 ont constitué une véritable alerte – en partie d’ailleurs confirmée lors des dernières européennes où la liste des Écologistes obtient plus de 14% des suffrages exprimés, lorsque celle de LFI frôle les 18% et que celle du PS n’atteint pas les 25%. Les Écologistes qui étaient partis séparément en 2020 et avaient obtenu plus de 25% cèderont-ils ainsi aux appels éventuels de LFI, espérant détrôner des socialistes à la tête de la commune depuis sa conquête par Edmond Hervé en 1977 ?
Il conviendra également de suivre le devenir des municipales à Lorient (56), ville perdue par une gauche divisée en 2020, mais où un député écologiste, ancien candidat à la mairie en 2020, Damien Girard, a été élu en triangulaire dans une circonscription comportant les deux cantons de la ville. Il y a là une réelle possibilité de reconquête de la gauche si tant est qu’elle parvienne à s’accorder sur son périmètre et sur une incarnation.
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |
| Droite | 35,14 % | 13 |
| Centre | 13,51 % | 5 |
| Gauche | 48,65 % | 18 |
| Divers et sans étiquette | 2,70 % | 1 |
| 37 |

| LFI | 7,50 % | 3 |
| PC | 0,00 % | 0 |
| EELV | 15,00 % | 6 |
| PS | 12,50 % | 5 |
| Centre | 60,00 % | 24 |
| Droite | 5,00 % | 2 |
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |
| 40 |

La majorité présidentielle a, de son côté, réussi son implantation à la fois dans les villes de gauche mais aussi dans celles de droite, largement moins nombreuses. On notera aussi que les terres bretonnes n’ont pas à ce stade répondu aux sirènes de LFI, où ce sont les Écologistes qui challengent globalement le Parti socialiste.
Centre-Val de Loire : du ventre mou à la droite dure
La situation pourrait y être bien plus mouvante que dans la région bretonne. Trois communes pourraient fort bien passer sous le contrôle du Rassemblement national, dans une région qui, rappelons-le, aurait très bien pu passer sous le contrôle du Front national en 2015. Vierzon (18), tout d’abord, aussi étonnant que cela puisse paraître tant l’influence de son député, et ancien maire, Nicolas Sansu y est importante. Le RN y obtient 36,82% des suffrages aux européennes et, lors des législatives qui ont suivi, 37,54% au premier tour. Certes le député sortant l’emporte largement au second tour (56,41%) mais il y a indéniablement là un terreau. Romorantin-Lanthenay (41) est dans une situation similaire, avec plus de 40% des suffrages aux européennes et 45,32% au premier tour des législatives. Et si au second tour le candidat du RN ne rassemble « que » 47,52% des suffrages, il l’emporte toutefois dans la circonscription. Enfin, Amilly (45), au maire sans étiquette, pourrait elle aussi basculer : 39,6% pour le RN aux européennes, 41,81% au premier tour, puis 57,87% au second ! Il conviendra également de surveiller la ville de Montargis (45) (LR) où la liste de Jordan Bardella avait atteint les 30% et où le candidat victorieux aux législatives avait dépassé les 46% au second tour. De l’autre côté, ce sont deux villes qui dans la région pourraient fort bien être menacées par LFI, une à gauche, une à droite. À droite, c’est bien entendu la ville de Dreux (28) qui est menacée, où LFI obtint 37,77% des suffrages exprimés. Même si les législatives (la candidate du NFP, Nadia Faveris, était issue du Parti socialiste) ne donnent pas véritablement d’indication, relevons tout de même que cette candidature obtint près de 47% dès le premier tour, avant de se retirer au profit d’Olivier Marleix face au RN. Vernouillet (28) pourrait être également une cible privilégiée pour LFI, puisqu’aux européennes, la liste de Manon Aubry y obtint là aussi près de 37%. Enfin trois autres communes pourraient être (re)conquises par les socialistes, s’ils parviennent à construire une offre de rassemblement : Joué-lès-Tours (37) où Laurent Baumel (PS-NFP) a obtenu plus de 36% des suffrages dès le premier tour ; Saint-Pierre-des-Corps (37), ancien bastion communiste passé à droite lors des dernières municipales ; Orléans (45), enfin, où les candidats du PS-NFP des 1re et 6e circonscriptions, qui ont dû se retirer pour faire barrage au Rassemblement national, avaient recueilli plus de 42% dès le premier tour. On se souviendra d’ailleurs que lors des dernières départementales, les socialistes Baptiste Chapuis et Karine Harribey avaient conquis le canton 4.
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |
| Droite | 41,18 % | 14 |
| Centre | 5,88 % | 2 |
| Gauche | 50,00 % | 17 |
| Divers et sans étiquette | 2,94 % | 1 |
| 34 |

| LFI | 0,00 % | 0 |
| PC | 5,13 % | 2 |
| EE-LV | 12,82 % | 5 |
| PS | 5,13 % | 2 |
| Centre | 58,97 % | 23 |
| Droite | 7,69 % | 3 |
| Extrême droite | 10,26 % | 4 |
| 39 |

Dans le Centre-Val-de-Loire, l’impression rétinienne est celle d’un surplomb de la majorité présidentielle, mais cela cache une implantation RN forte qui, des campagnes, pénètre désormais le tissu urbain.
En Bourgogne-Franche-Comté, vers une percée du Rassemblement national ?
En Bourgogne-Franche-Comté, dont les résultats lors des deux dernières élections régionales étaient assez similaires de ceux du Centre-Val de Loire, là aussi nombre de communes de plus de 10 000 habitants peuvent basculer. Ainsi Montbéliard (25), conquise par la droite en 2014 et aisément conservée six ans plus tard, a vu le RN frôler les 30%, lorsque LFI se rapprochait des 20%. Les candidats du PC-NFP et du RN n’étaient d’ailleurs séparés que de 200 voix au premier tour, même si seul le second se maintint au second tour qui l’opposât au candidat d’Ensemble. La ville voisine de Valentigney (25), elle aussi prise par la droite en 2014, a vécu des résultats similaires lors des dernières européennes. Et les résultats des législatives laissent des espoirs à une gauche parvenant à se rassembler puisque la candidate PS-NFP Magali Duvernois y obtient près de 45,15% des suffrages au second tour, après avoir fait jeu égal avec le RN qui l’a emporté dans cette circonscription qui fut longtemps celle de Pierre Moscovici. Le RN peut y nourrir quelques espoirs, assurément. De même, dans un autre département de la région, faut-il être attentif à la commune d’Autun (71). Il y frôla les 40% aux européennes, et son candidat aux législatives y obtient également près de 40% au premier tour et 47% au second. D’autres communes mériteraient d’être suivies, toutefois les possibilités qu’elles basculent en faveur du RN nous semblent moins fortes : Beaune (21), Audincourt (25), Vesoul (70) ou Sens (89).
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |
| Droite | 52,00 % | 13 |
| Centre | 20,00 % | 5 |
| Gauche | 28,00 % | 7 |
| Divers et sans étiquette | 0,00 % | 0 |
| 25 |

| LFI | 0,00 % | 0 |
| PC | 3,33 % | 1 |
| EE-LV | 6,67 % | 2 |
| PS | 16,67 % | 5 |
| Centre | 16,67 % | 5 |
| Droite | 10,00 % | 3 |
| Extrême droite | 46,67 % | 14 |
| 30 |

