Que ce soit dans le monde professionnel, au sein de la famille et du couple, le numérique et la tech entraînent des reconfigurations et de nouvelles fractures. Qu’en pensent les Français – ceux qu’on dit et qui se disent « dans la moyenne », ceux du « milieu de tableau » ? Qu’en est-il de leurs addictions aux écrans et de celles de leurs enfants, de leurs craintes et de leurs attentes ? Quelle distance vis-à-vis des discours médiatiques ou de la parole politique sur ces questions ? La Fondation Jean-Jaurès et le cabinet iconic. sont partis à la rencontre de trente Françaises et Français pour comprendre leur rapport à la tech et au numérique, et appréhender les interrogations identitaires qui se profilent : que font la tech et le numérique et que va faire l’intelligence artificielle de « nous » ?
Table des matières
À la rencontre de trente Français « moyens » pour parler tech
Les trente : qui sont-ils ? Le tiers du milieu
Tech et numérique : addictions, fractures et questions
Le numérique et moi : l’avant-tech, un parcours initiatique
C’est pratique mais ça coûte
Ça peut être dangereux pour nous, nos parents et surtout nos enfants
Dépendance aux réseaux et aux objets, le téléphone « personne à part entière »
Les fractures en famille
Politique : le format plus que le message ?
Les trente face aux discours et enjeux tech : entre méconnaissance et indifférence
La tech en termes : une sémantique lointaine
Un univers made in USA and China
La tech en France : le syndrome Poulidor
L’intelligence artificielle : entre ChatGPT et Matrix
La tech : une question « identitaire » ?
Les trente : biographies express
Les auteurs :
François Backman est codirecteur de l’Observatoire de la tech et du numérique de la Fondation Jean-Jaurès et membre de son Observatoire de l’Afrique subsaharienne.
Marie-Virginie Klein est présidente du cabinet de conseil iconic. et codirectrice de l’Observatoire de la tech et du numérique de la Fondation Jean-Jaurès.
À la rencontre de trente Français pour parler tech
Jojo, pour les linguistes, c’est un anthroponyme indéfini. Jojo, c’est aussi un vocable sous lequel Emmanuel Macron désignerait certaines catégories de Français. Jojo serait même un rien « gaulois réfractaire ». Pas grand-chose de nouveau puisque chaque président a eu son Jojo. Charles de Gaulle avait sa ménagère, Georges Pompidou, son Raymond, Valéry Giscard d’Estaing, sa « France profonde » puis son « deux Français sur trois », Nicolas Sarkozy, son « petit Français de sang mêlé » et François Hollande, à ses dépens semblerait-il, ses « sans-dents ». On peut aussi évoquer « les gens d’en bas » de Michel Barnier ou certaines déclarations de divers leaders « insoumis ». Trêve d’exemples.
Si Emmanuel Macron évoque les Jojo, il parle également beaucoup de start-up nation. Là encore, rien de bien neuf ; plusieurs pays se veulent aussi des start-up nations à l’instar d’Israël, du Mexique, de l’Inde, du Rwanda, du Maroc ou de la Côte d’Ivoire. Comme bien d’autres leaders, il mentionne souvent – et à juste titre – la tech, le numérique et l’intelligence artificielle (IA).
Depuis plusieurs décennies déjà, la parole publique, qu’elle émane de politiques ou d’autres leaders d’opinion, s’est emparée de ces questions et distille nombre de thèses et de thèmes dans les médias. La tech, son potentiel et ses réussites indéniables ont plus que droit de cité dans l’espace public.
Mais, par-delà les discours, qu’en est-il dans l’opinion et plus particulièrement chez les Jojo, ces Français « moyens » ? Qu’en est-il de la tech et du numérique chez ce « peuple » dont tout le monde entend capter l’attention et l’intérêt ?
La Fondation Jean-Jaurès et iconic. se sont penchés sur cette question. Nous avons donc décidé de partir à la rencontre de trente Françaises et Français qu’on dit et qui se disent « moyens » – ceux du milieu de tableau, du tiers du milieu, ces Jojo – pour les interroger longuement sur leur rapport au numérique et à la tech, sur leurs usages dans divers domaines, notamment dans la sphère familiale, sur leurs craintes et leurs attentes.
Nous avons également voulu comprendre la manière dont ils appréhendent tous les discours sur ces thèmes auxquelles ils sont censés être exposés. Que pensent-ils de la start-up nation ? Connaissent-ils la French Tech ? Quid de la thématique de la souveraineté numérique ? Comment perçoivent-ils l’IA et les discours à son sujet ? Quelques questions parmi d’autres auxquelles ont répondu les trente.
Pas de chiffres dans ces quelques pages, pas de graphiques ni d’infographies, pas de données quantitatives : juste des propos recueillis – les fameux verbatim –, juste du qualitatif. Au chiffre, nous avons préféré la chair. Les amateurs de typologies trouveront cela peut-être un peu impressionniste : nous courons le risque. On ne verra donc pas de pourcentages mais les mots de Stéphanie, Ludivine, Marc, Rima et Alexandre, entre autres.
On trouvera en fin de cette étude les biographies detoutes les personnes rencontrées.
Au travers des propos des trente, on voit comment le numérique a déjà impacté – et cela va en grandissant– leurs vies familiale et sociale. Derrière cela, tous, à un degré ou à un autre, que ce soit dit explicitement ou de manière sous-jacente, se posent des questions « identitaires » sur leur place dans la société : « Que font la tech et le numérique de nous ? », sembleraient-ils se dire.
Nous voyons également des lignes de fracture entre les discours officiels et le vécu relatif à la tech des trente. Là encore, on ne peut que constater une déconnexion entre les paroles médiatiques, politiques et entrepreneuriales et le vécu et les perceptions des interviewés. Certes, ce n’est pas nouveau, dira-t-on, mais encore faut-il en avoir vraiment conscience.
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