Sept mois après son retour au pouvoir, Donald Trump est le président des États-Unis le plus impopulaire depuis la Seconde Guerre mondiale, après lui-même lors de son premier mandat. Cependant, sa cote de popularité a peu évolué depuis sa prise de fonctions. Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord de la Fondation, montre qu’il reste très impopulaire auprès des démocrates et a perdu le soutien d’une partie des indépendants, mais qu’il conserve les faveurs de son électorat, dont les certitudes vacillent sur certains sujets sans se convertir à ce stade en hostilité à son encontre.
Donald Trump, président historiquement impopulaire dès son investiture
Lors de son investiture, Donald Trump disposait selon Gallup d’un taux d’opinion favorable de 47%1Megan Brenan, « Trump’s Inaugural Approval Rating Is Historically Low Again », Gallup, 29 janvier 2025.. C’était équivalent au taux recueilli lors de sa première investiture (45%) et représentait le deuxième taux le plus bas (après le sien en 2017) depuis que l’institut de sondages collecte ces statistiques, à savoir 1945, lors de l’investiture d’Harry Truman2Frank Newport, « Measuring Presidential Job Approval for 75 Years », Gallup, 23 juillet 2021.. Donald Trump recueillait également à cette occasion le taux d’opinion défavorable le plus élevé depuis 1953, dépassant de deux points le record qu’il avait établi en 2017. Le 47e président débutait donc son second mandat comme le premier : avec un taux de popularité historiquement faible.
Figure 1. Taux d’opinion favorable des présidents lors de leur investiture (1953-2025)3Megan Brenan, « Trump’s Inaugural Approval Rating Is Historically Low Again », Gallup, 29 janvier 2025.

Une cote de popularité faible mais plutôt stable
Depuis le 20 janvier 2025, l’administration Trump a agi tous azimuts, mettant en œuvre de manière extrêmement brutale et désordonnée un programme réactionnaire. Aucun domaine n’y a échappé, depuis l’immigration jusqu’à la culture, en passant par le commerce international, les réglementations en tout genre, la santé, l’éducation, les politiques de « DEI » (diversité, équité et inclusion), l’environnement ou encore la justice.
Les actions provocatrices, excessives et les faux pas se sont succédé, venant du président comme de son entourage. Le déluge de décrets présidentiels des premières semaines s’est accompagné des mesures brutales du Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) contre les fonctionnaires et les agences publiques, qui ont dominé l’actualité jusqu’au mois de mars 2025, aux côtés d’attaques contre les universités et les politiques anti-discrimination.
Le 24 mars dernier, le « Signalgate4Il s’agit d’échanges concernant un plan d’attaque militaire contre les Houthis, tenus par des cadres de l’administration Trump, dont le vice-président, le ministre de la Défense, le conseiller à la sécurité nationale, ou encore le chef adjoint de cabinet du président, au sein d’un groupe de discussion non sécurisé du réseau Signal, auquel avait été invité par erreur le rédacteur en chef du magazine The Atlantic. » a créé la controverse. Il a vite été chassé du devant de la scène par le Liberation Day, marqué par l’annonce de droits de douane massifs. Mi-mai, une nouvelle controverse a émergé au sujet de l’acceptation par Donald Trump d’un avion présidentiel offert par le Qatar. Puis sont venues à partir du 6 juin les manifestations « anti-ICE » de Los Angeles, visant les descentes indiscriminées menées par la police de l’immigration (ICE), et l’envoi sur place de la garde nationale et de Marines par le président, contre la volonté du gouverneur démocrate.
Le 14 juin, le défilé militaire inédit réclamé par le président le jour de son anniversaire a provoqué l’organisation de manifestations historiques dans tout le pays. Parallèlement, des discussions sur d’éventuelles frappes des États-Unis contre l’Iran montaient en puissance et fracturaient le camp républicain, débouchant sur le largage de bombes le 22 juin. Début juillet, l’affaire Epstein créait à son tour des turbulences au sein de la base républicaine.
Face au nombre et à la portée des mesures prises par l’administration Trump entre janvier et août 2025, on pouvait envisager d’assister à une chute majeure des opinions favorables à son égard – pas au sein des démocrates, qui lui étaient déjà massivement hostiles, mais parmi les indépendants et une partie des républicains. Pourtant, sept mois après l’investiture de Donald Trump, sa cote de popularité s’est peu dégradée. Après une érosion graduelle au cours des premiers mois, elle s’est largement stabilisée. Au 18 août 2025, le 47e président des États-Unis bénéficiait encore, selon YouGov, de 43% d’opinion favorable.
Figure 2. Taux d’opinion favorable de Donald Trump (20 janvier-18 août 2025)5Graphique de Ludivine Gilli avec les données de YouGov, « Donald Trump favorability », consulté le 19 août 2025.

