Qu’entendent les élus locaux lorsqu’ils font campagne ? Qu’est-ce que les Français leur rapportent sur leur quotidien ? À partir des récits que les maires font de leurs échanges avec les habitants de leurs territoires, émergent des lignes communes qui dépassent largement l’échelle municipale en disant quelque chose de la France dans laquelle nous vivons. C’est ce que saisit cette enquête, menée par le Printemps des maires, et qui montre que les maires ne sont pas seulement ceux vers lesquels remontent les problèmes du pays, mais qu’ils peuvent être une partie de la réponse.

Préface. 35 000 maires, et si on s’en servait ?
Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arrondissements de Marseille, et Florian Bercault, maire de Laval
Et si, demain, l’un des premiers gestes d’un nouveau gouvernement était de s’installer à Laval, Albi ou Saint-Dizier ? Non pour y tenir une réunion symbolique ou annoncer une politique conçue à Paris, mais pour travailler durablement avec toute la France, rurale, périurbaine, métropolitaine ou ultramarine.
Au Royaume-Uni, après neuf années à la tête du Grand Manchester, Andy Burnham vient de devenir Premier ministre. Quelques semaines après son arrivée à Downing Street, il choisit d’y réunir son gouvernement, et d’installer son bureau, loin de Londres. Une manière d’affirmer une conviction forgée dans l’expérience locale : on ne transforme pas un pays sous le prisme unique des habitants de sa capitale.
Les récits de campagne réunis dans cet ouvrage nous donnent de bonnes raisons d’y croire.
Nous ne prétendons pas, à travers ces textes, dresser un portrait exhaustif de la France au lendemain des élections municipales. Elle en propose une série de photographies, prises depuis des territoires différents par celles et ceux qui viennent de passer des mois à écouter leurs habitants.
Croisées avec les réponses à notre questionnaire1Un questionnaire a été adressé à plusieurs dizaines de candidats aux élections municipales de 2026, élus ou non à l’issue du scrutin, issus de communes de tailles et de territoires différents. Il les invitait à revenir sur leur expérience de campagne, les préoccupations exprimées par les habitants, les conditions de l’engagement local et les enseignements qu’ils en tiraient. Les réponses ont été recueillies dans une démarche qualitative, sans prétention à la représentativité statistique., elles composent un récit nécessairement sensible, situé, mais aussi politique. À mesure que ces expériences se répondent, des lignes communes apparaissent, et dépassent largement l’échelle municipale en disant quelque chose de la France dans laquelle nous vivons.
La première évidence est simple : les habitants parlent peu de grandes doctrines, quoi que… Ils savent parler de tout, mais commencent par leur quotidien, ce qu’ils connaissent, ce qu’ils vivent. Du médecin qu’ils ne trouvent plus, de l’école qui manque de moyens, du logement devenu inaccessible, de tout ce qui, peu à peu, rend leur quotidien plus difficile. Mais au-delà de ce qu’ils ressentent, les habitants sont bien conscients des choix politiques réalisés année après année et qui fragilisent leur vie. Le numerus clausus jamais remis en question par des corporatismes et des logiques gestionnaires, des grands principes éducatifs, comme l’école inclusive, sans s’assurer des moyens qu’elle implique, le manque de régulation des investissements immobiliers qui bénéficient aux seuls épargnants.
Partir de ce quotidien ne nous éloigne donc pas des grands enjeux nationaux. Il nous y ramène. Derrière les difficultés rencontrées localement se joue souvent la capacité de la puissance publique à remplir ses missions essentielles. La question nationale est déjà présente dans le quotidien local.
Et c’est vers les maires que remontent nombre de ces difficultés, y compris lorsque celles-ci dépassent largement leur champ d’action. Depuis des années, ils compensent, coordonnent, expérimentent, trouvent des réponses là où ils le peuvent. Cette capacité d’action locale est une force française. Elle ne peut pourtant pas devenir l’alibi d’un désengagement national ou d’éléments de langage simplistes et irresponsables.
Les récits réunis ici nous apprennent autre chose : les maires ne sont pas seulement ceux vers lesquels remontent les problèmes du pays. Ils peuvent être une partie de la réponse.
