Ce que la science-fiction africaine peut apporter à la diplomatie culturelle française

Alors que la France cherche à repenser ses liens avec l’Afrique, la diplomatie culturelle s’impose comme un espace de renouvellement des réflexions. Comprendre les imaginaires du continent suppose toutefois de distinguer les voix qui s’élèvent depuis l’Afrique de celles qui émanent de la diaspora. Mêlant dans leurs récits low tech et cosmologies anciennes, les auteurs africains échafaudent des scénarios futuristes que, selon Enzo Fasquelle, la diplomatie française trouverait bénéfice à prendre en compte.

Une diplomatie en quête de transformation

Le 10 octobre 2025 s’est ouverte, à Paris, la Maison des mondes africains (MansA), une nouvelle institution culturelle publique consacrée à la valorisation des cultures africaines et afro-diasporiques contemporaines. Son nom rend hommage à Mansa Moussa, souverain de l’Empire du Mali, au XIVe siècle. Annoncée dès octobre 2021 par le président Emmanuel Macron, à l’occasion du sommet Afrique-France tenu à Montpellier, la création de la MansA s’inscrit dans ce que l’Élysée qualifie d’« agenda transformationnel » de la diplomatie française. Cette nouvelle feuille de route vise à refonder les relations entre la France et les pays africains autour de trois axes principaux.

Le premier, intitulé « Affronter les pesanteurs pour permettre une nouvelle relation », cherche à réparer les blessures infligées au temps de la colonisation puis de la Françafrique. Dans cette perspective, des actions de reconnaissance historique et mémorielle, des restitutions patrimoniales et la réforme du franc CFA sont mises en œuvre.

Le deuxième axe, « Une nouvelle alliance avec l’Afrique », vise à encourager les investissements français aussi bien dans des secteurs de la culture, du sport, de la formation professionnelle que de l’entrepreneuriat et l’innovation, en vue de renforcer les liens avec les sociétés civiles africaines. Il s’agit de diversifier les partenariats en accordant une attention accrue à l’Afrique anglophone et d’élargir les domaines de coopération, en dépassant une approche centrée exclusivement sur les enjeux sécuritaires.

Le troisième axe, « Une action tournée vers la jeunesse d’Afrique et de France, notamment ses diasporas », regroupe un ensemble de projets conduisant à transformer les perceptions qu’ont les Africains des Français et réciproquement, mais aussi à encourager les échanges universitaires et à accompagner les acteurs culturels dans leurs démarches partenariales.

En dépit de quelques succès, en particulier culturels comme la Saison Africa 2020 et ses 1500 événements organisés dans 210 villes françaises, un rapport du Sénat a mis en lumière les limites de cet agenda diplomatique renouvelé1Ronan Le Gleut, Marie-Arlette Carlotti et François Bonneau, « Rapport d’information sur l’architecture de sécurité africaine et le renouveau des relations de la France avec les pays africains », Sénat, Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, n°288, 29 janvier 2025..

C’est ainsi que les bouleversements géopolitiques récents ont repositionné au premier plan les sujets « guerre et paix » sur le continent. Par ailleurs, les tentatives de rapprochement initiées avec certains pays anglophones n’ont pas été aussi fructueuses qu’espéré.

Si le premier axe est valorisé par les pouvoirs publics, tandis que le deuxième suscite la majorité des critiques faites à la diplomatie française, le troisième reste encore peu analysé. Or c’est bien ce dernier qui pourrait ouvrir des perspectives encourageantes pour la diplomatie française.

Les diasporas au cœur de la nouvelle diplomatie française

Dès 2019, lors d’un échange intitulé « Parlons Afrique » en présence du président ghanéen Nana Akufo-Addo, Emmanuel Macron rappelait le rôle déterminant joué par les diasporas : « Elles [les diasporas] sont nos meilleurs ambassadeurs pour dire comment la France peut mieux travailler avec l’Afrique. ».

La diaspora, ou plutôt les diasporas, recouvrent une réalité plurielle. Comme l’explicite le politiste Christian Lequesne dans Le diplomate et les Français de l’étranger2Christian Lequesne, Le diplomate et les Français de l’étranger, Paris, Presses de Sciences Po, 2024., elles englobent à la fois les binationaux, les expatriés, les travailleurs qualifiés ayant quitté leurs pays, les retraités à la recherche d’un autre cadre de vie, les étudiants et, depuis peu, des e-travailleurs. À ces différences de statuts se superpose une dimension temporelle : la coexistence de plusieurs générations de diaspora, chacune entretenant un rapport singulier avec le pays d’origine. Ces catégories recouvrent donc à la fois des Français installés sur le continent africain et des Africains établis en France.