Nous voyons donc dans cette région que l’espace occupé par la droite aux municipales est devenu le terrain de jeu du RN et que la gauche et le centre conservent grosso modo leurs positions respectives.
Pays de la Loire : Bruno Retailleau et ses terres de droite
La stabilité devrait y prévaloir. Toutefois, des points d’attention méritent d’être soulignés. Tout d’abord, les choses peuvent être différentes dans un certain nombre de communes selon que Les Écologistes et les Insoumis décident ou pas de partir au combat ensemble sans les socialistes. Ils ont d’ores et déjà annoncé leurs désirs de le faire à Saint-Nazaire (44), bastion centenaire socialiste. Certes, le député Mathias Tavel est issu du parti de Jean-Luc Mélenchon, mais les européennes ont montré la capacité de résilience des socialistes avec les 24% de la liste de Raphaël Gluksmann, loin des 10% de celle de Manon Aubry et des 8% de Marie Toussaint. On relèvera d’ailleurs que le dissident PS, Xavier Perrin, n’a pas été ridicule avec plus de 17% des suffrages exprimés au premier tour des législatives. Les dernières départementales avaient déjà mis en scène cet affrontement, jusqu’à présent au profit des socialistes. Cette situation à Saint-Nazaire peut légitimement interpeller la maire de Nantes (44) qui, si elle peut sembler peu concurrencée, doit faire face à des LFI ayant obtenu plus de 15% aux européennes et des Écologistes près de 14%. D’ailleurs, sur les cinq députés élus sur la ville de Nantes, si deux sont socialistes (Karim Benbrahim et Fabrice Roussel), deux sont insoumis (Ségolène Amiot et Andy Kerbrat) et une est écologiste (Julie Laernoes). Le Parti socialiste, au-delà de la conservation de ces deux bastions, peut légitimement nourrir quelques espoirs au Bouguenais (44) où la liste « Réveiller l’Europe » dépasse les 22%, où la candidate EE-LV-NFP, Julie Laernoes, atteint les 46% au premier tour, dans une ville perdue en raison de ses divisions face au centre en 2020. Saint-Sébastien-sur-Loire (44), autre commune centriste, pourrait également basculer puisque là aussi aux législatives la candidate EE-LV-NFP y obtint plus de 43% au premier tour, après que Raphaël Glucksmann a obtenu plus de 25% aux européennes. Enfin, il conviendra de suivre de près l’évolution de la ville de La Roche-sur-Yon (85), ancien bastion du regretté Jacques Auxiette, qui n’a pas été encore reprise par le socialiste Stéphane Ibarra, suite à des divisions mais dont l’un des cantons est demeuré à gauche en dépit de la candidature du maire en 2021.
| Extrême droite | 2,13 % | 1 |
| Droite | 46,81 % | 22 |
| Centre | 10,64 % | 5 |
| Gauche | 36,17 % | 17 |
| Divers et sans étiquette | 8,51 % | 4 |
| 49 |

| LFI | 13,11 % | 8 |
| PC | 0,00 % | 0 |
| EE-LV | 8,20 % | 5 |
| PS | 14,75 % | 9 |
| Centre | 57,38 % | 35 |
| Droite | 6,56 % | 4 |
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |

Nouvelle-Aquitaine : le mystère des voix du centre, le retour
En effet, durant de nombreuses années, le risque du RN était somme toute limité, même si depuis quelque temps l’on avait perçu de très importantes avancées, en Gironde et dans le Lot-et-Garonne pour l’essentiel. Toutefois, lors des dernières législatives, nombre de ses candidats se sont qualifiés pour le second tour, comme dans les Landes ou les Pyrénées-Atlantiques, voire ont conquis des circonscriptions, adossés parfois à des fractions de la droite. Il conviendra ainsi de prêter attention à la ville de Marmande (47) où le RN obtient près de 35% aux européennes, 40% au premier tour de la législative puis près de 47,5% au second tour, son candidat remportant par ailleurs la circonscription. De même que la situation de l’ancienne terre d’élection de Jérôme Cahuzac à Villeneuve-sur-Lot (47) devra être suivie de près, car si le candidat LR, Guillaume Lepers, l’emporte largement au second tour des législatives (60% au second tour), il n’en demeure pas moins qu’avec 36% aux européennes puis 35% au premier tour des législatives, le Rassemblement national a confirmé sa puissance. Quant à Saint-André-de-Cubzac (33), alors que les socialistes avaient conservé la mairie ainsi que le canton contre Edwige Diaz, celle-ci a, depuis lors, été élue députée en 2022 et réélue en 2024. Pis, lors des européennes, le RN y frôle les 40%, et dépasse les 46% au premier tour. Le Parti socialiste, et ses alliés de gauche s’il en trouve, peut lui aussi nourrir quelques espoirs à Bayonne (64), à Pessac (33), à Angoulême (16) ou bien à Limoges (87). Dans la sous-préfecture basque, non seulement l’ancienne députée socialiste Colette Capdevielle a retrouvé les bancs de l’Assemblée mais l’alliance entre les centristes et la droite bayonnaise doit faire face à l’usure, légitime, du pouvoir ainsi qu’à une montée inédite d’un Rassemblement national qui y a obtenu plus de 21% des suffrages aux européennes et plus du quart aux législatives qui ont suivi. Dans l’ancienne commune d’Alain Rousset, Pessac, non seulement la liste soutenue par le PS est arrivée en tête des suffrages avec plus de 21%, mais le candidat PS-NFP (ancienne tête de liste au second tour des municipales qui avait échoué à moins de 200 voix), Sébastien Saint-Pasteur a dépassé les 46% au second tour des législatives dans le cadre d’une triangulaire. Qui plus est, les deux cantons sont demeurés, en 2021, dans l’orbite de la majorité départementale. Il y a là une véritable opportunité d’autant que le maire Franck Raynal achève un second mandat. Dans la ville de la bande dessinée, Angoulême, le plus grand obstacle est bien la division de la gauche : plus de 19% aux européennes pour le PS mais 17% pour LFI. Et les dernières départementales n’avaient pas permis à la gauche, fusse-t-elle unie, de prendre un seul des trois cantons de la commune. Il n’en demeure pas moins qu’au second tour, dans le cadre d’une triangulaire, le candidat LFI-NFP René Pilato avait recueilli plus de 46% sur sa candidature. Enfin, le bastion historique des socialistes, Limoges, tombé dans les mains de la droite en 2014, doit retenir notre attention. Avec 20% aux européennes, les socialistes ont une fois de plus démontré leur résilience, laissant LFI 8 points derrière. Et les trois circonscriptions de la ville sont tenues par deux LFI et un socialiste depuis les législatives de 2022, lorsque sept des neuf cantons le sont par les gauches départementales. Bien évidemment, il conviendra de suivre la bataille électorale de Bordeaux (33), qui fut l’une des grandes conquêtes d’écologistes alliés dès le premier tour avec les socialistes. La bataille s’annonce de fait rude ; certes la droite et le centre y sont, à ce stade, divisés, mais deux des cinq cantons ont des représentants qui y en sont issus et un des trois députés de la commune est issue de la « majorité présidentielle », Thomas Cazenave. Et Pierre Hurmic ne l’avait remporté que de 1400 voix en 2020, avec un très faible taux de participation, en dépit de la présence d’une liste LFI-NPA qui avait frôlé les 10% au second tour de l’élection municipale. Enfin, la bataille électorale de Poitiers (86) peut également réserver des surprises tant la victoire de la liste « citoyenne » menée par l’écologiste Léonore Moncond’Huy contre le sortant historique Alain Claeys avait constitué une surprise. Les victoires aux législatives de 2022, dans la ville, des deux candidatures LFI et EE-LV, Valérie Soumaille et Lisa Belluco, peuvent être de bon augure pour l’équipe sortante. Mais deux inconnues demeurent : que fera le Parti socialiste qui a frôlé les 22% aux européennes et quelle sera l’attitude du député en rupture de ban de Renaissance, ancien socialiste, et qui vient d’annoncer son adhésion à Place publique, Sacha Houlié ?
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |
| Droite | 39,39 % | 26 |
| Centre | 9,09 % | 6 |
| Gauche | 45,45 % | 30 |
| Divers et sans étiquette | 6,06 % | 4 |
| 66 |

| LFI | 9,72 % | 7 |
| PC | 0,00 % | 0 |
| EE-LV | 6,94 % | 5 |
| PS | 34,72 % | 25 |
| Centre | 38,89 % | 28 |
| Droite | 2,78 % | 2 |
| Extrême droite | 6,94 % | 5 |
| 72 |