La perception de sa performance en tant que président s’est légèrement plus érodée que son taux de popularité. Elle est passée, selon YouGov, de 50% d’opinion favorable le 28 janvier à 43% le 18 août. Cela constitue une baisse sensible mais qui n’est pas majeure6D’autres instituts, comme Gallup, donnent des chiffres légèrement plus faibles, mais qui restent dans les mêmes ordres de grandeur..
Figure 3. Opinion sur la performance de Donald Trump comme président (28 janvier-18 août 2025)7Graphique de Ludivine Gilli avec les données de YouGov, « President Trump’s second-term job approval rating », consulté le 19 août 2025.

L’une des raisons de cette stabilité est le faible niveau de départ. Au cours de son premier mandat, déjà, Donald Trump était parti d’un faible taux de popularité, qui avait limité l’ampleur de sa chute. Selon les données de l’institut Gallup, aucun président depuis 1945 n’a connu une aussi faible variation que lui dans sa cote de popularité : 15 points entre les points les plus hauts, relevés en 2020, et le point le plus bas, en janvier 2021, à comparer avec les 65 points d’amplitude pour Harry Truman et George W. Bush. L’amplitude moyenne des cotes de popularité des présidents en exercice entre 1945 et 2024 est de 39 points.
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Abonnez-vousEntre janvier et août 2025, quelle évolution de l’opinion selon l’affiliation politique ?
Depuis janvier 2025, c’est à une légère érosion globale que l’on a assisté au sein de l’opinion. Ni les démocrates ni les républicains n’ont radicalement changé d’avis sur Donald Trump. Le président était massivement rejeté par les démocrates en janvier 2025, il l’est un peu plus aujourd’hui. Le 28 janvier, 85% des démocrates disaient désapprouver son action, contre 92% le 18 août. Les républicains continuent pour leur part de soutenir massivement Donald Trump. Parmi eux, son taux d’approbation est passé de 95% à 87%, ce qui constitue une baisse mais reste un soutien très fort.
Donald Trump a en revanche perdu les faveurs d’une partie des indépendants. Ils avaient en janvier dernier une opinion majoritairement défavorable du président, mais pas de manière écrasante. Désormais, ils sont une solide majorité à lui tourner le dos. Son taux d’approbation auprès d’eux est passé de 41% à 33% entre le 28 janvier et, le 18 août, et son taux de désapprobation de 52% à 62%. Le taux net d’approbation de Donald Trump parmi les indépendants (différence entre opinions positives et négatives) est donc à ce jour de -29%, ce qui dénote un rejet clair.
Figure 4. Taux net d’approbation de Donald Trump par affiliation politique (28 janvier-18 août 2025)8Il s’agit de la différence entre les opinions positives et négatives. Graphique de Ludivine Gilli sur la base des chiffres de YouGov (Taylor Orth et David Montgomery, « Donald Trump approval, Ghislaine Maxwell, gerrymandering, inflation, and unemployment: August 9-11, 2025 Economist/YouGov Poll », YouGov, 12 août 2025).

Donald Trump en difficulté auprès de ses électeurs les plus jeunes
Le président conserve en août 2025 l’approbation de 85% de ses électeurs, contre 95% au mois de février, selon la dernière enquête réalisée par le Pew Research Center. En revanche, cette enquête montre un désamour important et croissant entre Donald Trump et ses électeurs de moins de 35 ans. Ils étaient 92% à approuver son action en février 2025 et 81% en avril ; ils ne sont plus que 69% début août.
Figure 5. Taux d’approbation de Donald Trump parmi ses électeurs, selon l’âge (février-août 2025)9Graphique de Ludivine Gilli sur la base des chiffres du Pew Research Center (Jocelyn Kiley et al., « Trump’s job approval and views of his personal traits », Pew Research Center, 14 août 2025).

