Les activités humaines en mer constituent un enjeu économique, écologique et géostratégique de premier ordre. Xavier Carpentier-Tanguy, directeur de l’Observatoire des mondes marins de la Fondation, en rappelle ici l’importance et décrypte les défis actuels et à venir. Si les innovations technologiques ouvrent de nouvelles perspectives économiques, elles amplifient aussi les pressions sur les écosystèmes marins.
Introduction
L’étude des activités maritimes contemporaines met en évidence une intensification constante de la présence humaine sur les mers et océans, tant par l’ampleur des effectifs mobilisés que par la diversification des usages. Engagée depuis plusieurs décennies sous l’effet combiné de la mondialisation, de l’accélération des échanges et des avancées technologiques, cette dynamique se poursuit aujourd’hui à un rythme soutenu.
L’été 2025 offre une fenêtre d’observation privilégiée : les conditions météorologiques favorables maximisent simultanément le trafic commercial, les déplacements touristiques (notamment vers les pôles), les campagnes de pêche et la visibilité satellitaire, permettant une quantification inédite de la présence humaine en mer1L’été constitue un moment d’observation privilégié, car il combine plusieurs facteurs : pic d’activité touristique (saison haute pour croisières et tourisme polaire), intensité halieutique maximale (campagnes de pêche du thon, de la sardine, du maquereau), conditions de navigation optimales et surveillance satellitaire facilitée par l’absence de couverture nuageuse hivernale, permettant une meilleure quantification des activités par systèmes d’identifications automatiques (AIS) et imagerie spatiale.. Cette période révèle l’ampleur des flux humains et matériels qui sillonnent les océans, le renforcement de l’occupation littorale, l’expansion rapide des activités extractives et l’essor de solutions technologiques sophistiqués telles que les drones, les véhicules sous-marins téléguidés (ROV) et les systèmes de surveillance numérique.
Parmi les exemples les plus significatifs figure la croissance du tourisme polaire. En 2025, plus de vingt-deux compagnies spécialisées affrètent des navires d’expédition vers l’Arctique et l’Antarctique. Ces bâtiments modernes, parmi lesquels figurent l’Ocean Albatros, l’Ocean Victory, le Seaventure ou l’Ocean Nova, embarquent volontairement un nombre restreint de passagers – généralement entre cent et cent trente – afin de limiter l’empreinte environnementale et d’offrir des expériences d’exploration de haute qualité.
Toutefois, le nombre de navires opérant dans des eaux polaires longtemps considérées comme inaccessibles en raison de leur éloignement géographique (plus de quinze jours de navigation depuis les ports européens ou sud-américains), de leurs conditions climatiques extrêmes (températures négatives, glace de mer, tempêtes subpolaires) et de l’absence d’infrastructures portuaires permanentes, interroge sur leur impact cumulé. Ces contraintes, progressivement levées par les avancées technologiques (navires brise-glace, GPS précis, prévisions météorologiques satellitaires), soulèvent désormais des questions cruciales sur la perturbation d’écosystèmes jusqu’ici préservés.
Pour la saison 2025-2026, certains armateurs programment plus de trente départs vers le continent antarctique, en combinant navigation, débarquements à terre, excursions en kayak et séjours de bivouac polaire. Ce segment, qui devrait atteindre 1,5 milliard de dollars d’ici 2029 et dont la croissance annuelle est supérieure à 7%2Polar Expedition Cruise Market Analysis 2025-2029, Cruise Industry News, 2024, et Association internationale des tour-opérateurs de l’Antarctique (IAATO), Antarctic Tourism Statistics 2024-2025. Le marché est évalué à 1,5 milliard de dollars en 2025 affichant un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de 7,2 % jusqu’en 2029., traduit la manière dont les mers les plus éloignées et fragiles s’intègrent désormais pleinement à l’économie touristique internationale, soulevant des enjeux cruciaux de régulation et de préservation.
Figure 1. Densité des activités humaines en mer, Atlantique Nord et Méditerranée occidentale en 20253Global Fishing Watch, AI-generated human activity map, Google, 2025. Cette cartographie synthétise les flux maritimes commerciaux (lignes oranges), les zones de pêche intensive (points rouges) et les infrastructures offshore (plateformes pétrolières, câbles sous-marins). Le détroit de Gibraltar apparaît comme un chokepoint critique, concentrant plus de 100 000 passages annuels. Une telle visualisation illustre la densification des usages maritimes et l’enchevêtrement croissant des activités humaines dans l’espace océanique atlantique.

