À qui les candidats s’adressent-ils lorsqu’ils parlent aux jeunes, et quelle possibilité leur donnent-ils de peser sur les choix faits en leur nom ? Alors que la mobilisation lycéenne de l’automne 2026 bouscule la campagne présidentielle avant même son ouverture, Lennie Stern, experte associée à la Fondation Jean-Jaurès et autrice de Teen Spirits (L’Aube, 2026), montre que la question posée aux candidats n’est plus de savoir comment parler jeune, mais jusqu’où ils sont prêts à faire entrer cette génération dans le débat – quitte à déplaire à leurs aînés.
Introduction
Les campagnes présidentielles font volontiers de la jeunesse une promesse adressée à tout le pays. S’entourer de jeunes permet à un candidat d’afficher son désir de renouvellement et de parler aux parents de l’avenir de leurs enfants. Les premiers concernés occupent ainsi une place particulière : leur présence compte dans le récit de la campagne, sans que l’on sache toujours ce qu’ils peuvent en décider.
Depuis les affiches « Génération Mitterrand » jusqu’au partenariat d’Emmanuel Macron avec McFly et Carlito, les responsables politiques ont beaucoup travaillé la manière d’approcher les jeunes. Elles cherchent leur attention, sollicitent leur engagement et espèrent leurs voix. La place laissée aux jeunes dans l’élaboration des programmes demeure plus incertaine. Jusqu’où peuvent-ils modifier les propositions qu’on leur demande ensuite de défendre ?
Les mobilisations lycéennes de l’automne 2026 donnent une expression concrète à cette question. Des élèves, dont beaucoup n’ont pas encore l’âge de voter, se sont organisés pour dénoncer les absences d’enseignants, les classes surchargées et l’opacité de Parcoursup. Leurs revendications sont parties de leur quotidien, avec des demandes concrètes sur les conditions dans lesquelles ils étudient et préparent leur avenir.
Le 5 octobre 2026, l’intersyndicale a pris soin d’appeler à agir « dans le respect de l’indépendance du mouvement lycéen1Charly Célinain, « Mobilisation lycéenne : soutien de l’intersyndicale, lettre de Lecornu », Le Courrier de l’Atlas, 5 octobre 2026. ». La formule reconnaît à ces adolescents la capacité de choisir leurs revendications et de conduire leur mouvement. Elle pose aussi une exigence aux candidats : faire une place à des jeunes qui ont su s’exprimer sans attendre leur invitation.
À l’approche de la présidentielle de 2027, cette question engage davantage que le choix d’un format ou d’un vocabulaire. Elle concerne les priorités des programmes et les arbitrages entre générations. À qui les candidats s’adressent-ils lorsqu’ils parlent aux jeunes, et quelle possibilité leur donnent-ils de peser sur les choix faits en leur nom ? La réponse commence par un savoir-faire que les conseillers des candidats perfectionnent depuis 1974.
Parler jeune, mode d’emploi
De Giscard à Gaspard G, cinquante ans de formats jeunes
En 1974, les équipes de Valéry Giscard d’Estaing veulent faire oublier sa réputation de technocrate froid. Elles écoulent des tee-shirts « Giscard à la barre » par dizaines de milliers, invitent Johnny Hallyday au quartier général et entourent le candidat de volontaires à peine sortis de l’adolescence, dans une campagne encore assez artisanale où la droite emprunte des manières que la gauche pratiquait davantage jusque-là2Raphaël Piastra, « Une lente (et irréversible ?) dégradation de la fonction présidentielle (Partie 1) », Revue politique et parlementaire, 19 juillet 2021 ; Marie-Pierre Haddad, « VGE, Chirac, Marchais, Sarkozy… Johnny courtisé par tous les politiques », RTL, décembre 2017 ; « Première campagne “à l’américaine” en France », Le Monde, 23 août 2006.. Une bonne partie d’entre eux ne votera pas en mai prochain, puisque la majorité est encore fixée à 21 ans. Leur présence donne au candidat une allure contemporaine, presque pop avant l’heure, et elle s’adresse d’abord aux électeurs plus âgés, les seuls à pouvoir voter pour lui.
Tee-shirts « Giscard à la barre », 19743Droits d’auteur : Universal photo/SIPA.

Les candidats suivants changent d’outil sans changer d’intention. En 2007, Nicolas Sarkozy compte Doc Gynéco parmi ses soutiens, et le rappeur parlera plus tard de sa « plus grosse erreur », en expliquant avoir voulu, de la mauvaise façon, faire réagir son public4Xavier Ridel, « Doc Gynéco : “La politique, c’est ma plus grosse erreur” », Les Inrockuptibles, 29 mars 2016.. En 2017, Jean-Luc Mélenchon apparaît en même temps à Lyon et à Aubervilliers grâce à un hologramme, tandis que des bénévoles du « Discord insoumis », un forum de discussion en ligne, développent Fiscal Kombat, un jeu vidéo où le candidat part récupérer l’argent de l’évasion fiscale, sans que son équipe en soit à l’origine5Meeting par hologramme à Lyon et Aubervilliers, 5 février 2017 ; Corentin Lamy, « “Fiscal Kombat”, le jeu où Jean-Luc Mélenchon secoue Christine Lagarde et Emmanuel Macron », Le Monde, 9 avril 2017.. Du tee-shirt à l’hologramme, chaque objet rapproche un candidat d’un univers qui n’est pas spontanément le sien. Aucun ne suffit à expliquer un vote, et chacun raconte ce que son époque tient pour une manière crédible de paraître moins institutionnel.

Depuis 2024, ces audaces relèvent de la routine, et chaque candidat a trouvé son format. Jordan Bardella a fait de TikTok l’un de ses principaux outils de communication, quand Jean-Luc Mélenchon commente l’actualité depuis 2016 dans sa Revue de la semaine sur YouTube. Marine Tondelier doit une part de sa notoriété à la veste verte qu’elle porte depuis les législatives de 20246Malika Butzbach, « Mélenchon 2.0 », Politis, 30 novembre 2016 ; Antoine Bouchet, « Législatives : quand la veste verte de Marine Tondelier lui pique la vedette », Le Point, 4 juillet 2024., et Gabriel Attal passe plus d’une heure dans SPHERE5, le podcast d’Ophélie Meunier et Carole Juge-Llewellyn, à parler de la colère et de l’espoir de la jeunesse7« Gabriel Attal : la jeunesse est-elle en colère ou en panne d’espoir ? », SPHERE5, podcast d’Ophélie Meunier et Carole Juge-Llewellyn, 17 mai 2026.. Le refus lui-même devient un format. Raphaël Glucksmann a supprimé son compte TikTok en expliquant que l’Élysée n’a pas besoin d’un influenceur8Raphaël Glucksmann, entretien à Quotidien (TMC), 27 mai 2026., une manière de se distinguer qui relève elle aussi de la communication.
La parodie a fini par prendre acte de cette routine. En septembre 2026, Le Gorafi annonce que « le débat de l’entre-deux-tours sera remplacé par une “battle d’aura” », afin de « toucher un public plus jeune9« Présidentielle 2027 – Le débat de l’entre-deux-tours sera remplacé par une “battle d’aura” », Le Gorafi, 15 septembre 2026 (article satirique). ». La blague ne vise aucun candidat en particulier et s’en prend à la manie de rajeunir la politique à coups de mots empruntés aux adolescents, une lubie qui conduit aussi les candidats vers les nouveaux médias.
Le Gorafi, 15 septembre 2026, capture d’écran

Ces nouveaux médias ont de quoi les attirer. Hugo Décrypte, la chaîne d’information lancée sur YouTube par Hugo Travers, touche chaque semaine 22% des moins de 35 ans10Reuters Institute, Digital News Report 2025, juin 2025., et les chaînes historiques ont suivi le mouvement. En avril 2026, TF1 confie au youtubeur Gaspard G Les Dossiers, de longs entretiens sur fond d’archives audiovisuelles, et Jean-Luc Mélenchon, premier invité, y fait une audience remarquée11« Audiences YouTube : 24 heures après sa sortie, quel score pour l’interview de Jean-Luc Mélenchon par Gaspard G en partenariat avec TF1 ? », Puremédias, 10 avril 2026.. Ce succès adoube le format long, longtemps déconseillé aux candidats pressés de séduire ce public. Sur la forme, les équipes qui préparent 2027 sont donc parfaitement outillées. Sur le fond, leur recette a très peu changé depuis Giscard.
Le fameux « chapitre jeunesse »
Cette recette tient en un chapitre de mesures réservées à une classe d’âge. En janvier 2012, au Bourget, François Hollande en fait même l’étalon de son futur mandat : « Je ne veux être jugé que sur un seul objectif : est-ce qu’au terme du mandat qui me sera, si les Français le veulent, confié, est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ?12François Hollande, Discours du Bourget, 22 janvier 2012. ». Son programme traduit cette priorité en dispositifs, des emplois d’avenir, un contrat de génération, une allocation d’études sous conditions de ressources. Avant et après lui, chaque candidat a complété ce chapitre à sa manière. Nicolas Sarkozy promettait en 2007 un service civique obligatoire, Emmanuel Macron propose en 2017 un pass Culture de 500 euros et un service national universel, et Marine Le Pen promet en 2022 d’exonérer d’impôt sur le revenu les actifs de moins de 30 ans13François Hollande, Le changement, c’est maintenant. Mes 60 engagements pour la France, 2012 ; Nicolas Sarkozy, Ensemble tout devient possible, 2007 ; Emmanuel Macron, programme présidentiel, 2017 ; Marine Le Pen, 22 mesures pour 2022..
