Pour qui votent les casernes ?

Opération Sentinelle, interventions sur les théâtres d’opérations extérieures, manifestations des « gilets jaunes » : les militaires et les gendarmes mobiles sont très présents dans l’actualité. Au lendemain de la Fête nationale et du défilé militaire, Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach font parler le vote de la “grande muette” et analysent les résultats électoraux dans les villes de garnisons et dans les bureaux dont dépendent les casernes de gendarmes mobiles.

Quand les militaires se rendent aux urnes

Compte tenu du poids démographique restreint des militaires dans la population totale, il n’est pas possible de disposer de données fiables sur leurs comportements électoraux en ayant recours à des sondages auprès d’échantillons nationaux représentatifs au sein desquels cette catégorie ne sera représentée que par quelques individus. On peut, en revanche, approcher la réalité du vote des militaires en analysant les résultats dans certaines communes abritant une implantation militaire. Pour ce faire, il convient néanmoins de retenir des communes où le poids des militaires et de leur famille pèse significativement, c’est-à-dire des lieux où les effectifs sont relativement conséquents mais où la population communale est relativement limitée. En effet, dans des villes moyennes ou grandes, compte tenu de la taille de la population, les effectifs des garnisons militaires, quand elles existent, sont trop dilués pour que l’on puisse détecter un éventuel impact statistique de leur présence sur les résultats électoraux de la commune.

Des scores élevés pour le Rassemblement national (RN) dans les petites villes de garnison

Plusieurs unités de l’armée de terre sont implantées dans des communes assez peu peuplées. Dans la Marne, c’est notamment le cas à Mourmelon-le-Grand et Mourmelon-le-Petit où sont situés un important camp de manœuvre et différentes unités, dont le 501e régiment de chars de combat, ou à Suippes où sont implantés le 40e régiment d’artillerie ainsi que le 132e bataillon cynophile. On trouve également d’importantes concentrations militaires dans les communes de Sissonne dans l’Aisne (94e régiment d’infanterie), à Auxonne en Côte-d’Or (511e régiment du train) ou bien encore à Mailly-le-Camp dans l’Aube (5e régiment de dragons). Dans le Sud de la France, la Légion étrangère compte des effectifs conséquents dans les petites communes de Saint-Christol dans le Vaucluse et de La Cavalerie dans l’Aveyron. 

Comme le montre le tableau ci-dessous, toutes ces communes ont enregistré lors des élections européennes de 2019 un vote Rassemblement national (RN) très nettement supérieur à la moyenne départementale, ce qui plaide pour l’hypothèse d’un tropisme frontiste très marqué dans la population militaire.

 
Européennes 2019 : un niveau de vote RN très supérieur à la moyenne départementale dans certaines communes abritant une implantation militaire

Commune

Département

% de vote RN dans la commune

% de vote RN dans le département

Écart

Mailly-le-Camp

Aube

50,4%

33,4%

+ 17 pts

Sissonne

Aisne

50,3%

39,9%

+ 10,4 pts

Suippes

Marne

45,5%

30,2%

+ 15,3 pts

Mourmelon-le-Grand

Marne

44,9%

30,2%

+ 14,7 pts

Mourmelon-le-Petit

Marne

41,3%

30,2%

+ 11,1 pts

Saint-Christol

Vaucluse

40,4%

32,5%

+ 7,9 pts

La Cavalerie

Aveyron

33,7%

19,1%

+ 14,6 pts

Auxonne

Côte-d’Or

32,5%

23,9%

+ 8,6 pts

 

Ce tropisme s’observe certes déjà depuis de nombreux scrutins mais l’analyse montre qu’il s’est renforcé ces dernières années. Le vote Front national (FN) dans ces communes à forte présence militaire a connu un premier bond entre l’élection présidentielle de 2012 et les européennes de 2014. On peut penser que l’arrivée de la gauche au pouvoir et les premières années du quinquennat de François Hollande ainsi que les divisions régnant à droite ont fait basculer vers le parti de Marine Le Pen une partie de l’électorat militaire jusque-là acquis à la droite. L’audience du FN a ensuite encore progressé très significativement à l’occasion des élections régionales de décembre 2015, scrutin ayant eu lieu quelques semaines seulement après les attentats du 13 novembre. Les attaques très meurtrières dont fut victime notre pays et le climat s’apparentant à l’entrée dans une situation de guerre ont manifestement eu un effet non négligeable dans cet électorat se trouvant de facto en première ligne pour lutter contre l’ennemi islamiste sur le territoire national (opération Sentinelle) comme au Levant.