Un exemple par la masse : quantification de la présence humaine en mer durant l’été 2025 dans l’Atlantique
Au cours de l’été 2025, les mers atlantiques ont accueilli environ 415 000 personnes4Estimation consolidée à partir des données suivantes : International Maritime Organization (IMO), World Merchant Fleet Statistics 2025 ; Cruise Lines International Association (CLIA), State of the Cruise Industry 2025 ; FAO Fisheries Department, Global Capture Fisheries Employment 2025 ; Offshore Engineer Magazine, Atlantic Basin Oil & Gas Personnel Estimates, Summer 2025. Méthodologie : compilation des effectifs déclarés par secteur, avec coefficient de correction pour la saisonnalité estivale (+12% pour le tourisme, +8% pour la pêche).. Selon les données recueillies auprès de Marine Traffic (suivi en temps réel des navires), Lloyd’s List Intelligence (statistiques de flotte), Cruise Mapper (positionnement des navires de croisière) et Global Fishing Watch (activité halieutique), il est possible d’estimer que les navires de croisière mobilisent plus de 130 000 membres d’équipage répartis sur une centaine d’unités.
Le commerce maritime emploie près de 180 000 marins travaillant à bord de 9000 bâtiments marchands, tandis que les forces navales déploient environ 5000 militaires. L’industrie de la pêche engage environ 100 000 professionnels répartis entre grandes flottilles industrielles et unités artisanales, avec des pics d’activité saisonniers. S’y ajoutent 25 000 à 30 000 travailleurs occupant des postes permanents ou semi-permanents sur des plateformes pétrolières et gazières, sur des navires immobilisés au mouillage ou sur des bases flottantes.
Tableau 1. Estimation de la présence humaine en mer dans l’Atlantique, été 20255Sources : IMO (2025), CLIA (2025), FAO (2025), Offshore Engineer Magazine (2025), Marine Traffic (données AIS temps réel, juillet-août 2025). Compilation et calculs : auteur.
| Secteur | Nombre d’unités / installations | Équipage moyen | Population estimée |
| Croisières | 100 navires | 1 300 | 130 000 |
| Transport maritime marchand | 9 000 navires | 20 | 180 000 |
| Forces navales | 50 unités | Variable | 5 000 |
| Pêche | 15 000 navires | 5-10 | 100 000 |
| Installations offshore | 60 plateformes | 150 | 9 000 |
| Navires mouillés stationnaires | 1 500 | 10 | 15 000 |
| Bases militaires offshore | 10 | Variable | 1 000 |
Second exemple par la masse : la dynamique de concentration littorale
La concentration humaine le long des littoraux progresse dans toutes les régions atlantiques et concerne désormais plus de 40% de la population mondiale, soit environ 3,2 milliards de personnes vivant à moins de 100 kilomètres d’une côte6UN-Habitat, World Cities Report 2025: Coastal Urbanization Trends. Nations unies, 2025.. Dans ce contexte, Le Havre (France) voit sa population passer de 179 751 habitants en 2003 à 166 357 en 2025, soit un recul moyen annuel de 0,35%7Ibid..
Lagos (Nigeria), à l’inverse, enregistre une croissance exceptionnelle, doublant son nombre d’habitants de 8,86 à plus de 17 millions en vingt ans (augmentation de 3,36% par an)8Ibid.. New York (États-Unis) augmente plus modestement, de 18,04 à 19,15 millions (+0,3% par an), tout comme Rio de Janeiro (Brésil), qui passe de 12 à 13,9 millions (+0,62%)9Ibid.. Abidjan (Côte d’Ivoire) connaît également une expansion spectaculaire, de 1,8 à 6,6 millions d’habitants (+6,7% par an)10Ibid..
Les zones atlantiques septentrionales affichent aussi un net dynamisme, comme Oslo (Norvège) qui a gagné plus de 200 000 habitants entre 2004 et 2020 pour franchir le seuil du million11Ibid.. Bergen (Norvège) compte aujourd’hui environ 255 000 habitants et Stavanger-Sandnes (Norvège) plus de 223 000. Sur la rive sud, Casablanca (Maroc) dépasse 3,1 millions d’habitants en 2025 et devrait atteindre 4,6 millions en 203512Ibid.. Dakar (Sénégal) abrite 2,4 millions de personnes intramuros et plus de 3 millions dans son aire métropolitaine13Ibid.. L’ensemble du golfe de Guinée compte désormais plus de 500 millions d’habitants, contre à peine le quart cinquante ans plus tôt14Ibid..