C’est la conviction qui anime le Printemps des maires. Nous affirmons que le rôle des maires ne se résume pas à la gestion quotidienne de leur commune. Leur engagement participe pleinement au récit national et à la réussite du pays. Faire commune, c’est déjà commencer à faire France : par la fierté d’appartenir à une terre, à un paysage, à une histoire longue, mais aussi par la construction quotidienne d’un destin commun. Nous voyons dans les maires une force vive qui fait vivre concrètement la République et porte la parole de la puissance publique au plus près des habitants. Parce qu’ils et elles sont comptables du résultat davantage que de la posture, les maires font quotidiennement l’expérience du compromis, de la coopération et du dépassement partisan. Nous considérons enfin les maires comme un contre-pouvoir nécessaire face à la tentation de gouverner sans mesurer suffisamment les conséquences territoriales des décisions prises.
Cette place leur donne une responsabilité particulière dans les transformations qui nous attendent.
Le changement climatique en donne déjà un aperçu. Ce qui pouvait encore sembler une abstraction mondiale est désormais une expérience quotidienne : une école qu’il faut protéger de la chaleur, une rue qu’il faut végétaliser, une personne âgée qu’il faut accompagner, un massif qu’il faut défendre contre les incendies, un trait de côte qu’il faut protéger. À l’échelle locale, la transition cesse d’être seulement un objectif national : elle entre dans la vie des habitants.
La séquence nationale qui s’ouvre aurait beaucoup à apprendre de ces élections municipales. De ces récits, nous tirons une conviction : il faut reconstruire l’alliance entre l’État et les territoires.
Cela suppose un contrat de confiance. L’État a besoin des maires pour réussir les transformations du pays ; les maires ont besoin d’un État qui assume pleinement ses responsabilités. Tout candidat qui prétendra demain gouverner la France devrait donc dire non seulement ce qu’il entend faire pour les territoires, mais comment il entend gouverner avec eux.
Table des matières
Préface. 35 000 maires, et si on s’en servait ?
Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arrondissements de Marseille, et Florian Bercault, maire de Laval
Cinq questions pour tirer les enseignements des élections municipales de 2026
Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arrondissements de Marseille, et Florian Bercault, maire de Laval
Un regard sur la démocratie de proximité dans le Revermont
Emmanuel Perrodin, chef cuisinier
Rythmes de campagne
Fabien Aufrechter, maire de Verneuil-sur-Seine (78)
La mue
Florian Bercault, maire de Laval (53)
Une campagne d’un genre nouveau
Jean-Yves Brenier, maire de Leyrieu (38)
Petites villes, grandes transformations
Daniel Cornalba, maire de L’Étang-la-Ville (78), vice-président de l’Association des petites villes de France
Inclure et co-construire pour transmettre et transformer
Sandrine Cosserat, maire de Volonne (04)
Marseille 2026, ou comment les municipales sont devenues le premier acte de la présidentielle
Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arrondissements de Marseille
Le panachage était peut-être la panacée
Baptiste de Fresse de Monval, maire de Margny-sur-Matz (60)
Perdre, sans perdre l’essentiel
Maxence Gille, ancien maire de Lizy-sur-Ourcq (77)
Faire commun pour faire commune : pour une écologie populaire
Mohamed Gnabaly, maire de L’Île-Saint-Denis (93)
De 5% à la mairie : construire l’alternative
Karim Juhoor, maire de Saint-Leu (La Réunion)
Petite excursion en territoire « liste unique »
Pierre Schmit, maire d’Hermanville-sur-Mer (14)
Le local de campagne, accélérateur d’attention ?
Agnès Thouvenot, remière adjointe au maire de Villeurbanne
- 1Un questionnaire a été adressé à plusieurs dizaines de candidats aux élections municipales de 2026, élus ou non à l’issue du scrutin, issus de communes de tailles et de territoires différents. Il les invitait à revenir sur leur expérience de campagne, les préoccupations exprimées par les habitants, les conditions de l’engagement local et les enseignements qu’ils en tiraient. Les réponses ont été recueillies dans une démarche qualitative, sans prétention à la représentativité statistique.