Jusqu’à présent, les Français de l’étranger ont été peu mobilisés en tant que ressource d’influence par la diplomatie française – les ambassadeurs, d’une part, considérant rarement comme prioritaire le fait d’entretenir des liens avec leurs compatriotes et les consuls, d’autre part, concentrant principalement leurs efforts sur des missions de protection. Cette approche s’inscrit dans une tradition consulaire française, marquée par un État providence protégeant ses ressortissants à l’étranger par le biais d’une gamme de services relevant de ce que Michel Foucault appelait la « tradition pastorale du pouvoir3Michel Foucault, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France 1977-1978, Paris, Gallimard/Seuil, 2004. » : un pouvoir ni répressif ni autoritaire, mais fondé sur le soin. 

D’autres États, à l’inverse, ont développé une véritable « diplomatie de diaspora », n’hésitant pas à mobiliser leurs ressortissants à l’étranger pour servir leurs propres intérêts politiques ou économiques. Cette stratégie est particulièrement documentée dans le cas de l’Inde, où les émigrés participent activement à la politique d’influence nationale notamment en soutenant à l’étranger les initiatives gouvernementales4Sophie Landrin, « L’immense diaspora indienne, un instrument au service du nationalisme de Narendra Modi », Le Monde, 5 octobre 2023..

Impliquer aujourd’hui les diasporas comporte néanmoins un risque de rupture d’égalité : cette mobilisation tend en effet à privilégier les émigrés les plus visibles ou les plus aisés, instaurant une distinction implicite entre diasporas « utiles » et diasporas « marginales », fondée sur le statut social, le lieu de résidence ou le capital culturel et économique.

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Les limites d’une diplomatie par procuration

Sur le plan culturel, la visibilité des diasporas appelle à préciser plusieurs distinctions souvent négligées. À la sortie de Black Panther: Wakanda Forever5Black Panther : Wakanda Forever, 2022. Réalisation de Ryan Coogler, États-Unis. Production de Marvel Studios., présentée comme une œuvre de science-fiction africaine, une partie de la presse et du milieu culturel a salué la représentation d’une Afrique futuriste. D’autres ont pu regretter que le continent africain soit entendu comme un assemblage de traits culturels pris ici et là, et ont critiqué la logique d’exotisation à l’œuvre empêchant toute restitution.

Comme le souligne l’anthropologue Émilie Guitard6Émilie Guitard, « Le Wakanda de « Black Panther » : une Afrique du futur en miniature ? », The Conversation, 27 février 2018., s’il contribue à décentrer le regard et à relativiser la position occidentale, ce film s’inscrit avant tout dans un imaginaire afro-américain.

Une partie des acteurs, la production comme le réalisateur ne proviennent pas du continent. Quant aux références utilisées, bien qu’inspirées par l’Afrique, elles restent avant tout américaines. Ce clivage originel a déjà été repéré par Achille Mbembe7Achille Mbembe, « À propos des écritures africaines de soi », Politique africaine, vol. 1, n°77, 2000, pp. 16-43. : les auteurs issus de la diaspora écrivent depuis une position d’exil et de mémoire, tandis que ceux qui vivent sur le continent mettent en avant, dans leurs récits, leur expérience directe et intime du monde africain. Les premiers se situent souvent dans un rapport de filiation symbolique avec l’Afrique alors que les seconds s’inspirent de leur inscription concrète et quotidienne au sein de ses sociétés.

Fréquente demeure ainsi la confusion entre les œuvres issues d’une région et celles produites par sa diaspora. En 2025, l’exposition Arabofuturs. Science-fiction et nouveaux imaginaires, présentée à l’Institut du monde arabe, illustrait le même phénomène : la plupart des artistes exposés étaient issus de la diaspora plutôt que du monde arabe lui-même.

Cette assimilation récurrente entre productions afro-descendantes et africaines a conduit plusieurs auteurs à distinguer deux mouvements artistiques : l’« afrofuturisme », né dans la diaspora afro-américaine, et l’« africanfuturisme », développé sur le continent. Cette distinction permet de restituer aux imaginaires africains leur autonomie et leur pluralité.