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Abonnez-vousDes conséquences environnementales fortes
Cette expansion démographique provoque une pression accrue sur les ressources en eau douce, intensifie les pollutions terrestres et maritimes et accentue la surexploitation des ressources halieutiques.
Les villes côtières concentrent plus de 70% des prélèvements mondiaux d’eau douce15Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2023 : partenariats et coopération pour l’eau, Programme mondial de l’Unesco pour l’évaluation des ressources en eau, 2023.. Dans des régions comme le golfe de Guinée, la consommation urbaine a progressé de 45% en dix ans, provoquant surexploitation et intrusion saline dans les nappes phréatiques, compromettant la potabilité et l’irrigation agricole16Ibid.. Malgré l’essor des techniques de dessalement, leur déploiement reste limité par leur coût énergétique important.
Par ailleurs, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime que 80% des eaux usées sont rejetées dans les milieux aquatiques sans traitement adéquat17L’ONU lance la Décennie d’action sur l’eau pour le développement durable, département des affaires économiques et sociales, ONU Info.. Entre 2010 et 2025, les concentrations de nitrates et phosphates ont augmenté de 20 à 30% dans plusieurs estuaires de l’Atlantique, causant eutrophisation et mortalités massives de la faune marine. Parallèlement, plus de 12 millions de tonnes de déchets plastiques se retrouvent chaque année dans les mers, dont une fraction conséquente dans les zones littorales urbaines, affectant gravement les habitats marins et les ressources halieutiques18World leaders set sights on plastic pollution, Programme des Nations unies pour l’environnement, 16 février 2022..
L’exploitation accrue des ressources halieutiques produit une pression sans précédent. Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 90 millions de tonnes de poissons sont pêchées annuellement, avec 40% des prises produites en zones côtières19The state of world fisheries and aquaculture 2024, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, 2024.. Dans l’Atlantique, les biomasses de certaines espèces démersales, telles que la morue et le merlu, se réduisent à 15-20% de leur état historique, tandis que les captures au Sénégal chutent de 30% en quinze ans, facteurs aggravés par la pêche illégale et la dégradation des aires de reproduction (mangroves, estuaires)20Ibid..
Le PNUE met en garde contre une aggravation notable de ces pressions, soulignant que, sans renforcement des mesures intégrées, des pénuries d’eau, des crises sanitaires et des effondrements halieutiques pourraient durablement affecter les économies côtières d’ici 205021World Ocean Assessment II, PNUE, 2023.. La restauration des écosystèmes, l’accroissement des capacités de traitement des eaux, l’adoption de pratiques de pêche durables et une gouvernance inclusive figurent parmi les leviers recommandés.
Exploitation accrue des ressources marines
L’exploitation des ressources marines se développe rapidement dans l’Atlantique. Les plateformes offshore approchent les 60 unités, employant environ 9000 travailleurs en rotation, principalement dans les zones pétrolières du golfe du Mexique et du golfe de Guinée. La pêche industrielle mobilise sur certaines saisons plus de 100 000 marins. Si de nouvelles activités, telles que l’aquaculture offshore, l’exploitation minière sous-marine et la bioprospection enrichissent désormais l’économie maritime, elles font également courir de nouveaux risques à l’ensemble de notre écosystème.
Figure 2. Cartographie mondiale de l’activité de pêche par intelligence artificielle (2024)22Source : Global Fishing Watch, Google AI for Social Good Initiative, 2024. Cette carte générée par IA agrège les données AIS (Automatic Identification System) de plus de 70 000 navires de pêche à l’échelle mondiale. L’intensité lumineuse traduit la densité d’activité. Elle permet d’observer une concentration majeure dans l’Atlantique Nord-Est (zones de pêche européennes et nord-africaines) et le long des côtes ouest-africaines, soulignant la pression croissante sur les stocks halieutiques atlantiques.

