En rappelant les interprétations, et ses conséquences en matière de politique étrangère, du concept America First, Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord de la Fondation, et Antoine Guy-Alcaud, ancien chargé de mission au secteur international de la Fondation, analysent l’impact de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran auprès du mouvement MAGA (Make America Great Again) et du Parti républicain.
Le 28 février 2026, le déclenchement de l’opération Epic Fury contre l’Iran a plongé les États-Unis dans un conflit ouvert dont les répercussions dépassent le cadre de la politique étrangère. Au sein du Parti républicain, cette intervention a ravivé des tensions déjà existantes depuis les frappes israélo-étatsuniennes de juin 2025, qui opposaient des figures unies non seulement sous une même étiquette politique, mais aussi sous un slogan : America First.
Cette note explore l’ampleur réelle de cette fracture, ses ressorts, et ce qu’elle dit plus largement de la solidité du mouvement MAGA (Make America Great Again) à l’épreuve d’une crise internationale majeure. L’intervention de l’administration Trump en Iran cause-t-elle la fracturation du mouvement et la répudiation de son chef par sa base, ou constitue-t-elle une preuve supplémentaire que l’adhésion de cette dernière au mouvement MAGA repose avant tout sur son attachement à la figure de Donald Trump, quelles que soient les positions adoptées par celui-ci ?
America First : une promesse puissante mais floue
La réélection de Donald Trump en novembre 2024 s’est jouée sur un vaste ensemble de sujets, au premier rang desquels l’économie. La poussée inflationniste des années Biden a durement affecté le pouvoir d’achat des ménages. Le candidat républicain s’est appuyé sur les difficultés et la colère des électeurs à cet égard. Tout au long de sa campagne, il a martelé1Voir une compilation édifiante dans Jimmy Kimmel Live, 26 février 2025, une autre dans Late Night with Seth Meyers, 12 décembre 2024., avec succès, son engagement à réduire le coût de la vie dès le premier jour de son mandat : « Starting on day one, we will end inflation and make America affordable again2« Dès le premier jour, nous mettrons fin à l’inflation et nous rendrons l’Amérique de nouveau abordable » (Discours de campagne de Donald Trump à Bozeman, Montana, 10 août 2024, cité dans Margot Ruault, « Donald Trump, un an après : pourquoi son « âge d’or économique » ne convainc pas les Américains », La Tribune, 20 janvier 2026.) ».
Parmi les autres thèmes majeurs de campagne, l’immigration et les questions dites de « guerre culturelle » se sont montrées efficaces pour mobiliser l’électorat républicain, aux côtés de la détermination affichée par Donald Trump à tourner la page de l’interventionnisme international, du regime change et du nation-building : il serait le président de la paix3Voir une compilation dans Late Night with Seth Meyers, 11 juin 2026. et refuserait les engagements militaires extérieurs interminables jugés coûteux et sans bénéfice tangible pour le pays. « I could stop wars with a telephone call4« Je pourrais arrêter des guerres d’un coup de téléphone », cité dans Kenichi Serino, « Watch: Trump promises to « settle » war in Ukraine if elected », PBS, 11 septembre 2024. », clame-t-il à la convention républicaine de 2024, promettant de mettre fin aux « années de guerre, de faiblesse et de chaos5« Years of war, weakness and chaos », cité dans Max Rego, « Trump denies campaign push to finish endless wars : « I didn’t promise anything » », The Hill, 7 juin 2026. ».
La promesse non interventionniste de Donald Trump est souvent résumée par une expression America First, et assimilée à un slogan isolationniste. La réalité est plus complexe, aussi bien quant au slogan que quant à sa perception par l’électorat.
America First promet, au sens littéral, de faire systématiquement primer les intérêts étatsuniens. Le slogan-doctrine n’a pas été inventé par Trump. Il est apparu dans les années 1880 et s’est popularisé en 1915, lorsque le président en campagne Woodrow Wilson l’a employé dans un discours prônant la neutralité des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, soucieux de mobiliser l’électorat isolationniste. L’expression s’est rapidement teintée de connotations nationalistes et suprémacistes, lorsqu’elle a été investie par le Ku Klux Klan et la mouvance associée dès les années 1920. Elle a été reprise dans le même esprit en 1940 par l’America First Committee6Sarah Churchwell, « End of the American dream? The dark history of ‘America first’ », The Guardian, 21 avril 2018., un comité marqué par des positions antisémites et ségrégationnistes, créé pour s’opposer à l’entrée en guerre contre l’Allemagne nazie.
Lorsque Trump réactive l’expression en 2015, il en fait une expression parapluie qui recouvre l’ensemble des significations antérieures. « From this moment on », déclare-t-il dans son discours d’investiture de janvier 2017, « it’s going to be America First. Every decision on trade, on taxes, on immigration, on foreign affairs, will be made to benefit American workers and American families7« À partir de maintenant, ce sera l’Amérique d’abord. Chaque décision en matière de commerce, d’impôts, d’immigration, de politique étrangère, sera prise dans l’intérêt des travailleurs américains et des familles américaines » (Donald Trump, discours d’investiture, Washington D.C., 20 janvier 2017). ». Toutes ses marottes sont ici regroupées sous un large principe de priorité systématique aux intérêts étatsuniens, valables dans tous les domaines, et qui n’est pas défini plus précisément.
Dans ce contexte, comment faut-il lire la traduction d’America First en matière de politique étrangère ? Surtout, quelle lecture le mouvement MAGA en fait-il ?