Le centre pousse très fort. La gauche progresse un peu et la droite ne résiste pas à la tenaille du RN et du centre.
Auvergne-Rhône-Alpes : le quatre-quarts n’est pas breton
Après sa cinglante défaite au sein des Républicains, nul doute que Laurent Wauquiez souhaitera, plus encore qu’à son habitude, marquer de son empreinte les municipales. D’autant que plusieurs communes de la région pourraient fort bien, au regard des résultats aux européennes et législatives et en dépit des limites que cet exercice induit, tomber dans les bras du Rassemblement national – toutes avec à leur tête des édiles de droite : Ambérieu-en-Bugey (01) où le RN obtint près de 35% aux européennes puis plus de 36% au premier tour et plus de 51% au second tour des législatives ; Montluçon (03) où il convainc près de 34% des électeurs ayant voté aux européennes, puis près de 38% au second tour des législatives dans le cadre d’une triangulaire dont le candidat du RN est sorti vainqueur. Montluçon est également sous la menace de la gauche puisque celle-ci avait conquis le canton en 2021 et réalisé plus de 33% au premier tour des dernières législatives. Plus au sud de la région, la ville de Montélimar (26) devra également être surveillée de près : plus de 33% aux européennes, et plus de 37% au premier tour des législatives avant de frôler les 53% au second tour avec plus de 62% de participation. Enfin, s’agissant du RN, la commune de Pierrelatte (26) peut également constituer une cible puisqu’il y obtient plus de 46% aux européennes, frôle la majorité au premier tour des législatives avant d’y dépasser les 60% une semaine plus tard ! Score somme toute logique puisque Marine Le Pen y avait déjà obtenu plus de 56% des suffrages au second tour de la dernière présidentielle. On pourra aussi s’appesantir sur la commune de Chassieu (69) où le RN a dépassé le tiers des suffrages au européennes et où son candidat, élu dans la circonscription, frôle les 54% au second tour des législatives contre un candidat LFI-NFP. De l’autre côté du spectre politique, et bien évidemment plus particulièrement dans la métropole lyonnaise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon peut nourrir de véritables espoirs dans de nombreuses communes dont certaines d’entre elles jusqu’à maintenant dirigées par des élus du Parti socialiste. Vaulx-en-Velin (69), bien évidemment, la commune d’Hélène Geoffroy, cible constante de LFI qui y frôle la majorité des suffrages lors des européennes (48,16%) ; Villeurbanne (69), en dépit du soutien du maire actuel au candidat LFI, Gabriel Amard, lors des dernières législatives contre le dissident socialiste, l’ancien maire de la commune, Jean-Paul Bret, ayant mis le pied à l’étrier de l’actuel… Plus encore, des communes dirigées par le PCF sont assurément sous la menace si LFI décidait de faire « payer » à ses représentants du parti de Fabien Roussel l’opposition du secrétaire général du PCF à la place de LFI dans l’alliance du NFP : Vénissieux (69), Échirolles (38), Fontaine (38) ou Saint-Martin-d’Hères (38), etc. La menace serait plus grande encore si LFI venait à décider de s’allier avec Les Écologistes, dans un remake inversé de Grenoble. Enfin, des communes passées à droite peuvent également être menacées par des velléités de LFI : Rillieux-la-Pape (69) où LFI (22,25%) fait quasiment jeu égal avec le RN (24,53%) aux européennes, Saint-Fons (69) où LFI dépasse les 46% aux européennes et où son candidat, Idir Boumertit, frôle les 63% au premier tour des législatives ! Enfin, le Parti socialiste apparaît pouvoir nourrir quelques espoirs dans les communes de Beaumont (63) et Riom (63) dans le Puy-de-Dôme, mais aussi à Saint-Étienne (42), où l’ancien député Régis Juanico, est parti à l’assaut de cette commune qui connaît depuis quelques années une crise politique larvée. On rappellera pour mémoire que la préfecture de la Loire n’a connu depuis la Seconde Guerre mondiale que deux maires de gauche : Joseph Sanguedolce, du Parti communiste, de 1977 à 1983, puis Maurice Vincent, du Parti socialiste, de 2008 à 2014 – aucun des deux n’étant parvenu à obtenir un second mandat.
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |
| Droite | 64,65 % | 64 |
| Centre | 3,03 % | 3 |
| Gauche | 33,33 % | 33 |
| Divers et sans étiquette | 2,02 % | 2 |

| LFI | 16,35 % | 17 |
| PC | 2,88 % | 3 |
| EE-LV | 8,65 % | 9 |
| PS | 5,77 % | 6 |
| Centre | 25,00 % | 26 |
| Droite | 18,27 % | 19 |
| Extrême droite | 23,08 % | 24 |
| 104 | ||

Grand-Est : la ligne bleu foncé des Vosges
Dans la région, les évolutions possibles, telles que visibles à l’issue de ces scrutins de 2024, sont plutôt favorables au Rassemblement national. Bien entendu, on pourra se pencher sur le devenir de la municipalité de Strasbourg, tant la vie de ce conseil municipal a été entrecoupée de conflits entre la majorité dirigée par Les Écologistes et son opposition, notamment socialiste. On pourra aussi se pencher sur le devenir de la majorité municipale de Nancy qui, pour la première fois depuis des décennies, est dirigée par un socialiste, Mathieu Klein. Il ne devrait pas être mis en difficulté à l’issue de ce premier mandat. De fait, beaucoup de communes pourraient passer sous le pavillon « bleu marine », la plupart dirigée par des maires divers droite ou LR. Romilly-sur-Seine (10), où il obtient plus de 40% aux européennes comme au premier tour des législatives (et même si le candidat PS-NFP, Olivier Girardin, y est majoritaire au second tour) et remporte la circonscription. À Saint-Dizier (52), où la gauche peine à exister, le RN frôle la majorité absolue aux européennes (47,59%) et la dépasse lors de l’unique tour des législatives (50,11%). En Moselle, les communes de Saint-Avold (57) comme de Creutzwald (57) constituent des cibles certaines pour le parti de Jordan Bardella : près de 45% tant aux européennes que pour le premier tour des législatives dans la première, 49,71% aux européennes et plus de 53% au premier tour des législatives pour la seconde ! Sans surprise, puisque dans ces deux communes, Marine Le Pen l’avait d’ailleurs emporté avec 53% et près de 57% des suffrages au second tour de l’élection présidentielle. On doit, dans le même département, également rappeler la commune de Stiring-Wendel (57) où le RN frôle les 54% aux européennes et dont le candidat aux législatives (ancien candidat aux municipales de 2020) dépasse les 57% des suffrages exprimés au premier tour. Sans oublier Florange (57), où Laurent Jacobelli obtient près de 45% au premier tour des législatives et dépasse les 54% une semaine plus tard. Même constat quelques kilomètres plus loin avec la commune de Freyming-Merlebach (57), où là aussi les 50% sont dépassés tant aux européennes que dès le premier tour des législatives. Enfin, la commune de Wittisheim (68) dans le Bas-Rhin pourrait basculer, le RN y obtenant un peu moins de 43% aux européennes et 46% au premier tour des législatives avant de frôler les 55% une semaine plus tard, même si, dans cette circonscription, son candidat est battu. Enfin, on portera attention au devenir de la ville de Longwy (54) où, même si le Parti socialiste a su conserver le canton en 2021 face au Rassemblement national, ce dernier a fait près du triple de voix que le PS et le double de la liste LFI. Il pourrait, en s’appuyant sur le député de la circonscription, contester aux socialistes les clés de la ville.
| Extrême droite | 1,52 % | 1 |
| Droite | 68,18 % | 45 |
| Centre | 6,06 % | 4 |
| Gauche | 21,21 % | 14 |
| Divers et sans étiquette | 3,03 % | 2 |
| 66 |

| LFI | 4,17 % | 3 |
| PC | 0,00 % | 0 |
| EE-LV | 1,39 % | 1 |
| PS | 12,50 % | 9 |
| Centre | 40,28 % | 29 |
| Droite | 13,89 % | 10 |
| Extrême droite | 27,78 % | 20 |
| 72 |