À les relire, ces volets ont un point commun qui explique la distance de leurs destinataires à leur égard. Ils répondent souvent davantage aux inquiétudes que les générations précédentes éprouvent à propos de la jeunesse qu’aux attentes des premiers concernés. Le service civique obligatoire de 2007 puis le service national universel, avec son uniforme et son lever de drapeau, parlent d’abord à des parents et à des grands-parents soucieux de discipline et de cohésion nationale. Le contrat de génération de 2012 attache l’embauche d’un moins de 26 ans au maintien d’un senior, comme s’il fallait rassurer les salariés en place avant d’ouvrir la porte aux nouveaux venus. Le pass Culture devait mener ses bénéficiaires au théâtre, au cinéma et vers la lecture. En librairie, ils ont surtout acheté des mangas, au point que la presse a vite parlé de « pass Manga »14« Généralisation et extension du pass Culture : un premier bilan », Banque des territoires, 2022 ; Éric Dupuy, « Pass Culture : les mangas reculent au profit des romans chez les jeunes », Livres Hebdo, juillet 2025.. Le surnom résume à lui seul l’écart entre la culture que leurs aînés voulaient leur offrir et celle qu’ils se sont choisie.
Le dernier chapitre en date ne déroge pas à la règle. En octobre 2026, en pleine mobilisation lycéenne, Gabriel Attal présente un « pacte pour la jeunesse ». Des classes moins chargées et des enseignants mieux payés répondent bien aux griefs des lycéens, mais l’essentiel du texte parle la langue des parents inquiets, avec le brevet obligatoire pour entrer au lycée, une sorte de certificat d’études à la fin du primaire, au moins un mois de service civique avant 25 ans et une « fermeté totale » contre les violences. Une proposition détonne : une convention de jeunes tirés au sort pour contribuer au projet du candidat15Alexis André, « Présidentielle 2027 : à Lyon, Gabriel Attal dévoile son “pacte pour la jeunesse” et cible Jean-Luc Mélenchon », Lyon Mag, 10 octobre 2026 ; Bruno Cautrès, « Gabriel Attal joue la jeunesse », Institut Montaigne, 14 octobre 2026. La convention réunirait 150 jeunes de 16 à 25 ans tirés au sort.. Elle dit en creux ce qui manque d’ordinaire à cette génération dans une campagne, une place là où se décide le programme.
Définies par l’âge, ces mesures sont en outre faciles à annoncer et faciles à réduire. Le pass Culture accordé à 18 ans a été divisé par deux en 2025, et la généralisation du service national universel, promise pour 2026, a été abandonnée dès l’automne 2024, faute de budget16Décret n°2025-195 du 27 février 2025 (pass Culture ramené à 150 euros à 18 ans) ; « Service national universel : “Nous n’avons pas les moyens de la généralisation”, tranche Gil Avérous », Banque des territoires, octobre 2024.. Ces reculs n’ont guère mobilisé les intéressés, qui défendent rarement des mesures qu’ils n’ont jamais réclamées.
Ils se mobilisent en revanche lorsqu’une mesure touche à leurs droits. En 1994, le contrat d’insertion professionnelle d’Édouard Balladur, rebaptisé « Smic jeunes » par ses opposants, est abandonné après plusieurs semaines de manifestations. En 2006, le contrat première embauche, réservé aux moins de 26 ans par le gouvernement de Dominique de Villepin, est retiré à son tour après deux mois de mobilisation lycéenne et étudiante17Décret n°94-255 du 30 mars 1994 abrogeant le contrat d’insertion professionnelle ; Dominique de Villepin, déclaration sur le remplacement du CPE, 10 avril 2006.. Dans les deux cas, les manifestants ont refusé d’être traités comme une catégorie à part sur le marché du travail, avec des règles moins protectrices que celles de leurs aînés.
Ces mesures qui les visent nommément pèsent peu à côté des décisions qui engageront leur vie entière. Celles-ci figurent ailleurs dans les programmes, dans les chapitres consacrés aux retraites, à la dette publique ou à la fiscalité du patrimoine, que personne ne présente comme des politiques de jeunesse. En 2017, un étudiant reprochait déjà aux candidats, dans Le Monde Campus, de regarder sa génération à travers les adultes qu’elle deviendrait, avec les yeux de ses aînés18Réda Merida, « Nous, jeunes et étudiants, sommes les oubliés de cette présidentielle », Le Monde Campus, 21 avril 2017.. Une réforme votée en 2027 produira encore ses effets lorsque les électeurs qui ont aujourd’hui 20 ans auront quitté depuis longtemps toutes les catégories statistiques de la jeunesse.
Mars, le mois où tout le monde découvre les jeunes
Le chapitre jeunesse s’écrit des mois avant le vote, et la rencontre avec les nouveaux électeurs vient beaucoup plus tard. Un dimanche de mars 2007, Nicolas Sarkozy, distancé par Ségolène Royal chez les 18-25 ans, monte sur la scène du Zénith de Paris devant plusieurs milliers de jeunes, dans une ambiance de kermesse, entouré d’artistes comme Faudel. Ce jour-là, il parle d’amour, de fraternité et de rêves, et invite son public à avoir de « grandes ambitions », lui qui parlait en janvier d’effort, de travail et d’autonomie financière19Philippe Ridet, « Devant les jeunes, M. Sarkozy célèbre l’amour et la République universelle et fraternelle », Le Monde, 19 mars 2007 ; Nicolas Sarkozy, Discours d’investiture, 14 janvier 2007.. Entre janvier et mars, cet électorat n’a pas changé, mais le candidat s’est mis à le regarder autrement.
Le déclic vient presque toujours d’un sondage. François Hollande avait fait de la jeunesse la priorité de son discours du Bourget, et c’est fin mars 2012, quand les enquêtes montrent son avance se réduire dans cette classe d’âge, qu’il se rend au Bondy Blog, le média en ligne né en Seine-Saint-Denis pendant les révoltes de 2005, pour « renouer le contact avec la jeunesse des quartiers populaires20David Revault d’Allonnes, « Dans le camp Hollande, pas de changement de ligne pour le sprint final », Le Monde, 29 mars 2012. ». En 2022, le verdict tombe le soir du premier tour. Jean-Luc Mélenchon a recueilli près d’un tiers des voix des 18-24 ans21« Présidentielle 2022 : profil des abstentionnistes et sociologie des électorats », Ipsos-Sopra Steria, 10 avril 2022., et Emmanuel Macron dispose de deux semaines pour en convaincre une partie. À Marseille, il promet que sa politique « sera écologique ou ne sera pas », un thème choisi, selon l’un de ses soutiens, pour parler « aux jeunes qui ont voté Mélenchon22Emmanuel Macron, Discours de Marseille, 16 avril 2022 ; Elsa Conesa et Audrey Tonnelier, « Présidentielle 2022 : Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affrontent pour l’électorat populaire », Le Monde, 14 avril 2022. ».
Les équipes ont une bonne raison d’attendre. Aux élections européennes de 2024, Anne Muxel et Justin Soubanere ont relevé qu’un quart des votants de moins de 35 ans s’étaient décidés l’avant-veille, la veille ou le jour même du scrutin23Anne Muxel et Justin Soubanere, Les jeunes générations face à une séquence électorale inédite. Note 1. Les jeunes et les élections européennes du 9 juin 2024, Cevipof, note n°21, octobre 2024 (22% pour l’ensemble des votants)., ce qui fait de cet électorat la dernière réserve de voix à aller chercher, avec un meeting dédié, un thème remonté dans le discours ou un déplacement choisi pour l’image.
Tout ce savoir-faire laisse une question entière. Si les équipes savent si bien quand et comment parler aux jeunes, pourquoi un électorat aussi réduit mobilise-t-il autant d’efforts ? Pour le comprendre, il faut revenir à l’arithmétique.
À quoi servent les jeunes dans une campagne
L’électorat joker
Le premier chiffre est celui d’un recul. Les moins de 25 ans pesaient 14% du corps électoral en 1981, et ils n’en pèseront plus que 11% en 202724Lucas Jakubowicz, « Présidentielle 2027. Seniors, les faiseurs de roi d’une France grisonnante », Décideurs Magazine, septembre 2026.. Ils votent en outre par intermittence25« Vingt ans de participation électorale : en 2022, les écarts selon l’âge et le diplôme continuent de se creuser », Insee Première, n°1929, novembre 2022., et un directeur de campagne qui raisonnerait comme un gestionnaire de portefeuille aurait vite fait de les laisser de côté.
Il se tromperait, comme l’a montré l’été 2024. Entre les élections européennes de juin et le premier tour des législatives anticipées, quelques semaines plus tard, la participation des moins de 35 ans bondit de 17 points26« Profil des abstentionnistes », élections européennes, Ipsos, 9 juin 2024 ; « Une participation exceptionnelle, dans tous les électorats », élections législatives, Ipsos Talan, 30 juin 2024. Selon ces estimations, la participation passe de 40 à 57% chez les moins de 25 ans et de 34 à 51% chez les 25-34 ans., dans une campagne éclair où la dissolution transforme un scrutin lointain en urgence démocratique. Cette capacité à disparaître puis à revenir tient d’abord à des raisons très prosaïques. Près de quatre inscrits sur dix âgés de 18 à 25 ans ne votent pas dans la commune où ils vivent27« Élection présidentielle 2022 : 16,5% des électeurs inscrits l’étaient dans une autre commune que celle de leur résidence principale », Insee Première, n°1986, mars 2024 (38,7% des inscrits de 18 à 25 ans)., et pour une étudiante partie à Lille ou un apprenti embauché à Lyon, voter suppose un aller-retour ou une procuration, autant de démarches qui suffisent à décourager un électeur hésitant.