Le mouvement MAGA désigne la frange la plus radicale du Parti républicain, devenue aujourd’hui majoritaire en son sein8David Montgomery, « Who are the non-MAGA Republicans? », YouGov, 26 mai 2026.. Elle s’est structurée depuis la candidature présidentielle de Donald Trump en 2015 autour de son slogan de campagne Make America Great Again, popularisé par Ronald Reagan dès 1980 avant d’être repris par Trump. Cette mouvance rassemble des élus, des figures médiatiques et une large base électorale autour d’une conviction commune : les États-Unis auraient perdu leur grandeur et seraient en train de perdre leur identité et leurs valeurs sous l’effet de l’immigration, du multiculturalisme et de la mondialisation, un péril qu’il serait impératif et urgent d’enrayer. MAGA mobilise les mêmes ressorts de grandeur, de puissance, de valeurs et d’identité qu’America First, d’où la résonance entre les deux mots d’ordre, la confusion fréquente entre leurs significations respectives et le chevauchement presque parfait entre les bases qui s’en réclament.
En politique étrangère, l’héritage de la formule America First est clairement associé à la tradition isolationniste, mais, en l’absence de définition précise, une lecture littérale peut lui associer des significations bien différentes, voire orthogonales. L’isolationnisme pur n’est pas l’interprétation la plus répandue, car il est difficilement praticable dans le contexte actuel, où il est impossible de séparer les intérêts économiques, diplomatiques et géopolitiques9Concernant le supposé isolationnisme des MAGA, l’édition 2026 de l’étude menée par le Reagan Institute donne des clés d’analyse intéressantes, qui contestent cette lecture. Parmi les résultats : en juin 2026, 76% des républicains MAGA indiquent qu’ils sont favorables à davantage d’implication des États-Unis sur la scène internationale..
En revanche, on peut voir dans America First l’intention d’un interventionnisme réduit à sa plus petite expression, un repli non pas absolu, mais conditionnel, selon lequel l’intervention demeure possible, si et seulement si les intérêts directs des États-Unis sont menacés. C’est une sensibilité qualifiée de « jacksonienne » dans la typologie de Walter Russell Mead, en référence au président Andrew Jackson (1829-1837), auquel Donald Trump s’est fréquemment référé – quoique de manière très superficielle – lors de son premier mandat10Walter Russell Mead, « The Jacksonian Tradition and American Foreign Policy », The National Interest, hiver 1999-2000. Voir également Anna Dimitrova, « Trump’s “America First” Foreign Policy: The Resurgence of the Jacksonian Tradition? », L’Europe en formation, vol. 1, n°382, 2018, p. 43.. C’est probablement la lecture la plus revendiquée parmi la base de Donald Trump. Mais cette lecture dépend fortement de l’interprétation que l’on fait des « intérêts directs » des États-Unis : parle-t-on seulement de sécurité nationale ou également d’intérêts économiques ? Et dans tous les cas, quel est le seuil d’intervention ? Par conséquent, mise à l’épreuve des faits, cette lecture peut conduire à des traductions concrètes très différentes selon l’appréciation que chacun fera du niveau de menace pour les intérêts des États-Unis.
À l’autre bout du spectre, une interprétation « rooseveltienne » d’America First (en référence au corollaire Roosevelt – Teddy, pas Franklin – de 1904 à la doctrine Monroe de 1823), loin d’être négligeable au sein du mouvement, peut conduire à un interventionnisme ciblé, teinté d’impérialisme. Selon cette lecture, interventionnisme et America First sont compatibles, car l’interventionnisme est présenté comme un moyen de servir les intérêts des États-Unis. Il constitue aussi une démonstration de force et de puissance à laquelle la mouvance MAGA est très sensible. Dans le contexte actuel, la capture de Maduro au Venezuela et la mainmise sur le pays sont à classer dans cette catégorie, de même qu’une invasion du Groenland qui serait présentée comme une nécessité pour les besoins géostratégiques et/ou énergétiques des États-Unis s’inscrirait pleinement dans cette interprétation11Concernant l’expansion des États-Unis au Groenland, l’étude de juin 2026 du Reagan Institute indique que 83% des MAGA s’y déclarent favorables, et 86% s’agissant du canal de Panama..
Cette généalogie composite éclaire ce que la promesse électorale de 2024 devait, en théorie, garantir à l’électorat qui l’a portée au pouvoir, c’est-à-dire pas nécessairement la paix pour elle-même, mais l’assurance que chaque engagement extérieur, chaque dollar consacré à l’appareil militaire, serait mis au service d’un bénéfice final identifiable pour les Étatsuniens, faute de quoi il conviendrait de s’en abstenir. Cependant, ce « bénéfice final identifiable », présenté comme une évidence, n’était pas défini.
La plasticité du slogan America First constitue à la fois sa force de ralliement et sa fragilité. Rien dans la formule elle-même ne permet de trancher a priori entre ses traductions concrètes possibles, que ce soit la restriction des interventions extérieures au strict minimum en réponse aux menaces directement liées à la sécurité du pays, ou une lecture plus souple des intérêts directs des États-Unis – avec de multiples gradations, ou la mise en œuvre d’actions militaires quasi-impérialistes, dans une logique de prédation nationaliste.
L’ambiguïté théorique consubstantielle à America First a été entretenue depuis 2016 précisément parce qu’elle permettait à des groupes aux intérêts divergents de se reconnaître dans un même mot sans avoir à trancher leurs désaccords et sans que la compatibilité de leurs interprétations ne soit éprouvée. Il s’agit d’un signifiant vide ou flottant au sens d’Ernesto Laclau, à savoir non pas un mot mal défini que l’on pourrait clarifier en y apportant plus de précision, mais un mot dont la fonction politique consiste précisément à agréger des demandes hétérogènes sans jamais se laisser fixer par un contenu unique, sous peine de perdre sa capacité de ralliement. America First a ainsi désigné la promesse que, concernant la politique étrangère, quelque chose serait mis « en premier », sans que ce quelque chose soit clairement défini.
C’est ainsi que la formule America First a pu rassembler des sensibilités différentes, voire diamétralement opposées, allant des élus proches des milieux évangéliques interventionnistes attachés à la sécurité d’Israël à une aile parlementaire plus mesurée, en passant par des figures médiatiques ou des influenceuses et influenceurs hostiles à toute nouvelle guerre, qui adhèrent au sens originel de la formule.
