Et si le « monde d’après » était celui de la rareté ? C’est l’hypothèse que fait Olivier Lluansi, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), auteur de Réindustrialiser, le défi d’une génération (Les Déviations, 2024). Face à la limitation des ressources et aux tensions sur leur accès, la France et l’Europe doivent repenser les fondements de leur modèle productif. Pour l’auteur, seule une « renaissance industrielle » serait à même d’incarner un nouveau projet de société, fondé sur la durabilité, la cohérence des politiques publiques et la redéfinition du rôle de l’industrie comme moteur de transformation collective.
Résumé
Cette note part d’une hypothèse, celle d’un « monde de la rareté », qu’il se matérialise par la raréfaction des ressources ou par la limitation de leurs accès. Elle explore les implications de cette hypothèse sur notre outil productif : entrons-nous nécessairement dans une économie de la décroissance ? Dans une confrontation avec le maintien du pouvoir d’achat ? Dans un monde de ruptures technologiques ? Quid de la politique commerciale ouverte et du libre-échange ? Du soutien aux filières dites « stratégiques » ? De la primauté aux règles de la concurrence pour la meilleure allocation de ses « raretés » ?
Cette démarche souhaite illustrer, de manière synthétique, comment un outil productif s’adapte au projet de société et aux principes dans lesquels il s’inscrit. Elle permet aussi d’éclairer les limites de cette hypothèse, car elle ne fait pas système. La démarche décrite ici pour y répondre s’inspire essentiellement de réflexions européennes. Or d’autres démarches coexistent, radicalement différentes et illustrant d’autres bifurcations possibles.
Enfin, cette hypothèse, celle d’un « monde de la rareté », si elle était retenue, induirait un profond et puissant aggiornamento de nos priorités et de nos politiques industrielles. En creux, elle permet de constater à quel point nos postulats actuels ne l’ont pas encore reconnue.
Introduction : une approche historique et philosophique pour l’imaginaire qui nous relie à l’industrie
Pierre Musso1Pierre Musso est philosophe, docteur en sciences politiques, professeur honoraire des universités en sciences de l’information et de la communication à Télécom ParisTech ainsi qu’à l’université Rennes-II. Il est l’auteur notamment de La Religion industrielle : monastère, manufacture, usine. Une généalogie de l’entreprise, Paris, Fayard, 2017. propose une approche, historique et philosophique pour comprendre l’imaginaire qui nous relie à l’industrie. Dans cette approche, l’auteur situe une première révolution industrielle aux XIIe et XIIIe siècles, rendue possible par la réforme grégorienne et impliquant la séparation et la hiérarchisation des pouvoirs spirituel et temporel.
L’élan de l’Occident qui s’est ensuivi permit la construction des grandes cathédrales gothiques, des verreries de Murano et des arsenaux de Venise, la mise en place des premières productions en ligne et des premières usines, tandis que se créaient les premières sociétés par actions comme celle du Moulin du Bazacle à Toulouse et que se déployaient les premières « usines à fer » au sein des monastères cisterciens.
Une seconde révolution se situe entre le XVe et le XVIIe siècle, initiée par la Renaissance et la Réforme. À cette époque, la nature reste d’origine divine. Cependant, l’être humain peut en maîtriser le cours, à condition qu’il en respecte les règles et les lois. Le lieu emblématique de la production bascule alors du monastère à la manufacture, cette dernière pouvant être familiale, royale, étatique, privée ou collective. On pense par exemple aux manufactures des Gobelins ou de Sèvres, et à celle encore des glaces de Saint-Gobain.
Au cours de la « grande révolution industrielle » – qui commence à la fin du XVIIIe siècle, et dans laquelle Pierre Musso et d’autres voient une filiation avec les révolutions française et américaine –, la manufacture est remplacée par l’« usine », lieu par excellence de la mécanisation grâce à de nouvelles formes d’énergie : la vapeur, la houille puis le pétrole et l’électricité. Lieu de conflits sociaux qui marquent encore nos sociétés, l’usine est également délocalisable. Elle devient ainsi l’expression d’une nouvelle organisation sociale fondée sur des rapports de force sociaux entre des « patrons » et des « ouvriers ».
La concentration des moyens de production s’accélère dès la fin du XIXe siècle. Coca-Cola, Gillette, Philips nourrissent déjà notre imaginaire. On parle alors de grandes entreprises, voire de trusts pour définir leurs organisations multidivisionnelles bien distinctes de l’usine de conception unitaire. En 1914, le temps nécessaire à la production de la Ford T est divisé par huit. Le modèle du fordisme et du taylorisme envahit à son tour notre imaginaire avec le travail à la chaîne, moqué vingt ans plus tard par Charlie Chaplin dans Les Temps modernes. En 1933, l’Exposition universelle de Chicago se fait connaître par un slogan effrayant : « La science trouve ou découvre, l’industrie applique et l’homme suit ».
