Sur les cendres de l’insatisfaisant et fragile accord de paix de Pretoria, la région du Tigré s’est embrasée de nouveau, fin septembre 2026. Après une guerre de deux ans (novembre 2020-novembre 2022) dont le bilan humain pourrait atteindre 600 000 morts, les tensions ne se sont jamais véritablement estompées, participant à une large recomposition des alliances. Centralisant le pouvoir fédéral au détriment des autorités régionales, le Premier ministre Abiy Ahmed subit aujourd’hui les revers de sa propre politique. Désormais, une coalition de sept groupes armés éthiopiens, dont le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), affiche un objectif commun : son renversement. La possible ingérence du Soudan, de l’Égypte et plus particulièrement de l’Érythrée d’Isaias Afwerki, dont l’accès à la mer Rouge est convoité par Addis-Abeba, laisse craindre une régionalisation du conflit.
Marc Lavergne, chercheur émérite au CNRS et spécialiste de la Corne de l’Afrique, décrypte les enjeux liés à la reprise des combats. Il est interrogé par Martin Mottais-Lion, chargé de mission au secteur international de la Fondation Jean-Jaurès.