Les diasporas ne sauraient être réduites à un rôle d’intermédiaire ou d’instrument au service des États d’origine ou d’accueil. Leur action dépasse la médiation culturelle ou politique : elles s’affirment comme des acteurs collectifs dotés de logiques et d’intérêts propres. Autrement dit, envisager les diasporas ouest-africaines comme naturellement alignées sur la diplomatie de leur pays ou des diplomaties française ou américaine relèverait d’une approche simplificatrice.

Des imaginaires pour comprendre le continent autrement

La science-fiction entretient un lien profond avec le continent africain. Elle prolonge d’abord la littérature d’aventure, dont les nombreux récits étaient situés en Afrique. L’essor de la science-fiction est aussi intimement lié à la fin des grandes découvertes : une fois le monde connu et cartographié, il a fallu inventer d’autres mondes à explorer.

Mais ce lien est aussi symbolique. Pour les Africains, les récits mettant en scène l’arrivée conquérante d’un groupe sur une planète inconnue, puis la prise de contrôle de cette planète, ne relèvent pas seulement de la fiction mais réactive la mémoire de la colonisation, comme l’écrit Nalo Hopkinson8Nalo Hopkinson et Uppinder Mehan, So Long Been Dreaming. Postcolonial Science Fiction & Fantasy, Vancouver, Arsenal Pulp Press, 2004. : « L’un des thèmes les plus récurrents de la science-fiction est celui du voyage vers des terres lointaines et de la colonisation de leurs habitants. Or, pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas une aventure exaltante – c’est une réalité historique ».

L’analyse comparée d’œuvres de science-fiction produites par des Africains et des Afro-descendants permet d’apporter un éclairage sur les imaginaires convoqués et de fournir ainsi quelques pistes pour la diplomatie française. À partir de deux anthologies de nouvelles, Dark Matter9Sheree R. Thomas, Dark Matter: A Century of Speculative Fiction from the African Diaspora, Aspect – Warner Books, 2000. pour l’afrofuturisme et African Risen10Sheree R. Thomas, Africa Risen, Tor.com, 2023. pour la science-fiction africaine, plusieurs tendances peuvent être dégagées.

L’afrofuturisme explore principalement les ressorts de l’expérience afro-américaine, à savoir le sentiment de double exclusion – de l’Afrique et de la société américaine –, les discriminations raciales récurrentes, la conscience de la couleur et la marginalisation sociale. D’un point de vue stylistique, l’afrofuturisme entretient des affinités avec la littérature états-unienne contemporaine, notamment par l’usage d’un argot afro-américain ou de convenances typographiques qui renforce son ancrage culturel. Il en résulte, parfois, une représentation de l’Afrique idéalisée ou déconnectée du réel, reproduisant, à son insu, certains stéréotypes occidentaux.

Au sein des diasporas, cependant, certains assument et revendiquent la distance, préférant la réinvention à l’exhumation d’un folklore, refusant ainsi de fonder leur légitimité sur une prétendue authenticité.

La science-fiction africaine, à l’inverse, place l’Afrique au centre des intrigues. Loin de n’être qu’un simple décor ou un motif exotique, elle apparaît comme un espace actif où les personnages qui y circulent possèdent leur propre agentivité. Le point de départ de ces histoires n’est pas la mémoire de l’esclavage, mais les réalités vécues au quotidien, qu’il s’agisse de difficultés socioéconomiques rencontrées par ses habitants ou de leur accès restreint à de nouvelles opportunités. On y croise aussi des langues locales (wolof, arabe) et des parlers urbains comme le pidgin au Nigeria ou le nouchi en Côte d’Ivoire, qui ancrent les récits dans des usages linguistiques quotidiens. Les questions de couleur de peau ou de discriminations sont des thématiques moins centrales dans la science-fiction africaine dès lors que les récits se déroulent dans des contextes où les hiérarchies raciales sont moins visibles qu’en Occident.

La technologie y est également abordée autrement. Là où les récits nord-américains adoptent une posture technosolutionniste, les récits africains privilégient souvent la débrouillardise, la low tech ou la créativité locale : pas de vaisseaux spatiaux mais des danfos (bus du Nigeria) en lévitation et qui tombent autant en panne que leurs ancêtres roulants. La modernité africaine ne se définit pas seulement par le progrès technologique, mais aussi par la réinterprétation des mythologies, des croyances animistes et des traditions spirituelles et par leur réagencement inédit avec la technologie.