Enfin, au début du XXIe siècle, tandis que les technologies du numérique, de « l’informatisation à la cybernétique » se développent, une nouvelle classe dirigeante émerge, de « nouveaux managers » formant un « régime directorial » et d’alliances offensives dans un monde globalisé.
L’Europe et le monde sont simultanément en train de vivre un autre changement de paradigme. Nous passons d’une société de consommation, voire de consommation de masse, à un autre projet de société qui ne porte pas encore de nom et que, par défaut, nous appelons le « monde d’après ». Nous dénommons « renaissance industrielle2Nombre de réflexions de cette partie sont inspirées par Olivier Lluansi et Anaïs Voy-Gillis, Vers la renaissance industrielle, Paris, Marie B, coll. « Lignes de repères », 2020, ou encore d’Olivier Lluansi, Les néo-industriels. L’avènement de notre renaissance industrielle, Paris, Les Déviations, 2023. » la manière dont notre outil productif se met au service de ce nouveau projet de société alliant environnement et souveraineté.
Le mot « renaissance » désigne certes un moment de l’histoire italienne, mais également le point de départ d’un changement culturel profond en Europe. Il désigne ainsi un cheminement exploratoire et créatif, constitué de questions plus que de réponses. Comme dans le monde du XVIe siècle, nous faisons face à de profondes interrogations contemporaines : comment faire en sorte que le renouveau des savoir-faire industriels et leurs potentiels répondent aux défis du XXIe siècle ? Comment faire en sorte qu’ils ne soient plus assimilés aux productions de masse du XXe siècle, durant lequel ils servirent un appétit quasi illimité de consommation « à usage unique », en détruisant des ressources naturelles ? Comment faire en sorte qu’ils appuient moins de chaînes d’approvisionnement mondialisées et fragmentées, alors que les guerres commerciales grondent ?
Notre ambition est au niveau de ces questionnements et justifie que nous parlions de « renaissance industrielle ».
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Abonnez-vousUn « monde de la rareté » : une des approches pour caractériser le « monde d’après »
Alors que six des neuf limites planétaires – telles que définies par Johan Rockström, Will Steffen et leurs collègues3Johan Rockström, Will Steffen et al., « Planet boundaries: Guiding human development on a changing planet », Science, vol. 347, février 2015. – ont déjà été dépassées, la France comme l’Europe d’ailleurs doivent donc préciser les priorités de leur modèle productif sous un angle nouveau, avec une vision systémique. Ainsi, la décarbonation de l’industrie concentre aujourd’hui beaucoup de nos efforts quand l’eau, les ressources naturelles ou la biodiversité posent des questions toutes aussi aiguës, mais moins évoquées.
Pour Bruno Latour ou Pierre Veltz4Mais également Michel Serres., nous entrons aujourd’hui dans un monde caractérisé par la « rareté », celle de l’eau, des matières premières, et par extension de l’atmosphère (qui n’est pas infinie pour accueillir nos gaz à effet de serre) ou de la biodiversité (qui est remise en cause par nos développements). Qu’elle soit issue d’un épuisement de la ressource ou simplement d’une restriction à son accès (embargos), cette « rareté » caractériserait donc le changement de paradigme en cours et permettrait d’en explorer leurs conséquences.
Prenons donc cette hypothèse pour en décliner les implications sur l’outil productif de la France et de l’Europe.
Un monde en décroissance ?
Pour faire face à cette « rareté », de nombreuses voix prônent la décroissance économique. Ralentir, passer d’un monde de conquêtes à un monde de restrictions.
Certes, la frugalité et la sobriété peuvent être considérées comme des « conquêtes » ; cependant nous nous écartons de cette hypothèse de décroissance pour une simple raison : la transformation à venir de notre société, de son outil productif notamment, nécessitera d’immenses investissements. Leur financement ne proviendra pas de « nulle part », or une trajectoire de décroissance réduirait plus encore la confiance en notre système économique, sur laquelle il repose, engendrant possiblement une spirale destructrice de notre économie (crises, récessions, etc.) pour in fine nous priver de toute capacité de financement des infrastructures et de l’outil productif nécessaire pour les transitions que nous vivons.
Le « monde d’avant » financera donc le « monde d’après », car nous n’avons pas d’alternative.
Un monde inflationniste ?
La rareté engendre la hausse des prix. C’est une règle d’or de l’économie de marché.
C’est vrai ! Toutefois, nous arrivons à la même conclusion par un autre chemin, en poursuivant notre réflexion. En effet, notre économie est le produit de volumes et de prix : selon notre hypothèse d’un « monde de la rareté », les volumes se réduiront, conséquence de la raréfaction des ressources, naturelle ou imposée, en matière ou en énergie. Par conséquent, pour maintenir notre économie et notre capacité d’investissement dans les infrastructures nécessaires à ce « monde d’après », tout reposera sur le prix et sur notre aptitude à valoriser ainsi nos efforts collectifs, nos ambitions environnementales, notre exigence de souveraineté.
Un « monde de la rareté » est ainsi naturellement un monde inflationniste. Mais qui dit accroissement des prix soulève naturellement les questions de concurrence et de pouvoir d’achat.