Anne Muxel y ajoute une raison qui tient à l’âge lui-même, ce « moratoire électoral des années de jeunesse » pendant lequel il existe « un temps d’inertie pour entrer dans son rôle de citoyen28Anne Muxel, audition au Sénat, 25 janvier 2022. ». Tant que les habitudes ne sont pas prises, le vote se décide tard et peut basculer d’une élection à l’autre. En octobre 2026, plus de la moitié des 18-24 ans n’ont pas encore choisi leur candidat, alors que l’immense majorité d’entre eux dit vouloir voter29Les jeunes et l’élection présidentielle de 2027, OpinionWay pour Epsiloon, octobre 2026 : 54% des 18-24 ans n’ont pas choisi leur candidat, 84% comptent voter.. Les 18-24 ans forment ainsi un électorat joker, peu nombreux mais capable de décider d’une élection serrée.
Les jokers ont aussi leurs mirages. En décembre 2017, le dictionnaire Oxford sacre mot de l’année « youthquake », le séisme de la jeunesse, en hommage au sursaut supposé des électeurs britanniques de moins de 25 ans en faveur de Jeremy Corbyn aux législatives de juin. Quelques semaines plus tard, la British Election Study conclut qu’aucune hausse de la participation dans cette classe d’âge n’a eu lieu, les travaillistes ayant surtout gagné du terrain chez ceux qui votaient déjà30Chris Prosser et al., « The myth of the 2017 “youthquake” election », British Election Study, janvier 2018.. Le dictionnaire avait couronné le mot avant que les données permettent de le vérifier, et les équipes de campagne confondent volontiers, elles aussi, l’enthousiasme d’une salle et la mobilisation d’une génération.
La marge se gagne donc par des gestes très concrets – l’inscription sur les listes, la procuration, la relance d’un proche – bien plus que par le ton. Le gouvernement en a tiré une conclusion inattendue avant les municipales de mars 2026, en glissant sur Tinder, entre deux profils, des cartes qui rappellent aux 18-30 ans de s’inscrire sur les listes. « S’inscrire sur les listes électorales. + 1 000 Aura », promet l’une. « Évite le goumin post-élections. N’oublie pas ta procuration », conseille une autre. Le jour du vote, WeWard, l’application qui récompense ses utilisateurs pour leurs pas, leur suggère d’aller voter à pied, et Leboncoin, BlaBlaCar ou Lime relaient eux aussi les messages officiels. Le directeur du Service d’information du gouvernement, Michaël Nathan, reconnaît que la parole institutionnelle « a du mal à passer31Denis Cosnard, « Tinder, WeWard, Leboncoin… Matignon teste de nouveaux outils contre l’abstention », Le Monde, 8 mars 2026. », d’où l’idée de la porter dans les applications que les 18-30 ans consultent quotidiennement.

L’État vise juste en s’attaquant au vrai obstacle, et son rôle s’arrête là, puisqu’il n’a pas à dire pour qui voter. Une carte glissée entre deux profils peut pousser un électeur de 22 ans à vérifier son inscription. Pour qu’il se rende au bureau de vote avec le bon bulletin en poche, il faut une campagne, et les équipes confient ce travail à des bénévoles qui ont souvent l’âge de celui qu’ils vont chercher.
Bons pour militer, moins pour décider
Les organisations de jeunesse des partis fournissent l’essentiel de ces bénévoles. À la mi-septembre 2026, les Jeunes Républicains font leur rentrée au pavillon Baltard, à Nogent-sur-Marne, avec tables rondes, barbecue et DJ set, et leur président promet de « bousculer les habitudes » sur les réseaux sociaux. Devant plus d’un millier de militants, Bruno Retailleau parle surtout d’immigration et leur tend un miroir flatteur : « Il y a une jeunesse qui bloque les amphis, et la vôtre, qui les remplit32« Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau défend le référendum sur l’immigration devant les jeunes LR », Europe 1, 12 septembre 2026. ». Au même moment, une autre jeunesse commence à bloquer les lycées. D’un bord à l’autre de l’échiquier, du pavillon Baltard aux Jeunes communistes engagés derrière Fabien Roussel33« Élection présidentielle : Fabien Roussel désigné candidat à 72% par les communistes », pcf.fr, septembre 2026., les militants viennent soutenir une candidature déjà acquise.
Leurs prises sur la décision restent minces. Les Jeunes Horizons ont publié dès février plus de 40 propositions pour le projet d’Édouard Philippe, sans aucune garantie qu’elles y figurent34« « On essaie de bousculer les habitudes » : pour la présidentielle 2027, les formations de jeunesse des partis politiques comptent bien jouer leur carte », Le Monde, 13 août 2026.. La primaire du Parti socialiste et de Place publique, qui a désigné Raphaël Glucksmann en octobre, a donné aux jeunes adhérents une voix dans le choix du candidat, et rien de plus dans l’écriture du projet35Soizic Bonvarlet, « Primaire socialiste : vainqueur dès le 1er tour, Raphaël Glucksmann sera le candidat de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle », LCP, 11 octobre 2026.. Le politiste Rémi Lefebvre le rappelle dans Le Monde : le programme reste l’affaire du candidat et de son entourage, et ces militants trouvent plus facilement leur place quand il s’agit de mobiliser les électeurs de leur âge36« « On essaie de bousculer les habitudes » : pour la présidentielle 2027, les formations de jeunesse des partis politiques comptent bien jouer leur carte », Le Monde, 13 août 2026.. Ils passent pour les mieux placés pour parler à leur génération et restent à l’écart du moment où se décide ce qui leur sera dit. La convention de jeunes tirés au sort que promet Gabriel Attal dira si une campagne peut sortir de ce partage des rôles.
Ce partage est ancien. En 2012, le Mouvement des jeunes socialistes imprime des tracts par millions et invente le « speed dating politique », qui consiste à convaincre un inconnu de voter François Hollande entre deux stations de métro37« Les jeunes militants lancent leur campagne », Slate.fr, 20 février 2012.. En 2021, Génération Z, l’organisation de jeunesse d’Éric Zemmour, reprend la recette, et le candidat ne recueille au premier tour de 2022 que 8% des voix chez les 18-24 ans, à peine plus que chez les plus de 70 ans38Robin D’Angelo, « Présidentielle 2022 : Le Pen et Zemmour s’affrontent aussi sur les mouvements de jeunesse », Le Journal du dimanche, 4 octobre 2021 ; « Présidentielle 2022 : profil des abstentionnistes et sociologie des électorats », Ipsos-Sopra Steria, 10 avril 2022.. L’énergie d’une jeunesse militante renseigne peu sur le vote de sa classe d’âge, et sert d’abord à faire exister une campagne.
Les candidats de 2027 auront encore plus besoin de ces bras. Meta et Google refusent les publicités politiques dans l’Union européenne depuis l’automne 2025 et, en France, le code électoral interdit toute publicité politique payante depuis le 1er octobre 202639« Ending Political, Electoral and Social Issue Advertising in the EU », Meta, juillet 2025 ; « An update on political advertising in the European Union », Google, novembre 2024 ; Code électoral, article L. 52-1 ; Guide à l’usage des candidats aux élections et de leur mandataire, CNCCFP, édition 2025-2026.. Faute de pouvoir acheter de la visibilité, un candidat doit la gagner, sur ses propres comptes, dans les médias et surtout grâce aux sympathisants qui relaient sa parole. Ce travail revient d’abord aux militants qui ont grandi avec ces réseaux.
À New York, Zohran Mamdani a montré jusqu’où ce travail peut mener. Pour sa campagne de 2025, Tascha Van Auken, ancienne directrice de casting du Blue Man Group passée par la campagne Obama, bâtit un terrain de plusieurs dizaines de milliers de bénévoles, pour la plupart âgés de moins de 35 ans et organisés par quartier sur WhatsApp. Zohran Mamdani est élu en novembre 2025 et, au deuxième jour de son mandat, il crée un bureau de l’engagement de masse chargé de garder le lien avec eux, dont il confie la direction à Tascha Van Auken40Peter Sterne, « Here’s how Zohran Mamdani’s 50K-strong volunteer army pulled it off », City & State New York, 1er juillet 2025 ; « Mayor Mamdani Establishes Office of Mass Engagement », New York City, 2 janvier 2026.. Les bras de sa campagne obtiennent ainsi une place là où se prennent les décisions.
En 2027, les organisations de jeunesse françaises feront le travail des bénévoles new-yorkais, avec moins de moyens et sans qu’aucun candidat leur promette une place après la victoire. Les législatives de 2024 en ont donné un avant-goût. Pendant la campagne éclair, des militantes à peine majeures publient sur TikTok des édits (montages très rythmés) à partir d’extraits de prises de parole de députés insoumis. Marie, 19 ans, explique au Parisien y ajouter transitions, filtres et musique, parce que « c’est le code que nous, on connaît41Paméla Rougerie, « Animaux mignons, cœurs et paillettes : sur TikTok, des militants font campagne avec des vidéos inspirées de la K-pop », Le Parisien, 23 juin 2024. ».