Normandie : des campagnes de la droite à l’extrême droite, des villes de gauche divisées
Là aussi, des bastions bien connus pourraient être mis en difficulté par des évolutions électorales telluriques. Ainsi, trois communes véritables bastions socialistes devront être surveillées avec attention : Yvetot (76), Caudebec-lès-Elbeuf (76) et Le Grand-Quevilly (76). Dans la première, le RN atteint les 39% aux européennes ainsi qu’au premier tour des législatives ; dans la deuxième, il dépasse les 44% le 9 juin et dépasse les 52% au second tour des législatives ; dans la troisième, il frôle les 41% aux européennes et les 50% au second tour des législatives ! Bien sûr au Grand-Quevilly, commune au cœur de l’ancienne circonscription de Laurent Fabius, puis de Guillaume Bachelay, l’équipe municipale autour de Nicolas Rouly dispose de points d’appui reconnus, comme les dernières départementales en 2021 l’ont une fois de plus démontré, mais l’incertitude est bien là. Quant à Caudebec-lès-Elbeuf, rappelons que Marine Le Pen y était arrivée en tête au second tour de la dernière présidentielle et qu’en 2022, la candidate LFI-NFP Alma Dufour y avait devancé le candidat du RN – ce qui n’est donc plus le cas deux ans plus tard. Il conviendra également de suivre les communes de Gisors (27) et de Bernay (27) qui, elles aussi, peuvent être conquises par le RN. Dans la première, il dépasse les 45% au premier tour et s’approche des 54% au second tour des législatives, son candidat remportant cette circonscription de l’Eure. À Bernay, la menace paraît moins grande puisqu’il n’obtient « que » 32% aux européennes et près de 44% au second tour des législatives. À l’inverse, le Parti socialiste pourrait envisager de conquérir la ville de Louviers (27), où le seul député de gauche du département, Philippe Brun, avait obtenu au premier tour des législatives plus de 41% des suffrages exprimés. Même si au regard du résultat des européennes où la liste de Glucksmann atteint à peine les 13%, les choses seront sans doute complexes. Il faudra donc compter sur la notoriété du député. Dans la ville d’Évreux (27), il existe une véritable possibilité pour les socialistes de prendre une ville où leur candidat aux dernières législatives avait obtenu plus de 43% au premier tour (il s’est désisté en faveur du candidat Renaissance) et où l’un des trois cantons de la commune a été remporté lors des dernières départementales. Enfin, il conviendra de porter une attention particulière à la ville de Val-de-Reuil (27) où, si Philippe Brun l’emporte très largement au second tour des législatives avec près de 70% des suffrages, LFI avait obtenu plus de 27% des suffrages exprimés aux européennes, loin des 16% de la liste Glucksmann, et où des manifestations très virulentes contre le maire et le député se sont déroulées ces dernières semaines.
| Extrême droite | 0,00 % | 0 |
| Droite | 23,08 % | 9 |
| Centre | 15,38 % | 6 |
| Gauche | 53,85 % | 21 |
| Divers et sans étiquette | 7,69 % | 3 |
| 39 |

| LFI | 11,90 % | 5 |
| PC | 16,67 % | 7 |
| EE-LV | 0,00 % | 0 |
| PS | 26,19 % | 11 |
| Centre | 21,43 % | 9 |
| Droite | 9,52 % | 4 |
| Extrême droite | 14,29 % | 6 |
| 42 |

Occitanie : une gauche pas si triomphante, des LR en berne, un RN sorti du bois…
Les municipales risquent bien de modifier sensiblement la carte électorale. Nombreuses sont en effet les communes à être sous la menace d’un Rassemblement national qui ne cesse de progresser dans la plupart des départements de cette grande région. À droite, les résultats pourraient être sanglants : à Lézignan-Corbières (11), le RN avait déjà dépassé les 41% aux européennes avant d’atteindre plus de 54% au premier tour des législatives et plus de 67% une semaine plus tard. Marine Le Pen y avait d’ailleurs obtenu plus de 63% des suffrages au second tour de la dernière présidentielle après que la gauche y avait conservé le canton à peine un an plus tôt ; à Narbonne (11), ville au passé socialiste s’il en est8On se souviendra que Léon Blum en fut le député de 1929 à 1940 et qu’y figure toujours un square à son nom, et celui de son épouse, Thérèse., il passe de 37,51% aux européennes à 52,1% au second tour des législatives alors même que lors des départementales en 2021, la gauche et les écologistes y avaient conservé les trois cantons ; à Carcassonne (11), il passe de 37% à plus de 53% au second tour des législatives. Lors des dernières départementales, le RN avait échoué dans les deux des trois cantons au second tour contre deux tickets de la gauche ; à Saint-Gilles (30), il dépasse la majorité absolue dès les européennes (51,37%) et progresse de 5 points dès le premier tour des législatives (56,43%), confirmant ainsi le vote de la présidentielle où Marine Le Pen avait dépassé les 60% au second tour ; à Alès (30), il dépasse les 41% au premier tour des législatives et atteint la majorité des suffrages une semaine plus tard (50,71%) ; à Lourdes (65), il obtient 55,86% des suffrages au second tour (contre un candidat PS-NFP) après plus d’un tiers aux européennes ; au Canet-en-Roussillon (66), le RN passe de 45,58% le 9 juin à près de 54% un mois plus tard, confirmant là encore le score de son ancienne présidente au second tour de la présidentielle où elle avait obtenu plus de 56% des suffrages ; à Saint Cyprien (66), il frôle les 50% le 9 juin, qu’il dépasse allègrement un mois après avec près de 56%, en léger recul par rapport à la présidentielle où Marine Le Pen avait frôlé les 60% ; à Saint Estève (66), après 46% aux européennes, il dépasse les 64% le 1er juillet.
Les différentes forces de gauche sont, elles aussi, sous la pression frontiste dans ces terres occitanes. Ainsi à Limoux (11) le RN frôle-t-il les 40% aux européennes puis les 50% au second tour des législatives, lorsque lors de la dernière présidentielle sa candidate avait déjà dépassé les 52% des suffrages. On relèvera ici que le candidat aux municipales, comme aux départementales, sur la commune a justement remporté les législatives ; à Castelnaudary (11), il dépasse les 45% au premier tour des législatives avant d’atteindre 49,57% une semaine plus tard, retrouvant quasiment le même nombre de voix que Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle ; à Vauvert (30), le parti de Marine Le Pen atteint 48,7% aux européennes et, dès le premier tour des législatives, dépasse les 53% alors même que la candidate PS-NFP, première adjointe du maire, Katy Guyot atteint péniblement les 30%. D’ailleurs, lors de la dernière présidentielle, Marine Le Pen avait flirté avec les 58% au second tour et, lors des départementales qui avaient précédé, le ticket frontiste l’avait emporté de six voix sur ce canton pris à la gauche en 2015. Lors des précédentes municipales, déjà, la bataille avait été rude pour l’équipe du maire sortant, Jean Denat, qui ne l’avait remporté au second tour qu’avec 155 voix d’avance. À Saint-Gaudens (31), le RN dépasse les 37% le 9 juin et frôle les 50% un mois plus tard face au député sortant PS Joël Aviragnet ; à Mèze (34), commune Génération Écologie, le RN dépasse les 45% aux européennes et atteint même 63,73% au second tour des législatives, accentuant le score de Marine Le Pen (58,63%) lors de l’élection présidentielle ; à Argelès-sur-Mer (66), le RN atteint les 43% aux européennes puis tangente les 60% le 1er juillet, confirmant là aussi les résultats de l’élection présidentielle (55,02% au second tour) ! Le Rassemblement national peut, enfin, avoir des vues dans le Gard sur les communes de Bagnols-sur-Cèze (41,09% aux européennes et 53,92% au second tour des législatives) comme de Pont-Saint-Esprit (46,96% aux européennes et 61,55% le 1er juillet), toutes deux dirigées par des membres de la galaxie présidentielle. A contrario, le Parti socialiste peut légitimement nourrir quelques espoirs au Plaisance-du-Touch (31), où la liste de Raphaël Glucksmann a dépassé les 20%, à Castelnau-le-Lez (34), où sa candidate aux législatives, Fanny Dombre-Coste, avait rallié plus de 36% des suffrages au premier tour et où la liste de Glucksmann n’était devancée que de 2,5 points par le Rassemblement national et où elle avait échoué de peu lors des dernières municipales, et enfin à Montauban (82). En effet, si le RN est loin devant aux européennes, Valérie Rabault, même battue dans la circonscription, a pris le dessus sur la maire-candidate avec près de 52% des suffrages et plus de 1000 voix d’avance et alors même que, lors des dernières départementales, deux des trois cantons étaient demeurés dans le giron de l’union de la gauche. Demeure évidemment la question des deux métropoles de la région : Montpellier et Toulouse. Les enjeux y sont connus. Dans la première, il s’agira pour le maire socialiste Michaël Delafosse de confirmer son succès de 2020 face à un regroupement probable de LFI et d’une partie des écologistes d’une part et face à un Rassemblement national qui peut jouer les trouble-fête. Dans la seconde, le maire sortant, Jean-Luc Moudenc semble bien parti pour s’assurer d’un troisième mandat compte tenu de la fragmentation des forces de gauche en manque d’un leader local.
| Extrême droite | 0,00 % | 4 |
| Droite | 37,10 % | 23 |
| Centre | 12,90 % | 8 |
| Gauche | 38,71 % | 24 |
| Divers et sans étiquette | 4,84 % | 3 |
| 62 |

| LFI | 22,67 % | 17 |
| PC | 0,00 % | 0 |
| EE-LV | 5,33 % | 4 |
| PS | 17,33 % | 13 |
| Centre | 13,33 % | 10 |
| Droite | 1,33 % | 1 |
| Extrême droite | 40,00 % | 30 |

