Fin de partie pour le foot ?

Après une accumulation de déboires, tant structurels que conjoncturels, l’avenir du football paraît  bien incertain. Le modèle économique totalement déstructuré, dérégulé et libéralisé de ce sport semble le conduire à sa perte et, aujourd’hui, les investisseurs sont dépourvus, les dirigeants démunis, les fans déprimés. En pleine crise sanitaire, en pleine crise des droits TV, il est temps désormais d’engager le changement, de faire évoluer le football pour le rendre plus inclusif, positif et durable, sous peine de le voir mourir de ses propres tares. C’est un véritable appel à la révolution qui est ici lancé.

Synthèse

En 2018 est paru Le foot va-t-il exploser ? Dans ce livre, l’un des auteurs, Pierre Rondeau, se demandait si, laissé à lui-même, dans un modèle totalement déstructuré, dérégulé et libéralisé, il n’était pas inévitable que le football coure à sa perte et s’écroule. Face à ce risque, il avait mis en place tout un plan de régulations et de réformes.

Pourtant, rien ou quasiment rien n’a été fait et, après une accumulation de déboires, tant structurels que conjoncturels, le football connaît à présent une très grande inquiétude quant à son avenir. Sans décision courageuse ni remise en cause, tout ce qui avait été prédit est arrivé. Les pertes se cumulent entre 800 millions et 1,3 milliard d’euros rien qu’en France. Dans toute l’Europe, les instances parlent d’un manque à gagner d’au moins 6 milliards d’euros. Les fans sont déprimés, les dirigeants démunis et les investisseurs dépourvus. Pourtant, tout était prévisible, il aurait suffi d’ouvrir les yeux.

Il est temps de faire amende honorable, d’oublier le passé et d’accepter la révolution. Ce n’est plus seulement une affaire de débat ou d’idéologie politique, c’est aujourd’hui une obligation si l’on ne veut pas voir notre sport chéri mourir de ses propres tares. Profitons de la crise sanitaire, de la spectaculaire crise des droits TV pour engager le changement, pour faire évoluer le football et le rendre plus inclusif, positif et durable. C’est le projet de ce livre, ce n’est plus une invitation au débat et à la discussion mais un véritable appel à « des jours heureux ».

 

L’auteur

Pierre Rondeau est économiste du sport et professeur à la Sports Management School. Il est l’auteur de Coût… franc. Les sciences économiques expliquées par le foot (Bréal, 2016), Management Football Club (Bréal, 2017), Pourquoi les tirs au but devraient être tirés avant la prolongation (Le Bord de l’eau, 2017) et Les Tabous du foot (Solar, 2019).

 

Préface
Nathalie Iannetta, journaliste

Cher football, mon ami, je ne te reconnais plus… Pourquoi es-tu devenu à ce point ivre de toi-même ? Comment as-tu pu transformer ta force, ta popularité, le désir que tu inspirais en arrogance et en invulnérabilité ? Pourquoi t’acharnes-tu à vouloir toujours plus sans jamais te donner la peine de faire mieux ?

Je le dis parfois, je l’entends souvent : le foot ne mourra jamais. Même après les appels lancés par Pierre Rondeau dans son précédent ouvrage, Le foot va-t-il exploser ?, personne ne croyait en ta disparition. Mais, entre toi et moi, en es-tu si sûr ? D’ailleurs, de quel foot parle-t-on exactement ? De celui qui prend ses supporters pour des clients ? De celui qui fixe le prix à payer pour un spectacle sans être capable d’en assurer la qualité ? De celui qui investit peu et dépense ce qu’il n’a pas généré en valeur ? De celui qui se rêve en conquérant de marchés hypothétiques à l’international alors qu’il ne sait plus remplir ses stades tous les week-ends ? De celui qui paie des salaires exorbitants à des stars étrangères déclinantes sans savoir retenir les jeunes talents formés à la maison ? De celui qui confie les clés de son club au plus offrant, plus souvent étranger (ce qui évidemment ne saurait être une tare), sans se donner la peine de faire un tour de table avec des entrepreneurs locaux ? De celui qui ne s’adresse aux pouvoirs publics que lorsqu’il en a besoin, voire lorsqu’il est dans le besoin, et oublie de travailler avec les forces vives locales et de construire avec elles un projet citoyen, que ce sport pourtant se doit d’incarner ?