Ce savoir-faire a aussi son marché. Selon Le Parisien, des responsables politiques français ont déjà payé des agences de clipping, qui découpent leurs interventions en extraits de 30 secondes et rémunèrent leurs monteurs quelques euros les 1000 vues42« Derrière le business du “clipping”, des revenus à 6 chiffres », Le Parisien, 19 juin 2026 ; « Le clipping, la nouvelle arme aux mains des politiques », Euronews, 15 octobre 2026.. Dans le fil d’un électeur de 20 ans, le montage d’une militante convaincue côtoie ainsi celui d’un monteur payé, sans que rien lui permette de distinguer l’engagement de la prestation.
Quand tout le monde se met à « parler jeune »
À force de confier les montages et les formats à leurs cadets, candidats et conseillers ont fini par leur emprunter une langue, et les plus âgés d’entre eux ne sont pas les derniers à la parler. En septembre 2022, à la veille des élections italiennes, Silvio Berlusconi publie sa première vidéo sur TikTok. À 85 ans, le fondateur de Forza Italia y salue les jeunes, leur rappelle qu’ils sont des millions sur la plateforme et avoue en être « un peu envieux43Silvio Berlusconi, première vidéo publiée sur TikTok, 1er septembre 2022. ». La scène fait beaucoup rire, mais elle annonce un mouvement plus durable que la blague. Depuis, la vidéo verticale, l’autodérision et le montage rapide, longtemps tenus pour des manières d’adolescents, sont devenus la langue ordinaire de la politique, y compris quand les candidats s’adressent à des électeurs de l’âge de Silvio Berlusconi.
Emmanuel Macron s’est lui aussi essayé à cette langue. En février 2025, à la veille du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, il publie sur Instagram un florilège des deepfakes que les internautes ont faits de lui au fil des années. Le président y danse sur Voyage, voyage, rappe comme Nekfeu et se change en MacGyver, avant d’apparaître en costume-cravate pour saluer un travail « plutôt bien fait ». Le soir même, en interview, la journaliste indienne Palki Sharma Upadhyay lui fait remarquer que ce n’est pas drôle44Les deepfakes sont des contenus générés ou modifiés par intelligence artificielle pour prêter à une personne des paroles ou des gestes qu’elle n’a jamais eus. Vidéo publiée par Emmanuel Macron le 9 février 2025 ; « “C’est pas drôle” : Emmanuel Macron s’amuse de l’IA et des deepfakes et se fait recadrer par une journaliste indienne », Terrafemina, 12 février 2025.. La vidéo devait promouvoir un sommet international, et les commentaires retiennent surtout un président qui s’amuse de ses propres parodies, comme si l’effort pour paraître complice, dès qu’il se voit, prenait la place du message.
Jordan Bardella a fait de cette langue un costume de rechange. Selon la formule d’une analyse publiée par The Conversation, il est « influenceur sur TikTok, président sur Facebook45Alma-Pierre Bonnet, « Influenceur sur TikTok, président sur Facebook : la nouvelle stratégie de Jordan Bardella », The Conversation, juillet 2026. », capable de tutoyer les adolescents sur un réseau et de rassurer leurs grands-parents sur un autre. Il arrive aussi que les électeurs écrivent le scénario à la place des équipes. À l’été 2024, des internautes montent les éclats de rire de Kamala Harris sur la musique de Charli XCX, la chanteuse publie « kamala IS brat », et l’équipe de campagne adopte aussitôt le vert citron et la typographie de son album46« The internet says Kamala Harris is “brat,” and her campaign is embracing it », Reuters, 22 juillet 2024.. Les mèmes47Un mème est un contenu (image, vidéo, texte ou GIF) repris, détourné et partagé massivement sur Internet, souvent sur un ton humoristique, sarcastique ou parodique. n’ont pas empêché la défaite de novembre, et pour cause : partager un montage peut vouloir dire aimer la chanson autant que soutenir la candidate.
Dans Brutalité : code source de notre époque (Fondation Jean-Jaurès, 2025), j’observais la progression d’une esthétique rough and raw, faite d’images imparfaites, de cadrages approximatifs et de prises de parole qui semblent improvisées, comme si une image moins soignée disait forcément plus vrai. Les équipes de campagne ont appris à fabriquer ces défauts, et le candidat qui cuisine, se filme en voiture ou tient son téléphone à bout de bras parle désormais à tous les âges en même temps. En devenant la langue de tout le monde, la langue des jeunes a cessé de leur être adressée. Pour rajeunir leur image, ils disposent d’un moyen plus direct encore : promouvoir des responsables qui ont à peine 30 ans.
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Abonnez-vousPrendre les jeunes au sérieux, quitte à déplaire à leurs aînés
Pas besoin d’avoir 30 ans
Si le vote suivait l’âge des candidats, Jean-Luc Mélenchon, 75 ans, n’aurait aucune chance auprès des moins de 25 ans, alors qu’il y arrivait déjà en tête en 2022 et domine encore les intentions de vote pour 202748« Présidentielle 2022 : profil des abstentionnistes et sociologie des électorats », Ipsos-Sopra Steria, 10 avril 2022 ; « Les Français et l’élection présidentielle 2027 », Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche, 29 août 2026, p. 2-3. Enquête en ligne réalisée du 26 au 28 août 2026 auprès de 1501 personnes de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine, dont 1378 inscrites sur les listes électorales, selon la méthode des quotas.. Son ancienneté semble au contraire donner du poids à une promesse de rupture qu’il répète depuis près de quinze ans, dans un discours qui désigne des adversaires et promet que l’avenir ne ressemblera pas au présent. À 72 ans, Dominique de Villepin a trouvé lui aussi sur les réseaux sociaux un public que ni son âge ni son parcours ne laissaient prévoir, grâce aux extraits de son discours de 2003 aux Nations unies contre la guerre en Irak, vus des millions de fois par une génération qui ne l’a pas connu au pouvoir49« “La nostalgie des grands hommes d’État” : comment Dominique de Villepin est devenu une nouvelle idole des jeunes », Le Parisien, 5 avril 2026.. Cette popularité ne se traduit pas en intentions de vote, mais elle révèle chez une partie de cette génération un goût pour les positions nettes, surtout lorsqu’elles ont été tenues à contre-courant.
Sur le fond aussi, les propositions qui tranchent emportent l’adhésion de cette classe d’âge, d’un bord à l’autre. Au printemps 2023, lycéens et étudiants défilent contre le report de l’âge de la retraite à 64 ans, une réforme dont ils ne sentiront les effets qu’autour de 2070 et, deux ans plus tard, 78% des moins de 25 ans voteraient son abrogation si un référendum était organisé50Les Français et la réforme des retraites, Ifop pour la CGT, avril 2025.. À droite, le référendum sur l’immigration que Bruno Retailleau promet aux Jeunes Républicains trouve chez eux un écho comparable, et les 18-24 ans y sont désormais plus favorables que toutes les autres classes d’âge51« Sondage : 72% des Français favorables à un référendum sur l’immigration », Europe 1, 19 septembre 2025 (CSA pour Europe 1, CNews et Le JDD, 1001 personnes, 79% chez les 18-24 ans).
La taxe Zucman montre jusqu’où peut aller une idée simple. Elle tient en une ligne, un impôt minimal de 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, et ne concerne qu’environ 1800 foyers, à peine de quoi remplir l’Olympia. À la rentrée 2025, elle est plébiscitée jusque chez les sympathisants de droite52Le soutien des Français à différentes mesures portées par la gauche, Ifop pour le Parti socialiste, enquête des 10 et 11 septembre 2025 : 86% de favorables ; Les Français et les impôts, Elabe pour BFMTV, 25 septembre 2025.. Aucune de ces propositions n’est tiède, toutes tiennent sur une pancarte ou dans la légende d’une vidéo TikTok, et chacune promet de trancher un conflit que les programmes préfèrent contourner.
Hors de France, cette règle vaut pour des camps opposés. Bernie Sanders, 74 ans en 2016, recueille aux primaires plus de voix chez les moins de 30 ans que Hillary Clinton et Donald Trump réunis53Aaron Blake, « More young people voted for Bernie Sanders than Trump and Clinton combined – by a lot », The Washington Post, 20 juin 2016.. En Allemagne, en janvier 2025, la tête de liste de Die Linke, Heidi Reichinnek, dénonce au Bundestag le vote commun de la CDU et de l’AfD sur l’immigration en lançant « Auf die Barrikaden ! », et son discours cumule des dizaines de millions de vues avant que son parti obtienne 25% des voix chez les moins de 25 ans. Lors de ce scrutin, l’AfD en recueille 21%54Marilen Martin, « Germany’s Youth Are Even More Polarized Than the Nation », Bloomberg, 22 février 2025 ; Infratest dimap pour l’ARD, « Bundestagswahl 2025: Wen wählten Jüngere und Ältere? », 24 février 2025., et Donald Trump, quelques mois plus tôt, avait passé trois heures chez Joe Rogan, dans un podcast écouté surtout par des hommes, et pour moitié par des moins de 35 ans55« How 9 Popular YouTubers Helped Trump Win a Second Term », Bloomberg, janvier 2025 ; Edison Research, « The Race to Rogan: Who Will Candidates Reach on America’s Top Podcast? », 15 octobre 2024 (80% d’hommes et 51% de 18-34 ans parmi les auditeurs américains).. Un entretien fleuve, un discours parlementaire ou une émission d’archives trouvent leur public dans cette génération lorsqu’ils portent une position claire, quel que soit l’âge de celui qui la tient.