Un monde en mesure de préserver le « pouvoir d’achat » ?
Si le « pouvoir d’achat » se définit strictement par la capacité à acheter un certain volume de biens ou de services, la hausse des prix inéluctablement liée à une raréfaction des ressources conduit, sans appel, à une réponse négative à la question posée.
En revanche, si le « pouvoir d’achat » s’entend comme la capacité pour un ménage d’assurer un niveau de confort matériel et de qualité de vie, alors le champ de la réflexion s’élargit et des solutions se dessinent, notamment pour les biens d’équipement et les biens manufacturés.
En effet, ce pouvoir d’achat-là pourrait être préservé par la durabilité des biens : il suffirait pour cela que les gains en durée d’utilisation des équipements soient supérieurs à l’accroissement des prix. À titre d’exemple et pour illustrer davantage notre propos, prenons l’exemple d’un ménage qui doit renouveler son réfrigérateur. Il dispose d’une alternative : un produit dont la durée de vie est de trois ans et un autre, deux fois plus cher, mais dont la durée de vie est de six ans. Supposons en outre que l’empreinte environnementale du second réfrigérateur, en usage de métaux par exemple, soit équivalente ou à peine supérieure à celle du premier, alors le choix dans un « monde de la rareté » est une évidence, le réfrigérateur ayant la plus longue durée de vie doit être préféré.
Ces gains en durée d’utilisation – qu’ils concernent tout l’équipement ou bien une partie de ses composants éventuellement réutilisés – mobilisent de nombreux leviers, souvent regroupés par la terminologie de « circularité » ou de « sobriété ».
Ce choix obère-t-il le pouvoir d’achat de notre ménage ? Pas nécessairement. En effet, au moment de la dépense, l’effort est double mais réparti sur la durée de vie de l’équipement. L’alternative est donc « globalement » équivalente en termes de pouvoir d’achat. Cette réflexion conduit à identifier trois défis.
Le premier va au-delà de notre renaissance industrielle même s’il en est indissociable. Il concerne au premier chef nos modes de consommation avec les envies, le désir, l’intention et l’émotion qui y sont attachés. Nous ne pourrons plus assagir nos frustrations intérieures par ce mode de consommation.
Le second défi qui rendra possible l’évolution de nos modes de consommation sera l’économie de la fonctionnalité. Il ne s’agira plus dès lors de payer pour la propriété d’un bien, mais pour son usage tout au long de sa durée de vie.
Un troisième défi caractérisant notre « monde de la rareté » supposera la mobilisation de notre génie industriel pour réinventer les produits manufacturés, leur design, leurs chaînes de valeur avec cette logique de durabilité, de sobriété et de souveraineté.
Nous l’avons dit, nous ne croyons pas à la décroissance, car le « monde d’après » suppose d’immenses investissements qui devront être financés par le « monde d’avant ». Dans cette perspective, nous ne jugeons pas pertinent de stigmatiser la finance en soi. L’économie de la fonctionnalité ne supprime en rien la nécessité que nos biens soient détenus avant que leur usage soit partagé. Cette détention pourra être collective ou, plus probablement, celle d’une entité économique qui mettrait ce bien en location, leasing, crédit-bail, affermage, etc. Toutes ces modalités font appel à l’ingénierie financière, tout comme la réinvention du design de nos produits manufacturés fera appel au génie industriel.
Notre monde de commerce et de consommation de masse, qui nous conduit aujourd’hui à une impasse environnementale, aux « limites plantaires dépassées », a mobilisé à ses fins une certaine forme du génie industriel comme du génie financier. Cette forme était au service d’une finalité désormais obsolète. Si nous changeons leurs finalités, nous aurons toutefois toujours besoin de ces outils, renouvelés voire réinventés.
Un monde de ruptures technologiques ?
À l’heure où résonnent tous les jours des annonces sur l’intelligence artificielle (IA), cette question peut paraître paradoxale. Pour ce qui est de notre outil productif, elle ne l’est pas.
En effet, l’IA est un terme marketing qui recouvre des réalités distinctes. Ce terme recouvre par exemple l’intelligence artificielle générative, celle de ChatGPT et de quelques autres au sommet de leur trajectoire de Gartner (qui modélise pour une nouvelle technologie d’abord un temps d’attentes surévaluées, un temps de déception et enfin un temps de démonstration de leur véritable valeur). Cette intelligence artificielle générative pourra grandement contribuer à un défi majeur de notre outil productif, celui de répondre à une somme d’injonctions contradictoires : se décarboner et mettre sur le marché des produits dont l’usage est lui-même le plus décarboné, respecter la biodiversité, gérer le stress hydrique croissant, rapprocher la production des marchés, sécuriser les approvisionnements des entrants, rester compétitif dans un monde ouvert et dans un pays aux coûts du travail élevés, etc.
C’est une quadrature du cercle pour nos entrepreneurs. En voici un exemple simple avec les éoliennes. Les aimants à « terres rares » sont plus efficaces mais dépendants d’intrants chinois. Sans ces aimants, elles sont moins efficaces, mais potentiellement « souveraines ». Quel choix faire ?