L’adhésion chute sur l’inflation et l’économie, baisse sur l’immigration
Si la cote de popularité du président résiste relativement bien depuis le mois de janvier dernier, l’opinion des Étatsuniens concernant sa gestion de plusieurs sujets majeurs s’est fortement dégradée, y compris dans les rangs des républicains.
Entre le 30 janvier et le 18 août 2025, le taux net d’approbation de Donald Trump est devenu négatif pour l’immigration, l’emploi/l’économie et l’inflation/le coût de la vie. Concernant l’immigration, il a perdu 14 points (passant de 10,4 points à -3,3 points). Concernant l’emploi/l’économie, il a perdu près de 22 points (passant de 9,7 à -11,9 points). La baisse la plus marquée concerne l’inflation/le coût de la vie, occurrence pour laquelle le taux a chuté de près de 30 points (passant de 5,3 à -24,4 points). Dans ce domaine, il recueille actuellement le même taux d’approbation que Joe Biden en novembre 202410G. Elliott Morris, « Trump is as unpopular on inflation as Biden was in 2022 », Strength in numbers, 15 août 2025..
Figure 6. Taux net d’approbation de la performance de Donald Trump sur des sujets spécifiques (30 janvier-18 août 2025)11G. Elliott Morris, « Trump’s approval rating by issue », Strength in numbers, 15 août 2025.

Les républicains restent massivement derrière leur président dans le domaine de l’immigration. Au 18 août 202512Sondage The Economist/YouGov mené du 15 au 18 août 2025 auprès de 1568 adultes étatsuniens., ils sont 85% à lui accorder leur soutien en la matière. Ils soutiennent également à 78% sa politique en matière d’emploi et d’économie, en léger recul par rapport au mois de janvier dernier (90%). Le 11 août, ils étaient 76% à approuver sa politique concernant les droits civiques, chiffre stable par rapport au mois de janvier (77%)13Sondage The Economist/YouGov mené du 9 au 11 août 2025 auprès de 1635 adultes étatsuniens..
Le soutien républicain s’effrite peu à peu en revanche concernant l’inflation et le coût de la vie. Dans ce domaine, Donald Trump bénéficie désormais de 66% d’opinions favorables, contre 84% en janvier dernier. Or il s’agissait de l’un des sujets les plus importants pour ses électeurs en 2024 et c’est toujours le cas aujourd’hui. Cela constitue donc un signe préoccupant pour l’administration, qui pourrait voir une partie de sa base prendre de la distance, faute de résultats rapides dans ce domaine.
Figure 7. Taux d’opinion favorable parmi les républicains concernant les politiques de l’administration Trump en matière d’immigration, d’emploi/économie et d’inflation/coût de la vie en janvier et août 202514Graphique de Ludivine Gilli avec les chiffres de The Economist/YouGov (sondages The Economist/YouGov menés du 26 au 28 janvier 2025 auprès de 1577 adultes étatsuniens, et du 15 au 18 août 2025 auprès de 1568 adultes étatsuniens. Concernant l’immigration, les chiffres de référence ne sont pas les 26-28 janvier mais sont tirés du sondage The Economist/YouGov mené du 2 au 4 février 2025 auprès de 1604 adultes étatsuniens).