Une exploitation facilitée par des innovations technologiques
Les progrès technologiques modifient profondément la gestion et la surveillance des espaces maritimes. Drones aériens (UAV) et sous-marins (ROV/UUV) améliorent la maintenance, la surveillance et la collecte scientifique. L’intelligence artificielle optimise routes et logistique, tandis que la numérisation par AIS23L’AIS (Automatic Identification System, système d’identification automatique des navires) est un système de radiocommunication maritime obligatoire depuis 2004 (Convention SOLAS) pour les navires de plus de 300 tonneaux. Il transmet en temps réel la position, la vitesse, le cap et l’identité du navire, permettant une surveillance globale du trafic maritime., big data et jumeaux numériques24Un jumeau numérique (digital twin) est une réplique virtuelle en temps réel d’une infrastructure physique (port, navire, plateforme offshore) permettant simulations et maintenance prédictive. Il agrège les données de capteurs IoT (Internet of Things) pour créer un modèle dynamique d’un système physique. Dans le domaine maritime, il permet d’anticiper les défaillances mécaniques, d’optimiser les trajectoires ou de tester virtuellement des scénarios d’urgence. permet un suivi et une gestion proactive des risques liés à la pollution ou à la sécurité.
En 2025, les technologies permettent d’extraire des ressources marines à 4000 mètres de profondeur et au-delà25Assessing the impacts of nodule mining on the deep-sea environment, JPI-Oceans, 6 avril 2021., ciblant notamment les nodules polymétalliques, croûtes cobaltifères et sulfures massifs, avec des véhicules AUV et ROV capables de collecte sélective26AUVs for Environmental Oversight of Deep-Sea Mining, Sea Technology, 20 décembre 2024. et de monitoring environnemental en temps réel27Christopher McFadden, This seabed mining UAV has completed its proof of concept operation, Interesting engineering, 9 décembre 2022.. Des solutions de traçabilité numérique, incluant potentiellement des plateformes blockchain, sont en développement pour garantir la transparence des opérations.
Dans le Pacifique, The Metals Company (TMC) prépare déjà une exploitation commerciale effective à partir de 2026. Global Sea Mineral Resources (GSR) a déployé en 2021 avec succès le collecteur Patania II28« Le robot Patania II extrait du métal à 4500 mètres de profondeur », Le Marin, 23 avril 2021.. En Chine, la COMRA29La China Ocean Mineral Resources Research and Development Association (COMRA), organisme gouvernemental fondé en 1990 et rattaché au ministère des Ressources naturelles, pilote les efforts chinois d’exploration et d’exploitation des grands fonds marins. Elle a investi plus de 2 milliards de dollars depuis 2010 et dispose d’une flotte de navires océanographiques dont le Xiangyanghong 01. s’impose par ses investissements, une flotte étendue et un record de plongée à 4102 mètres avec le Kaituo 2 déjà capable de rapporter plus de 200 kilogrammes de roches sous-marines.
Comme le rappelle le rapport du World Economic Forum30Decision-Making on Deep-Sea Mineral Stewardship: A Supply Chain Perspective, livre blanc, World Economic Forum, 12 septembre 2025., l’Autorité internationale des fonds marins (ISA) finalise un Mining Code réglementaire visant une exploitation durable. Toutefois, les États sont divisés entre promoteurs de l’ouverture rapide et partisans d’un moratoire face aux incertitudes scientifiques et aux risques écologiques. Aussi, les discussions finales de l’ISA ont été décalées à 202631Global deep-sea mining talks yield mixed verdict: No mining for now but no reform either, Seas at risk, 26 juillet 2025.. Les tensions géopolitiques, notamment sino-américaines, s’accentuent dans la course aux minerais critiques pour la transition énergétique.
C’est pourquoi, dans l’Atlantique Nord, la Norvège, particulièrement bien dotée en sulfures polymétalliques (riches en cuivre, zinc, or), en croûtes de manganèse (cobalt, nickel) et en nodules de manganèse (on parle ici de 38 millions de tonnes de cuivre et de 45 millions de tonnes de zinc dans les sulfures polymétalliques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies numériques), étudie toujours très sérieusement les possibilités d’exploitation des grands fonds marins32La Norvège découvre des ressources minérales “substantielles” sur ses fonds marins, Zegreenweb, 27 janvier 2023..
Figure 3. Zones d’exploration minière en eaux profondes, plateau continental norvégien33Source : Greenpeace Nordic, Norwegian Deep-Sea Mining Atlas, 2025. Cette carte identifie les blocs d’exploration attribués par le gouvernement norvégien en mer de Norvège et en mer de Barents. Les zones colorées indiquent les permis octroyés à des entreprises nationales et internationales pour prospecter les sulfures, croûtes et nodules polymétalliques. La proximité de certaines zones avec des aires marines protégées (lignes pointillées) alimente les controverses environnementales.