 
2012-2019 : évolution du vote Front national (FN)/Rassemblement national (FN) dans certaines communes abritant une implantation militaire

Commune

1er tour -présidentielle 2012

Européennes 2014

1er tour -régionales 2015

1er tour -présidentielle 2017

Européennes 2019

Mailly-le-Camp

34,1%

44,7%

53,7%

41,4%

50,4%

Sissonne

26,3%

39,5%

45,7%

37,4%

50,3%

Suippes

37,3%

45,7%

54,3%

47,1%

45,5%

Mourmelon-le-Grand

33,2%

37,9%

48,6%

44%

44,9%

Mourmelon-le-Petit

29,6%

42,1%

55,3%

43,2%

41,3%

Auxonne

23,9%

34,7%

35,6%

30,5%

32,5%

 

Depuis ce « climax » post-13 novembre 2015, le vote FN/RN a reflué à la présidentielle de 2017 dans ces villes de garnison. Mais aux européennes de 2019, il y a repris des couleurs et demeure toujours très élevé. Le RN a sans doute en partie bénéficié, d’une part, d’un mécontentement de la base militaire à l’encontre du président de la République qui avait commencé son quinquennat en sanctionnant le très respecté général de Villiers, chef d’état-major des armées, et, d’autre part, de l’effondrement du vote en faveur des Républicains lors des européennes. On constate, en effet, que ces communes ont été elles aussi concernées par le dévissage enregistré sur le plan national par la liste des Républicains, en fort repli par rapport au score de François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle. Ainsi, la déroute de la droite aura également frappé la composante militaire de son électorat.

 
2017-2019 : évolution du vote Les Républicains (LR) dans certaines communes abritant une implantation militaire

Commune

1er tour -présidentielle 2017 – F. Fillon

Européennes 2019 – F.-X.Bellamy

Écart

Mailly-le-Camp

25,9%

10,4%

– 15,5 pts

Auxonne

19%

10,3%

– 8,7 pts

Mourmelon-le-Grand

17,6%

7,5%

– 10,1 pts

Sissonne

16,2%

5,3%

– 10,9 pts

Suippes

15,1%

6,7%

– 8,4 pts

Mourmelon-le-Petit

12,7%

7,3%

– 5,4 pts

 

Comme le montre le graphique suivant, on assiste depuis 2017 dans ce milieu à une captation progressive de l’électorat de droite par le FN/RN. Même si La République en marche (LREM) est parvenue à occuper une partie du terrain perdu par la droite, c’est le mouvement de Marine Le Pen qui a bénéficié des plus gros transferts.

 
2017-2019 : évolution du rapport de force Les Républicains (LR)/Front national (FN) dans quelques communes de garnison

 

Les reports de voix de l’entre deux tours de la présidentielle de 2017 avaient par ailleurs montré que l’électorat filloniste s’était puissamment reporté sur Marine Le Pen. Cette dernière en avait capté la majeure partie dans ces communes alors que le taux de report en provenance de la droite avait été nettement moins élevé sur le plan national.

 
Présidentielle 2017 : évolution du score de Marine Le Pen entre les deux tours dans certaines communes abritant une implantation militaire

Commune

1er tour – Le Pen

1er tour – Fillon

Total Le Pen + Fillon au 1er tour

2nd tour – Le Pen

Suippes

47,1%

15,1%

62,2%

65,3%

Mourmelon-le-Grand

44%

17,6%

61,6%

62,3%

Mailly-le-Camp

41,4%

25,9%

67,3%

60,7%

Mourmelon-le-Petit

43,2%

12,7%

55,9%

58,3%

Sissonne

37,4%

16,2%

53,6%

55,9%

Auxonne

30,5%

19%

45,9%

45,9%

 
 

Dans quasiment toutes ces communes, la candidate frontiste dominait très largement au second tour et elle atteignait un score équivalant, voire dépassant, dans la plupart des cas le total François Fillon + Marine Le Pen du premier tour. Ceci indique d’excellents reports de voix fillonistes mais aussi de l’électorat de Nicolas Dupont-Aignan, non négligeable dans ces communes.