PACA : la grande bleue Marine…
Dans la région voisine, Provence-Alpes-Côte d’Azur, là aussi, les municipales risquent bien d’être telluriques pour les scènes politiques locales. Nombreuses, très nombreuses, sont les villes avec à leur tête des maires issus de la cosmogonie de la droite républicaine, ou divers, à voir leur position électorale locale concurrencée, ou mise en danger, par les dernières performances frontistes : Vallauris (06), où le Rassemblement national obtient 39,56% aux européennes et accroît sans cesse son score aux deux tours des législatives suivantes dans la 7e circonscription (la ville est répartie sur deux circonscriptions) avec 52,42% au second tour, face à une candidature Les Républicains, améliorant ainsi le score de la cheffe du parti ; Carros (06), où le candidat du RN dépasse les 50% dès le premier tour et atteint presque les deux tiers des voix au second, confirmant les 58% de sa candidate à la présidentielle ; Saint-Laurent-du-Var (06), où le candidat du RN lors des municipales de 2020, comme aux départementales l’année suivante, est désormais député de la circonscription dès le premier tour avec plus de 55% ; Vence (06) apparaît également accessible puisque des européennes (33,05%) au second tour des législatives, le RN progresse de 15 points ; à Roquebrune (06), le RN dépasse les 43% des suffrages exprimés aux européennes, sans compter les plus de 10% portés sur la liste conduite par Marion Maréchal, et atteint les 55% au second tour des législatives, obtenant quasiment le nombre de voix que Marine Le Pen lors de la présidentielle ; à Villeneuve-Loubet (06), jouxtant Nice, le RN dépasse les 41% le 9 juin et les 51% un mois plus tard, dès le premier tour des législatives, pouvant mettre en difficulté le maire LR Lionnel Luca. Dans les Bouches-du-Rhône voisines, là aussi, les menaces sur la droite dans l’un de ses bastions méridionaux sont multiples : à Marignane (13), la liste de Jordan Bardella dépasse aisément les 50% et son candidat atteint 60,18% dès le premier tour des législatives. Franck Alliso, entre 2022 et 2024, passe de 3345 voix au premier tour à… 8425 ! Et encore lui manque-t-il près de 1300 voix par rapport au second tour de Marine Le Pen. À Tarascon (13), là aussi, la progression du RN en un mois est significative : de 46,3% aux européennes à 52,28% au premier tour des législatives pour finir à 62,06% une semaine plus tard, récoltant à peine 200 voix de moins que Marine Le Pen ; à Allauch (13), le candidat du RN (candidat aux départementales avec 2034 voix au second tour) frôle les 7000 voix (54,19%) dès le premier tour, améliorant de plusieurs points le score de la liste aux européennes (47,97%), réitérant à 200 voix le score de sa patronne politique ; à Châteaurenard (13), le RN passe de 46% des suffrages aux européennes à plus de 50% au premier tour, pour finir par rassembler les deux tiers des suffrages au second tour face à la candidate LFI-NFP, Wassila Aïdarous, recueillant à peine 100 voix de moins que Marine Le Pen deux ans plus tôt ; Plan-de-Cuques (13) connaît une situation similaire avec 51,71% aux européennes et près de 65% au second tour des législatives, améliorant même de 100 voix cette fois-ci le score de la présidentielle, multipliant par trois le score du ticket lors des dernières départementales ; Rognac (13) s’affirme également comme un possible prochain bastion pour le RN : 53% aux européennes, 56% au premier tour et 62% au second, confirmant le bon score aux dernières départementales où le ticket du RN était déjà arrivé en tête dans la commune. Dans le Var voisin, les communes pouvant être la cible des stratèges du RN sont tout aussi nombreuses, sur le côté droit de l’échiquier : Draguignan (83), où il atteint les 45,33% aux européennes et la majorité dès le premier tour des législatives ; à Saint-Cyr-sur-Mer (83), où le candidat du RN l’emporte dans la circonscription dès le premier tour des législatives et rassemble quasiment autant de voix que Marine Le Pen au second tour de la présidentielle ; cette vague touche même la commune de Sainte-Maxime (83), où le RN atteint les 45% aux européennes, plus de 57% dès le premier tour des législatives avec à peine 70 voix de moins que la candidate du RN lors de la présidentielle et près de 3000 voix de plus que lors du second tour des départementales de 2021 ; La Crau (83) confirme la confiance accordée au RN : alors qu’au second tour de l’élection présidentielle Marine Le Pen avait recueilli 58% des voix, son candidat au second tour en rassemble à peine 250 voix de moins, avec près de 61% des suffrages ; à proximité, à La Londe-des-Maures (83), le constat est similaire avec près de 44% des suffrages aux européennes, 48% au premier tour des législatives puis 53% au second tour, avec seulement 250 voix de moins que Marine Le Pen alors que le taux de participation a chuté de 9 points ; à La Valette-sur-Var (83), il frôle les 45% aux européennes et obtient presque 10 points de plus un mois plus tard, en remportant la circonscription dès le premier tour, obtenant 2000 voix de plus que Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle ; à Vidauban (83), le RN est non seulement majoritaire lors des européennes (53,22%), mais atteint plus de 62% dès le premier tour des législatives, multipliant par trois le score de son ticket aux départementales et de 30 points celui du premier tour des législatives de 2022. Enfin, dans le Vaucluse voisin, la droite est en danger, au moins, à Sorgues (84), où le RN est majoritaire aux européennes (50,3%) et recueille plus de 55% lors de l’unique tour des législatives, multipliant par 4 son score au premier tour des départementales de 2021.
La gauche n’est pas en reste, tant la progression, ou plutôt la déferlante, du RN est imposante. À Istres (13), la ville bastion de François Bernardini, figure tutélaire pendant de nombreuses années de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, le RN obtient 45% aux européennes, 3 points de plus au premier tour des législatives et 54% au second tour, encore loin toutefois des plus de 12 000 voix de Marine Le Pen à la présidentielle de 2022, mais avec 3500 voix de plus que lors du second tour des départementales. Dans le même secteur, la ville de Martigues (13), communiste depuis 1959, apparaît ainsi menacée par le nouveau député de la circonscription, conseiller régional et qui fut candidat aux municipales puis départementales : le RN y a obtenu près de 42% des voix aux européennes, plus de 45% au premier tour puis 50,28% au second tour ; à côté d’Istres toujours, à Berre-l’Étang (13), là aussi, le RN dépasse les 50% aux européennes, frôle la majorité dès le premier tour et la dépasse tranquillement au second avec près de 55%, confirmant sa progression depuis les départementales de 2021 où, arrivé largement en tête sur la ville, il avait été coiffé sur le poteau par un ticket du centre et de la droite ; à Fos-sur-Mer (13), le RN est majoritaire aux européennes, dès le premier tour des législatives et atteint près de 63% au second tour dans cette ville qui avait voté à près de 60% pour un premier magistrat socialiste en 2020, en l’occurrence René Raimondi. Dans le Vaucluse, enfin, on relèvera que la ville de Monteux (84), le maire, Christian Gros, ex-socialiste, réélu en 2014 et 2020 et qui a annoncé qu’il ne se représenterait pas, voit le RN dépasser les 51% aux européennes et atteindre dès le premier tour des législatives les 57,43%, confirmant à la fois la victoire sur la commune du ticket RN aux départementales de 2021 et les près de 61% obtenus par Marine le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Quant à Avignon (84), dont la première magistrate socialiste Cécile Helle a annoncé qu’elle ne se représenterait pas elle aussi, la bataille risque d’être indécise à gauche d’abord puisque LFI y a obtenu plus de 22% des suffrages et la liste Gluksmann un peu plus de 14%, et que le RN, qui a obtenu plus de 26% aux européennes, n’a toutefois jamais réussi à emporter un des trois cantons de la ville, pas plus qu’il n’est parvenu à être majoritaire au sein de la commune lors des deux dernières législatives. Demeure le cas de Marseille, qui risque d’être l’objet, à scrutin égal, d’une bouillabaisse bien indigeste, entre un LFI – Sébastien Delogu – en force sur le plan des députés, un PS revigoré par sa réussite de 2020 et la prise de pouvoir interne qui s’est ensuivie avec Benoît Payan (même s’il n’est officiellement plus membre du parti à la rose…), une droite revancharde et des macronistes perdus dans la ville fétiche du président de la République.
| Extrême droite | 5,81 % | 5 |
| Droite | 67,44 % | 58 |
| Centre | 4,65 % | 4 |
| Gauche | 22,09 % | 19 |
| Divers et sans étiquette | 2,33 % | 2 |
| 86 |

| LFI | 4,12 % | 4 |
| PC | 0,00 % | 0 |
| EE-LV | 0,00 % | 0 |
| PS | 7,22 % | 7 |
| Centre | 1,03 % | 1 |
| Droite | 7,22 % | 7 |
| Extrême droite | 80,41 % | 78 |
| 97 |