L’exploitation de ces ressources présente un double enjeu :
- un intérêt stratégique : réduire la dépendance européenne aux importations chinoises de métaux critiques, sécuriser les chaînes d’approvisionnement pour batteries et éoliennes, créer des emplois qualifiés dans les secteurs maritimes et technologiques ;
- des risques environnementaux : destruction irréversible d’écosystèmes abyssaux méconnus (abritant des espèces endémiques encore non répertoriées), libération de panaches sédimentaires34Les panaches sédimentaires sont des nuages de particules fines soulevées par les engins d’extraction et transportées par les courants océaniques. Ces panaches peuvent rester en suspension pendant plusieurs semaines, parcourir des centaines de kilomètres et étouffer les organismes filtreurs (éponges, coraux d’eau froide), perturbant ainsi l’ensemble de la chaîne alimentaire abyssale. pouvant se disperser sur des centaines de kilomètres et affecter la faune pélagique, perturbation des cycles biogéochimiques océaniques (stockage de carbone).
Bien que, sous la pression des différentes ONG et de sa population, une suspension du programme ait été décidée en décembre 202535Maia Davies, « Norway suspends controversial deep-sea mining plan », BBC, 2 décembre 2024., le débat reste ouvert.
Les perturbations environnementales potentielles – destruction d’habitats abyssaux, perte de biodiversité, dispersion de panaches sédimentaires – alimentent la demande croissante d’un encadrement strict et d’études d’impact approfondies.
Conclusion
L’été 2025 a confirmé une présence humaine maritime et littorale d’une ampleur inédite, portée par des dynamiques démographiques et économiques fortes et accélérées par l’innovation technologique. Cette mutation ouvre des perspectives majeures en termes de développement économique (croissance du commerce maritime, tourisme, énergies renouvelables offshore), d’innovation technologique (robotique sous-marine, intelligence artificielle appliquée à la navigation) et de coopération internationale (gouvernance partagée des océans), mais exacerbe aussi les risques écologiques.
Le monde se trouve confronté au défi d’une gouvernance mondiale qui permettrait d’articuler développement et préservation durable, dans un équilibre d’autant plus nécessaire qu’il conditionne l’avenir de l’écosystème océanique et de l’humanité qui en dépend fondamentalement, tant pour sa sécurité alimentaire que pour sa régulation climatique.
- 1L’été constitue un moment d’observation privilégié, car il combine plusieurs facteurs : pic d’activité touristique (saison haute pour croisières et tourisme polaire), intensité halieutique maximale (campagnes de pêche du thon, de la sardine, du maquereau), conditions de navigation optimales et surveillance satellitaire facilitée par l’absence de couverture nuageuse hivernale, permettant une meilleure quantification des activités par systèmes d’identifications automatiques (AIS) et imagerie spatiale.
- 2Polar Expedition Cruise Market Analysis 2025-2029, Cruise Industry News, 2024, et Association internationale des tour-opérateurs de l’Antarctique (IAATO), Antarctic Tourism Statistics 2024-2025. Le marché est évalué à 1,5 milliard de dollars en 2025 affichant un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de 7,2 % jusqu’en 2029.
- 3Global Fishing Watch, AI-generated human activity map, Google, 2025. Cette cartographie synthétise les flux maritimes commerciaux (lignes oranges), les zones de pêche intensive (points rouges) et les infrastructures offshore (plateformes pétrolières, câbles sous-marins). Le détroit de Gibraltar apparaît comme un chokepoint critique, concentrant plus de 100 000 passages annuels. Une telle visualisation illustre la densification des usages maritimes et l’enchevêtrement croissant des activités humaines dans l’espace océanique atlantique.
- 4Estimation consolidée à partir des données suivantes : International Maritime Organization (IMO), World Merchant Fleet Statistics 2025 ; Cruise Lines International Association (CLIA), State of the Cruise Industry 2025 ; FAO Fisheries Department, Global Capture Fisheries Employment 2025 ; Offshore Engineer Magazine, Atlantic Basin Oil & Gas Personnel Estimates, Summer 2025. Méthodologie : compilation des effectifs déclarés par secteur, avec coefficient de correction pour la saisonnalité estivale (+12% pour le tourisme, +8% pour la pêche).
- 5Sources : IMO (2025), CLIA (2025), FAO (2025), Offshore Engineer Magazine (2025), Marine Traffic (données AIS temps réel, juillet-août 2025). Compilation et calculs : auteur.