Les bases aériennes ne sont pas en reste

Les garnisons de l’armée de terre ne sont pas les seules marquées par ce tropisme très droitier. Certaines implantations de l’armée de l’air sont aussi concernées comme, par exemple, la commune de Ventiseri, en Haute-Corse, qui abrite la base aérienne 126 de Ventiseri-Solenzara (employant 950 personnels). Cette commune comptant 1 796 inscrits, cela laisse donc penser que, même si tous les militaires et leurs familles ne résident pas dans cette commune (une partie habite aussi dans les villages voisins), ils représentent une part importante du corps électoral local. Or, la liste RN qui n’a atteint que 26,5% en moyenne en Haute-Corse aux dernières européennes enregistrait un résultat de 43,6% à Ventiseri et des scores également très élevés dans les communes voisines : 42,6% à Solaro, 39,4% à Serra-di-Fiumorbo et 35,2% à Prunelli-di-Fiumorbo.

Ce sur-vote pour le FN ne s’est pas uniquement manifesté lors de ce scrutin européen. Ainsi, alors que Marine Le Pen obtenait au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 une moyenne de 23,3% sur le département de la Haute-Corse, elle atteignait 27,5% à Solaro, 28% à Prunelli-di-Fiumorbo, 36,2% à Ventiseri et 36,7% à Serra-di-Fiumorbo. À Ventiseri, le score le plus important (38,9%) était obtenu dans le bureau de vote englobant la base aérienne contre 18% seulement dans un autre bureau plus excentré. Cette réalité n’avait pas échappé à Jean-Guy Talamoni, leader indépendantiste, qui déclarait sur France Inter le 28 décembre 2015, au lendemain des violences dans le quartier des jardins de l’Empereur à Ajaccio : « L’extrême droite est une idéologie importée en Corse. […] Ce sont les bureaux de vote à proximité par exemple de la base de Solenzara, où il y a beaucoup de militaires continentaux […] où le FN fait des scores remarquables. »

La commune de Bricy, dans le Loiret, où est implantée la base aérienne 123, présente des caractéristiques similaires. La liste de Jordan Bardella a obtenu 38,1% des voix aux européennes contre une moyenne départementale de 25,3%. Lors de la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen y enregistrait quasiment le même score avec 39,2% des voix. Les autres bases aériennes se situant à proximité d’agglomérations importantes, dans lesquelles les personnels sont dispersés quant à leur lieu de résidence, il n’est pas possible d’évaluer leur impact électoral.

Focus sur les bases militaires à l’étranger

Lors du dernier scrutin présidentiel, « l’effet garnison » s’était également fait sentir en dehors de nos frontières nationales. Alors que la candidate frontiste était sévèrement boudée par les expatriés et les « Français de l’étranger » (pour reprendre l’expression consacrée) avec un score de seulement 6,4% au premier tour dans ce corps électoral, son niveau apparaissait anormalement élevé (27,2%) à Djibouti, où est implantée l’une des principales bases militaires françaises à l’étranger. On repérait également la trace de la présence de militaires français dans le détail des résultats aux Émirats arabes unis. Marine Le Pen n’obtint que 4,9% en moyenne dans les bureaux de vote de Dubaï, mais son score était nettement plus élevé (12,6%) à Abu Dhabi, où est située une base abritant 900 militaires. Ces derniers sont nettement minoritaires parmi les expatriés français, mais leur présence pèse significativement sur les scores dans cet émirat.

