La situation politique à un an de la présidentielle

Quelle est la situation politique à un an de l’élection présidentielle ? En partenariat avec Ipsos, le Cevipof et Le Monde, la Fondation Jean-Jaurès publie la première vague d’un panel électoral de 10 000 personnes qui seront suivies tout au long de la campagne présidentielle. Pour cette première vague, Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, fait le point sur Xavier Bertrand.

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Les enseignements électoraux de l’enquête

La crédibilité des potentiels candidats 

– 16% des Français considèrent que Jean-Luc Mélenchon ferait mieux qu’Emmanuel Macron, 55% moins bien, 29% ni mieux ni moins bien ; 

– 14% des Français considèrent que Yannick Jadot ferait mieux qu’Emmanuel Macron, 43% moins bien, 43% ni mieux ni moins bien ; 

– 14% des Français considèrent qu’Anne Hidalgo ferait mieux qu’Emmanuel Macron, 45% moins bien, 4% ni mieux ni moins bien ; 

– 21% des Français considèrent de Xavier Betrand ferait mieux qu’Emmanuel Macron, 22% moins bien, 57% ni mieux ni moins bien ; 

– 17% des Français considèrent que Valérie Pecresse ferait mieux qu’Emmanuel Macron, 29% moins bien, 54% ni mieux ni moins bien ; 

– 10% des Français considèrent que Bruno Retailleau ferait mieux qu’Emmanuel Macron, 39% moins bien, 51% ni mieux ni moins bien ;

– 28% des Français considèrent que Marine Le Pen ferait mieux qu’Emmanuel Macron, 47% moins bien, 25% ni mieux ni moins bien.

L’intérêt pour l’élection présidentielle

– 63% des Français se disent intéressés par la prochaine élection présidentielle (-8 par rapport à mai 2016) ; 

– 26% des Français se disent moyennement intéressés par la prochaine élection présidentielle (+5) ; 

– 11% des Français se disent pas intéressés par la prochaine élection présidentielle (+3).

Intentions de vote au premier tour (hypothèse Xavier Bertrand)

– Marine Le Pen (RN) : 26% 

– Emmanuel Macron (LREM, MoDem, Agir) : 25%

– Xavier Bertrand (LR, UDI) : 16% 

– Yannick Jadot (EE-LV) : 10% 

– Anne Hidalgo (PS) : 8%

– Jean-Luc Mélenchon (LFI) : 8%

– Nicolas Dupont-Aignan (DLF) : 4%

– Fabien Roussel (PC) : 2%

– Candidat d’extrême gauche (1%) 

Intentions de vote au second tour (hypothèse Emmanuel Macron / Marine Le Pen)

– Emmanuel Macron : 57%

– Marine Le Pen : 43% 

Intentions de vote au second tour (hypothèse Emmanuel Macron / Xavier Bertrand) 

– Emmanuel Macron : 52% 

– Xavier Bertrand : 48% 

Intentions de vote au second tour (hypothèse Xavier Bertrand / Marine Le Pen) 

– Xavier Bertrand : 61%

– Marine Le Pen : 39%

Xavier Bertrand, point de situation (par Gilles Finchelstein)

Pour être le candidat soutenu par Les Républicains, Xavier Bertrand doit d’abord s’imposer sur ses concurrents directs. De ce point de vue, les résultats de la première vague du panel électoral sont pour lui réconfortants. Si l’on analyse les intentions de vote, avec 16% Xavier Bertrand creuse un écart de 5 points avec Valérie Pécresse et de 8 points avec Bruno Retailleau. Mieux encore, c’est lui qui rassemble le mieux les sympathisants des Républicains, alors même qu’il inscrit sa candidature à l’extérieur d’un parti qu’il a quitté en 2017 : 70% d’entre voteraient pour lui contre 58% pour Valérie Pécresse et 49% pour Bruno Retailleau. Si l’on examine les traits d’image personnels, c’est également lui qui apparaît le plus réformateur et, surtout, le plus présidentiable – c’est-à-dire ayant le plus « l’étoffe d’un président de la République », nettement devant Valérie Pécresse et plus nettement encore devant Bruno Retailleau. Si l’on se penche enfin sur la crédibilité, il est le seul à faire jeu égal avec Emmanuel Macron : il y autant de Français pour considérer qu’il ferait « mieux » que « moins bien » que le président de la République actuel – le solde est négatif (-12) pour la présidente de la région Île-de-France et très négatif (-29) pour le président du groupe parlementaire LR du Sénat.