Hauts-de-France : la gauche perdra-t-elle le Nord ?
Dans les Hauts-de-France, à l’instar des deux régions de l’Occitanie et de PACA, c’est bien une possible vague bleu marine qui s’impose. La liste des victoires possibles du camp de Marine Le Pen est singulièrement longue et touche l’ensemble des départements et des forces politiques. Que le maire soit issu de la droite ou de la gauche ne change pas grand-chose à l’affaire.
Pour les maires de droite, voici quelques-unes des communes pouvant apparaître comme menacées : à Soissons (02), anciennement socialiste9De 1977 à 1995 avec Bernard Lefranc puis de 2008 à 2014 avec Patrick Day., le RN obtient 33,29% des voix aux européennes et plus de 43% quelques semaines plus tard au premier tour des législatives, soit 10 points de plus avec une participation en hausse de plus de 13 points ! À Laon (02), au premier et seul tour des législatives, le candidat du RN – déjà candidat aux précédentes municipales – dépasse les 42%, obtenant le même pourcentage de suffrages que son parti quelques semaines plus tôt, et le score de Marine Le Pen deux ans plus tôt (52,22%). Dans le Nord (59), la liste est longue comme le bras : Bruay-sur-l’Escaut (59) où le RN frôle les 60% aux européennes et réitère cette performance lors du premier tour des législatives, dans la circonscription du secrétaire général du PCF ; Caudry (59), où le RN obtient 57,55% des voix aux européennes et plus de 52% au premier tour des législatives, obtenant une centaine de voix supplémentaires par rapport au score de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle ; Sin-le-Noble (59), avec presque la majorité absolue aux européennes, majorité dépassée dès le premier tour des législatives avec une participation en hausse de plus de 12 points, confirmant ainsi les quasi 60% de sa candidate au second tour de la présidentielle ; à Haumont (59), le RN a connu des résultats équivalents : plus de 54% aux européennes et plus de 56% au premier tour des législatives avec une hausse de la participation de 13 points (même si celle-ci ne dépasse que de peu les 50%), dans une commune où Marine Le Pen avait frôlé les 64% des suffrages exprimés au second tour de la présidentielle ; Fourmies (59) constitue une autre cible pour un parti ayant obtenu plus de 53% aux européennes et plus de 56% aux législatives dès le premier tour, avec un nombre de suffrages quasiment identique à celui de sa candidate à l’élection présidentielle ; Cambrai (59) peut également être en danger pour sa maire issue de l’UDI, Marie-Anne Delevallée, ancienne première adjointe, nouvellement élue en mai après le décès de François-Xavier Villain : avec plus de 43% aux européennes, le RN confirme quelques semaines plus tard en remportant la circonscription contre l’un des deux conseillers départementaux de droite de la commune en recueillant plus de 700 voix de plus que Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle. Dans l’Oise, les percées successives du RN pourraient se concrétiser sur le plan municipal, notamment à Noyon (60) où, s’il ne parvient pas à être majoritaire au second tour des législatives (47%), son candidat déjà présent sur le ticket des départementales accroît singulièrement son score par rapport à 2021. Dans le Pas-de-Calais, les prévisions peuvent être également sombres pour la droite locale : à Auchel (62), le RN dépasse les 60% aux européennes et les deux tiers des suffrages exprimés au second tour des législatives, alors que le taux de participation a crû de 10 points ; à Marck, la liste de Jordan Bardella devance largement les autres listes avec plus de 48% des suffrages, mais ne parvient pas, dans la commune, à l’emporter face au candidat LR aux législatives, Pierre-Henri Dumont, rassemblant plus de 47% des suffrages exprimés avec une participation ayant augmenté de 16 points ; à Calais (62) aussi, les choses peuvent s’avérer compliquées pour la maire sortante, Natacha Bouchart : le RN y obtient plus de la majorité des suffrages aux européennes et la confirme au second tour des législatives avec 53,68% des voix (contre un candidat LR) – une ville dans laquelle Marine Le Pen avait dépassé les 61% au second tour de la présidentielle.
Toutefois, compte tenu de l’histoire politique de cette grande région, singulièrement dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, ce sont bien les maires de gauche issus du PS comme du PCF qui apparaissent fortement en difficulté à l’issue des européennes et des législatives. Avec cette spécificité par rapport à leurs collègues issus de la droite, la menace provient à la fois du RN et de LFI. Dans l’Aisne, territoire où la gauche recule sans cesse depuis plusieurs années, Tergnier (02) est d’évidence menacée par le RN qui a rassemblé plus de 55% des suffrages aux européennes puis 57% dès le premier, et unique, tour aux législatives. Son candidat avait d’ailleurs rassemblé 300 voix de plus que Marine Le Pen lors du premier tour de la présidentielle ; Chauny (02) pourrait également basculer puisque le RN y a frôlé la majorité absolue aux européennes, majorité absolue que son candidat obtient dès le premier tour quelques semaines plus tard. Dans le Nord, la concurrence est rude. Peut être menacé par le RN un nombre conséquent de communes : à Wattrelos (59) dont le maire, l’ancien député Dominique Baert, fait depuis de longues années face au RN qui a obtenu plus de 43% des suffrages aux européennes et a confirmé quelques semaines plus tard en dépassant les 51% au second tour des législatives face à un candidat LFI-NFP, David Guiraud, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne partage pas les choix politiques du maire ; à Anzin (59), dans l’ancienne circonscription du secrétaire général du PCF, le RN dépasse la majorité absolue aux européennes et confirme dès le premier tour des législatives avec 51,33% des suffrages exprimés, son candidat faisant mieux que Marine Le Pen deux ans auparavant ; à Douchy-les-Mines (59) dirigée par un maire communiste sans interruption depuis la Seconde Guerre mondiale (sauf entre 1971 et 1977 par la SFIO) et actuellement par Michel Veniat, la liste de Jordan Bardella dépasse les 51%, et Sébastien Chenu, le candidat du RN, dépasse les 56% dès le premier tour, améliorant même de près de 180 voix le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle ; à Raismes (59), si la liste du PCF résiste bien (13,43%) dans cette ville communiste sans discontinuer depuis 1945, le maire actuel étant Aymeric Robin, elle est plus que devancée par celle du RN qui tangente avec la majorité absolue (49,79%), que le candidat du RN dépasse dès le premier tour des législatives avec 52,14% des voix, améliorant une nouvelle