Ces votes de rupture se répartissent très inégalement au sein d’une génération. En janvier 2024, John Burn-Murdoch publie dans le Financial Times deux courbes qui font le tour d’Internet : aux États-Unis, les femmes de moins de 30 ans se disent désormais 30 points plus progressistes que les hommes de leur âge, et des écarts comparables apparaissent en Allemagne, au Royaume-Uni56John Burn-Murdoch, « A new global gender divide is emerging », Financial Times, 26 janvier 2024. ainsi qu’en France57Yann Algan et Eugénie de Laubier, « Un fossé idéologique grandissant entre jeunes femmes et jeunes hommes en France », Cepremap, 24 mars 2025.. Les élections suivantes leur ont donné raison. En Allemagne, Die Linke séduit plus d’un tiers des femmes de 18 à 29 ans quand l’AfD arrive en tête chez les hommes de cette classe d’âge et, en Corée du Sud, la présidentielle de 2025 coupe la jeunesse en deux selon le sexe. La France suit le mouvement avec des écarts plus modestes58Infratest Dimap, analyse des élections fédérales du 23 février 2025 ; sondage de sortie des urnes KBS, MBC et SBS, 3 juin 2025 ; Anne Muxel et Justin Soubanere, Les jeunes et les élections législatives 2024, Cevipof, note n°21 bis, octobre 2024.. Les auditeurs de Joe Rogan et les électrices de Die Linke appartiennent à une seule classe d’âge et à deux mondes politiques, et une campagne qui dit s’adresser aux jeunes doit donc choisir lesquels, un choix qui engage déjà une vision politique.


Le découpage par âge et par sexe laisse encore échapper l’essentiel. Dans L’effet pléiotropique, publié par la Fondation Jean-Jaurès en juin 202659Lennie Stern, L’effet pléiotropique. Comment la jeunesse recompose le politique, Fondation Jean-Jaurès, 8 juin 2026., j’empruntais à la génétique le nom de ce phénomène où un seul gène commande plusieurs traits à la fois pour décrire la façon dont cette génération assemble des convictions que les partis croient incompatibles. Un lycéen peut réclamer davantage de protection publique, pour sa santé, son logement ou le climat, et se méfier profondément des institutions censées la lui apporter. Une étudiante peut se dire féministe et rêver d’une vie de famille que ses aînés jugeraient traditionnelle. Les idées se choisissent une à une plutôt qu’en bloc avec l’étiquette d’un parti, au gré des causes et des urgences du moment, et l’engagement suit ce rythme, intense et ponctuel. Déduire une opinion de l’âge ou du sexe de celui qui la porte revient alors à lui prêter un programme qu’il n’a pas, et à manquer l’assemblage qu’il s’est composé. Ce qui réunit ces jeunesses si différentes tient au goût des positions qui tranchent un conflit, et trancher a toujours un prix.
Le prix à payer
Valéry Giscard d’Estaing l’a payé sans hésiter. Moins de deux mois après son élection, il fait adopter l’abaissement de la majorité de 21 à 18 ans, et les volontaires qui portaient ses tee-shirts sans pouvoir voter obtiennent ce droit dès l’été 1974. Les enquêtes annoncent alors qu’une majorité des 18-21 ans compte voter pour François Mitterrand, qui le battra sept ans plus tard60Loi n°74-631 du 5 juillet 1974 fixant à dix-huit ans l’âge de la majorité ; sondage Sofres du 21 juin 1974, cité par la Fondation Valéry Giscard d’Estaing.. Le geste reste l’un des seuls, sous la Ve République, où un pouvoir donne du poids à de nouveaux électeurs en sachant ce qu’il risque d’en coûter à son camp.
À la fin de l’été 2025, François Bayrou, alors Premier ministre, s’y essaie à son tour en désignant les « boomers » comme responsables de l’accumulation de la dette. Le verdict tombe aussitôt : 63% des 18-24 ans l’approuvent, 84% des 50 ans et plus le désavouent61Les Français, la dette et les « boomers », Elabe pour Les Échos, 4 septembre 2025.. En une phrase, il a gagné les électeurs qui votent le moins et perdu ceux qui votent le plus, et les candidats de 2027 en ont retenu la leçon. Quand Édouard Philippe demande en juillet 2026 aux retraités de « contribuer davantage au financement de notre modèle social62« Présidentielle : le pari d’Édouard Philippe pour séduire les jeunes face à Jean-Luc Mélenchon et au RN », LCP, 5 juillet 2026. », d’autres responsables jurent aussitôt de ne jamais opposer les générations, et La Dépêche du Midi se demande si les retraités ne sont pas devenus la « clé de voûte » de la campagne63Liza Cossard, « Présidentielle 2027 : les retraités, clé de voûte de la campagne… », La Dépêche du Midi, 21 septembre 2026., une métaphore qui désigne sans détour ceux sur qui repose l’édifice.
Les rares candidats qui ont vraiment parlé à cette génération ont accepté de dire qui paierait. En 2017, Jeremy Corbyn fait de la suppression des frais d’inscription universitaires l’une de ses promesses phares, financée par une hausse des impôts sur les entreprises et sur les plus hauts revenus. Il perd l’élection, mais prive Theresa May de sa majorité. Deux semaines plus tard, la foule de Glastonbury chante son nom sur l’air de Seven Nation Army64Labour Party, For the Many, Not the Few, 2017 ; Jeremy Corbyn à Glastonbury, 24 juin 2017..
Une adresse sincère aux jeunes se paie auprès des électeurs les plus nombreux et les plus assidus. Un format, lui, ne coûte presque rien, et l’écart entre ces deux prix explique en bonne partie pourquoi les équipes soignent tant la manière de s’adresser à cet électorat et si peu ce qu’elles ont à leur proposer.
La révolte en version sous-titrée
Cet automne, les adultes ont sous-titré la révolte lycéenne avant même d’en avoir écouté la bande-son. Les services du Premier ministre ont attribué le mouvement à La France insoumise et à l’ultragauche. Gabriel Attal a accusé le parti de Jean-Luc Mélenchon de faire de la jeunesse « de la chair à canon politique65« Présidentielle : Attal présente son “pacte pour la jeunesse” et vise Mélenchon », AFP, 10 octobre 2026. ». L’implication des Insoumis est réelle, elle établit néanmoins l’intérêt d’un parti pour cette colère, sans suffire à expliquer pourquoi des élèves se mettent en mouvement66« LFI en première ligne pour soutenir les blocus des lycées malgré les heurts », AFP, 29 septembre 2026 ; entretien de Jean-Luc Mélenchon avec Mediapart, 23 octobre 2026..
Cette accusation confond par ailleurs l’appui et la tutelle. Un lycéen peut accepter l’appui d’un député et avoir ses propres raisons de bloquer son établissement. Il peut même chercher cet appui parce qu’il sait ce qu’il réclame et manque de moyens pour se faire entendre. L’autonomie politique suppose de pouvoir choisir ses alliances, les discuter et éventuellement les rompre.
Exiger des adolescents qu’ils n’aient subi aucune influence avant de reconnaître leur jugement leur impose une épreuve dont aucun électeur adulte ne sortirait indemne. La question de la récupération se tranche donc à partir des décisions réellement prises : qui formule les demandes, qui choisit les actions, quelle liberté les élèves conservent-ils face à ceux qui les soutiennent ? La présence d’un élu devant un lycée ne répond pas à ces questions.
Presque personne ne les a posées, en France comme ailleurs. Après le 17 octobre 2026, chaque capitale a lu les cortèges de Bruxelles, de Milan ou de Lisbonne67« Protests spread across Europe: Cost-of-living pressures behind the demonstrations », Euronews, 19 octobre 2026 ; « Tens of thousands march in Lisbon over housing and living costs », Reuters, 17 octobre 2026., à travers sa propre obsession. Giorgia Meloni a relevé que près de la moitié des interpellés de Milan étaient issus de l’immigration, Donald Trump a de son côté attribué les violences françaises à l’immigration, tandis qu’Alice Weidel y a vu la gauche à la manœuvre68« Meloni: a Milano violenze inaccettabili, nessuno minimizzi. Nuovo reato per contrastarle », askanews, 20 octobre 2026 ; « Violences en France : à l’étranger, la sidération avant la présidentielle », AFP, 18 octobre 2026 ; « Alice Weidel, siamo sotto assedio », ANSA, 21 octobre 2026.. Les lectures plus savantes, qui cherchent derrière chaque embrasement l’effet des algorithmes ou l’ombre de puissances étrangères, partent du même présupposé, celui d’une jeunesse qui subit le mouvement au lieu de le conduire.
Or, une génération qui sait s’organiser, mais que les adultes soupçonnent d’être téléguidée dès qu’elle s’exprime, en retient une leçon simple : sa parole seule ne suffit jamais, il lui faut soit un sigle de parti pour être prise au sérieux, soit assez de désordre pour forcer l’écoute.