Ce poids est moins important depuis quelques années car une partie des effectifs (la 13e demi-brigade de la Légion étrangère) a quitté les Émirats pour venir s’installer sur le plateau du Larzac dans l’Aveyron, dans la commune de La Cavalerie. Cette commune, qui comptait déjà une présence militaire, accueille, depuis 2016, cette nouvelle unité comprenant plus de 450 légionnaires et leurs familles (soit environ 1 000 personnes). Marine Le Pen y a atteint 33,7% au premier tour de 2017, soit plus du double de sa moyenne départementale (16,2%) et a progressé de 8,4 points par rapport au premier tour de 2012 dans cette commune contre une hausse de seulement 2,1 points dans l’ensemble de l’Aveyron. On peut penser que le renforcement de cette présence militaire n’est pas étranger à cette progression. Quarante-cinq ans après la mobilisation écolo-régionaliste contre l’extension du camp militaire du Larzac, ce territoire demeure marqué par cette histoire. Si à La Cavalerie, le RN domine très largement la liste Jadot (33,7% contre 7,3%), l’écologiste vire en tête à La Roque-Sainte-Marguerite (28,2% contre 16,5% pour Jordan Bardella), commune où est situé le hameau de Montredon, qui fut le principal foyer de la lutte et où réside encore José Bové.

Compte tenu de la géographie de l’implantation de la marine nationale, dont les principales bases sont situées dans des villes importantes (Brest, Toulon et Cherbourg), il n’est pas possible d’apprécier le vote des marins de la Royale. Ces derniers étant dispersés dans de vastes agglomérations, leur vote est dilué au sein de corps électoraux locaux comptant plusieurs dizaines de milliers d’inscrits. On notera toutefois que la commune de Lanvéoc dans le Finistère, où est située une base aéronavale, affichait un sur-vote pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017 (35,6% contre une moyenne départementale de 22,7%).

Gendarmes et gardes républicains : un vote très bleu marine

Pour approcher le vote des gendarmes, comparer en milieu rural les résultats électoraux des communes dotées d’une brigade de gendarmerie avec ceux des communes qui en sont dépourvues n’a guère de sens car les quelques voix des gendarmes et de leurs familles seront diluées dans un corps électoral beaucoup trop large. Pour pallier cette difficulté, nous avons concentré notre analyse en milieu urbain sur les bureaux de vote abritant dans leur périmètre une caserne de la gendarmerie mobile. Comptant généralement un à deux escadrons (plus parfois un état-major ou des unités de soutien logistique), ces casernes concentrent en un même lieu des effectifs importants, de l’ordre de 180 à 500 personnes, car, contrairement aux militaires ou aux CRS, les gendarmes mobiles résident avec leurs familles dans les locaux de la caserne. Cette concentration en un même lieu d’effectifs gendarmiques importants – les gendarmes et leurs familles pouvant représenter entre 15% et 100% du corps électoral de ces bureaux de vote – offre une possibilité unique de pouvoir évaluer la réalité de ce vote, dont les caractéristiques sont, nous allons le voir, très particulières.

En 2012 déjà, la présence d’une caserne de gendarmerie mobile influait très nettement sur les résultats électoraux du bureau de vote concerné

Lors de l’élection présidentielle de 2012, les bureaux de vote auxquels sont rattachés les gendarmes mobiles et leurs familles se distinguèrent très clairement de leur environnement urbain. En effet, tous les bureaux abritant une caserne de la gendarmerie mobile affichaient à l’époque un vote pour Marine Le Pen à la présidentielle très nettement supérieur à la moyenne de leur ville (ou arrondissement pour Paris et Lyon). Dans tous les cas étudiés dans cette présente analyse (à l’exception d’Amiens), le bureau où se trouve la caserne était même le bureau qui accordait le plus fort vote à Marine Le Pen de toute la ville. Ce constat assez impressionnant se vérifie (comme le montre le tableau suivant) dans tous les types d’environnement et quel que soit le contexte sociologique et politique.