Dans un « monde de la rareté », nous nous dirigeons à grande vitesse et inexorablement vers une réinvention de tous nos objets manufacturés du quotidien. L’étape de conception est la seule qui permette d’embrasser ces injonctions et de résoudre leurs contradictions. Là, l’intelligence artificielle générative qui brasse de la donnée non structurée et du langage naturel est déterminante.
Mais les termes IA recouvrent aussi ce qui est dénommé « industrie 4.05Le concept de l’« industrie 4.0 » a été introduit pour la première fois en 2011 lors de la Foire de Hanovre, en Allemagne. Il s’inscrit dans la continuité des précédentes révolutions industrielles en transformant les méthodes de production avec l’intégration de technologies avancées, comme l’Internet des objets (IoT), la cobotique, le big data, etc. » depuis une dizaine d’années. Ces briques technologiques (big data, machine learning, etc.) sont connues et même industrialisées pour la maintenance ou le contrôle qualité. La question est davantage celle de leur déploiement que celle de leur développement. Elles permettent des gains de productivité dans nos outils de production de l’ordre de 20% à 30% en quelques années. Autrement dit, ce déploiement est une nécessité. Dans un monde de concurrence acharnée, c’est même une condition de survie.
Toutefois, n’oublions pas les autres modes d’innovation : la frugalité technologique, les innovations évoquées à travers l’économie de la fonctionnalité et, enfin, les innovations incrémentales.
En fait, l’innovation se répertorie au moins dans une demi-douzaine de catégories. Si elle est indispensable pour faire face aux défis qui nous attendent, et notamment ceux d’un « monde de la rareté », elle n’est pas nécessairement ni technologique, ni de rupture. D’ailleurs l’innovation technologique de rupture a souvent ses propres talons d’Achille : consommation d’énergie, dépendance à la donnée, à son partage et, enfin, dépendance aussi à la propriété intellectuelle…
Un monde de politique commerciale ouverte ?
La politique commerciale européenne a été pour le moins naïve depuis des décennies. Le projet européen, c’est un modèle social et éthique, des ambitions environnementales. En leur nom, nous optons collectivement pour du gaz liquéfié deux fois plus cher que le gaz que nous importions de Russie (et six fois plus cher au moins que le gaz de schiste dont bénéficient les entreprises américaines). Nous assumons une masse salariale cinq fois plus élevée qu’en Asie et une fiscalité plus importante. Nous acceptons pour la majorité de nos investissements des surcoûts de l’ordre de 30% afin d’incorporer les équipements de protection de l’environnement.
Le pire est que ces facteurs se cumulent. Ainsi, au moins un tiers des productions de notre industrie, par exemple de la chimie ou du textile, sont toujours au moins 20% plus chers que ceux des États-Unis ou de la Chine6Calculs de l’auteur. Décomposition de la structure de coût des principales productions manufacturières et simulation du cumul des écarts engendrés par les seules différences des facteurs de coût mentionnés plus haut : travail, énergie, investissement (amortissements).. Le différentiel de coût de production s’accélère même : depuis la crise liée à la pandémie de Covid-19, les prix à l’exportation en Europe ont augmenté de 35% contre 20% aux États-Unis et 5% en Chine. Ce différentiel conduit à une érosion de nos parts de marché à l’export et renforce la compétitivité-prix de la Chine et des États-Unis7Rexecode, juillet 2025.. Si nous ne faisons rien, la situation est mortifère.
Si l’on veut réindustrialiser, si l’on veut innover, si l’on veut réinvestir, si l’on veut garder notre souveraineté, si l’on veut une position de leader sur des secteurs stratégiques, il est donc urgent de combler ce déficit de compétitivité. Cela passe forcément par un accès durable et compétitif à de l’énergie bas-carbone et par des aides substantielles à la décarbonation ou à des investissements imposés par l’Europe à l’industrie.
Cependant, cela ne suffira pas !
La perspective d’un « alignement par le haut » de nos standards, implicite ou explicite dans la mise en place de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans les années 1990, est désormais caduque pour plusieurs décennies. Les modèles américain, chinois, européen ont davantage divergé que convergé.
Si nous avons la conviction d’entrer dans un « monde de la rareté » et que nos concurrents économiques ne partagent pas cette orientation, alors le résultat est joué d’avance. En une décennie, nous serons dominés et en quelque sorte « colonisés ».
En effet, nos valeurs sociales et environnementales se traduisent en « modes de production » spécifiques. Eux-mêmes se répercutent en coûts, forcément plus importants que ceux d’une production concurrente qui ne les partagerait pas. Mettre ces deux productions en concurrence frontale a été désastreux pour notre industrie et pour nos valeurs. La délocalisation de notre industrie pharmaceutique, notamment en Inde, et en conséquence notre dépendance en substances actives, de l’ordre de 80% de nos approvisionnements, en est une illustration douloureuse8Étude des vulnérabilités d’approvisionnement en APIs pour l’industrie pharmaceutique européenne, PWC pour SICOS, LEEM et GEMME, juillet 2021..