- 6UN-Habitat, World Cities Report 2025: Coastal Urbanization Trends. Nations unies, 2025.
- 7Ibid.
- 8Ibid.
- 9Ibid.
- 10Ibid.
- 11Ibid.
- 12Ibid.
- 13Ibid.
- 14Ibid.
- 15Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2023 : partenariats et coopération pour l’eau, Programme mondial de l’Unesco pour l’évaluation des ressources en eau, 2023.
- 16Ibid.
- 17L’ONU lance la Décennie d’action sur l’eau pour le développement durable, département des affaires économiques et sociales, ONU Info.
- 18World leaders set sights on plastic pollution, Programme des Nations unies pour l’environnement, 16 février 2022.
- 19The state of world fisheries and aquaculture 2024, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, 2024.
- 20Ibid.
- 21World Ocean Assessment II, PNUE, 2023.
- 22Source : Global Fishing Watch, Google AI for Social Good Initiative, 2024. Cette carte générée par IA agrège les données AIS (Automatic Identification System) de plus de 70 000 navires de pêche à l’échelle mondiale. L’intensité lumineuse traduit la densité d’activité. Elle permet d’observer une concentration majeure dans l’Atlantique Nord-Est (zones de pêche européennes et nord-africaines) et le long des côtes ouest-africaines, soulignant la pression croissante sur les stocks halieutiques atlantiques.
- 23L’AIS (Automatic Identification System, système d’identification automatique des navires) est un système de radiocommunication maritime obligatoire depuis 2004 (Convention SOLAS) pour les navires de plus de 300 tonneaux. Il transmet en temps réel la position, la vitesse, le cap et l’identité du navire, permettant une surveillance globale du trafic maritime.
- 24Un jumeau numérique (digital twin) est une réplique virtuelle en temps réel d’une infrastructure physique (port, navire, plateforme offshore) permettant simulations et maintenance prédictive. Il agrège les données de capteurs IoT (Internet of Things) pour créer un modèle dynamique d’un système physique. Dans le domaine maritime, il permet d’anticiper les défaillances mécaniques, d’optimiser les trajectoires ou de tester virtuellement des scénarios d’urgence.
- 25Assessing the impacts of nodule mining on the deep-sea environment, JPI-Oceans, 6 avril 2021.
- 26AUVs for Environmental Oversight of Deep-Sea Mining, Sea Technology, 20 décembre 2024.
- 27Christopher McFadden, This seabed mining UAV has completed its proof of concept operation, Interesting engineering, 9 décembre 2022.
- 28« Le robot Patania II extrait du métal à 4500 mètres de profondeur », Le Marin, 23 avril 2021.
- 29La China Ocean Mineral Resources Research and Development Association (COMRA), organisme gouvernemental fondé en 1990 et rattaché au ministère des Ressources naturelles, pilote les efforts chinois d’exploration et d’exploitation des grands fonds marins. Elle a investi plus de 2 milliards de dollars depuis 2010 et dispose d’une flotte de navires océanographiques dont le Xiangyanghong 01.
- 30Decision-Making on Deep-Sea Mineral Stewardship: A Supply Chain Perspective, livre blanc, World Economic Forum, 12 septembre 2025.
- 31Global deep-sea mining talks yield mixed verdict: No mining for now but no reform either, Seas at risk, 26 juillet 2025.
- 32La Norvège découvre des ressources minérales “substantielles” sur ses fonds marins, Zegreenweb, 27 janvier 2023.
- 33Source : Greenpeace Nordic, Norwegian Deep-Sea Mining Atlas, 2025. Cette carte identifie les blocs d’exploration attribués par le gouvernement norvégien en mer de Norvège et en mer de Barents. Les zones colorées indiquent les permis octroyés à des entreprises nationales et internationales pour prospecter les sulfures, croûtes et nodules polymétalliques. La proximité de certaines zones avec des aires marines protégées (lignes pointillées) alimente les controverses environnementales.
- 34Les panaches sédimentaires sont des nuages de particules fines soulevées par les engins d’extraction et transportées par les courants océaniques. Ces panaches peuvent rester en suspension pendant plusieurs semaines, parcourir des centaines de kilomètres et étouffer les organismes filtreurs (éponges, coraux d’eau froide), perturbant ainsi l’ensemble de la chaîne alimentaire abyssale.
- 35Maia Davies, « Norway suspends controversial deep-sea mining plan », BBC, 2 décembre 2024.