Pouvoir d’achat et carburant : les JT, machines à frustrer

C’est l’un des derniers rendez-vous de masse dans le paysage audiovisuel : dix millions de personnes regardent chaque soir les journaux télévisés (JT) de TF1, France 2 et M6. Résistant à la multitude de services de streaming et à la fragmentation de l’offre, ils restent un enjeu que Matthieu Deprieck décrypte chaque mois. Pour cette dixième note, il montre comment la multiplication des sujets sur la consommation et le carburant suscitent de la frustration chez les téléspectateurs.

Introduction

Pour la deuxième fois en neuf mois, les Français traversent une crise pétrolière. La première, consécutive au déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 1er mars 2026, a plongé les automobilistes dans la stupeur. La deuxième a émergé sitôt les enfants déposés à l’école. Deux jours après la rentrée scolaire, le 3 septembre 2026, les JT avaient déjà retrouvé le chemin des stations-services.

Les saisons passent, mais notre méthode n’a pas changé depuis le printemps 2026 : une observation rigoureuse des trois JT du soir pour établir un relevé de tous les verbatims des Français à la pompe diffusés par TF1, France 2 et M6. Leur analyse comparée permet d’établir qu’au mois de septembre 2026, tout est allé plus vite.

Comme pour la saison 2 d’une série, cette deuxième crise de l’année n’a pas eu besoin de poser le contexte, les personnages ou le décor. La colère s’est immédiatement installée sans que les reportages ne décrivent en préambule la stupeur, puis le désarroi. Les figures imposées (alerte à la pénurie, comparatif avec les pays frontaliers, chasse aux profiteurs de crise, procès intenté à l’État) ont retrouvé très vite leur place dans les conducteurs des JT.

Le traitement réservé à cette deuxième crise a été plus brutal et plus radical. Mais dans le même temps, l’architecture générale des journaux télévisés n’a, quant à elle, pas changé. Les capsules de révolte contre la vie chère ne se sont pas dissoutes dans les JT. En cela, les 20 heures sont devenus des machines à frustrer.

Une deuxième crise des carburants plus brutale que la première

Si les producteurs et diffuseurs poussent pour ajouter aux séries à succès une ou plusieurs saisons, c’est qu’il est plus simple d’écrire dans un cadre déjà posé que de repartir de zéro. Les téléspectateurs ont déjà assimilé les personnages, les rôles, les schémas de pensée. Et même si l’intrigue est à réinventer, le scénariste peut toujours s’appuyer sur des motifs existants. Les scènes d’exposition sont réduites. L’action est immédiate.

Appliqué à la fabrique de l’information, ce principe modifie mécaniquement le traitement appliqué à la crise actuelle du carburant. Pour le mettre en lumière, dressons deux chronologies.

Le premier choc pétrolier est une conséquence des frappes américaines et israéliennes sur l’Iran le 1er mars 2026. La première actualité traitée est militaire et géopolitique. Elle est développée loin de la France sur des fonds de carte du Moyen-Orient. C’est le 3 mars que le 19-45 de M6 ouvre le bal des sujets tournés dans les stations-services françaises. Le lendemain, un reporter de TF1 tend pour la première fois son micro à un automobiliste en train de faire le plein.

Le second épisode de tension à la pompe connaît un autre point de départ. Il débute le 3 septembre 2026 par l’annonce de la prolongation des aides « carburant ». Ce soir-là, France 2 et TF1 diffusent des micros-trottoirs à l’entrée des stations-essence. En mars 2026, il avait d’abord fallu digérer le déclenchement d’une nouvelle guerre avant de s’inquiéter du prix de l’essence. En septembre, c’est le prix de l’essence lui-même qui déclenche la crise.

Voici en résumé la confrontation des deux chronologies :