 
Le score de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2012

 

Bureau où est située la caserne

Moyenne de la ville

Écart

Hyères

42,1%

21,8%

+ 20,3 pts

Dijon

30,8%

13,4%

+ 17,4 pts

Toulouse 

27,7%

10,3%

+ 17,4 pts

Drancy

32,9%

18,5%

+ 14,4 pts

Rennes

19,8%

7,3%

+ 12,5 pts

Amiens

23,8%

10%

+ 13,8 pts

Lyon

21%

9,9%

+ 11,1 pts

Maisons-Alfort

24,5%

13,7%

+ 10,8 pts

Orléans

19,8%

10%

+ 9,8 pts

Bron

24,9%

15,7%

+ 9,2 pts

Aubervilliers

21,8%

12,9%

+ 8,9 pts

Mont-de-Marsan

20,2%

13,5%

+ 6,7 pts

Melun

24%

17,4%

+ 6,6 pts

Bouliac

18,6%

14,5%

+ 4,1 pts

 

C’est vrai dans une ville déjà structurellement très frontiste, comme Hyères, comme dans des communes beaucoup plus réfractaires à ce vote comme Orléans ou Rennes. De la même façon, ce sur-vote FN et cette pole position se vérifient dans des grandes villes comme Toulouse ou Lyon aussi bien qu’à Aubervilliers en banlieue parisienne ou dans la petite commune de Bouliac (Gironde).

Cette très forte prime accordée à Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle de 2012 était d’autant plus spectaculaire qu’elle ne s’accompagnait pas d’une minoration du vote en faveur de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait, en effet, obtenu des scores très proches de sa moyenne municipale dans ces bureaux de vote comme le montrent les quelques exemples suivants.

 
Le score de Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2012

 

Bureau où est située la caserne

Moyenne de la ville

Écart

Bouliac

38,5%

33,7%

+ 4,8 pts

Bron

26,5%

26,4%

+ 0,1 pt

Dijon

25,4%

27,9%

– 2,5 pts

Aubervilliers

12,3%

14,9%

– 2,6 pts

 

À l’époque, le sur-vote au profit du FN ne s’est donc pas fait aux dépens de la droite qui était à son niveau mais c’est la gauche qui était très faible dans ce type de bureaux de vote. Par rapport à la moyenne communale, le total Jean-Luc Mélenchon + François Hollande affichait ainsi un retard de 12,5 points dans le bureau dijonnais, de 14 points à Lyon et de 24 points à Toulouse.

Si ce penchant droitier n’est pas totalement une surprise, son ampleur est en revanche assez spectaculaire. Différents facteurs contribuent à cette orientation politique particulière. En premier lieu, on n’entre pas dans la gendarmerie totalement par hasard. On peut penser que les membres de ce corps adhèrent plus que d’autres aux valeurs d’ordre, de patriotisme, d’autorité et de discipline traditionnellement portées par la droite.

En second lieu, le fait d’appartenir à un escadron plonge le militaire dans une ambiance très particulière. Il vit avec sa famille au contact de ses collègues au sein de la caserne, ceci renforçant la cohésion de groupe. L’esprit de corps, le poids du groupe et de ses valeurs sont donc omniprésents durant le travail comme au repos ce qui a sans doute des effets sur la façon dont les gendarmes mobiles et leurs proches se forgent leurs opinions. Leur vision du monde et leurs conceptions de la société sont enfin sans aucun doute influencées par la nature et la réalité quotidienne de leurs missions. Assurer le maintien de l’ordre lors des manifestations de rue, patrouiller dans des cités sensibles, intervenir en cas de coups durs ou d’émeutes et participer à la répression de la délinquance constituent un quotidien très éloigné de celui d’un électeur « moyen ». Ce vécu particulier n’est sans doute pas étranger à ce vote lui aussi particulier. À cela s’ajoutent également des conditions matérielles laissant souvent à désirer tant pour ce qui est des moyens proposés pour l’exercice des missions que du confort des logements mis à disposition, qui suscitent souvent du mécontentement de la part des gendarmes et de leurs familles, terreau propice à un vote protestataire de la part d’une catégorie se percevant comme « la dernière roue du carrosse ».

La spécificité du vote des gendarmes mobiles ne ressort pas uniquement lorsque l’on compare les résultats électoraux de leur bureau de vote avec la moyenne de la

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