En prolongement et en complémentarité de son essai Puissance publique. Contre les démolisseurs d’État (L’Aube / Fondation Jean-Jaurès), dans lequel elle analyse le profond malaise que les Français ressentent à l’égard de leurs services publics et de leur modèle social, Émilie Agnoux propose des pistes concrètes pour refonder un projet de société et une vision d’avenir résolument positive.
Table des matières
18 propositions et 72 idées concrètes pour retrouver la puissance publique
Puissance publique. Contre les démolisseurs d’État
Une démarche participative
La nouvelle méthode
En finir avec l’impuissance publique
Changement de discours
Dix-huit propositions pour refonder la puissance publique et redistribuer les pouvoirs
Pour retrouver la souveraineté publique
Pour fabriquer l’attention publique
Pour créer des services publics de l’hygiène numérique
Pour lancer un MeToo des services publics
Pour imaginer des services publics communs
Pour rendre possible la coopérative publique
Cinq scénarios d’anticipation
Le modèle des archipels
Le modèle du monopole public universel
Le modèle du service public-privé
Le modèle libéral-national-autoritaire
Le modèle de la relation attentionnée
Annexe. Proposition de grille d’évaluation des scénarios prospectifs
18 PROPOSITIONS et 72 IDÉES CONCRÈTES POUR RETROUVER LA PUISSANCE PUBLIQUE
RETROUVER LA SOUVERAINETÉ PUBLIQUE | |
| Préserver l’agentivité publique | Donner des marges de manœuvre dans l’organisation quotidienne pour libérer du temps utile au bien commun |
| Rendre visibles les temps invisibles de la qualité du service public | |
| Formaliser un dispositif de compagnonnage public | |
| Rompre le lien entre le ministère de la Fonction publique et le ministère des Comptes publics | |
| Déplacer la dépense publique | Identifier de manière pertinente et durable des pratiques, de dispositifs, d’aides publiques à réorienter, atténuer ou arrêter sans contre-bénéfices |
| Interroger certaines modalités de gestion, comme les appels à projet | |
| Remplacer la logique d’annualité budgétaire par des approches pluriannuelles de long terme | |
| Renoncer aux politiques du chiffre pour privilégier la qualité et le ciblage | |
| Changer la boussole | Créer de nouveaux indicateurs (ex. : indicateurs de richesse territoriale, restes à dépenser) et prendre en compte le profil géographique et sociologique des territoires |
| Rapprocher la décision des lieux où les choses se vivent et se gèrent | |
| Prendre en considération les dynamiques humaines, associatives, entrepreneuriales qui augmentent l’impact de l’action publique pour définir la qualité et le niveau de services | |
| Généraliser les budgets verts ou sensibles au genre Conditionner davantage les financements publics aux indicateurs d’intérêt général (sociaux, écologiques, territoriaux…) et privilégier le non-lucratif ou la lucrativité limitée pour la délivrance de services d’intérêt général | |
FABRIQUER L’ATTENTION PUBLIQUE | |
| Inventer la simplexité administrative | Associer systématiquement les principaux concernés à la conception et à la mise en œuvre des dispositifs |
| Inventer la technique du « prompt de l’action publique » pour disposer de mécanismes véritablement sobres et efficaces en matière d’impact | |
| Concevoir des itinéraires citoyens en privilégiant la médiation humaine pour repérer, écouter, décrypter, accompagner, orienter les situations | |
| Rendre accessible le langage administratif | |
| Développer le profilage public | Favoriser les hackers publics et les profilers publics au sein des administrations |
| Généraliser les formations au design et à la co-conception des dispositifs pour les décideurs et agents | |
| Renforcer la représentativité de la fonction publique pour que celle-ci ressemble à la société française | |
| Concevoir des parcours attentionnés | Créer un réseau de sentinelles publiques et citoyennes pour repérer les situations nécessitant une prise en charge collective |
| Instaurer un droit au choix dans les formes d’interaction avec la puissance publique | |
| Construire des parcours d’autonomie tout au long de la vie, et notamment un service public d’accompagnement à la parentalité | |
| Inviter les partenaires sociaux à négocier un nouveau pacte pour mieux articuler les temps de vie entre travail et parentalité / proche-aidance / engagements citoyens | |
CRÉER DES SERVICES PUBLICS DE L’HYGIÈNE NUMÉRIQUE | |
| Éduquer au numérique | Construire un service public de lutte contre la désinformation par le renforcement de l’audiovisuel public et des autorités de contrôle et de régulation |
| Concevoir un parcours d’éducation au numérique en continu, de la primaire à la terminale | |
| Structurer un service public de la médiation numérique et faire du département le chef de file coordonnateur des politiques de développement des aptitudes numériques citoyennes | |
| Mobiliser des acteurs privés (sans objectif marchand) pour diffuser une culture populaire numérique | |
| Outiller la police du numérique | Instituer un service public intégré de lutte contre la haine en ligne |
| Constituer des task forces publiques opérationnelles aux niveaux national et local pour lutter contre les cyberattaques visant les administrations | |
| Mettre en place des volontaires de la sécurité numérique | |
| Faire sans | Offrir des espaces publics non numériques pour renouer avec le 100% humain |
| Apprendre à faire sans numérique pour limiter la dépendance et assurer la continuité des services publics | |
LANCER UN METOO DES SERVICES PUBLICS | |
| Prendre la mesure du problème | Faire de la lutte contre le sexisme une priorité dans le fonctionnement interne quotidien de nos services publics et faire de chaque agent public un interlocuteur de premier niveau pour les victimes de violences |