 Jour J : 1er mars 2026Jour J : 3 septembre 2026
1er micro-trottoir consacré au carburantJ+4 : 1er micro-trottoir à la pompe (TF1)J+0 : 1er micro-trottoir (France 2 et TF1)
1re mise en parallèle des dépenses alimentaires et de carburantJ+9 : une femme interrogée sur M6 : « On ne peut carrément plus rouler, on ne peut plus se le permettre. Moi-même, je suis obligée d’aller aux Restos du cœur pour m’en sortir. Donc, c’est dramatique. »J+6 : TF1 et France 2 mettent pour la première fois en regard les dépenses d’alimentation et de carburant.
1re ouverture de JTJ+9 : ouverture des JT de TF1, France et M6J+4 : ouverture du JT de TF1
1er comparatif européen des prix du carburantJ+9 : le carburant est moins cher chez nos voisins  J+9 : France 2 en reportage à Andorre  
1re mention de changement de vie quotidienneJ+11 : Élodie : « Je mets le minimum. Le minimum syndical. Le minimum parce que c’est très compliqué depuis la guerre. Il faut adapter sa consommation. » (TF1)J+1 : un homme : « Je me sacrifie, je ne rentre plus tous les jours chez moi. Ça me permet de garder un peu d’essence. » (France 2)
1re mention du renoncement à se déplacerJ+24 : voix off de TF1 : « Économiser du carburant en faisant une croix sur ses loisirs, voire ses vacances. »J+6 : une femme : « Avant, je ne réfléchissais pas avant d’aller voir ma maman en Normandie qui est en Ehpad. » (France 2)
1re conséquence sur sa vie professionnelleJ+25 : Florence, infirmière libérale : « Si ça doit continuer, il y a peut-être des passages qui malheureusement ne se feront peut-être plus. » (TF1)J+18 : Valérie de Sousa, infirmière libérale : « Je suis très en colère parce qu’on va me contraindre économiquement à faire des choix de prise en charge. » (TF1)

En résumé, les reportages consacrés au prix du carburant ont bénéficié plus vite d’une forte exposition en septembre qu’en mars 2026. Avec souvent, de manière couplée à ce phénomène, des paroles plus tranchées. Ainsi d’Élodie qui, à J+11, en mars, dit adapter sa consommation d’essence quand, dès le premier jour de la crise en septembre, un homme assure ne plus rentrer dormir chez lui tous les soirs, mais passer la nuit sur son lieu de travail.

Il y a bien des cas où les temps de passage sont les mêmes entre le printemps et la fin de l’été. Au onzième jour, en mars 2026, un Marseillais s’emporte au micro de TF1 : « Oui, il faut qu’ils baissent les taxes de toute façon, qu’ils arrêtent de s’engraisser ». Même situation en septembre, lorsqu’un journaliste de TF1 interroge un automobiliste sur le responsable de l’inflation : « Le système, l’État, les taxes ». La différence d’échelle entre les deux crises tient, là, au degré des mots employés. Nous allons y venir.

Un dernier mot sur la vitesse de développement des deux crises. Dans les deux cas, à J+9, un des trois JT a traversé la frontière pour comparer les prix à la pompe. Avec une grande différence. En septembre 2026, l’exercice est répété à sept reprises en neuf jours. Les 12 et 15 septembre pour France 2 ; les 13, 14 et 21 pour TF1 ; les 13, 15 et 16 pour M6. Cette répétition a nécessairement contribué à accentuer la colère des téléspectateurs, la France étant le seul pays à refuser de plafonner ou détaxer le prix de l’essence.

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Une deuxième crise des carburants plus radicale que la première

La crise de septembre 2026 ne fut pas que brutale, elle a aussi fait émerger des propos plus radicaux. Au printemps comme à la fin de l’été, l’État a été rapidement accusé de profiter de la crise. La différence en cette rentrée ne se situe pas dans la récurrence de ce procès, mais dans les mots et la mise en scène choisis.

Un reportage illustre cette défiance intégrée par les journaux télévisés. « Où sont donc passés les centaines de millions d’euros dépensés par les automobilistes pour faire le plein ?, interroge Gilles Bouleau le 14 septembre 2026 sur TF1. Cette hausse d’une ampleur historique a-t-elle fait des gagnants ? L’argent est-il allé dans les caisses de l’État ? Dans les poches des raffineurs ou des distributeurs ? En d’autres termes, y a-t-il des profiteurs de crise ? ». Les distributeurs et les raffineurs sont clairement blanchis par le reportage. Pour l’État, la réponse est plus ambiguë. Elle est portée par le chroniqueur économique de TF1, François Lenglet. Voici ce qu’il explique aux téléspectateurs : « Deux taxes frappent l’essence aujourd’hui et, sur ces deux prélèvements, la France est nettement au-dessus des minimums imposés par l’Europe. Elles pourraient donc baisser, mais le principal obstacle, il est budgétaire. » François Lenglet préfère souligner l’absence d’aides publiques plutôt que de rappeler la perte de recettes fiscales liée à la chute de la consommation de carburant.