Si c’est ce foot-là dont on parle, si c’est désormais ta seule identité, alors laisse-moi te dire que tu vas mourir ! Tu vas même exploser à la face de ceux qui se sont servis de toi au lieu de te servir. La bulle spéculative que l’on constate depuis des années n’est pas une bulle sanitaire et protectrice. C’est au contraire une bulle dangereuse, toxique et autodestructrice. Le seul football qui ne mourra jamais, c’est celui que l’on joue dans la rue, sur les plages, dans ses rêves, et qui ne vieillit pas. Toi, le vrai, le jeu, le plaisir, l’émotion. Pas celui qui s’est laissé pervertir.

Les années 2000 auront été celles du libéralisme à tous crins. Le football français a cru pouvoir monter dans un train à grande vitesse alors qu’il n’avait pas le bon billet. En fait, c’est pire que ça. Il a considéré que les bons résultats de son équipe nationale lui donnaient le droit d’« en être », en quelque sorte. Ébloui par ses deux étoiles aveuglantes, il s’est réfugié derrière son équipe de France. Les hommes – et trop peu de femmes – qui le dirigent peinent à se renouveler, à faire preuve d’audace et d’innovation. Le marketing à outrance a ravagé la puissance intrinsèque de ce jeu, devenu un produit. Et pourtant, soyons claire : l’argent n’est pas le problème, au fond. C’est ce que l’on en fait, comme souvent, qui en est un.

Il est peut-être temps pour toi, mon cher football, de te ressaisir et de te jeter de nouveau dans les bras de ceux qui t’aiment et qui te permettent d’être toi-même… Écoute et apprends, regarde autour de toi, suis l’appel lancé par Pierre Rondeau et tant d’autres avec lui, ils sont nombreux celles et ceux qui veulent t’aider, te soutenir. C’est le but de ce livre : personne ne veut te voir disparaître. Reviens, rends-toi à ceux auxquels tu n’aurais dû cesser d’appartenir : les joueurs, les penseurs du collectif et les supporters. Quand ce mouvement sera engagé, quand tu seras de retour, alors nous aussi on reviendra ! Pour cela, il faut que les stades redeviennent un espace de liberté, d’expression d’une culture club, que le spectacle soit au rendez-vous, que les dirigeants connaissent chaque recoin de la ville du club, que les joueurs soient investis dans un projet qui dépasse le cadre strict de leur contrat (un contrat qui doit leur revenir, et non plus être délégué à des intermédiaires indifférents à l’identité du club, uniquement sensibles au montant à se partager), il faut que les jeunes talents aient le temps de grandir et les anciens celui de transmettre, que les entraîneurs ne partent plus avec un gros chèque pour solder leur échec, que les matchs redeviennent visibles sans avoir à payer plusieurs abonnements exorbitants. Alors là, mon cher ami, ta magie reviendra. Et tu sais quoi ? Il n’est pas à exclure qu’à ce moment-là, tout augmentera de nouveau : le prix qu’on sera prêt à mettre dans un billet, l’envie et la passion de retourner au stade, le plaisir de répéter des chants et de déguster un sandwich, et pour les diffuseurs aussi, tu redeviendras incontournable et ils te paieront ce que tu vaux de nouveau. C’est simple : puisqu’on t’aura rendu ta valeur, alors moi et tous les autres, on sera prêts à jouer le jeu. Et à t’aimer comme avant.

Parce que toi, le football authentique, sincère et envoûtant, tu mérites mieux et vaux bien plus que les sommes insensées que plus personne n’a envie de payer.

 

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