Le seul protectionnisme consistant à fermer nos marchés ne serait pas adapté, étant donné la profonde imbrication de notre économie avec le commerce international. En revanche, des règles ou des pratiques doivent désormais redonner le cadre d’une compétition « à la loyale ». Recréer des barrières techniques les moins contournables possible, sur le bilan carbone ou la cybersécurité des équipements, le permettrait. De même, réinstaurer des taxes douanières face à celles de nos « partenaires » économiques s’impose. À la lumière par exemple des chiffres d’importation des véhicules électriques chinois et des niveaux de taxation américaine, ces pratiques ne pourront pas être de simples ajustements à la marge.
La divergence des modèles entre les grands continents-puissances implique, pour l’Europe, des politiques commerciales qui s’appuient au moins sur un principe clair et irréfutable, celui de la réciprocité, consistant à imposer des droits de douane miroirs tout en refusant catégoriquement d’importer ce qu’on s’interdit sur le territoire européen.
Ainsi, dans ce « monde d’après », notre outil productif et les politiques l’accompagnant n’ont d’autre choix que de s’adosser sur une politique commerciale protectrice. Mais cet adossement n’est qu’une illustration des changements à prévoir. Car le nouveau paradigme d’un « monde de la rareté » induira évidemment forcément d’autres choix et de nouveaux modes opératoires.
Un monde de nouvelles productions prioritaires ?
Ce nouveau paradigme de la « rareté » conduit naturellement à l’idée de « productions essentielles », celles dont on ne pourrait pas se passer sauf à remettre en cause un modèle de société dont nous souhaitons la pérennité.
Toutefois, lister les « productions essentielles » n’est pas aisé et nécessite, pour les identifier, une démarche participative s’inspirant de celle proposée par Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 20099Voir Elinor Ostrom, Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, Paris, Poche, juin 2010.. Prenons l’exemple de la voiture thermique. Si elle est essentielle dans un territoire enclavé, doté d’une faible infrastructure de transports en commun et dont le réseau de bornes de recharge est déficient, elle ne l’est pas dans une grande métropole où ces équipements publics sont denses.
Ce qui est « essentiel » comprendra des productions de haute technologie comme des productions de base. Nous aurons en effet besoin de haute technologie pour nous protéger ou nous défendre et pour disposer de leviers dans la compétition internationale, comme ce fut le cas avec le nucléaire à la fin des années 1980. En réalité, on rejoint là l’idée de « filières stratégiques ».
Les productions de base évoquées plus haut sont essentielles à notre vie au quotidien et symbolisent notre résilience dans un monde de crises à répétition. L’alimentation en est un exemple, tout comme l’énergie ou la transformation des minerais. Il est nécessaire d’insister sur ce point car ces productions « de base » conduiront à redévelopper un tissu industriel irriguant tous nos territoires.
Cette notion conduit aussi en creux à l’idée de « productions superflues ». Elles devront être exclues de nos politiques publiques et laissées « au marché ». On pense par exemple au financement pour 580 millions d’euros, avec le soutien partiel de la puissance publique, des « cartes Panini digitalisées », largement salué par la classe politique et qui a suscité, dès 2022, nombre d’interrogations légitimes10Lire par exemple : « L’incroyable levée (580 M€) de Sorare, startup française de… cartes à jouer », Challenges, 21 septembre 2021 ; « La licorne française Sorare soupçonnée d’être un site de paris déguisé », La Tribune, 30 juillet 2022 ; Samir Touzani, « Sorare, la seconde mi-temps d’une licorne menacée de relégation », Les Échos, 1er juillet 2025..
Un monde qui accorde toujours la primauté aux règles de la concurrence ?
La mise en œuvre de ce nouveau paradigme appelle aussi de nouvelles pratiques. Les acteurs économiques le vivent tous les jours : l’acte transactionnel de l’achat ou de la vente ne suffit plus.
Des coopérations nouvelles sont nécessaires face aux enjeux environnementaux ou de sécurisation de nos chaînes d’approvisionnement. Ainsi, face à la vulnérabilité de leurs approvisionnements, les entreprises et leurs acheteurs sont les premiers à prendre conscience de la nécessité d’« écosystèmes » réunissant les fournisseurs et les clients.
Ces coopérations butent régulièrement sur les limites fixées par les règles de la concurrence. Par exemple, lorsque la filière du luxe a été confrontée à une pénurie des fabricants de moules pour ses emballages plastiques, elle a dû obtenir de la Commission européenne une dérogation pour engager une médiation entre donneurs d’ordre et fournisseurs en vue d’une relocalisation de cette activité11« Compte rendu de la 4e édition du comité de la filière cosmétique », FEBEA, novembre 2023..
De même, les coopérations technologiques doivent nous permettre de bâtir des feuilles de route communes, voire de partager des investissements. Elles doivent également favoriser la mise en place de coopérations territoriales, qui constituent un profond gisement d’efficacité – largement sous-exploité à ce jour.