L’idée d’un État s’enrichissant sur le dos des Français prospère depuis mars 2026. Certes, les 20 heures font intervenir des responsables politiques et des experts pour démentir ce mensonge, mais ils diffusent également la parole de « vrais gens ». Le 15 septembre, France 2 relaie le raisonnement d’un automobiliste : « Une bonne partie du prix de l’essence, c’est des taxes. Donc, plus vous payez cher l’essence, plus l’État reçoit de taxes ». Cet homme oublie le facteur « volume consommé » dans son équation, mais qu’importe… Mettons-le à l’antenne. 

Même chose trois jours plus tard, encore sur France 2. Un homme en veut au gouvernement : « Dès que vous gagnez un tout petit peu plus que le Smic, de toute façon on n’a pas le droit aux aides ». Là aussi, c’est faux. L’aide aux gros rouleurs a été ouverte aux Français gagnant un maximum de 2035 euros net par mois. Le Smic est de 1443 euros net par mois. 

Poursuivons. Le 17 septembre, M6 diffuse un reportage intitulé « Prix des carburants : jusqu’où ira la hausse ? », qui se donne pour objectif de nourrir l’idée d’un litre à trois euros. La caméra du 19-45 se rend dans une station à Paris pour saisir un des prix les plus chers de France : 2,90 euros. Derrière, un monsieur embraye : « Comme c’est parti, j’ai bien l’impression que ça ne va pas s’arrêter là ». En fin de reportage, le président de l’Ufip énergies et mobilités, syndicat professionnel qui représente le secteur, intervient : « Il n’y a pas de raison de croire que cela va empirer ». L’automobiliste et le dirigeant du secteur pétrolier sont placés sur un pied d’égalité. Lequel des deux le téléspectateur va-t-il croire ?

Qui croire entre Philippe Casbas, président de l’Ufip, et cet automobiliste à la pompe (images M6) ?

Sorti de l’effet dévastateur des micros-trottoirs, il ne faut pas négliger l’ampleur des difficultés partagées par les Français dans les JT. C’est aussi en cela que la crise de septembre 2026 est plus radicale. Le nouveau bond des prix enregistré en septembre s’ajoute à celui déjà subi entre mars et juin. Ce qui était « compliqué » il y a six mois (le mot revenait beaucoup dans les 20 heures de l’époque) est aujourd’hui intenable.

Ainsi, les dix millions de téléspectateurs quotidiens des journaux télé assistent aux galères de leurs congénères. Comme ce 14 septembre sur TF1, avec ce commentaire : « En zones rurales, les prix s’affolent, difficile de rentrer chez soi pour certains ». Un jeune conducteur témoigne, le compteur bloqué sur zéro : « Bah zéro. Donc ça va être compliqué. Je voulais mettre dix euros. Juste pour rentrer chez moi ».

Que dire de Tatiana, la maman de Gino ? « J’ai arrêté de travailler là où je travaillais pour trouver un emploi dans mon village. Comme ça je n’ai plus ma voiture à prendre ». La journaliste relance : « Vous n’avez pas perdu en salaire ? » Tatiana : « Ce que je n’ai plus en salaire, je ne l’ai plus en essence ». Voix off : Tatiana ne dépense plus les 150 euros d’essence par semaine, mais elle a fait une croix sur son métier passion. « J’ai pris tout et n’importe quoi. Avant, je travaillais en bijouterie. Et là, je me suis redirigée en conditionnement. C’est de l’industrie. Mais y’a pas le choix ». De la bijouterie à l’entrepôt. Le déclassement est sévère.

Combien de Français peuvent se reconnaître dans cette galerie de galères ? Comme celle de ce jeune homme : « J’ai trouvé un poste qui m’intéressait, mais c’est dans le 77 [en Seine-et-Marne, NDLA]. Le temps de trouver un appartement… Pareil, trouver un appartement pendant ma période d’essai, c’est pas simple non plus. Donc on fait des kilomètres ».