Le soutien des républicains et de certains indépendants persiste mais vacille
À ce stade, malgré l’érosion du soutien des républicains à certaines de ses politiques, Donald Trump conserve la confiance de son électorat. Une partie de cet électorat est pleinement satisfaite des mesures mises en œuvre, que ce soit les coupes budgétaires, les baisses d’impôts pour les plus fortunés, les arrestations de sans-papiers ou la fin des programmes d’équité, de diversité et d’inclusion. Cette catégorie de l’opinion lui est acquise.
Une autre partie de ses soutiens, parmi les républicains et les indépendants, a des réserves concernant certaines mesures ou leurs modalités de mise en œuvre, par exemple dans le domaine de l’immigration, ou au sujet des droits de douane, mais garde confiance en Donald Trump. Elle continue de penser qu’il tiendra ses promesses de prospérité et que la période actuelle n’est qu’un mauvais moment à traverser avant d’obtenir le résultat souhaité. Cette partie ne lui est pas solidement acquise et pourrait se désolidariser du président d’ici quelques mois si les résultats promis et espérés ne se matérialisaient pas.
Une dernière catégorie, enfin, n’a pas conscience de la nature des mesures mises en œuvre par l’administration. Ce sont par exemple des personnes qui sont opposées à des coupes dans le Medicaid ou dans les effectifs du National Park Service, mais qui ne pensent pas que l’administration a effectué ces coupes. Cette partie de la base pourrait se retourner contre Donald Trump si elle se trouve directement confrontée à la réalité, lorsque les coupes dans les programmes fédéraux ou dans les effectifs des fonctionnaires se feront sentir sur le terrain, ou si la situation économique se dégrade.
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Donald Trump a commencé son mandat avec l’une des cotes de popularité les plus faibles des dernières décennies et reste le président le plus impopulaire depuis 1952, avec près de 20 points en dessous de la moyenne de ses prédécesseurs. Il conserve toutefois un très fort soutien des républicains et celui de plus d’un tiers des indépendants. Ce soutien, qui a jusqu’à présent empêché sa cote de popularité de sombrer, est pour partie conditionné à l’obtention de résultats tangibles en matière économique. Il est donc fragile. Faute d’améliorations rapides concernant le pouvoir d’achat, le 47e président des États-Unis risque de voir une partie plus large encore de l’opinion se retourner contre lui, à l’approche des élections de mi-mandat.
- 1Megan Brenan, « Trump’s Inaugural Approval Rating Is Historically Low Again », Gallup, 29 janvier 2025.
- 2Frank Newport, « Measuring Presidential Job Approval for 75 Years », Gallup, 23 juillet 2021.
- 3Megan Brenan, « Trump’s Inaugural Approval Rating Is Historically Low Again », Gallup, 29 janvier 2025.
- 4Il s’agit d’échanges concernant un plan d’attaque militaire contre les Houthis, tenus par des cadres de l’administration Trump, dont le vice-président, le ministre de la Défense, le conseiller à la sécurité nationale, ou encore le chef adjoint de cabinet du président, au sein d’un groupe de discussion non sécurisé du réseau Signal, auquel avait été invité par erreur le rédacteur en chef du magazine The Atlantic.
- 5Graphique de Ludivine Gilli avec les données de YouGov, « Donald Trump favorability », consulté le 19 août 2025.
- 6D’autres instituts, comme Gallup, donnent des chiffres légèrement plus faibles, mais qui restent dans les mêmes ordres de grandeur.
- 7Graphique de Ludivine Gilli avec les données de YouGov, « President Trump’s second-term job approval rating », consulté le 19 août 2025.
- 8Il s’agit de la différence entre les opinions positives et négatives. Graphique de Ludivine Gilli sur la base des chiffres de YouGov (Taylor Orth et David Montgomery, « Donald Trump approval, Ghislaine Maxwell, gerrymandering, inflation, and unemployment: August 9-11, 2025 Economist/YouGov Poll », YouGov, 12 août 2025).
- 9Graphique de Ludivine Gilli sur la base des chiffres du Pew Research Center (Jocelyn Kiley et al., « Trump’s job approval and views of his personal traits », Pew Research Center, 14 août 2025).
- 10G. Elliott Morris, « Trump is as unpopular on inflation as Biden was in 2022 », Strength in numbers, 15 août 2025.
- 11G. Elliott Morris, « Trump’s approval rating by issue », Strength in numbers, 15 août 2025.
- 12Sondage The Economist/YouGov mené du 15 au 18 août 2025 auprès de 1568 adultes étatsuniens.
- 13Sondage The Economist/YouGov mené du 9 au 11 août 2025 auprès de 1635 adultes étatsuniens.
- 14Graphique de Ludivine Gilli avec les chiffres de The Economist/YouGov (sondages The Economist/YouGov menés du 26 au 28 janvier 2025 auprès de 1577 adultes étatsuniens, et du 15 au 18 août 2025 auprès de 1568 adultes étatsuniens. Concernant l’immigration, les chiffres de référence ne sont pas les 26-28 janvier mais sont tirés du sondage The Economist/YouGov mené du 2 au 4 février 2025 auprès de 1604 adultes étatsuniens).