Cette hétérogénéité est restée largement invisible tant qu’elle demeurait théorique. Ce sont finalement les frappes déclenchées contre l’Iran à l’été 2025 qui confrontent cette compatibilité apparente à la réalité et ouvrent une brèche au sein du mouvement MAGA. Chaque camp est forcé à se positionner. Le slogan consensuel attrape-tout devient un champ de bataille rhétorique où chaque figure du mouvement revendique la lecture la plus fidèle d’America First, quitte à faire voler en éclat la cohérence idéologique de façade au sein du Parti.
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Abonnez-vousEn juin 2025, l’opération Midnight Hammer divise les hiérarques MAGA
Les premières divergences au sein du mouvement MAGA sur la question iranienne se manifestent dès la mi-juin 2025, au moment des premières frappes israéliennes contre les complexes nucléaires iraniens de Natanz et Fordo. Justifiés par un impératif sécuritaire, ces bombardements suffisent à raviver les tensions latentes entre faucons et anti-interventionnistes au sein du mouvement, avant même toute décision d’implication directe des États-Unis. Elles s’expriment par les voix de plusieurs figures influentes.
Mark Levin, animateur star de Fox News et allié historique de Donald Trump, donne le ton dès le 13 juin 2025, immédiatement après les premières frappes israéliennes, et alors que les États-Unis hésitent encore à intervenir. Dans l’émission Hannity, il déclare : « The Iranians are about to get their asses kicked and it’s been coming since Jimmy Carter12« Les Iraniens sont sur le point de se faire botter le cul, et ça se prépare depuis Jimmy Carter », cité dans Adeola Adeosun, « Mark Levin Calls for Regime Change in Iran as MAGA Israel Fissure Grows », Newsweek, 15 juin 2025. ». Le sénateur Lindsey Graham, membre éminent du camp des faucons, déclare de son côté dans l’émission Face the Nation : « Diplomacy is preferred, but force may be the only option. I’ve said as clearly as I can say, if diplomacy fails, Mr. President, help Israel finish the job. Give them bombs, fly with them if necessary13« La diplomatie est préférable, mais la force pourrait être la seule option. Je l’ai dit aussi clairement que possible : si la diplomatie échoue, monsieur le Président, aidez Israël à terminer le travail. Donnez-leur des bombes, volez avec eux si nécessaire », cité dans Ian Kayanja, « Sen. Graham calls for U.S. to help Israel ‘finish the job’ with Iran amid rising conflict », WPDE, 16 juin 2025. ». Il ajoute, pour justifier cette position en termes d’intérêt national : « If […] you want to convince international terrorism we mean business, you’ve got to finish the job with Iran14« Si […] vous voulez convaincre le terrorisme international de notre détermination, vous devez terminer le travail avec l’Iran », ibid. ».
À l’opposé, la députée Marjorie Taylor Greene, elle aussi proche du président mais membre de l’aile anti-interventionniste, manifeste clairement sa colère. Le 15 juin 2025, elle écrit sur les réseaux sociaux : « Anyone slobbering for the U.S. to become fully involved in the Israel/Iran war is not America First/MAGA. We are sick and tired of foreign wars. All of them15« Quiconque bave d’envie de voir les États-Unis pleinement engagés dans la guerre Israël/Iran n’est pas America First/MAGA. Nous en avons assez des guerres étrangères. Toutes, sans exception ». ». Sa déclaration ne critique pas seulement une orientation politique, elle conteste à ses partisans le droit même de se réclamer du label MAGA.
Tucker Carlson, animateur influent au sein de la même mouvance et ancien présentateur-phare de Fox News, adopte une ligne comparable. Il va jusqu’à qualifier de « dumbos » (« débilos ») ceux de ses pairs qui, selon lui, suivent aveuglément les services de renseignement israéliens sur le dossier iranien, au premier rang desquels le sénateur texan Ted Cruz.
Le 16 juin 2025, Steve Bannon (ancien proche conseiller de Donald Trump et figure tutélaire du mouvement MAGA) avertit sur le podcast de Carlson qu’un engagement étatsunien dans le conflit « [will] not just blow up the coalition, it’s also going to thwart the most important thing, which is the deportation of the illegal alien invaders who are here16« Ferait non seulement imploser la coalition [MAGA] mais torpillerait aussi l’objectif le plus important, qui est d’expulser les envahisseurs immigrés illégaux (sic) », cité dans Bernd Debusmann Jr et Max Matza, « Trump’s Iran dilemma exposes bitter split in president’s circle », BBC, 18 juin 2025. », liant explicitement la question iranienne à la priorité migratoire du mouvement, elle aussi placée sous le parapluie America First.
Feu Charlie Kirk, figure masculiniste très populaire auprès des jeunes MAGA, tient des propos similaires dans son émission The Charlie Kirk Show en juin 2025. Répondant à Lindsey Graham, partisan d’un changement de régime à Téhéran, il déclare : « Okay, that sounds good, but that’s pathologically insane. I’m sorry. It is. How do you know it’s going to be better?17« D’accord, cela semble séduisant, mais c’est de la [folie]. Je suis désolé, mais c’est le cas. Comment savez-vous que ce sera mieux ? ». ».
Sur la base de ces prises de position orthogonales, plusieurs réponses concurrentes s’organisent au sein du camp présidentiel. La première, portée par des figures parlementaires comme les sénateurs Ted Cruz ou Lindsey Graham, assume la logique interventionniste. Elle souhaite que Trump aide Israël à éliminer l’arsenal nucléaire iranien. Ces personnalités s’inscrivent dans une tradition de soutien inconditionnel à Israël, cohérente avec une lecture prophétique des Écritures. La seconde voie est celle d’un rejet quasi-total de toute implication américaine. Elle est portée notamment par Steve Bannon, Marjorie Taylor Greene et Tucker Carlson. Cette position conteste la légitimité même de l’intervention, y compris lorsque celle-ci se limite à un soutien logistique ou diplomatique à Israël. Elle revendique de plus son opposition comme la seule posture fidèle à la doctrine America First. Entre les deux, le vice-président JD Vance, tenant du non-interventionnisme mais soucieux de montrer un front uni avec Donald Trump, tente un soutien nuancé en lançant des appels à la confiance envers le président sur le réseau social X18« People are right to be worried about foreign entanglement after the last 25 years of idiotic foreign policy. But I believe the president has earned some trust on this issue » [« Les gens ont raison de s’inquiéter d’un engagement extérieur après vingt-cinq ans de politique étrangère absurde. Mais je crois que le président a gagné une certaine confiance sur cette question »]..