Un exemple particulièrement éclairant : en 2014, l’écrivaine nigériane Nnedi Okorafor publie Lagoon11Nnedi Okorafor, Lagoon, Lagos, Hodder and Stoughton, 2014., une relecture du motif du premier contact extraterrestre. Le roman constitue en partie une réponse critique au film District 912District 9, 2006. Réalisation de Neill Blomkamp, Afrique du Sud, États-Unis, Nouvelle-Zélande. Production de Majority Entertainment, QED International, TriStar Pictures et WingNut Films. du scénariste sud-afro-canadien Neill Blomkamp, dont la représentation des Nigérians avait suscité une vive controverse.

Dans District 9, un vaisseau extraterrestre en panne stationne au-dessus de Johannesburg (Afrique du Sud). Les Aliens, surnommés les « crevettes », sont déplacés de force dans un bidonville – le District 9 – dans une métaphore explicite de l’apartheid. Ils y subissent divers abus, notamment de la part de groupes criminels nigérians, dépeints de manière particulièrement violente. L’un des chefs de gang porte d’ailleurs un nom proche de celui d’un ancien président du Nigeria, ce qui entraînera l’interdiction du film dans le pays.

À l’inverse, Lagoon situe l’arrivée des extraterrestres au large de Lagos, la plus grande ville du Nigeria. Plutôt qu’un affrontement, la rencontre ouvre sur une tentative de dialogue. Trois figures – une biologiste marine, un soldat et un rappeur – endossent le rôle d’intermédiaires entre les visiteurs et les habitants.

Nnedi Okorafor propose ainsi une relecture africaine du thème du contact, où les extraterrestres entrent en relation avec les divinités du fleuve, notamment avec Mami Wata, divinité aquatique issue du culte vaudou, figure féminine puissante récurrente de la science-fiction africaine. Les visiteurs ne sont pas perçus comme des étrangers absolus : ils sont décrits comme « les Anciens… pas ceux qui étaient [les] ancêtres, les Anciens venus des étoiles13Nnedi Okorafor, op. cit., p. 154. ». Le contact est envisagé davantage comme une continuité cosmologique que comme une rupture technologique. District 9 reproduit les logiques racistes d’un avenir ségrégué, tandis que Lagoon imagine une cohabitation possible, fondée sur la réhabilitation et la réinterprétation des cultures africaines dans la fabrique du futur14Moira Marquis, « The Alien Within: Divergent Futures in Nnedi Okorafor’s Lagoon and Neill Blomkamp’s District 9 », Science-Fiction Studies, 47, partie 3 (142), 2020, pp. 398-425..

Autre exemple significatif : dans Black No More de George Schuyler15George Schuyler, Black No More, New York, Macaulay Co, 1931., un auteur afro-américain des années 1930, un homme noir cherche à devenir blanc grâce à la technologie, afin d’échapper aux discriminations raciales. Il y parvient et, après une courte période d’euphorie, regrette amèrement son choix. Bien qu’il dispose de nouveaux avantages sociaux, il se sent amputé d’une partie de lui-même : il regrette le monde noir, ses références culturelles, sa musique, ses solidarités. L’intrigue se concentre sur les questions d’identité, de couleur et de loyauté – que reste-t-il de soi lorsqu’on a renié ce qui faisait son appartenance ?

Dans Blackass d’Igoni Barrett16Igoni Barrett, Blackass, Londres, Chatto Bodley Head, 2015., publié en 2015, un Nigérian de Lagos, Furo, se réveille un matin dans un corps à la peau blanche ; seules ses fesses sont restées noires. Il quitte le domicile familial et découvre rapidement les avantages que procure sa nouvelle apparence. Il obtient instantanément un poste bien rémunéré, séduit facilement une jeune femme et entame une existence apparemment plus aisée.

Mais là où Schuyler mêlait critique de l’Amérique ségrégationniste et éloge des solidarités noires, Barrett s’intéresse à un tout autre monde. Chez lui, la question de la couleur de peau n’est qu’un point de départ, presque un prétexte. Le roman délaisse la problématique raciale pour mettre à nu les travers du Nigéria contemporain : opportunisme, corruption, hyper-individualisme, inégalités sociales. Le changement de peau devient le symbole d’une société où tout repose sur l’apparence et la débrouille, où la survie dépend de l’astuce individuelle. Le premier écrivait contre le racisme d’un système ; le second écrit contre le cynisme d’une époque.

Penser la politique étrangère à partir des imaginaires africains

Lire une œuvre issue d’un autre espace culturel que le sien conduit à opérer un double décentrement : le lecteur est à la fois entraîné dans un futur imaginaire et invité en même temps à découvrir une vision du monde, nourrie d’autres références, d’autres histoires et d’autres sensibilités. Chaque culture a besoin de sa propre science-fiction. Ainsi, les créations issues de la diaspora ne peuvent se substituer à celles produites sur le continent, tant leurs ancrages et leurs imaginaires diffèrent.