Or ces coopérations sont parfois entravées par des règles de concurrence conçues pour le « monde d’avant » avec une vision « économiste » quasi exclusive. Ce n’est pas la première fois que cette situation se présente dans notre histoire industrielle. L’exemple américain de Sematech est très éclairant à ce propos12Sematech, consortium de R&D mis en place en 1987 par les fabricants américains de semi-conducteurs et d’équipements liés, a permis de partager et de réduire les risques notamment en définissant des feuilles de route technologiques et en investissant dans les unités partagées de R&D et d’essai. Malgré son apparence de « cartel », ce consortium a bénéficié d’une disposition législative lui permettant de déroger aux règles américaines du droit de la concurrence. Voir France Stratégie, Les politiques industrielles en France. Évolutions et comparaisons internationales, rapport pour l’Assemblée nationale, novembre 2020, p. 506.. Nos règles de la concurrence, pilier de l’organisation du marché unique européen, doivent donc être ajustées.
Un monde de libre investissement ?
Si notre hypothèse d’un « monde de la rareté » implique de s’affranchir d’un modèle économique de décroissance, il doit également s’émanciper d’un modèle économique privilégiant la croissance avant tout.
Comme nous l’avons vu précédemment, nos valeurs sociales et environnementales se traduisent en « modes de production » spécifiques, eux-mêmes se répercutent en coûts, forcément plus importants que ceux d’une production concurrente qui ne les partagerait pas. Pour les entreprises, mettre ces deux modes de production en concurrence frontale a été désastreux. Cela a aussi eu pour conséquence de brider la croissance européenne.
Nos partenaires et concurrents commerciaux, Chine comme États-Unis d’Amérique, ont opté pour une autre trajectoire, celle d’une croissance débridée. Ne nous étonnons donc pas de trajectoires divergentes de valeur ajoutée (PIB) par habitant. Elles sont la conséquence logique des choix que nous avons déjà faits.
Cette divergence des modèles économiques va nous conduire à une nouvelle politique relative aux investissements étrangers. Contraintes par nos valeurs et nos enjeux souverains – qu’ils soient sociétaux, sociaux, environnementaux –, nos entreprises sont créatrices d’une moindre richesse financière que si elles en étaient exemptes. Leur valorisation boursière et économique le reflète, tandis qu’aux États-Unis d’Amérique, qui sont affranchis de ces contraintes, la course à la création de richesses financières est pleinement relancée.
À leurs yeux, la valorisation de nos entreprises est donc bradée. Elles constituent d’ores et déjà une cible privilégiée pour le modèle financier outre-Atlantique.
Le retour d’un contrôle des investissements étrangers en Europe sera une autre conséquence logique de notre hypothèse d’un « monde de la rareté ». Dans un premier temps, nous devrions nous inspirer des dispositifs de contrôle américains, tels le Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS). Il s’agit là d’une autre expression du principe de réciprocité.
Si notre souveraineté suppose un meilleur contrôle des chaînes logistiques et physiques d’approvisionnement, elle ne peut ignorer l’importance de la détention capitalistique des entreprises qui les composent.
Quelle place pour l’Europe dans ce « monde de la rareté » ?
Par la création de l’Organisation mondiale du commerce ou les Accords de Paris, nous avons, consciemment ou non, donné sa chance à l’espoir exprimé par Jean Monnet. Ce dernier souhaitait que le modèle européen, fondé sur l’intégration économique et le multilatéralisme, soit l’embryon d’un modèle de gouvernance mondiale.
Aujourd’hui le constat est amer. Le monde refuse ce modèle. Les théories de la spécialisation économique, qui auraient dû permettre à chaque pays de trouver sa place et d’en tirer un avantage, ont été tellement magnifiées qu’elles ont, par réaction, ouvert la voie à une philosophie du rapport de force et de la domination. La finance et le numérique aux États-Unis, la force productive et son innovation en Chine. Les théories de Paul Robin Krugman sur les gains d’échelle auraient dû nous éclairer plus tôt13Paul Robin Krugman et Maurice Obstfeld, International Economics: Theory and Policy, Global Editions, 12e édition, mars 2022. !
Ainsi, le chemin emprunté par notre modèle productif européen pour s’adapter à un « monde des raretés » n’est pas unique. D’un point vue géopolitique, le monde occidental doit tenir compte d’une autre « bifurcation », entre l’Europe et les États-Unis.
Nous disons souvent que nous ne réindustrialisons pas seulement pour réindustrialiser, mais pour une triple finalité : reconquérir notre souveraineté, renforcer une cohésion sociale et territoriale, et reprendre la maîtrise de notre empreinte environnementale. Au regard de ces trois valeurs clés, étudions la nouvelle donne que nous impose l’Amérique du Nord et qui, contrairement à la doxa médiatique, ne date pas du président Trump.
Le thème de la souveraineté est commun à l’Europe et aux États-Unis d’Amérique, même si ces derniers disposent en la matière de plusieurs longueurs d’avance.