Le carnet de correspondance
Lorsque le débat se concentre sur les dégradations, les parents redeviennent les destinataires du discours. Gérald Darmanin demande aux procureurs d’engager la responsabilité civile des familles pour les dommages commis par leurs enfants69Raphaël Marchal, « Lycées bloqués : Gérald Darmanin veut faire “payer” les réparations aux parents des mineurs responsables de dégâts », LCP, 2 octobre 2026.. Jordan Bardella, qui soutient le projet de loi « casseurs-payeurs » adopté par le Sénat le 28 octobre dernier, prévient que « si tu ne peux pas payer, ce sont tes parents qui paieront jusqu’au dernier euro70Solina Prak, « Jordan Bardella soutient le texte qui rendrait saisissables les APL et les allocations familiales », Capital, 19 octobre 2026 ; « Mobilisations sociales : le projet de loi “casseurs-payeurs” approuvé et élargi par le Sénat après les violences du 17 octobre », Le Monde avec AFP, 28 octobre 2026. ».
À des élèves qui mettent en cause la manière dont l’État les instruit, le discours répond alors par la manière dont leurs parents les élèvent. La réparation des dégâts est légitime. Le déplacement devient politique lorsqu’elle tient lieu de réponse à toute une mobilisation : la surveillance des adolescents occupe la discussion, et les responsabilités du service public passent au second plan. Le carnet de correspondance retrouve sa fonction familière : l’institution écrit aux parents au sujet de l’élève, qui reste l’objet de l’échange.
Cette adresse retrouve le destinataire privilégié des campagnes, l’adulte inquiet pour la jeunesse. Elle lui propose de reprendre ses enfants en main, en laissant de côté une possibilité : que ces parents partagent leurs revendications et attendent, eux aussi, des comptes sur l’état de l’école.
Ailleurs en Europe, une jeunesse partie elle aussi de blocages a trouvé une autre issue, et elle passe par les urnes.
Conclusion
Du blocus au bulletin
Le 25 octobre 2026 au soir, Aleksandar Vučić a reconnu la défaite de son camp. Selon les premières projections, la Liste étudiante a obtenu la majorité absolue au Parlement serbe71François Hublet, « Législatives serbes. Vučić : “Nous avons perdu les élections” », Le Grand Continent, 25 octobre 2026.. Près de deux ans après l’effondrement meurtrier de l’auvent de la gare de Novi Sad, un mouvement parti des universités s’apprête à gouverner le pays. Les étudiants ont gagné en sortant de leurs campus, parce que leur colère contre la corruption est devenue celle de tous ceux qui attendaient des comptes. Le mot « étudiant » ne désigne plus qu’une origine, celle d’une liste qui s’adresse à tout le pays.
Au Népal, le soulèvement de septembre 2025, déclenché entre autres par l’interdiction de plusieurs réseaux sociaux, a fait tomber le gouvernement en quelques jours, et ses manifestants ont pesé, par un vote sur Discord, dans le choix de la Première ministre chargée de l’intérim72« How Nepal’s enraged Gen Z turned Discord into a political arena », The Kathmandu Post, 29 septembre 2025.. En mars 2026, les législatives ont donné la majorité absolue au Rastriya Swatantra Party, mené par Balen Shah, l’ancien rappeur et maire de Katmandou que les manifestants avaient d’abord voulu porter à la tête du gouvernement intérimaire73Sophie Landrin, « Le Népal assoiffé de changement, six mois après la révolte de la « Gen Z » », Le Monde, 5 mars 2026..
Entre ces capitales, la différence se mesure à ce que la rue a su dire au reste du pays. À Belgrade comme à Katmandou, les manifestants ont parlé de corruption et de services publics, des sujets dans lesquels leurs parents et leurs grands-parents se reconnaissaient, si bien que les urnes leur ont apporté des électeurs de tous âges. Ces jeunesses font elles-mêmes ce que les candidats français font à leur place depuis cinquante ans, parler aux aînés, à cette différence près qu’elles le font pour leur propre compte.
La France n’est ni la Serbie ni le Népal : sa présidentielle, avec ses 500 parrainages, ne laisse aucune place à une liste étudiante. Les lycéens de l’automne disposent néanmoins d’un atout de taille, puisque leurs revendications, nées dans des salles de classe, concernent toutes les familles. Il revient alors aux candidats de faire ce que les étudiants serbes ont accompli seuls : transformer une demande née devant un lycée en promesse pour tout le pays, et donner à une génération une raison de préférer le bulletin au blocus.
Une voix au chapitre
En 2027, les candidats qui connaîtront le mieux les usages de cette génération ne seront pas forcément ceux qu’elle choisira pour la représenter. Un candidat peut entrer dans ses conversations et devenir un personnage de son feed sans obtenir le droit de parler en son nom. Cette distance compte davantage que la recherche du prochain format, car elle touche à la nature même du soutien politique, chez des électeurs capables de s’engager intensément sans rien promettre pour la suite.
Sur le fond, la demande de concret ramène à un problème que les programmes préfèrent éviter : qui peut se permettre d’attendre les effets d’une promesse ? Un loyer hors de portée ou un stage mal payé peuvent faire renoncer aujourd’hui à une formation ou à un emploi. Les propositions qui convainquent cet électorat partent de ce genre de difficultés, bien davantage que de la radicalité d’un programme. Elles répondent à ce « présent épais74Le présent épais désigne un rapport au temps dans lequel le présent compte davantage qu’un avenir devenu difficile à imaginer. Lennie Stern, Teen Spirits. Dans la tête d’une jeunesse incomprise, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2026. » où une difficulté immédiate décide déjà d’une partie de l’avenir. Une addition de mesures concrètes ne fait pas encore un projet. Ces nouvelles générations savent aussi qu’elles supporteront pendant des décennies les choix faits aujourd’hui sur la dette ou le climat, et elles attendent qu’un candidat leur dise vers quel pays il veut les conduire. Il lui faut donc relier chaque mesure datée, qui prouve qu’il a compris la difficulté du moment, à un horizon qui lui donne un sens. L’exercice est délicat, car le court terme coûte cher quand le long terme se promet sans frais, mais c’est à cette articulation que se reconnaît un candidat de la génération présente autant que des générations futures.
Sur la forme, les équipes de campagne ont appris à fabriquer de la spontanéité, et cette génération a appris à la repérer. Élevée parmi les filtres et les placements de produit, elle distingue sans peine une maladresse calculée d’une parole qui prend un risque, et le tutoiement ou la vidéo verticale, que tous les candidats pratiquent désormais, ne lui disent plus rien de la considération qu’ils lui portent.
Les entretiens fleuves qui ont trouvé leur public ces dernières années, de Joe Rogan à Gaspard G, laissent l’invité sans filet, et leur longueur donne du crédit à ce qui s’y dit. L’exposition ne suffit pas pour autant, car la forme se juge aussi à ce qu’elle permet de faire. À l’automne 2024, quelques mois avant les élections où les moins de 25 ans allaient la placer en tête, Die Linke a mis en ligne une application qui permet à chaque locataire de vérifier si son loyer dépasse le niveau autorisé et de le signaler aux autorités. Elle a servi plus de 300 000 fois75Der Tagesspiegel, avec dpa, 9 juillet 2026 : bilan de la Linksfraktion, avec plus de 303 500 utilisations de l’application depuis son lancement en novembre 2024 et 10 255 signalements aux autorités.. Plutôt qu’un discours de plus sur le logement, le parti a offert un moyen d’agir. En 2027, la forme qui convaincra laissera voir ce que la parole des premiers concernés a changé au projet d’un candidat, une proposition reprise, une mesure corrigée après leurs critiques ou un outil qui leur sert.
En 2027, beaucoup de ces électeurs interrogeront une intelligence artificielle sur les candidats. Les réponses qu’ils recevront dépendront des sources consultées par ces outils. Une étude publiée en septembre dernier montre que ChatGPT et Perplexity s’appuyaient surtout sur les médias et les sites comparateurs, en accordant peu de place aux publications des candidats sur les réseaux sociaux76Théo Bourgoin-Verdier, Ce que l’intelligence artificielle dit de la campagne présidentielle, Fondation Jean-Jaurès, 28 septembre 2026..
Cette nouvelle médiation pourrait ramener les campagnes aux questions que les jeunes électeurs se posent eux-mêmes. Celui qui demande ce qu’un candidat propose pour rendre le logement accessible choisit le sujet de la conversation. L’assistant lui répondra avec ses biais et ses limites, mais la demande portera bien sur ce qu’un programme pourrait changer à sa vie. Elle rejoint une interrogation qui traverse toute cette note : qu’ont compris les candidats des attentes de cette génération, et jusqu’où sont-ils prêts à en tenir compte dans leurs choix pour le pays ?
Présenter la jeunesse comme « l’avenir du pays » lui accorde une importance considérable, assortie d’une échéance indéfinie. Les lycéens de l’automne ont fixé l’ordre du jour de la rentrée, obtenu des engagements du gouvernement et entraîné une partie du pays derrière eux, sans que leur statut change d’un iota. La plupart n’auront pas 18 ans en avril 202777En 2026-2027, les élèves sans retard sont nés en 2011 en seconde, en 2010 en première et en 2009 en terminale. Au premier tour, fixé au 18 avril 2027, seuls les élèves de terminale nés au plus tard le 18 avril 2009 et ceux qui ont redoublé auront 18 ans. Voir « Présidentielle 2027 : les dates du premier et du second tour fixées », LCP, 30 juin 2026.. Mineurs, ils restent des élèves dont les candidats peuvent parler à leurs parents, des citoyens dont la voix porte dans la rue sans compter dans les urnes.