Ainsi donc était la situation en juin 2025, où l’on retrouvait parmi les figures MAGA plusieurs nuances et motivations au soutien ou à l’opposition à l’interventionnisme étatsunien, donnant lieu à des débats sans fin durant les deux semaines que dura le conflit. Il n’était alors pas seulement question d’un désaccord stratégique, mais également d’une fracture sur la définition même d’America First.
America First à l’heure de la guerre en Iran
L’opération Epic Fury, lancée le 28 février 2026 par les forces étatsuniennes et israéliennes contre l’Iran, est une offensive de bien plus grande ampleur que les frappes ciblées de juin 2025. En quelques heures, le Guide suprême iranien Ali Khamenei est tué et le pays entre dans un conflit ouvert. Le débat interne au mouvement MAGA change alors de nature. Ce qui était, l’année précédente, une dispute sur l’interprétation d’un slogan face à un hypothétique engagement devient un désaccord sur un conflit réel, dont chaque camp doit assumer les conséquences concrètes. L’exercice est compliqué par le fait que les raisons de l’intervention – que Donald Trump qualifie tantôt d’« excursion », tantôt d’« escarmouche » (skirmish), tantôt de guerre – ne sont pas claires19John Dickerson, « Why is the U.S. at War With Iran? », John Dickerson, 10 mars 2026..
Au sein du camp républicain, on voit réapparaître les dissensions sur la signification d’America First. Le clivage divise les caciques entre ceux qui voient dans l’intervention un acte de fidélité aux promesses de sécurité nationale et ceux qui y voient précisément l’inverse.
Les faucons s’empressent d’apporter leur soutien au président. Lindsey Graham salue « President Trump’s determination to be a man of peace but at the end of the day, evil’s worst nightmare20« La détermination du président Trump à être un homme de paix, mais, en définitive, le pire cauchemar du mal ». ». Le président de la Chambre, le républicain Mike Johnson, justifie l’opération par les « graves conséquences » que l’Iran mérite pour ses « actions malveillantes ».
En face, Marjorie Taylor Greene ouvre le feu quelques heures seulement après les premières frappes. Sur X, l’ex-députée (démissionnaire en janvier 2026), qui avait déjà attaqué le président au sujet de sa gestion de l’affaire Epstein21« L’affaire Epstein continue d’empoisonner la coalition MAGA, Trump dénonce d’ »anciens partisans qui ont tout gobé à ces conneries » », Le Monde avec AFP, 17 juillet 2025., écrit sur la décision de Donald Trump d’intervenir militairement en Iran : « It’s always a lie and it’s always America Last22« C’est toujours un mensonge et c’est toujours l’Amérique en dernier ». », avant d’ajouter que cette trahison lui semble pire que celles des présidents précédents, « because it comes from the very man and the admin who we all believed was different23« Parce qu’elle vient précisément de l’homme et de l’admin dont nous croyions tous qu’il était différent (sic) ». ». Lorsque le député républicain Thomas Massie est interrogé sur les frappes, il déclare : « This is not ‘America First’24« Ce n’est pas [‘America First’/les États-Unis d’abord] », cité dans Lisa Mascaro et The Associated Press, « Thomas Massie among few Republicans to criticize Trump over war powers: ‘This is not ‘America First” », Fortune, 28 février 2026. ». Il assume en apportant sa voix à celle des démocrates en juin 2026 pour tenter de forcer le président à cesser les opérations militaires contre l’Iran. Malgré les réserves exprimées en privé sur le conflit par un certain nombre de députés républicains, seuls trois d’entre eux se joignent à lui tandis que 207 votent contre le projet de résolution.
Cet épisode met en évidence l’écart entre l’intensité des débats médiatiques parmi les républicains sur la signification d’America First et leur capacité à peser réellement sur ce débat. Car Donald Trump avait tranché la question de l’interprétation de son slogan en juin 2025 lorsque, interrogé sur les critiques venues de son propre camp, il avait répondu : « Well, considering that I’m the one that developed America First and considering that the term wasn’t used until I came along, I think I’m the one that decides that25« Étant donné que c’est moi qui ai inventé America First, et que le terme n’était pas utilisé avant que j’arrive, je pense que c’est moi qui décide de ça », propos rapportés dans Michael Scherer, « Trump Says He Decides What ‘America First’ Means », The Atlantic, 14 juin 2025. ». Discussion terminée. Le président ne cherche pas à convaincre les dissidents de la cohérence de ses actions avec le slogan, il rappelle qui fait autorité sur le sujet.