fois le score de Marine Le Pen de près de 200 voix ; Somain (59), ville PCF depuis 1977, a vu également le Rassemblement national regrouper une majorité absolue de suffrages tant aux européennes (52,17%) qu’au premier tour des législatives (55%), le candidat du RN – déjà sur le ticket des départementales de 2021, et tête de liste aux municipales en 2020 – améliorant le score de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 300 voix ; Denain (59) est depuis plusieurs années menacée par le RN qui a dépassé les 50% aux européennes avant de confirmer lors du premier tour des législatives lors desquelles Sébastien Chenu dépasse les 53% des suffrages exprimés, en accroissant le score du premier tour de la présidentielle de 200 voix alors que le taux de participation était en recul de 12 points. À ces communes pouvant basculer RN, il convient d’ajouter Mons-en-Barœul (59) pouvant faire l’objet d’une conquête par LFI : elle obtient près de 27% aux européennes, reléguant à 13 points le PS, quand le candidat LFI-NFP, Ugo Bernacilis, a obtenu près de 49% au premier tour des législatives. Dans l’Oise, les quelques villes de plus de 10 000 habitants aux mains d’un/d’une maire de gauche sont également menacées par le RN ou LFI : à Clermont (60), il a rassemblé plus de 37% des suffrages aux européennes, avant de dépasser les 40% en triangulaire au second tour ; à Creil (60), la liste conduite par Manon Aubry frôle les 48%, confirmant le score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle (56% des suffrages) ; à Montataire (60), mairie communiste depuis le sortir de la Seconde Guerre mondiale, LFI frôle les 40% aux européennes avant que son candidat aux législatives dépasse les 56% au premier tour des législatives, alors même que lors des départementales le ticket de LFI n’avait pas été en mesure de concurrencer celui du PCF qui l’avait devancé de… 40 points ! Mais c’est assurément dans le Pas-de-Calais que les choses risquent d’être le plus compliqué pour la gauche, singulièrement socialiste. À Lillers (62), le RN a recueilli près de 54% aux européennes et 9 points de plus, quelques semaines plus tard, à l’occasion du second tour des législatives, améliorant encore le score de Marine Le Pen du premier tour de la présidentielle de près de 300 voix avec une participation inférieure de 10 points ; à Boulogne-sur-Mer, la commune de l’ancien ministre Frédéric Cuvillier, le RN dépasse les 41% aux européennes, confirme au premier tour des législatives sa progression et n’est rattrapé que sur le fil lors du second (48,06%), même si le RN remporte de nouveau la circonscription avec Antoine Golliot, anciennement candidat aux municipales en 2020 ; à Bully-les-Mines (62), la liste conduite par Jordan Bardella dépasse les 57% et, quelques semaines plus tard, le candidat du RN, Bruno Bilde, confirme une fois de plus avec 61,24% dès le premier tour, améliorant de 200 voix le score de Marine Le Pen ; à Carvin (62), au cœur de la circonscription de Marine Le Pen, le RN obtenait plus de 49% aux européennes, lorsque sa leader augmentait son score de premier tour de la présidentielle de plus de 500 voix, dépassant les 53% dès le premier tour. La municipalité qui avait remporté dès le premier tour la dernière municipale et qui était parvenue à battre le RN aux dernières départementales est objectivement en difficulté ; à Courrières (62), dans la même circonscription, le RN est en position de force en ayant conquis la majorité absolue à la fois aux européennes et aux législatives ; à Lens (62), le RN avait obtenu un score historique avec plus de 47% des suffrages, niveau confirmé quelques semaines plus tard avec une participation en hausse de 14 points et largement au-dessus du résultat des départementales où le ticket du RN avait perdu de 1000 voix face à celui du Parti socialiste. Relevons enfin que le député de la circonscription était le candidat du RN aux départementales comme lors des municipales de 2020 ; la situation est encore plus saisissante à Liévin (62), où le RN a dépassé les 54% aux européennes et son candidat aux législatives, Bruno Bilde, a atteint les 57%, augmentant de 300 voix le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle ; à Nœux-les-Mines (62), le RN dépassait tranquillement les 57% aux européennes et flirtait avec les 60% lors des législatives, avec un nombre de voix similaire à celui de Marine Le Pen au premier tour en 2022, alors même que lors des départementales le ticket socialiste avait aisément remporté le second tour ; à Outreau (62), commune où les socialistes l’emportèrent facilement aux municipales de 2020 comme lors des départementales l’année suivante, le RN frôle les 50% aux européennes et dépasse les 55% au second tour des législatives ; enfin, à Harnes (62), le candidat aux législatives obtient dès le premier tour plus de 55% dans cette commune, soit un score équivalent à celui de la liste conduite par Jordan Bardella alors même que la participation a crû de 14 points entre les deux élections.
Demeure évidemment le cas de Lille (59) où, chacun s’en souvient, Martine Aubry s’en était sortie au forceps lors de la dernière élection municipale avec 127 petites voix d’avance et où le Parti socialiste n’est pas véritablement sorti renforcé des dernières échéances. Certes, la liste de Raphaël Glucksmann réalise un score légèrement au-dessus de la moyenne nationale avec 17,52% des suffrages mais celle de Manon Aubry le devance de 8 points lorsque celle des Écologistes dépasse les 11%. Deux députés LFI – Ugo Bernacilis et Aurélien Lecoq –, deux Renaissance – Brigitte Liso et Violette Spillebout – et un PS – Roger Vicot –, voilà le résultat même s’il convient de relever que, dans la 4e circonscription, Charlotte Brun, très proche de Martine Aubry, frôle les 50% au second tour et dans une triangulaire, sur la partie lilloise de cette circonscription. On se souviendra également qu’en 2021 dans trois des six cantons lillois, Les Écologistes, en primaire, ont devancé les socialistes et ont emporté ces trois cantons au second tour. Relevons néanmoins que la maire essaie de mettre ses équipes en marche en laissant son siège à son successeur, Arnaud Deslandes. Au moins dans la capitale du Nord, les troupes pourraient être en ordre de bataille, dès lors qu’en interne des divisions supplémentaires ne devaient pas survenir ou parvenaient à être dépassées. La question de l’investiture entre le maire sortant et le député Roger Vicot constitue une sérieuse, et supplémentaire, épine dans le pied des socialistes.
| Extrême droite | 2,88 % | 3 |
| Droite | 42,31 % | 44 |
| Centre | 8,65 % | 9 |
| Gauche | 42,31 % | 44 |
| Divers et sans étiquette | 3,85 % | 4 |
| 104 |