Le droit de vote à 16 ans pose directement la question de ce statut. Jean-Luc Mélenchon l’a remis dans le débat le 11 octobre, au Zénith de Clermont-Ferrand, et l’Autriche l’applique à toutes ses élections depuis 200778« Jean-Luc Mélenchon rassemble 10 000 personnes à Clermont-Ferrand », Sud Radio, 11 octobre 2026 ; « Abaisser l’âge du droit de vote à 16 ans : pour ou contre ? », Orange Actu, 15 octobre 2026 ; Sénat, La majorité électorale, étude de législation comparée n°330, mai 2024.. La mesure soulève des objections sérieuses, sur l’autonomie d’un choix fait sous le toit familial comme sur le soupçon d’une réforme pensée pour le camp qui la propose, déjà en tête chez les moins de 25 ans. Les lycéens eux-mêmes n’en font pas leur priorité, et plusieurs d’entre eux, interrogés par 20 Minutes, jugeaient la fin de Parcoursup plus urgente que leur bulletin79Elsa Provenzano, « Blocus des lycées : le droit de vote dès 16 ans proposé par Jean-Luc Mélenchon, “très bonne idée” ou “trop tôt” ? », 20 Minutes, 13 octobre 2026.. Elle mettrait néanmoins la loi en accord avec elle-même, puisqu’à 16 ans la loi permet déjà de signer un contrat d’apprentissage ou de fonder une association, avant d’ouvrir le permis de conduire à 17 ans80Code du travail, article L. 6222-1 ; loi du 1er juillet 1901, article 2 bis ; décret n°2023-1214 du 20 décembre 2023.. Depuis que Valéry Giscard d’Estaing a abaissé la majorité à 18 ans, le débat porte sur l’âge auquel un citoyen entre dans le corps électoral, jamais sur celui où il en sortirait. Pour rééquilibrer vraiment les urnes, il faudrait retirer le droit de vote aux plus de 70 ans, et aucun démocrate ne s’y risquera. Le vote à 16 ans reste donc un rééquilibrage modeste, deux classes d’âge de plus face à des retraités toujours plus nombreux.
Le débat dépasse la seule question du suffrage. De Belgrade à Katmandou, des jeunesses parties de la rue ont renversé des gouvernements ou gagné des élections, et les lycéens français ont bousculé une présidentielle avant même l’ouverture de la campagne. Aucun candidat ne peut plus tenir cette génération pour quantité négligeable.
Cette irruption oblige à reprendre une question que le calendrier électoral laisse d’ordinaire de côté, celle de ce qui fonde le droit de décider. Une démocratie retient la maturité supposée de ses citoyens, rarement le temps qu’ils passeront à vivre avec les choix faits en leur nom. Un corps électoral qui vieillit peut-il encore arbitrer en faveur de ceux qui en supporteront le plus longtemps les conséquences ? Après cinquante ans d’efforts pour trouver comment parler aux jeunes, quelle place les candidats sont-ils prêts à leur donner dans la discussion de leur projet ?
Crédit photo : Bastien André / Hans Lucas.
- 1Charly Célinain, « Mobilisation lycéenne : soutien de l’intersyndicale, lettre de Lecornu », Le Courrier de l’Atlas, 5 octobre 2026.
- 2Raphaël Piastra, « Une lente (et irréversible ?) dégradation de la fonction présidentielle (Partie 1) », Revue politique et parlementaire, 19 juillet 2021 ; Marie-Pierre Haddad, « VGE, Chirac, Marchais, Sarkozy… Johnny courtisé par tous les politiques », RTL, décembre 2017 ; « Première campagne “à l’américaine” en France », Le Monde, 23 août 2006.
- 3Droits d’auteur : Universal photo/SIPA.
- 4Xavier Ridel, « Doc Gynéco : “La politique, c’est ma plus grosse erreur” », Les Inrockuptibles, 29 mars 2016.
- 5Meeting par hologramme à Lyon et Aubervilliers, 5 février 2017 ; Corentin Lamy, « “Fiscal Kombat”, le jeu où Jean-Luc Mélenchon secoue Christine Lagarde et Emmanuel Macron », Le Monde, 9 avril 2017.
- 6
- 7« Gabriel Attal : la jeunesse est-elle en colère ou en panne d’espoir ? », SPHERE5, podcast d’Ophélie Meunier et Carole Juge-Llewellyn, 17 mai 2026.
- 8Raphaël Glucksmann, entretien à Quotidien (TMC), 27 mai 2026.
- 9« Présidentielle 2027 – Le débat de l’entre-deux-tours sera remplacé par une “battle d’aura” », Le Gorafi, 15 septembre 2026 (article satirique).
- 10Reuters Institute, Digital News Report 2025, juin 2025.
- 11« Audiences YouTube : 24 heures après sa sortie, quel score pour l’interview de Jean-Luc Mélenchon par Gaspard G en partenariat avec TF1 ? », Puremédias, 10 avril 2026.
- 12François Hollande, Discours du Bourget, 22 janvier 2012.
- 13François Hollande, Le changement, c’est maintenant. Mes 60 engagements pour la France, 2012 ; Nicolas Sarkozy, Ensemble tout devient possible, 2007 ; Emmanuel Macron, programme présidentiel, 2017 ; Marine Le Pen, 22 mesures pour 2022.
- 14« Généralisation et extension du pass Culture : un premier bilan », Banque des territoires, 2022 ; Éric Dupuy, « Pass Culture : les mangas reculent au profit des romans chez les jeunes », Livres Hebdo, juillet 2025.
- 15Alexis André, « Présidentielle 2027 : à Lyon, Gabriel Attal dévoile son “pacte pour la jeunesse” et cible Jean-Luc Mélenchon », Lyon Mag, 10 octobre 2026 ; Bruno Cautrès, « Gabriel Attal joue la jeunesse », Institut Montaigne, 14 octobre 2026. La convention réunirait 150 jeunes de 16 à 25 ans tirés au sort.
- 16Décret n°2025-195 du 27 février 2025 (pass Culture ramené à 150 euros à 18 ans) ; « Service national universel : “Nous n’avons pas les moyens de la généralisation”, tranche Gil Avérous », Banque des territoires, octobre 2024.
- 17Décret n°94-255 du 30 mars 1994 abrogeant le contrat d’insertion professionnelle ; Dominique de Villepin, déclaration sur le remplacement du CPE, 10 avril 2006.
- 18Réda Merida, « Nous, jeunes et étudiants, sommes les oubliés de cette présidentielle », Le Monde Campus, 21 avril 2017.
- 19Philippe Ridet, « Devant les jeunes, M. Sarkozy célèbre l’amour et la République universelle et fraternelle », Le Monde, 19 mars 2007 ; Nicolas Sarkozy, Discours d’investiture, 14 janvier 2007.
- 20David Revault d’Allonnes, « Dans le camp Hollande, pas de changement de ligne pour le sprint final », Le Monde, 29 mars 2012.
- 21« Présidentielle 2022 : profil des abstentionnistes et sociologie des électorats », Ipsos-Sopra Steria, 10 avril 2022.
- 22Emmanuel Macron, Discours de Marseille, 16 avril 2022 ; Elsa Conesa et Audrey Tonnelier, « Présidentielle 2022 : Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affrontent pour l’électorat populaire », Le Monde, 14 avril 2022.
- 23Anne Muxel et Justin Soubanere, Les jeunes générations face à une séquence électorale inédite. Note 1. Les jeunes et les élections européennes du 9 juin 2024, Cevipof, note n°21, octobre 2024 (22% pour l’ensemble des votants).
- 24Lucas Jakubowicz, « Présidentielle 2027. Seniors, les faiseurs de roi d’une France grisonnante », Décideurs Magazine, septembre 2026.
- 25« Vingt ans de participation électorale : en 2022, les écarts selon l’âge et le diplôme continuent de se creuser », Insee Première, n°1929, novembre 2022.
- 26« Profil des abstentionnistes », élections européennes, Ipsos, 9 juin 2024 ; « Une participation exceptionnelle, dans tous les électorats », élections législatives, Ipsos Talan, 30 juin 2024. Selon ces estimations, la participation passe de 40 à 57% chez les moins de 25 ans et de 34 à 51% chez les 25-34 ans.
- 27« Élection présidentielle 2022 : 16,5% des électeurs inscrits l’étaient dans une autre commune que celle de leur résidence principale », Insee Première, n°1986, mars 2024 (38,7% des inscrits de 18 à 25 ans).
- 28Anne Muxel, audition au Sénat, 25 janvier 2022.
- 29Les jeunes et l’élection présidentielle de 2027, OpinionWay pour Epsiloon, octobre 2026 : 54% des 18-24 ans n’ont pas choisi leur candidat, 84% comptent voter.
- 30Chris Prosser et al., « The myth of the 2017 “youthquake” election », British Election Study, janvier 2018.
- 31Denis Cosnard, « Tinder, WeWard, Leboncoin… Matignon teste de nouveaux outils contre l’abstention », Le Monde, 8 mars 2026.
- 32« Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau défend le référendum sur l’immigration devant les jeunes LR », Europe 1, 12 septembre 2026.
- 33« Élection présidentielle : Fabien Roussel désigné candidat à 72% par les communistes », pcf.fr, septembre 2026.
- 34« « On essaie de bousculer les habitudes » : pour la présidentielle 2027, les formations de jeunesse des partis politiques comptent bien jouer leur carte », Le Monde, 13 août 2026.
- 35Soizic Bonvarlet, « Primaire socialiste : vainqueur dès le 1er tour, Raphaël Glucksmann sera le candidat de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle », LCP, 11 octobre 2026.