La destinée de Tulsi Gabard est une autre illustration de la manière dont les débats idéologiques sont tranchés au sein de l’administration Trump, non seulement sur la question iranienne, mais aussi de manière plus large. Un indice : la cohérence doctrinale n’y est pas déterminante. Gabbard, ancienne élue démocrate passée dans le camp Trump en 2024, était jusqu’en juin 2026 directrice du renseignement national (DNI). En cette qualité, elle supervisait les 18 agences de renseignement étatsuniennes, dont la CIA et la NSA. Gabbard était également une anti-interventionniste de longue date26Tamara Keith, « Hawaii Rep. Tulsi Gabbard Says The U.S. Should Stop Being The World’s Policeman », NPR, 9 juillet 2019.. Le 25 mars 2025, elle déclare devant le Sénat : « Iran is not building a nuclear weapon27« L’Iran ne construit pas d’arme nucléaire » (« DNI Gabbard Opening Statement for the SSCI As Prepared on the 2025 Annual Threat Assessment of the U.S. Intelligence Community », 25 mars 2025). », dans le cadre de sa présentation de l’évaluation annuelle par la communauté du renseignement des menaces contre les États-Unis. Sa déclaration est en contradiction totale avec les arguments mobilisés quelques semaines plus tard par l’administration Trump pour justifier les frappes de juin 2025 (« détruire ou fortement endommager le programme nucléaire iranien28« Destroy or severely degrade Iran’s nuclear program » (U.S. Strikes on Nuclear Sites in Iran, Congressional Research Service, 23 juin 2026). »). Questionné sur la contradiction, Trump balaie cette évaluation (et son émettrice) en déclarant le 17 juin 2025 : « I don’t care what she said29« Je me fiche de ce qu’elle raconte ». », ajoutant trois jours plus tard « she’s wrong30« Elle a tort ». ». Dans la foulée, Gabbard est écartée des discussions stratégiques sur l’Iran, selon plusieurs responsables de l’administration31Dan De Luce, Matt Dixon, Garrett Haake, Carol E. Lee et Courtney Kube, « Tulsi Gabbard sidelined in Trump administration discussions on Israel and Iran », NBC News, 19 juin 2025.. Cet épisode illustre le désintérêt du président pour les faits et la cohérence idéologique, ainsi que son intolérance pour le désaccord.
L’histoire bégaie un an plus tard. Dans son exposé annuel au Sénat, Tulsi Gabbard déclare le 18 mars 2026 que le programme nucléaire iranien a été désintégré (« obliterated ») par l’opération Midnight Hammer conduite l’année précédente, et qu’aucune tentative iranienne de reconstruction n’a été détectée depuis. Problème : ce constat concorde bien avec les déclarations émises par l’administration juste après les frappes, en juin 2025, mais il ne concorde pas avec les arguments mobilisés depuis l’entrée en guerre quelques semaines plus tôt, selon lesquels le programme nucléaire aurait été relancé depuis juin 2025 et les Iraniens seraient à quelques mois, voire quelques jours, de maîtriser la bombe32Voir la compilation dans Late Night with Seth Meyers, 26 février 2026.. Gabbard annonce finalement sa démission le 22 mai 2026, officiellement pour accompagner son époux atteint d’une maladie grave, mais plusieurs sources évoquent une pression exercée par l’exécutif après ses objections répétées à l’engagement militaire contre l’Iran, en l’absence, selon elle, de « menace imminente » avérée pour la sécurité des États-Unis33Jonathan Landay et Erin Banco, « Gabbard resigns as Trump’s top US intelligence official », Reuters, 22 mai 2026..
Par deux fois, l’administration Trump a agité un argument sécuritaire fallacieux pour justifier son intervention en Iran, en contradiction totale avec l’évaluation officielle de sa propre communauté du renseignement.
Au-delà des caciques, comment la base MAGA réagit-elle à la guerre ?
Face aux contradictions et aux revirements incessants de l’administration Trump, comment réagit la base MAGA ? Si les figures médiatiques du mouvement sont clairement divisées, celui-ci ne se réduit pas à une dizaine de personnalités, aussi médiatisées soient-elles. Le conflit fait-il vaciller le soutien au président de la part d’une base jusqu’à présent remarquablement fidèle qui se sentirait trahie, à l’instar d’une Marjorie Taylor Greene, ou bien cette base continue-t-elle de soutenir Donald Trump ?
L’intervention militaire de 2026, à l’instar de celle de juin 2025, est impopulaire auprès de la population étatsunienne. Le 3 mars, quatre jours après le début du conflit, 56% des Étatsuniens déclarent la désapprouver. Ils sont 60% quinze jours plus tard34Anthony Salvanto, Jennifer De Pinto et Fred Backus, « Iran war, rising gas prices fuel economic concerns; most say conflict not going well, don’t want regime left in power », CBS News poll finds, CBS News, 22 mars 2026..
En revanche, parmi la mouvance MAGA, à rebours de l’image d’un mouvement fracturé que suggèrent les prises de position de Taylor Greene, Bannon, Carlson ou Kirk, les enquêtes d’opinion dessinent une réalité nettement plus monolithique. Mi-mars 2026, le soutien est quasi total parmi ceux qui se définissent comme MAGA, qui sont 92% à approuver l’intervention35Ibid.. Si une fracture existe, elle est entre les républicains MAGA et les républicains non MAGA, parmi lesquels 70% « seulement » approuvent l’intervention, soit 20 points de moins que les MAGA36Ibid.. Une enquête menée à la même période mais avec une échelle plus nuancée (qui propose aussi une réponse neutre) donne des résultats équivalents avec des taux d’approbation de 81% parmi les MAGA et 61% parmi les républicains non MAGA37Erin Doherty, « Trump stretches ‘America First’ on Iran. His voters are going along with it », Politico, 20 mars 2026..
Soutien aux frappes en Iran, selon l’affiliation politique (mars 2026 – Politico/PublicFirst)

Selon la même enquête, cette approbation repose autant sur une lecture idéologique de la situation en Iran que sur la confiance accordée au président : 54% des MAGA justifient leur soutien aux frappes par leur conviction que les Iraniens développent un programme nucléaire, mais 53% le justifient par la confiance qu’ils accordent à Trump pour « faire ce qui est juste38Ibid. ».
L’enquête indique également qu’une large majorité (73%) MAGA pense soit que la guerre en Iran n’a pas enfreint de promesse de campagne (37%), soit qu’une promesse a été enfreinte, mais que cela était nécessaire compte tenu de l’évolution de la situation (36%). Seuls 19% pensent que la promesse a été enfreinte inutilement39Ibid..