Les épreuves traversées par tous ces automobilistes sont suffisamment éprouvantes pour ne pas avoir à en ajouter. C’est pourtant bien ce que font les JT qui cherchent, par les tranches de vie, à souligner l’ampleur de la crise. Allons à Nemours (Seine-et-Marne) avec TF1. Voici Wendy, mère de deux enfants : « Les parcs d’attraction, tout ça, on ne fait plus, quasiment plus. La petite sortie au cinéma, etc., c’est pareil. Ne plus faire ces activités alors que nous-mêmes, moi-même, on les faisait quand on était petit sans se tracasser du prix du carburant, donc voilà… ». Ce sentiment de ne pouvoir offrir une meilleure vie à ses enfants que celle que l’on a vécue est douloureux. Mais cela ne semble pas assez pour la journaliste de TF1 qui relance : « Ça fait un pincement au cœur ». « Carrément, ouais, tout à fait », acquiesce Wendy.

La crise du carburant transforme les JT en machines à frustrer

Un, plus brutal. Deux, plus radical. En six mois, la case « crise des carburants » des JT a changé de visage. Si l’on dézoome, ce sont même tous les sujets consacrés au pouvoir d’achat qui ont gagné en intensité. Ce n’est pas sans conséquence sur l’équilibre des 20 heures.

Imaginez que vous peigniez d’une couleur plus mate un seul mur de votre salon sans retoucher les autres. Il y aurait alors un problème d’harmonie. C’est exactement ce qui se passe dans les JT. Les Français pleurent la chute de leur pouvoir d’achat dans un journal de 20 heures dont l’architecture générale n’a pas évolué.

Quelle est cette architecture ? Les journaux télévisés suivent à peu de choses près les mêmes recettes : une première partie consacrée à l’actualité, une seconde plus légère. Dans cette deuxième section, on trouve un classique des JT : le sujet « conso ». On y vend un produit à la mode, un aliment tendance ou le dernier modèle lancé par une marque connue. C’est la course à la nouveauté. Une redéfinition du progrès capitaliste. Toujours plus loin, plus haut, plus fort. 

Le champion sur ce marché s’appelle M6. Son 19-45 dispose d’une rubrique régulière baptisée « Conso l’idée ». Par celle-ci, la chaîne met en avant un produit en moyenne un soir sur deux, avec, à chaque fois, une présentation alléchante. Ces produits sont de deux types : alimentaires et non alimentaires.

Le non alimentaire est non vital, mais désirable. Qui n’aurait pas rêvé pendant les canicules de posséder un gilet refroidissant ? Qui, après une journée de travail à rallonge, ne voudrait pas bénéficier de l’aide d’un frigo « dopé à l’IA » pour préparer son repas ? Pendant ce mois de septembre 2026 marqué par l’explosion du prix du carburant, les 20 heures n’ont pas suspendu leurs sujets « conso ». Ainsi, France 2 et M6 ont livré à leurs téléspectateurs des reportages mettant en scène des produits premium quand une majorité d’entre eux déclarent ne plus pouvoir accéder au mainstream.

Le 11 septembre, France 2 consacre sa rubrique « Question conso » à la tendance des Legami, des stylos à tête d’animaux « dont les ventes ont quintuplé ces dernières années ». Objets de collection dans les cours de récréation, certains modèles atteignent une centaine d’euros.

La chaîne qui diffuse le magazine de consommation Capital depuis 1988, M6, ne pouvait rester en dehors de ce mouvement. Le 19-45 a multiplié ce type de reportages. Le 4 septembre : « Il y a du nouveau en ce qui concerne les brosses à dents ! » Le sujet nous présente des modèles à eau pulsée ou à caméra intégrée. Clou du spectacle, la brosse Dyson à 479 euros. Le 10 septembre, c’est le rendez-vous annuel de promotion d’Apple avec le nouvel iPhone. Et cette année, il se plie en deux ! Plus de 2000 euros pour un smartphone, c’est cher, mais c’est le prix du progrès. Vingt minutes plus tôt, le présentateur ouvrait ainsi le JT : « Avoir un travail et ne plus réussir à vivre de son salaire, c’est désormais le quotidien de nombreux Français. »

Le 19-45 va parfois jusqu’à prendre des allures de ce que nous avions appelé dans une précédente note des JT-achat1Mathieu Deprieck, Noël, Nouvel An, soldes : les JT, ces temples de la consommation, Fondation Jean-Jaurès, 12 janvier 2026., soit un mélange de reportages et de télé-achat. Le salon IFA de Berlin début septembre 2026 a transformé en showroom le plateau de M6 avec une présentation des futurs appareils électroménagers. Comme s’il voyait le décalage entre les problèmes de pouvoir d’achat et ce déluge de prix à trois ou quatre chiffres, la présentatrice précise d’elle-même qu’il faut « faire le tri entre l’anecdotique et l’indispensable ».