| LFI | 8,93 % | 10 |
| PC | 1,79 % | 2 |
| EE-LV | 0,00 % | 0 |
| PS | 4,46 % | 5 |
| Centre | 33,04 % | 37 |
| Droite | 0,89 % | 1 |
| Extrême droite | 50,89 % | 57 |
| 112 |

Île-de-France : droite des villes, droite des campagnes, l’étau Macron-Le Pen et la gauche en ordre dispersé
Enfin, la situation de l’Île-de-France est en réalité empreinte d’une certaine simplicité. Si LFI décide de présenter des listes face aux socialistes, nombre de villes pourraient connaître une alternance politique, soit en faveur du parti de Jean-Luc Mélenchon et de ses éventuels alliés, soit en faveur d’une droite qui est loin d’avoir disparu de ces départements, si et seulement si l’électorat qui s’est mobilisé à l’occasion des dernières européennes réitère une mobilisation similaire. Ainsi pourrait-on imaginer qu’en Seine-et-Marne, les bastions socialistes que sont Noisiel, Lognes, Torcy ou bien Savigny-le-Temple puissent être, très hypothétiquement, mis en difficulté. Nous ne le pensons pas. On peut toutefois dans ce département s’interroger sur le devenir électoral de la ville de Villeparisis, longtemps socialiste de 1995 à 2014 et reconquise par Frédéric Bouche (PS) en 2020, puisque dans cette commune, aux dernières européennes, LFI et le RN y font jeu égal avec plus de 30% des suffrages exprimés lorsque la liste de Raphaël Glucksmann ne dépasse pas les 10%. De même que la position du PCF à Mitry-Mory pourrait, hypothétiquement, être mise à mal par LFI qui y obtint plus de 32%. Cela paraît toutefois hautement improbable. Cet enjeu de l’attitude de LFI se pose vis-à-vis du PS en Essonne dans des communes comme Ris-Orangis (29,42% pour LFI aux européennes), Athis-Mons (28,44%) ou bien Les Ullis (31,47%), mais aussi vis-à-vis du PCF et singulièrement à Grigny (44,05% aux européennes, même si le PCF y réalise un très bon score de plus de 10%). En Seine-Saint-Denis, terre traditionnelle d’affrontement entre le Parti socialiste et les différentes familles d’une gauche plus radicale (on se souvient de la prise du département par Claude Bartolone lors des départementales de 2008), les zones de friction sont d’autant plus nombreuses que, dans maintes circonscriptions, les candidatures LFI ont fait le vide autour d’elles. Toutes les villes du PC pourraient être menacées, sur le papier, tant les scores de LFI lors des européennes sont écrasants : Bobigny (52,95%), Montreuil (34,54%), La Courneuve (58,12%), Stains (52,59%), Villetaneuse (57,95%)… Mais c’est également vrai pour nombre de villes dirigées par des maires socialistes : Bagnolet (37,65% contre 15,71% pour la liste PP-PS), Pantin (35,54% contre 20,84%), Saint-Denis (50,37% contre 11,8%), Pierrefitte-sur-Seine (51,93% contre 8,92%) ou même Saint-Ouen (35,55% contre 19,21%). Cette liste apparaît peu probable, mais à ce jour rien n’indique qu’au moins une partie d’entre ces villes ne soient pas le théâtre de règlements de comptes à gauche. Dans le Val-de-Marne, si les socialistes ont numériquement moins à perdre, il est surtout notable que les écarts entre les listes LFI et PP-PS sont moindres : 6 points seulement en faveur de LFI à Alfortville, 1 point à Cachan, mais en revanche près de 17 points à Créteil. Dans le Val-d’Oise, la situation des socialistes à la tête de leurs villes est plus proche de leurs camarades dyonésiens : à Bezons (40,68% contre… 9,16%), Gonesse (38,73% contre 8,02%), Louvres (26,75% contre 8,81%), Saint-Ouen-l’Aumône (29,19% contre 11,64%), Sarcelles (37,89% contre 6,99%), et bien sûr Cergy (35,01% contre 14,85%).
Au-delà de cette possible guerre des gauches franciliennes, la droite francilienne pourrait fort bien se voir contester nombre de communes par les gauches dans leur diversité. En Seine-et-Marne, la partie pourrait être plus compliquée que d’ordinaire à Melun (LFI y réalise près de 27% aux européennes et a remporté la circonscription contre la candidate MoDem sortante), Dammarie-les-Lys où la majorité du maire est sujette à des divisions et où la liste LFI y a obtenu plus du quart des suffrages ; dans les Yvelines, la ville de Mantes-la-Jolie a vu la liste de Manon Aubry recueillir plus de 43%, celle de Chanteloup-les-Vignes près de 38% ; dans l’Essonne, celle de Corbeil-Essonnes a vu LFI obtenir plus d’un tiers des suffrages et plus de 36% à Évry-Courcouronnes ; en Seine-Saint-Denis, des communes comme Bondy, Le Bourget, Aulnay-sous-Bois peuvent sembler à portée d’une vague rouge ; dans le Val-de-Marne, on suivra avec intérêt le devenir des anciennes villes communistes conquises par la droite en 2020 et en particulier, une fois encore, Villeneuve-Saint-Georges, Champigny-sur-Marne, Choisy-le-Roi, où la question de la prédominance et donc de la tête de liste risque de rendre les discussions singulièrement compliquées ; enfin dans le Val-d’Oise, on suivra avec intérêt le devenir d’Argenteuil où LFI a obtenu plus de 43% des suffrages aux européennes, et de Montmagny (41,57% aux européennes).
Enfin, si la partie la plus urbanisée de la région a rarement été favorable au Rassemblement national, il convient de relever que dans certains territoires, et ce depuis quelques temps déjà, il effectue des progrès notables. On relèvera ainsi, rapidement, trois exemples à suivre en Seine-et-Marne : à droite Saint-Fargeau-Ponthierry (37,14% aux européennes et 42,56% au second tour des législatives dans le cadre d’une triangulaire) et Claye-Souilly (40,82% aux européennes puis 57,49% au second tour des législatives) ; à gauche la commune de Brie-Comte-Robert (36,67% aux européennes puis 47,75% au second tour des législatives).
Demeure bien sûr le cas de Paris qui va, légitimement, focaliser l’attention de beaucoup, comme en 2001 lorsque la gauche avec Bertrand Delanoë avait surpris son monde et fut, avec Lyon, l’arbre qui cachait la forêt. Les soubresauts de la vie politique parisienne vont à l’évidence dans les prochaines semaines inonder les gazettes quotidiennement. La primaire interne du Parti socialiste a déjà fort occupé l’espace médiatique ces dernières semaines. Le résultat en est désormais connu et on peut s’attendre à ce que le chemin de l’ancien premier adjoint, même investi par ses camarades, ne soit pas un chemin pavé de roses. Les épines seront nombreuses. Bien sûr de la part de ses « partenaires » municipaux que sont Les Écologistes et les communistes, mais pas seulement. Assurément LFI, très présente dans la capitale et notoirement dans des arrondissements dirigés par des maires socialistes, voudra compter, voire faire chuter un candidat qui n’a de cesse – encore aux lendemains de sa désignation – de proclamer son refus d’alliance avec les forces de Jean-Luc Mélenchon. Face à lui, la candidate Dati, forte de sa présence ministérielle et médiatique, peut apparaître en position de force. Sauf si ce qui lui est reproché aboutit judiciairement et permet aux membres de l’ancienne majorité présidentielle – toujours présente dans les circonscriptions parisiennes – à se détacher de ce qui est, pour certains, un encombrant voisinage. Enfin, il conviendra aussi de surveiller l’évolution parlementaire de la réforme du mode de scrutin dans les prochains jours.
| Extrême droite | 0,39 % | 1 |
| Droite | 57,66 % | 143 |
| Centre | 9,27 % | 23 |
| Gauche | 31,05 % | 77 |
| Divers et sans étiquette | 5,65 % | 14 |
| 258 |

| LFI | 32,96 % | 88 |
| PC | 4,12 % | 11 |
| EE-LV | 9,74 % | 26 |
| PS | 11,61 % | 31 |
| Centre | 31,84 % | 85 |
| Droite | 7,49 % | 20 |
| Extrême droite | 2,25 % | 6 |
| 267 |

Conclusion
En définitive, ces élections municipales apparaissent plus incertaines que jamais. Certes, ces hypothèses ne sont que des hypothèses. Beaucoup trop d’inconnues demeurent : quelle sera la mobilisation électorale en général et au sein de chacune des strates de la population ? Les jeunes se déplaceront-ils pour voter dans les villes de banlieue comme ils l’ont fait, notamment, en faveur de la liste de Manon Aubry ? La gauche sera-t-elle à ce point éclatée avec la volonté dans de nombreuses communes de LFI de faire mordre la poussière à des élus socialistes sortants, quels qu’aient été leurs choix lors du dernier congrès du Parti socialiste ? Les Écologistes continueront-ils à laisser leurs sections locales décider librement de leurs alliances ou feront-ils en sorte de ne pas trop se fâcher avec nombre de sortants socialistes, notamment dans les grandes villes, afin de préserver leurs chances de conserver leurs conquêtes de 2020 ? Le PCF parviendra-t-il à sauvegarder ce qui lui reste de communisme municipal ? La droite et le centre constitueront-ils le plus possible des alliances dès le premier tour ? Ou, au contraire, la droite laissera-t-elle une grande liberté à ses maires pour faire des alliances plus ou moins assumées avec des représentants du Rassemblement national dans un certain nombre de régions où la représentation parlementaire acquise en 2022, et amplifiée en 2024, a donné au parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella une capacité, et une visibilité, d’action jamais connue ?
Au-delà de ces considérations, un autre élément ne pourra pas manquer d’influer sur la préparation des élections municipales du printemps prochain : le gouvernement de François Bayrou survivra-t-il aux conclusions du groupe de travail sur les retraites et au vote du prochain budget ? Rien ne permet d’exclure, à ce stade, qu’en ce début d’été ou lors de l’automne prochain, nous ne rentrions à nouveau dans une phase de turbulence parlementaire et politique.
Enfin, les résultats de ces élections municipales auront des conséquences certaines sur la vie parlementaire à partir de septembre 2026 : en effet, se tiendront alors les élections sénatoriales dans les départements de 1 à 36, et de 76 à 90 (sans Paris, la Seine-et-Marne et les Yvelines), ainsi qu’en Guyane, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Wallis-et-Futuna, la Polynésie française et pour renouveler la moitié des 12 sénateurs des Français de l’étranger. Pour mémoire, Les Républicains avaient remporté 5 sièges (80), les socialistes en avaient perdu 5 (30), l’Union centriste en avait gagné 2 (26), le Rassemblement des démocrates progressistes et indépendants (RDPI) en avait gagné 1 (11), le Rassemblement démocratique social et européen (RDSE) en avait perdu 7 (7), les communistes en avaient gagné 1 (4), les indépendants avaient conservé leurs sièges, et Les Écologistes en avaient remporté 7 (7).
Bref, ces élections municipales, à l’inverse de la précédente fournée, confirmeront-elles ce vieil adage politique : élections locales, conséquences nationales ?
- 1Émeric Bréhier et Sébastien Roy, Les élections municipales en 2026 : quel paysage politique se dessine-t-il ?, Fondation Jean-Jaurès, 26 mars 2025.
- 2« Le 1er mai de Marine Le Pen : un discours d’autorité aux accents trumpistes », France Info, 2 mai 2025.
- 3Jérôme Jaffré, « Les élections municipales 2020. L’abstention aux élections municipales depuis l’après-guerre 1947-2014 », Cevipof, mars 2020.
- 4Ibid.
- 5Voir les résultats des élections municipales de 2020 et en particulier du taux de participation au scrutin sur le site du ministère de l’Intérieur.
- 6Surnom donné à Jean-Yves Le Drian, président de la Région Bretagne de 2004 à 2017.
- 7Sauf dans la 8e de l’Ille-et-Vilaine, où le socialiste Mickaël Bouloux est élu dès le premier tour.
- 8On se souviendra que Léon Blum en fut le député de 1929 à 1940 et qu’y figure toujours un square à son nom, et celui de son épouse, Thérèse.
- 9De 1977 à 1995 avec Bernard Lefranc puis de 2008 à 2014 avec Patrick Day.