Si l’on intègre la question des pertes étatsuniennes, qui est habituellement un critère déterminant pour les républicains, 58% des MAGA déclarent accepter que les objectifs en Iran soient atteints même au prix de vies étatsuniennes supplémentaires. Le soutien à l’action présidentielle est donc particulièrement poussé. La proportion tombe à 44% chez les républicains non MAGA, dont 41% jugent au contraire que dans le contexte du conflit iranien, aucun objectif ne justifie le sacrifice de vies supplémentaires40Ibid..
L’adhésion massive des partisans MAGA que l’on constate au début de la guerre résiste-t-elle à l’épreuve du temps ? Plusieurs paramètres pourraient en effet mener à une érosion : le fait que la guerre dure, alors que, même si l’on admet qu’une intervention militaire soit compatible avec une version de la doctrine America First, le candidat Trump avait promis la fin des forever wars (guerres interminables) ; la survenue de pertes humaines supplémentaires (18 décès au 24 août 2026) ; les conséquences économiques de cette guerre pour les États-Unis ; mais aussi l’exposition des MAGA à des messages contradictoires.
Les partisans MAGA évoluent en effet pour la plupart au sein d’un écosystème médiatique conservateur largement homogène, où ils ne sont habituellement exposés qu’à un point de vue, relayé sans contradiction interne par des médias comme Fox News, Newsmax, OAN, ou sur les réseaux sociaux par des influenceurs parfaitement coordonnés. L’ancienne influenceuse conservatrice Ashley St. Clair explique très clairement le fonctionnement bien financé et bien huilé de la machine à propagande MAGA, qui repose sur des influenceurs auxquels sont fournis des éléments de langage, et qui sont d’autant mieux rémunérés que leurs contenus sont consultés par un nombre important de personnes.
Le « schisme » qui s’est ouvert entre les figures de référence du mouvement rompt l’homogénéité informationnelle sur la question iranienne. Après les dissensions publiques autour de l’affaire Epstein et quelques éclats concernant la politique migratoire (une partie des républicains sont favorables à l’immigration de travailleurs étrangers très qualifiés, ou d’une main-d’œuvre étrangère peu onéreuse), la bulle MAGA se trouve exposée de l’intérieur à des voix dissonantes qui contestent une décision présidentielle au nom du label MAGA lui-même. Tucker Carlson compte à ce jour plus de 5 millions d’abonnés sur YouTube, plus de 3,5 millions sur TikTok. L’ancienne animatrice de Fox News Megyn Kelly en revendique plus de 4 millions sur YouTube. La conspirationniste Candace Owens en compte près de 8 millions sur X, plus de 7 millions sur TikTok et près de 6 millions sur Instagram. Autant de personnalités opposées à la guerre en Iran et dont le message est audible au sein de la bulle MAGA. Cette exposition suffit-elle à ébranler l’adhésion et la cohésion de la base ?
Alors que le conflit s’est prolongé bien au-delà des « quatre à six semaines41Holly Ellyatt, « The U.S. insists the Iran conflict won’t be a ‘forever war.’ Experts beg to differ », CNBC, 4 mars 2026. » initialement annoncées par l’administration, les données de juillet 2026, soit près de cinq mois après le déclenchement des hostilités, indiquent une remarquable stabilité : 77% des MAGA jugent encore que l’entrée en guerre était la bonne décision, contre seulement 5% d’opposants, soit un solde (soutien moins opposition) de +72, équivalent au solde de +75 mesuré en avril 2026, comme on le voit sur le graphique ci-dessous42David Montgomery, « MAGA Republicans still support the Iran war but most other Americans say it was the wrong decision », YouGov, 14 juillet 2026..

C’est ailleurs que se situe l’érosion : parmi les républicains qui ne s’identifient pas au mouvement MAGA (qui représentent aujourd’hui un tiers des républicains43Kathy Francovic, « How many Americans are MAGA? », YouGov, 15 mai 2026.), le solde s’est inversé, passant d’un soutien net (+18 points) en avril 2026 à une opposition nette (-20 points) en juillet44David Montgomery, op. cit.. C’est donc la périphérie du camp républicain, et non son noyau MAGA, qui s’éloigne du soutien à la guerre.
Cette dégradation est à relier au moins en partie au coût économique de la guerre. Les électeurs, démocrates comme républicains, font clairement le lien entre l’inflation (en particulier le prix de l’essence) et la guerre en Iran. Mi-juillet 2026, 59% des électeurs de 2024 de Donald Trump attribuent l’augmentation des prix de l’essence à la guerre, 27% aux droits de douane45Plusieurs réponses possibles parmi 10 suggérées, et réponse ouverte possible également. Voir Megan Messerly, « « A politically impossible situation »: New poll shows Trump voters losing patience with Iran war », Politico, 22 juillet 2026.. G. Elliott Morris montre la corrélation entre l’augmentation des prix à la pompe et la baisse des opinions favorables du président46G. Elliott Morris, « Cheap gas won’t save Trump, now at a new all-time approval low », Strength In Numbers, 31 juillet 2026.. Il observe également, ce qui est préoccupant pour Donald Trump, qu’une fois la baisse de popularité enregistrée, elle peine à s’inverser, même lorsque les prix diminuent.
Évolution du soutien à Donald Trump sur l’inflation et des prix de l’essence (courbe inversée)47Ibid.

L’ironie ici est que la trahison par Donald Trump de sa promesse non interventionniste conduit par effet domino à la trahison d’une deuxième promesse : celle de diminuer le coût de la vie. Or, il s’agit là du principal facteur de son élection, qui reste également – de loin – le premier sujet d’intérêt de ses électeurs : selon une enquête menée du 22 au 29 juillet 2026, l’inflation/coût de la vie (31%) est le principal sujet de préoccupation des républicains devant l’économie (16%)48John Johnson, « New Marquette Law School Poll national survey finds inflation and cost of living the most important issue; economy next most important », Marquette Law School Poll, 5 août 2026.. Or, les sondages de l’été 2026 enregistrent un désaveu record de la gestion économique de Donald Trump, avec 69% de désapprobation sur l’inflation au 16 août 2026 auprès de l’ensemble de la population, contre 60% le 28 février et 41% le 21 janvier 202549Nate Silver et Eli McKown-Dawson, « How popular is Donald Trump? », Silver Bulletin, 25 août 2026.. Parmi les républicains, le président bénéficiait encore début mai 2026 d’un solde positif auprès des MAGA pour sa gestion de l’inflation (+53 points), mais d’un solde négatif parmi les républicains non MAGA (-29 points)50David Montgomery, « Americans are worried about inflation and don’t like how Trump is handling it », YouGov, 5 mai 2026..
