Discriminations, relégations : regards croisés des milieux ruraux et des quartiers populaires

Dans quelle mesure les Français et les Françaises résidant en milieu rural et dans les Quartiers prioritaires de la Ville (QPV) ressentent-ils une discrimination à leur égard, que ce soit en matière d’emploi, de santé, de mobilité, de sécurité, de cadre de vie ? Les résultats d’une étude qualitative réalisée par Toluna Harris Interractive, analysés par plusieurs experts de la Fondation, permettent de saisir notamment le décalage qui peut exister entre la façon dont les commentateurs parlent des populations en question et le regard que celles-ci portent sur elles-mêmes. Cette étude permet in fine, de percevoir les éléments de convergence entre les situations dans la « France des bourgs » et la « France des tours », sans nier leurs spécificités.

Table des matières

Introduction
Laurent Cohen
et Jérémie Peltier, codirecteurs généraux de la Fondation Jean-Jaurès

Synthèse de l’enquête
Jean-Daniel Lévy, directeur délégué, Stratégies politiques et d’opinion, Toluna Harris Interactive, Jean-Philippe Dubrulle, directeur des études politiques et d’opinion, Toluna Harris Interactive, et Ronan Gouhénant, chargé d’études senior, Toluna Harris Interactive

Territoires fracturés, citoyens inégaux :la santé française au prisme des déterminants sociaux et de l’accès aux soins
Laure Millet, membre de la Chaire santé de Sciences Po, Harkness Fellow en politiques de santé comparées

Territoires ruraux et QPV : des mobilités entravées qui alimentent des ressentis contrastés
Mathieu Alapetite, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès

Banlieues populaires et territoires ruraux : en termes de discriminations, l’oubli n’est pas le même partout
Bassem Asseh, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, ancien premier adjoint à la maire de Nantes

Jeunes des QPV : entre relégation symbolique et citoyenneté entravée
Réda Didi, ancien conseiller ministériel politique de la Ville, ancien délégué interministériel adjoint à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme

« Relégation », « assignation », « discrimination » : de quoi parle-t-on ?
Smaïn Laacher, professeur émérite de sociologie à l’université de Strasbourg, directeur de l’Observatoire du fait migratoire et de l’asile de la Fondation Jean-Jaurès, auteur notamment de L’immigration à l’épreuve de la nation (Fondation Jean-Jaurès/l’Aube, 2024) et de L’Algérie, ma mère et moi (Grasset, 2025)

Le vécu des discriminations  en milieu rural mis en regard des Quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV). Focus sur les enjeux en matière d’emploi
Romain Bendavid, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès sur les enjeux de travail

Introduction
Laurent Cohen et Jérémie Peltier

Le rapport et les analyses que vous allez lire sont principalement le résultat d’une étude qualitative réalisée par Toluna Harris Interactive pour la Fondation Jean-Jaurès, avec le soutien de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah).

Cette étude qualitative avait pour objectif de croiser les regards d’individus résidant en milieu rural (la « France des bourgs ») et d’individus résidant dans les Quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV, la « France des tours »), afin qu’ils nous parlent de leur sentiment de relégation et/ou de discrimination du fait de cette appartenance territoriale.

Pour mener à bien ce travail, dix-huit entretiens approfondis ont été réalisés auprès de Françaises et de Français issus de ces zones géographiques, partout en France.

Comme toute étude de ce genre, elle a bien évidemment ses limites. Et, comme toute enquête qualitative, elle n’a pas vocation à objectiver la vérité absolue s’agissant de la vie et du ressenti des habitants de la France des tours et de la France des bourgs. Il s’agit donc de lire ce qui va suivre avec l’humilité qui caractérise, selon nous, le regard des différents experts de la Fondation Jean-Jaurès qui ont bien voulu donner de leur temps pour se plonger dans les divers entretiens.

Mais si l’humilité doit être de mise, la petite « plongée » dans le réel que nous offre cette étude est, nous semble-t-il, salutaire pour alimenter utilement les débats souvent passionnés autour des questions territoriales, de discriminations et de relégation, débats qui se tiennent très souvent loin des territoires en question.

L’étude et les entretiens ont cela d’utile qu’ils montrent des Français particulièrement lucides quant à la réalité de ce qu’ils vivent et quant aux caractéristiques des lieux où ils vivent. Ce que l’on constate, comme souvent chez les Français, quoi qu’on en pense, c’est une façon assez précise de décrire leur réel, sans misérabilisme ni déni.

Et c’est ce point qui est, selon nous, l’élément le plus important : comme vous le verrez dans la synthèse de l’étude et dans les différentes analyses, personne ne surjoue sa misère ou ne minimise les contraintes propres à son territoire, personne ne se plaît à jouer les victimes où à se voir plus beau qu’il n’est. Le réel, juste le réel. Ainsi, les ruraux objectivent aisément les difficultés intrinsèques à leur lieu de vie – mobilité subie et dépendance à la voiture, réseau professionnel faible, perspectives réduites de rester sur le territoire quand on est jeune – mais ne se vivent pas comme discriminés ni comme les moins bien lotis en matière de cadre de vie. À côté d’eux, les habitants des QPV objectivent leurs « avantages » pour ce qui est des capacités de déplacement et de l’accès aux services publics, mais ressentent une forte discrimination du fait d’un environnement dégradé et du regard extrêmement négatif que la société dans son ensemble porte sur leur territoire.

Alors, que faire de tout cela ? D’abord, tenter, en effet, de trouver des points communs et des éléments de convergence entre ce que vivent ces deux « publics » n’est pas inutile. Faire commun à travers des expériences sensibles partagées permet sans doute de créer, à terme, une forme d’empathie chez les uns et chez les autres, empathie qui semble manquante dans la société moderne.

Mais il y aurait, nous semble-t-il, quelque chose d’artificiel à vouloir absolument les entraîner dans des combats communs. En effet, la France des bourgs souffre et rumine en silence, mais elle tente de bricoler, de trouver des solutions, tout en restant fière de son territoire. La France des tours paraît quant à elle subir son territoire, son cadre de vie et les représentations qu’on y porte.

Néanmoins, faire en sorte que chacun ressente la fierté d’appartenir à son territoire et que les commentateurs puissent en parler avec le même respect et la même considération, que l’on soit de gauche ou de droite, adepte de la France des villes ou de la France des champs, voilà peut-être un début de réponse à ce sentiment partagé par les deux groupes : celui de ne plus vraiment être sur la photo de famille.


Pour commander cette étude (3 euros) directement auprès de la Fondation Jean-Jaurès :
– paiement par carte bancaire : rendez-vous sur notre boutique
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– paiement par chèque : contactez l’accueil par téléphone au 01 40 23 24 00 ou envoyez un mail à boutique@jean-jaures.org

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