| Transformer tous les lieux publics en « lieux sûrs » d’accueil et de prise en charge | |
| Dégenrer l’action publique | Garantir une formation obligatoire en présentiel complète pour tous les agents publics |
| Rééquilibrer l’ensemble de la rémunération des agents publics | |
| Intégrer systématiquement l’expérience des femmes dans l’action publique | |
| Mettre en place une médiation humaine pour faire vivre des espaces publics véritablement inclusifs | |
| Requestionner l’ensemble des dispositifs publics à l’aune des divers critères de discrimination (genre, handicap, origine, âge, habitation…) et supprimer la solidarité conjugale (aides et fiscalité) | |
| Mettre un terme aux maltraitances institutionnelles | Élaborer une loi intégrale pour mobiliser de manière cohérente toutes les ressources nécessaires à l’éradication des violences |
| Questionner les pratiques professionnelles quotidiennes des institutions publiques (accueil, perception, traitement, accompagnement…), à commencer par la police/gendarmerie et de la justice | |
| Généraliser de nouveaux concepts comme celui de contrôle coercitif, en prenant appui sur la recherche pour mieux comprendre les phénomènes | |
| Mobiliser davantage les associations et les acteurs privés pour amplifier la réponse publique | |
IMAGINER DES SERVICES PUBLICS COMMUNS | |
| Réparer le monde | Inventer de nouveaux services publics écologiques dans une logique de réparation et de réemploi |
| Créer des artisans publics professionnels ou bénévoles chargés de la durabilité de notre société | |
| Faire contribuer les acteurs privés à la prévention, l’accompagnement, le financement et la réorientation des pratiques et taxer davantage les pollutions | |
| Prendre appui sur les initiatives de la société civile pour développer le pouvoir d’agir citoyen (ex. : Banlieues Climat) | |
| Intégrer les nouveaux besoins | Mettre la priorité sur l’ingénierie et la propriété publiques pour garder la maîtrise sur les biens communs (eau, énergie, transports, alimentation…) |
| Étendre le rôle des organismes publics (Ademe, DREAL…) et renforcer la police et la justice du vivant | |
| Concevoir des plans de financement pluriannuels des grandes infrastructures avec la contribution des acteurs privés et faire des mobilités en zone rurale une priorité | |
| Prendre appui sur de nouveaux référentiels pour prioriser les besoins et les risques (pyramide de Maslow, « économie du donut »…) | |
| Étendre des obligations de service public à certains services privés essentiels, en particulier dans le domaine de la santé | |
| Faire place au vivant | Intégrer des spécialistes dans l’action publique (biologistes, éthologues, zoologues, vétérinaires…) faisant fonction de « médiateurs du vivant » et garantir sa représentation dans la prise de décision publique (ex. : Microparlements des vivants) |
| Valoriser budgétairement les économies réalisées grâce aux contributions des êtres et milieux vivants | |
| Recourir à la norme pour reconnaître des droits à la nature afin d’en garantir la préservation | |
| Ériger un service public du vivant pour mobiliser efficacement les différents leviers existants (inspections, ONF, associations…), intégrant le service public de la protection animale | |
| Privilégier les partenariats public-commun pour cogérer des biens communs (ex. : forêts) | |
RENDRE POSSIBLE LA COOPÉRATIVE PUBLIQUE | |
| Systématiser la subsidiarité | Développer à tous les niveaux l’ingénierie publique d’appui aux initiatives pour renforcer l’autonomie dans la décision et l’action à l’échelle locale |
| Favoriser le mécénat de compétences pour partager et diffuser l’expertise | |
| Faciliter, y compris financièrement, les logiques partenariales souples et à la carte en fonction des besoins et des dynamiques locaux | |
| Déparisianiser l’État en faisant de la place à l’expertise d’usage des agents et des habitants originaires de territoires hors Île-de-France | |
| Relocaliser l’emploi public en formant et en accompagnant les forces vives sur place | |
| Démocratiser la société | Démocratiser le fonctionnement de toutes nos institutions publiques pour permettre aux citoyens de participer à la conception, à la mise en œuvre, au contrôle et à la gouvernance des dispositifs d’intérêt général (ex. : audits citoyens) |
| Développer la pair-aidance et les tiers de confiance dans la logique « des citoyens parlent aux citoyens » | |
| Encourager la responsabilité territoriale des entreprises et la diffusion de nouveaux modèles économiques (ex. : les SCIC) | |
| Réinventer l’expérience de service public pour qu’elle soit plus agréable et enrichissante (ex. : on ne vient pas simplement demander une aide à un guichet, on repart en ayant appris/découvert quelque chose) | |
| Instituer un parcours d’engagements citoyens obligatoires et/ou facultatifs tout au long de la vie (visites aux personnes âgées, actions de dépollution…) | |
| Instaurer un droit citoyen à la contribution de nature constitutionnelle | |
| Miser sur l’influence publique | Rendre désirable l’engagement public par des récits positifs et valorisants |
| Édicter un cadre national et un statut d’influenceur public / influenceuse publique | |
| Créer une grande équipe d’influenceurs du service public | |
L’autrice :
Experte associée à la Fondation Jean-Jaurès, Émilie Agnoux est originaire de la Corrèze, où elle a grandi dans un milieu ouvrier et paysan. Elle est aujourd’hui haute fonctionnaire territoriale. Elle a contribué à l’émergence de plusieurs initiatives associatives et citoyennes, dont le laboratoire d’idées Le Sens du service public.