Sans surprise, dans le contexte économique morose et tandis que la guerre en Iran s’éternise, les préoccupations associées aux conséquences économiques du conflit s’intensifient, y compris chez les républicains MAGA. Mi-juillet 2026, Politico indique que 37% des MAGA considèrent que la guerre doit être menée même si elle augmente les coûts aux États-Unis51Megan Messerly, op. cit.. Ils étaient 50% en mai 2026. La situation n’est pas forcément préoccupante pour l’administration à ce stade, mais la tendance devrait l’être.
Conclusion
« C’est moi qui décide [ce que signifie ‘America First’]52Michael Scherer, op. cit. », répond Donald Trump en juin 2025 à ceux qui questionnent le manque de cohérence entre la promesse America First et l’intervention en Iran. Cette déclaration, associée à la fidélité de la base MAGA malgré la guerre en Iran, malgré l’enlisement et malgré les conséquences économiques, est finalement la meilleure démonstration de la nature du lien qui unit Trump et sa base.
Donald Trump ne cherche pas à démontrer la cohérence de sa politique avec America First, il déclare sans détour qu’il en est l’auteur et, à ce titre, le seul habilité à en fixer le sens. Les enquêtes d’opinion confirment ce constat. Non seulement une très large majorité des partisans MAGA juge que la décision d’entrer en guerre était la bonne – ce qui pourrait surprendre du fait du tropisme non interventionniste du mouvement –, mais plus de la moitié d’entre eux justifie leur soutien par la confiance accordée au président pour « faire ce qui est juste ». C’est parce que le contenu donné à America First importe moins aux MAGA, en définitive, que l’autorité de celui qui en revendique la paternité. La loyauté personnelle à Donald Trump est ici le critère primordial, que ce soit concernant America First ou les autres actions présidentielles. Parmi les MAGA, plutôt qu’un lien mécanique entre idéologie et soutien à la guerre en Iran, c’est au contraire le soutien à Trump qui détermine le soutien de la guerre.
Cela ne signifie pas que les partisans de Donald Trump n’ont aucune conviction ni aucune idéologie, mais simplement que, dans l’ordre des priorités, la loyauté à Trump prime sur l’idéologie. Cela implique qu’ils le croient lorsqu’il avance des arguments pour justifier la guerre, même lorsque ces arguments contredisent l’évaluation des experts au sein de l’administration, même lorsque ces arguments se contredisent entre eux. Et le récit tient, malgré ce qu’a pu signifier America First pour ceux d’entre eux qui étaient plutôt non interventionnistes. Malgré la duplicité des arguments avancés. Malgré l’opposition aux guerres interminables. Malgré les pertes humaines. Malgré les conséquences économiques. Toute la question est de savoir jusqu’à quand.
- 1Voir une compilation édifiante dans Jimmy Kimmel Live, 26 février 2025, une autre dans Late Night with Seth Meyers, 12 décembre 2024.
- 2« Dès le premier jour, nous mettrons fin à l’inflation et nous rendrons l’Amérique de nouveau abordable » (Discours de campagne de Donald Trump à Bozeman, Montana, 10 août 2024, cité dans Margot Ruault, « Donald Trump, un an après : pourquoi son « âge d’or économique » ne convainc pas les Américains », La Tribune, 20 janvier 2026.)
- 3Voir une compilation dans Late Night with Seth Meyers, 11 juin 2026.
- 4« Je pourrais arrêter des guerres d’un coup de téléphone », cité dans Kenichi Serino, « Watch: Trump promises to « settle » war in Ukraine if elected », PBS, 11 septembre 2024.
- 5« Years of war, weakness and chaos », cité dans Max Rego, « Trump denies campaign push to finish endless wars : « I didn’t promise anything » », The Hill, 7 juin 2026.
- 6Sarah Churchwell, « End of the American dream? The dark history of ‘America first’ », The Guardian, 21 avril 2018.
- 7« À partir de maintenant, ce sera l’Amérique d’abord. Chaque décision en matière de commerce, d’impôts, d’immigration, de politique étrangère, sera prise dans l’intérêt des travailleurs américains et des familles américaines » (Donald Trump, discours d’investiture, Washington D.C., 20 janvier 2017).
- 8David Montgomery, « Who are the non-MAGA Republicans? », YouGov, 26 mai 2026.
- 9Concernant le supposé isolationnisme des MAGA, l’édition 2026 de l’étude menée par le Reagan Institute donne des clés d’analyse intéressantes, qui contestent cette lecture. Parmi les résultats : en juin 2026, 76% des républicains MAGA indiquent qu’ils sont favorables à davantage d’implication des États-Unis sur la scène internationale.
- 10Walter Russell Mead, « The Jacksonian Tradition and American Foreign Policy », The National Interest, hiver 1999-2000. Voir également Anna Dimitrova, « Trump’s “America First” Foreign Policy: The Resurgence of the Jacksonian Tradition? », L’Europe en formation, vol. 1, n°382, 2018, p. 43.
- 11Concernant l’expansion des États-Unis au Groenland, l’étude de juin 2026 du Reagan Institute indique que 83% des MAGA s’y déclarent favorables, et 86% s’agissant du canal de Panama.
- 12« Les Iraniens sont sur le point de se faire botter le cul, et ça se prépare depuis Jimmy Carter », cité dans Adeola Adeosun, « Mark Levin Calls for Regime Change in Iran as MAGA Israel Fissure Grows », Newsweek, 15 juin 2025.