Approcher les romans d’auteurs afro-américains en pensant découvrir des œuvres d’auteurs africains conduit à se forger une image biaisée du continent. Mieux connaître l’Afrique suppose d’abord de s’intéresser à ses propres productions culturelles. Lire un roman afrofuturiste permet de se familiariser avec les imaginaires de la diaspora, en particulier afro-américaine ; ce n’est pas nécessairement mieux comprendre le continent.

Tant que ces deux champs resteront confondus, la compréhension mutuelle entre la France et les sociétés africaines demeurera partielle, et la diplomatie continuera de s’appuyer sur des représentations inexactes.

S’appuyer sur la diaspora comporte un autre risque : celui de reproduire, souvent malgré soi, des logiques de domination symbolique et de priver les Africains de leurs propres modes d’expression. Entretenir la confusion entre productions diasporiques et africaines, c’est prolonger des rapports de pouvoir, hérités de la période coloniale.

Si la diaspora constitue un acteur légitime des relations transnationales, lui confier un rôle central dans la stratégie diplomatique française ferait peser le risque d’une instrumentalisation de ses dynamiques propres.

Il existe cependant une science-fiction africaine écrite depuis le continent, moins facile d’accès, mais porteuse d’autres messages. Cette distinction ne relève pas d’une opposition, mais d’un nécessaire effort de mise en perspective. Les productions de la diaspora méritent d’être reconnues, mais celles du continent doivent l’être tout autant. Lire les auteurs africains permet de mieux comprendre leurs aspirations, leur rapport à la technologie, aux changements climatiques et à l’avenir du continent.

Il devient donc essentiel de ne pas seulement valoriser les voix de la diaspora, mais aussi de soutenir la création depuis le continent – auteurs, maisons d’édition, revues et initiatives culturelles locales – même et justement parce qu’elle nous est moins familière.

  • 1
    Ronan Le Gleut, Marie-Arlette Carlotti et François Bonneau, « Rapport d’information sur l’architecture de sécurité africaine et le renouveau des relations de la France avec les pays africains », Sénat, Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, n°288, 29 janvier 2025.
  • 2
    Christian Lequesne, Le diplomate et les Français de l’étranger, Paris, Presses de Sciences Po, 2024.
  • 3
    Michel Foucault, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France 1977-1978, Paris, Gallimard/Seuil, 2004.
  • 4
    Sophie Landrin, « L’immense diaspora indienne, un instrument au service du nationalisme de Narendra Modi », Le Monde, 5 octobre 2023.
  • 5
    Black Panther : Wakanda Forever, 2022. Réalisation de Ryan Coogler, États-Unis. Production de Marvel Studios.
  • 6
    Émilie Guitard, « Le Wakanda de « Black Panther » : une Afrique du futur en miniature ? », The Conversation, 27 février 2018.
  • 7
    Achille Mbembe, « À propos des écritures africaines de soi », Politique africaine, vol. 1, n°77, 2000, pp. 16-43.
  • 8
    Nalo Hopkinson et Uppinder Mehan, So Long Been Dreaming. Postcolonial Science Fiction & Fantasy, Vancouver, Arsenal Pulp Press, 2004.
  • 9
    Sheree R. Thomas, Dark Matter: A Century of Speculative Fiction from the African Diaspora, Aspect – Warner Books, 2000.
  • 10
    Sheree R. Thomas, Africa Risen, Tor.com, 2023.
  • 11
    Nnedi Okorafor, Lagoon, Lagos, Hodder and Stoughton, 2014.
  • 12
    District 9, 2006. Réalisation de Neill Blomkamp, Afrique du Sud, États-Unis, Nouvelle-Zélande. Production de Majority Entertainment, QED International, TriStar Pictures et WingNut Films.
  • 13
    Nnedi Okorafor, op. cit., p. 154.
  • 14
    Moira Marquis, « The Alien Within: Divergent Futures in Nnedi Okorafor’s Lagoon and Neill Blomkamp’s District 9 », Science-Fiction Studies, 47, partie 3 (142), 2020, pp. 398-425.
  • 15
    George Schuyler, Black No More, New York, Macaulay Co, 1931.
  • 16
    Igoni Barrett, Blackass, Londres, Chatto Bodley Head, 2015.

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