La création de richesse et sa répartition sont également un sujet commun. L’intérêt accordé à la classe moyenne en Amérique présente des similitudes avec notre préoccupation pour les territoires délaissés par notre désindustrialisation.
Là où les modèles bifurquent, c’est sur la gestion de l’empreinte environnementale. La rareté, par exemple de certaines ressources primaires, est un constat partagé. Toutefois, la croissance à tout crin et les rapports de force prônés par les États-Unis d’Amérique ont pour finalité de les accaparer au détriment des autres nations. Les exemples du Groenland ou de l’Ukraine sont éclairants à ce sujet.
Cela nous conduit naturellement à nous poser la question de la place de l’Europe à la fois dans l’hypothèse d’un « monde de la rareté », mais aussi face aux volontés de conquêtes américaines. C’est évidemment inconfortable, mais les États-Unis ne font que reproduire ce que l’Europe a inventé puis mis en œuvre, et notamment la domination des individus sur la nature.
Descartes l’a formalisé par ces mots : « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature14René Descartes, Discours de la méthode, 1637. ». Cette domination est indissociable des progrès de la science et des technologies en Europe au XVIIe siècle.
Ce même état d’esprit a présidé à la conquête de l’Ouest américain rendu alors possible par le développement du chemin de fer. N’est-ce pas lui qui nourrit aussi aujourd’hui les récits de la colonisation de Mars ? Ce sont de nouveaux espaces riches en ressources, parfois fantasmées, dont l’accès est rendu possible par la puissance des technologies spatiales.
Alors que les États-Unis poursuivent dans cette voie et tentent d’accaparer les ressources, l’Europe essaie d’inventer une alternative fondée sur la sobriété, sur une autre relation à la nature et sur de nouvelles valeurs dans les échanges. Cela a pu s’apparenter à de la naïveté. La divergence entre les modèles européen et américain serait ainsi moins celle du constat d’un « monde de la rareté » que tout le monde partage, que celle du chemin à suivre pour y faire face.
Cette prise de hauteur permet d’esquisser des éléments de réponse à la question de la place de l’Europe dans l’hypothèse d’un « monde de la rareté ».
À une échelle différente, il existe un pays en Europe qui a vécu la même problématique : la Suisse. En effet, ce pays a privilégié la qualité de vie, le respect des principes environnementaux, le confort matériel contre les furies des guerres européennes, des crises économiques et du libéralisme effréné… et s’est imposé comme un modèle. Elle est animée par une démocratie locale intense, décentralisée dans la répartition des pouvoirs, industrialisée15La part manufacturière dans la création de richesse en Suisse est largement plus élevée que la moyenne européenne. Elle s’approche de celle de l’Allemagne, leader en Europe., riche voire opulente, neutre sur l’échiquier mondial, protectionniste mais ouverte au commerce… Ce qu’a été la Suisse à l’histoire européenne, l’Europe n’a-t-elle pas la vocation à le devenir pour l’histoire contemporaine du monde ?
Si l’Europe faisait ce choix, nous devrions à renoncer à notre volonté de puissance16Cette note a été rédigée entre avril et mai 2025, donc avant les décisions de l’administration Trump sur les droits de douane. De la sorte que le taux infligé à la Suisse (25%) et celui subi par l’Europe (15% – ce qui ne la distingue en rien des autres partenaires commerciaux des États-Unis, malgré la taille de son marché) peuvent en être considérés comme des premiers symptômes., si omniprésente dans les doctrines et les postures françaises… Nous prendrions toutefois un risque considérable, car celui qui ne désire pas la domination assume aussi le risque d’être dominé.
C’est dans ce cadre que se conçoit le terme de « renaissance » évoqué en introduction. Ne sommes-nous pas en train de répéter cette séquence de l’histoire italienne qui signifierait le point de départ d’un changement culturel profond avec deux cultures qui s’affrontent – celle de la recherche du juste équilibre et d’un idéal humaniste face à celle de la volonté de puissance et d’accaparement ?
Conclusion : un profond aggiornamento
L’hypothèse d’un « monde de la rareté » nourrit notre compréhension de la « bifurcation » que nous percevons aujourd’hui. Mais elle nous conduit bien au-delà.
Certes, dans cette hypothèse, nous ne pouvons pas nous permettre la décroissance, tant les investissements à réaliser sont importants. Quoi qu’il en soit, le « monde d’avant » financera le « monde d’après ». Celui-ci sera inflationniste et maintiendra le « pouvoir d’achat », entendu comme un niveau de confort matériel, par une combinaison de la durabilité des biens, de la circularité des composants et de l’économie de la fonctionnalité.
Certes, la divergence des modèles économiques et de société entre les grands continents-puissances induira automatiquement des politiques commerciales protectrices. Les « productions essentielles » compléteront les « filières stratégiques » dans les priorités des politiques industrielles. La coopération entre les acteurs économiques s’imposera, notamment pour aller chercher des solutions inaccessibles à un acteur économique isolé – fût-il puissant. Cela amenuisera la domination actuelle de l’économie transactionnelle et des règles de la concurrence.