- 13« La diplomatie est préférable, mais la force pourrait être la seule option. Je l’ai dit aussi clairement que possible : si la diplomatie échoue, monsieur le Président, aidez Israël à terminer le travail. Donnez-leur des bombes, volez avec eux si nécessaire », cité dans Ian Kayanja, « Sen. Graham calls for U.S. to help Israel ‘finish the job’ with Iran amid rising conflict », WPDE, 16 juin 2025.
- 14« Si […] vous voulez convaincre le terrorisme international de notre détermination, vous devez terminer le travail avec l’Iran », ibid.
- 15« Quiconque bave d’envie de voir les États-Unis pleinement engagés dans la guerre Israël/Iran n’est pas America First/MAGA. Nous en avons assez des guerres étrangères. Toutes, sans exception ».
- 16« Ferait non seulement imploser la coalition [MAGA] mais torpillerait aussi l’objectif le plus important, qui est d’expulser les envahisseurs immigrés illégaux (sic) », cité dans Bernd Debusmann Jr et Max Matza, « Trump’s Iran dilemma exposes bitter split in president’s circle », BBC, 18 juin 2025.
- 17« D’accord, cela semble séduisant, mais c’est de la [folie]. Je suis désolé, mais c’est le cas. Comment savez-vous que ce sera mieux ? ».
- 18« People are right to be worried about foreign entanglement after the last 25 years of idiotic foreign policy. But I believe the president has earned some trust on this issue » [« Les gens ont raison de s’inquiéter d’un engagement extérieur après vingt-cinq ans de politique étrangère absurde. Mais je crois que le président a gagné une certaine confiance sur cette question »].
- 19John Dickerson, « Why is the U.S. at War With Iran? », John Dickerson, 10 mars 2026.
- 20« La détermination du président Trump à être un homme de paix, mais, en définitive, le pire cauchemar du mal ».
- 21« L’affaire Epstein continue d’empoisonner la coalition MAGA, Trump dénonce d’ »anciens partisans qui ont tout gobé à ces conneries » », Le Monde avec AFP, 17 juillet 2025.
- 22« C’est toujours un mensonge et c’est toujours l’Amérique en dernier ».
- 23« Parce qu’elle vient précisément de l’homme et de l’admin dont nous croyions tous qu’il était différent (sic) ».
- 24« Ce n’est pas [‘America First’/les États-Unis d’abord] », cité dans Lisa Mascaro et The Associated Press, « Thomas Massie among few Republicans to criticize Trump over war powers: ‘This is not ‘America First” », Fortune, 28 février 2026.
- 25« Étant donné que c’est moi qui ai inventé America First, et que le terme n’était pas utilisé avant que j’arrive, je pense que c’est moi qui décide de ça », propos rapportés dans Michael Scherer, « Trump Says He Decides What ‘America First’ Means », The Atlantic, 14 juin 2025.
- 26Tamara Keith, « Hawaii Rep. Tulsi Gabbard Says The U.S. Should Stop Being The World’s Policeman », NPR, 9 juillet 2019.
- 27« L’Iran ne construit pas d’arme nucléaire » (« DNI Gabbard Opening Statement for the SSCI As Prepared on the 2025 Annual Threat Assessment of the U.S. Intelligence Community », 25 mars 2025).
- 28« Destroy or severely degrade Iran’s nuclear program » (U.S. Strikes on Nuclear Sites in Iran, Congressional Research Service, 23 juin 2026).
- 29« Je me fiche de ce qu’elle raconte ».
- 30« Elle a tort ».
- 31Dan De Luce, Matt Dixon, Garrett Haake, Carol E. Lee et Courtney Kube, « Tulsi Gabbard sidelined in Trump administration discussions on Israel and Iran », NBC News, 19 juin 2025.
- 32Voir la compilation dans Late Night with Seth Meyers, 26 février 2026.
- 33Jonathan Landay et Erin Banco, « Gabbard resigns as Trump’s top US intelligence official », Reuters, 22 mai 2026.
- 34Anthony Salvanto, Jennifer De Pinto et Fred Backus, « Iran war, rising gas prices fuel economic concerns; most say conflict not going well, don’t want regime left in power », CBS News poll finds, CBS News, 22 mars 2026.
- 35Ibid.
- 36Ibid.
- 37Erin Doherty, « Trump stretches ‘America First’ on Iran. His voters are going along with it », Politico, 20 mars 2026.
- 38Ibid.
- 39Ibid.
- 40Ibid.
- 41Holly Ellyatt, « The U.S. insists the Iran conflict won’t be a ‘forever war.’ Experts beg to differ », CNBC, 4 mars 2026.
- 42David Montgomery, « MAGA Republicans still support the Iran war but most other Americans say it was the wrong decision », YouGov, 14 juillet 2026.
- 43Kathy Francovic, « How many Americans are MAGA? », YouGov, 15 mai 2026.
- 44David Montgomery, op. cit.
- 45Plusieurs réponses possibles parmi 10 suggérées, et réponse ouverte possible également. Voir Megan Messerly, « « A politically impossible situation »: New poll shows Trump voters losing patience with Iran war », Politico, 22 juillet 2026.
- 46G. Elliott Morris, « Cheap gas won’t save Trump, now at a new all-time approval low », Strength In Numbers, 31 juillet 2026.
- 47Ibid.
- 48John Johnson, « New Marquette Law School Poll national survey finds inflation and cost of living the most important issue; economy next most important », Marquette Law School Poll, 5 août 2026.
- 49Nate Silver et Eli McKown-Dawson, « How popular is Donald Trump? », Silver Bulletin, 25 août 2026.
- 50David Montgomery, « Americans are worried about inflation and don’t like how Trump is handling it », YouGov, 5 mai 2026.
- 51Megan Messerly, op. cit.
- 52Michael Scherer, op. cit.