Parmi la foule de sujets de surconsommation, il y a parfois des poches de lucidité. Le 8 septembre, sur M6, le présentateur réalise l’écart de ton au sein du même journal et lance ainsi un reportage consacré à l’airfryer : « Même si on essaie de faire attention à nos dépenses, il y a quand même quelques tendances qui peuvent nous faire craquer. »

L’inflation partout dans les JT de TF1 (à gauche) et M6 (à droite)

La promotion de produits non alimentaires peut créer une frustration chez les téléspectateurs qui peinent à remplir le réservoir de leur voiture. Alors imaginez l’effet que peuvent produire les mêmes sujets consacrés à des denrées alimentaires. Car si le non alimentaire est superflu, l’alimentaire est vital. Or, cette catégorie a colonisé les JT. Des mois de septembre 2025 à septembre 2026, sur les 141 sujets consacrés à un produit tendance, 121 étaient dédiés à un produit alimentaire. En un an, il y eut beaucoup plus de viennoiseries XXL que de mobil-homes, plus de glaces goût camembert que de vélos gravel.

La crise du carburant n’a pas effacé cette sur-représentation de la « bouffe » dans les 20 heures. Elle s’y est ajoutée. Deux mondes ont cohabité : celui d’automobilistes qui vident leur Caddie pour remplir leur réservoir et celui de consommateurs qui courent après les versions toujours plus premium de produits jamais définitivement acquis.

Le cas de l’avocat est spectaculaire. Ce fruit tropical est passé des brunchs pour bobos dans les années 2010 à un produit de consommation de masse dans les années 2020. Aujourd’hui, ceux qui, malgré un pouvoir d’achat en baisse, continuent de s’offrir le plaisir d’un avocat ont découvert dans le JT de M6 du 16 septembre qu’ils sont en réalité à nouveau largués. On ne consomme plus aujourd’hui de l’avocat, mais du « guacamousse » (un mélange avocat-pois chiche), du « poicamole » (avec des pois) et du guacamole de brocolis.

Le même procédé s’applique aux saucisses sur TF1 et aux pâtes sur France 2. Le 8 septembre, la première chaîne prévient dès l’introduction de son reportage intitulé « Les Français s’enflamment pour le barbecue » : « Pas question de se contenter des incontournables saucisses-merguez ». Au menu, chez Quentin et Jocelyn, il y a aussi des travers de porc, du magret de canard et du camembert rôti. Et « les convives apprécient cette diversité ». France 2 s’intéresse, elle, à la « folie des protéines ». La chaîne publique met en valeur la gamme hyperprotéinée proposée par Picard, puis zoome sur un paquet de pâtes enrichies qui entraîne un surcoût de deux euros à l’achat.

« Demain, on mangera des pâtes ». Qui n’a jamais envisagé plus ou moins sérieusement cette option pour boucler un mois ou absorber une dépense imprévue ? Eh bien, en ce mois de septembre 2026, marqué par une sévère crise de pouvoir d’achat, même les pâtes peuvent devenir inaccessibles.

Conclusion

Les Français sont prisonniers d’un tapis roulant qui les contraint à perpétuellement courir pour ne pas être décrochés. Dans les JT, la quête de la nouveauté est perpétuelle. TF1 en a donné une illustration le 27 septembre 2026 en consacrant un reportage aux « chasseurs de tendances culinaires », des entrepreneurs qui repèrent les concepts de restaurant qui cartonnent sur les réseaux sociaux pour les dupliquer au sein de chaînes de franchisés. La veille, France 2 avait évoqué les enseignes de grande distribution qui proposent à leurs clients d’encaisser leurs chèques en différé. Un geste salué par une cliente en ces termes : « Ça fait plaisir de pouvoir faire ses courses sereinement ».

Dans les JT, se nourrir est vu de deux façons. C’est une épreuve qui peut tordre le bide au moment de passer à la caisse d’un hypermarché. C’est aussi une « expérience » que l’on désire vivre une fois avant de passer à autre chose. Comme un tour de manège.

Pendant un mois, ce fut tous les soirs le grand écart. Comment en sortir indemne ? De tels allers-retours font nécessairement tourner la tête, surtout quand on a le ventre vide. 

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