Certes encore, la diversité des territoires, des écosystèmes et des productions est telle qu’il s’agira de prendre des décisions de microéconomie, catégorie de produits par catégorie de produits, alors que nous avons rêvé, pendant des décennies, de réguler le monde par la macroéconomie et le commerce international ouvert.
L’émotion liée à la consommation, le financement des acquisitions, la conception de nos produits manufacturés, le renoncement au principe supérieur de la liberté de commercer, ces évolutions nécessaires constitueront la partie émergée d’un changement profond de paradigme.
Car cette hypothèse nous emmène plus loin.
Nous sommes d’ores et déjà dans une bifurcation, celle que nous percevons. Elle va induire un profond aggiornamento de nos politiques publiques. Pour notre outil productif, cœur de cette réflexion, c’est un chantier de deux décennies, d’une génération au moins. C’est aussi un pari, car il existe une autre manière de faire face au « monde de la rareté » que celle de s’y confronter.
Sur ce long chemin, n’oublions jamais que ces décisions relatives à notre outil productif restent des moyens et non une finalité. N’oublions jamais que cette finalité est triple : permettre de mieux vivre dans tous les territoires, retrouver la cohérence de nos valeurs et enfin, maîtriser notre destin collectif afin que nos enfants puissent décider du leur.
- 1Pierre Musso est philosophe, docteur en sciences politiques, professeur honoraire des universités en sciences de l’information et de la communication à Télécom ParisTech ainsi qu’à l’université Rennes-II. Il est l’auteur notamment de La Religion industrielle : monastère, manufacture, usine. Une généalogie de l’entreprise, Paris, Fayard, 2017.
- 2Nombre de réflexions de cette partie sont inspirées par Olivier Lluansi et Anaïs Voy-Gillis, Vers la renaissance industrielle, Paris, Marie B, coll. « Lignes de repères », 2020, ou encore d’Olivier Lluansi, Les néo-industriels. L’avènement de notre renaissance industrielle, Paris, Les Déviations, 2023.
- 3Johan Rockström, Will Steffen et al., « Planet boundaries: Guiding human development on a changing planet », Science, vol. 347, février 2015.
- 4Mais également Michel Serres.
- 5Le concept de l’« industrie 4.0 » a été introduit pour la première fois en 2011 lors de la Foire de Hanovre, en Allemagne. Il s’inscrit dans la continuité des précédentes révolutions industrielles en transformant les méthodes de production avec l’intégration de technologies avancées, comme l’Internet des objets (IoT), la cobotique, le big data, etc.
- 6Calculs de l’auteur. Décomposition de la structure de coût des principales productions manufacturières et simulation du cumul des écarts engendrés par les seules différences des facteurs de coût mentionnés plus haut : travail, énergie, investissement (amortissements).
- 7Rexecode, juillet 2025.
- 8Étude des vulnérabilités d’approvisionnement en APIs pour l’industrie pharmaceutique européenne, PWC pour SICOS, LEEM et GEMME, juillet 2021.
- 9Voir Elinor Ostrom, Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, Paris, Poche, juin 2010.
- 10Lire par exemple : « L’incroyable levée (580 M€) de Sorare, startup française de… cartes à jouer », Challenges, 21 septembre 2021 ; « La licorne française Sorare soupçonnée d’être un site de paris déguisé », La Tribune, 30 juillet 2022 ; Samir Touzani, « Sorare, la seconde mi-temps d’une licorne menacée de relégation », Les Échos, 1er juillet 2025.
- 11« Compte rendu de la 4e édition du comité de la filière cosmétique », FEBEA, novembre 2023.
- 12Sematech, consortium de R&D mis en place en 1987 par les fabricants américains de semi-conducteurs et d’équipements liés, a permis de partager et de réduire les risques notamment en définissant des feuilles de route technologiques et en investissant dans les unités partagées de R&D et d’essai. Malgré son apparence de « cartel », ce consortium a bénéficié d’une disposition législative lui permettant de déroger aux règles américaines du droit de la concurrence. Voir France Stratégie, Les politiques industrielles en France. Évolutions et comparaisons internationales, rapport pour l’Assemblée nationale, novembre 2020, p. 506.
- 13Paul Robin Krugman et Maurice Obstfeld, International Economics: Theory and Policy, Global Editions, 12e édition, mars 2022.
- 14René Descartes, Discours de la méthode, 1637.
- 15La part manufacturière dans la création de richesse en Suisse est largement plus élevée que la moyenne européenne. Elle s’approche de celle de l’Allemagne, leader en Europe.
- 16Cette note a été rédigée entre avril et mai 2025, donc avant les décisions de l’administration Trump sur les droits de douane. De la sorte que le taux infligé à la Suisse (25%) et celui subi par l’Europe (15% – ce qui ne la distingue en rien des autres partenaires commerciaux des États-Unis, malgré la taille de son marché) peuvent en être considérés comme des premiers symptômes.