- 36« « On essaie de bousculer les habitudes » : pour la présidentielle 2027, les formations de jeunesse des partis politiques comptent bien jouer leur carte », Le Monde, 13 août 2026.
- 37« Les jeunes militants lancent leur campagne », Slate.fr, 20 février 2012.
- 38Robin D’Angelo, « Présidentielle 2022 : Le Pen et Zemmour s’affrontent aussi sur les mouvements de jeunesse », Le Journal du dimanche, 4 octobre 2021 ; « Présidentielle 2022 : profil des abstentionnistes et sociologie des électorats », Ipsos-Sopra Steria, 10 avril 2022.
- 39« Ending Political, Electoral and Social Issue Advertising in the EU », Meta, juillet 2025 ; « An update on political advertising in the European Union », Google, novembre 2024 ; Code électoral, article L. 52-1 ; Guide à l’usage des candidats aux élections et de leur mandataire, CNCCFP, édition 2025-2026.
- 40Peter Sterne, « Here’s how Zohran Mamdani’s 50K-strong volunteer army pulled it off », City & State New York, 1er juillet 2025 ; « Mayor Mamdani Establishes Office of Mass Engagement », New York City, 2 janvier 2026.
- 41Paméla Rougerie, « Animaux mignons, cœurs et paillettes : sur TikTok, des militants font campagne avec des vidéos inspirées de la K-pop », Le Parisien, 23 juin 2024.
- 42« Derrière le business du “clipping”, des revenus à 6 chiffres », Le Parisien, 19 juin 2026 ; « Le clipping, la nouvelle arme aux mains des politiques », Euronews, 15 octobre 2026.
- 43Silvio Berlusconi, première vidéo publiée sur TikTok, 1er septembre 2022.
- 44Les deepfakes sont des contenus générés ou modifiés par intelligence artificielle pour prêter à une personne des paroles ou des gestes qu’elle n’a jamais eus. Vidéo publiée par Emmanuel Macron le 9 février 2025 ; « “C’est pas drôle” : Emmanuel Macron s’amuse de l’IA et des deepfakes et se fait recadrer par une journaliste indienne », Terrafemina, 12 février 2025.
- 45Alma-Pierre Bonnet, « Influenceur sur TikTok, président sur Facebook : la nouvelle stratégie de Jordan Bardella », The Conversation, juillet 2026.
- 46« The internet says Kamala Harris is “brat,” and her campaign is embracing it », Reuters, 22 juillet 2024.
- 47Un mème est un contenu (image, vidéo, texte ou GIF) repris, détourné et partagé massivement sur Internet, souvent sur un ton humoristique, sarcastique ou parodique.
- 48« Présidentielle 2022 : profil des abstentionnistes et sociologie des électorats », Ipsos-Sopra Steria, 10 avril 2022 ; « Les Français et l’élection présidentielle 2027 », Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche, 29 août 2026, p. 2-3. Enquête en ligne réalisée du 26 au 28 août 2026 auprès de 1501 personnes de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine, dont 1378 inscrites sur les listes électorales, selon la méthode des quotas.
- 49« “La nostalgie des grands hommes d’État” : comment Dominique de Villepin est devenu une nouvelle idole des jeunes », Le Parisien, 5 avril 2026.
- 50Les Français et la réforme des retraites, Ifop pour la CGT, avril 2025.
- 51« Sondage : 72% des Français favorables à un référendum sur l’immigration », Europe 1, 19 septembre 2025 (CSA pour Europe 1, CNews et Le JDD, 1001 personnes, 79% chez les 18-24 ans)
- 52Le soutien des Français à différentes mesures portées par la gauche, Ifop pour le Parti socialiste, enquête des 10 et 11 septembre 2025 : 86% de favorables ; Les Français et les impôts, Elabe pour BFMTV, 25 septembre 2025.
- 53Aaron Blake, « More young people voted for Bernie Sanders than Trump and Clinton combined – by a lot », The Washington Post, 20 juin 2016.
- 54Marilen Martin, « Germany’s Youth Are Even More Polarized Than the Nation », Bloomberg, 22 février 2025 ; Infratest dimap pour l’ARD, « Bundestagswahl 2025: Wen wählten Jüngere und Ältere? », 24 février 2025.
- 55« How 9 Popular YouTubers Helped Trump Win a Second Term », Bloomberg, janvier 2025 ; Edison Research, « The Race to Rogan: Who Will Candidates Reach on America’s Top Podcast? », 15 octobre 2024 (80% d’hommes et 51% de 18-34 ans parmi les auditeurs américains).
- 56John Burn-Murdoch, « A new global gender divide is emerging », Financial Times, 26 janvier 2024.
- 57Yann Algan et Eugénie de Laubier, « Un fossé idéologique grandissant entre jeunes femmes et jeunes hommes en France », Cepremap, 24 mars 2025.
- 58Infratest Dimap, analyse des élections fédérales du 23 février 2025 ; sondage de sortie des urnes KBS, MBC et SBS, 3 juin 2025 ; Anne Muxel et Justin Soubanere, Les jeunes et les élections législatives 2024, Cevipof, note n°21 bis, octobre 2024.
- 59Lennie Stern, L’effet pléiotropique. Comment la jeunesse recompose le politique, Fondation Jean-Jaurès, 8 juin 2026.
- 60Loi n°74-631 du 5 juillet 1974 fixant à dix-huit ans l’âge de la majorité ; sondage Sofres du 21 juin 1974, cité par la Fondation Valéry Giscard d’Estaing.
- 61Les Français, la dette et les « boomers », Elabe pour Les Échos, 4 septembre 2025.
- 62« Présidentielle : le pari d’Édouard Philippe pour séduire les jeunes face à Jean-Luc Mélenchon et au RN », LCP, 5 juillet 2026.
- 63Liza Cossard, « Présidentielle 2027 : les retraités, clé de voûte de la campagne… », La Dépêche du Midi, 21 septembre 2026.
- 64Labour Party, For the Many, Not the Few, 2017 ; Jeremy Corbyn à Glastonbury, 24 juin 2017.
- 65« Présidentielle : Attal présente son “pacte pour la jeunesse” et vise Mélenchon », AFP, 10 octobre 2026.
- 66« LFI en première ligne pour soutenir les blocus des lycées malgré les heurts », AFP, 29 septembre 2026 ; entretien de Jean-Luc Mélenchon avec Mediapart, 23 octobre 2026.
- 67
- 68« Meloni: a Milano violenze inaccettabili, nessuno minimizzi. Nuovo reato per contrastarle », askanews, 20 octobre 2026 ; « Violences en France : à l’étranger, la sidération avant la présidentielle », AFP, 18 octobre 2026 ; « Alice Weidel, siamo sotto assedio », ANSA, 21 octobre 2026.
- 69Raphaël Marchal, « Lycées bloqués : Gérald Darmanin veut faire “payer” les réparations aux parents des mineurs responsables de dégâts », LCP, 2 octobre 2026.
- 70Solina Prak, « Jordan Bardella soutient le texte qui rendrait saisissables les APL et les allocations familiales », Capital, 19 octobre 2026 ; « Mobilisations sociales : le projet de loi “casseurs-payeurs” approuvé et élargi par le Sénat après les violences du 17 octobre », Le Monde avec AFP, 28 octobre 2026.
- 71François Hublet, « Législatives serbes. Vučić : “Nous avons perdu les élections” », Le Grand Continent, 25 octobre 2026.
- 72« How Nepal’s enraged Gen Z turned Discord into a political arena », The Kathmandu Post, 29 septembre 2025.
- 73Sophie Landrin, « Le Népal assoiffé de changement, six mois après la révolte de la « Gen Z » », Le Monde, 5 mars 2026.
- 74Le présent épais désigne un rapport au temps dans lequel le présent compte davantage qu’un avenir devenu difficile à imaginer. Lennie Stern, Teen Spirits. Dans la tête d’une jeunesse incomprise, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2026.
- 75Der Tagesspiegel, avec dpa, 9 juillet 2026 : bilan de la Linksfraktion, avec plus de 303 500 utilisations de l’application depuis son lancement en novembre 2024 et 10 255 signalements aux autorités.
- 76Théo Bourgoin-Verdier, Ce que l’intelligence artificielle dit de la campagne présidentielle, Fondation Jean-Jaurès, 28 septembre 2026.
- 77En 2026-2027, les élèves sans retard sont nés en 2011 en seconde, en 2010 en première et en 2009 en terminale. Au premier tour, fixé au 18 avril 2027, seuls les élèves de terminale nés au plus tard le 18 avril 2009 et ceux qui ont redoublé auront 18 ans. Voir « Présidentielle 2027 : les dates du premier et du second tour fixées », LCP, 30 juin 2026.
- 78« Jean-Luc Mélenchon rassemble 10 000 personnes à Clermont-Ferrand », Sud Radio, 11 octobre 2026 ; « Abaisser l’âge du droit de vote à 16 ans : pour ou contre ? », Orange Actu, 15 octobre 2026 ; Sénat, La majorité électorale, étude de législation comparée n°330, mai 2024.
- 79Elsa Provenzano, « Blocus des lycées : le droit de vote dès 16 ans proposé par Jean-Luc Mélenchon, “très bonne idée” ou “trop tôt” ? », 20 Minutes, 13 octobre 2026.
- 80Code du travail, article L. 6222-1 ; loi du 1er juillet 1901, article 2 bis ; décret n°2023-1214 du 20 décembre 2023.