Pour aller au-delà de la candidature et être élu, Xavier Bertrand fait en revanche face à au moins trois difficultés mises en lumière par l’enquête. Première difficulté : le retard électoral. S’il est aujourd’hui le troisième homme, il demeure très loin des deux finalistes – 9 points derrière Emmanuel Macron. Deuxième difficulté : un socle sociologique étroit – une difficulté qui n’est pas nouvelle pour la droite mais s’accentue davantage encore. Les scores de Xavier Bertrand progressent en effet de manière linéaire en fonction de l’âge et des revenus. Il réalise ses meilleurs scores chez les plus de soixante ans et surtout chez les plus de soixante-dix ans et auprès des Français qui gagnent plus de 3500 euros et même davantage encore chez ceux qui gagnent plus de 5000 euros. Troisième difficulté : un espace politique réduit. Xavier Bertrand ne réunit que 50% des électeurs de François Fillon de 2017 – 30% lui préférant Emmanuel Macron et 13% Marine Le Pen. Surtout, lorsque l’on analyse le positionnement de Xavier Bertrand sur un axe gauche-droite, on voit qu’il est proche de celui d’Emmanuel Macron d’aujourd’hui (6,8 contre 6,2) loin de la situation qui prévalait il y a quatre ans entre François Fillon et le Emmanuel Macron d’hier (8,3 contre 5,1).

À ces trois difficultés objectives s’ajoute sans doute une quatrième difficulté, nouvelle celle-là. Xavier Bertrand voulait apparaître comme la solution face à Marine Le Pen quand Emmanuel Macron devenait un risque, favorisant ainsi le retour des électeurs qui avaient quitté la droite. Or, si le président de la région des Hauts-de-France l’emporterait facilement face à la présidente du Rassemblement national (61% contre 39%), l’enquête montre que le président de la République retrouverait lui aussi une marge de sécurité (57% contre 43%).

Ce faisant, Xavier Bertrand fait face à un nouveau défi : essayer de créer de la différence et de la préférence. Il a, depuis le lancement de sa candidature, chevauché des thèmes classiques qui sont, l’enquête le confirme, les priorités de son électorat : chez les électeurs de Xavier Bertrand, « le niveau de la délinquance » se situe 6 points au-dessus de la moyenne des Français, « le niveau de l’immigration » 7 points au-dessus et « les déficits publics et la dette » 11 points au-dessus. Il n’a guère activé en revanche une autre thématique dont l’enquête montre qu’elle lui ouvre des perspectives : la proximité. C’est vrai de son image personnelle – même s’il n’obtient qu’une note moyenne de 3,9/10, Xavier Bertrand est, avec Marine Le Pen, le candidat dont les Français estiment le plus qu’il « comprend les problèmes des gens comme eux ». C’est vrai aussi des choix de politique publique : on voit qu’une majorité nette de Français (62%) et plus encore de LR (75%) souhaitent privilégier des décisions prises « au niveau des territoires au nom de l’efficacité » sur des décisions prises « au niveau national au nom de l’égalité ». L’ironie de la situation est que c’est sur le terrain de la proximité que se joue bientôt pour Xavier Bertrand une étape décisive : pour tenter de devenir vraiment le troisième homme de l’élection présidentielle, il doit d’abord réussir à rester président de la région des Hauts-de-France.

Méthodologie

Enquête d’opinion sur la situation politique à un an de l’élection présidentielle, avril 2021. 
Ipsos pour la Fondation Jean-Jaurès, le Cevipof et Le Monde.
Échantillon de 10 000 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française, inscrite sur les listes électorales, âgées de 18 ans et plus. 
Dates de terrain : du 9 au 15 avril 2021.
Échantillon interrogé par Internet via l’Access Panel Online d’Ipsos selon la méthode des quotas.

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