Coopération internationale féministe : la clé du futur que nous voulons construire

Face à la dynamique internationale favorable aux extrêmes droites et à ses conséquences en termes de relations internationales – nationalisme résurgent, déni de la crise écologique, combat en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes plus que contesté, usage de la force dans les rapports entre États, etc. – Cassilde Brenière1Cassilde Brenière est directrice générale adjointe d’Expertise France, Agence française de coopération technique internationale (Groupe AFD)., directrice générale adjointe d’Expertise France, et Cécilia Nicolini2Cécilia Nicolini est députée du Parlement du Mercosur (PARLASUR) pour l’Argentine, ancienne secrétaire au changement climatique, au développement durable et à l’innovation de la Nation argentine., députée du Parlement du Mercosur, appellent à une coopération internationale, et notamment féministe, revigorée.

Les grands défis de notre époque – la santé mondiale, la paix et la sécurité, la lutte contre le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, les migrations ou encore la gouvernance des technologies numériques – dépassent largement les cadres nationaux. Une pandémie, une sécheresse ou une rupture technologique ne s’arrêtent pas aux frontières : elles affectent, à des degrés divers, l’ensemble de nos sociétés. Cette réalité nous rappelle que la coopération internationale n’est pas une option, mais une nécessité vitale.

Pourtant, le doute s’installe partout. Les valeurs qui ont longtemps structuré la coopération internationale – multilatéralisme, solidarité, inclusion, État de droit – ne sont plus perçues comme universelles. Dans certains contextes, leur promotion est interprétée comme la défense d’intérêts particuliers plutôt que comme une ambition collective. L’aide publique au développement diminue, des agences ferment leurs portes et les relations de coopération sont parfois rejetées lorsqu’elles sont jugées trop asymétriques. Désormais, chaque État doit assumer ses priorités et affirmer ses intérêts pour être crédible.

Mais affirmer sa souveraineté ne suffit pas. Car certains défis sont véritablement mondiaux, et aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut les relever seul. La pandémie de Covid-19 l’a démontré : renforcer les systèmes de santé en Afrique ou en Amérique latine, c’était aussi protéger notre sécurité sanitaire commune. De même, face au changement climatique, à la pollution plastique des océans, aux migrations irrégulières ou au crime organisé, l’action internationale concertée demeure la seule réponse viable.

Ces défis exigent un dialogue entre institutions, chercheurs, secteur privé, entrepreneuriat social, société civile et, en définitive, un dialogue entre des personnes qui se connaissent et s’apprécient malgré leurs origines et cultures différentes. La coopération est avant tout humaine : échanges entre pairs, mise en réseau d’expériences locales et partage de connaissances. Elle doit inclure les femmes et les filles, qui représentent une grande partie de la population mondiale, mais sont souvent tenues à l’écart des décisions publiques.

Dans ce contexte, le Sommet de la diplomatie féministe organisé par la France en 2025 marque une étape essentielle : il rappelle que placer l’égalité de genre au cœur des relations internationales n’est pas un symbole, mais une condition de leur efficacité et de leur légitimité.

Il est indispensable de mobiliser davantage les femmes du monde entier pour faire face à ces défis globaux. Les femmes ont souvent reçu une éducation qui les positionne comme des liens plutôt que comme des centres. Bien qu’elles possèdent les mêmes compétences, elles se sentent souvent moins légitimes. Pourtant, elles contribuent à la résolution des conflits (et, en général, avec plus de succès que leurs homologues masculins), investissent dans l’éducation et la santé, jouent un rôle clé dans la cohésion sociale et constituent la principale main-d’œuvre agricole. Des initiatives comme Mujeres Echando Raíces en Colombie, qui accompagne les femmes migrantes dans leur autonomisation, montrent la voie. En Afrique, en Asie, en Amérique latine ou en Europe, donner plus de pouvoir et de visibilité aux femmes dans les politiques publiques de coopération les rend plus pertinentes et plus efficaces.

Notre époque est marquée par l’incertitude et la peur, et certains choisissent d’ériger des murs. Nous croyons, au contraire, que l’avenir n’appartient pas à l’isolement, mais à l’ouverture, à la coopération et à l’échange d’expériences – et que les femmes du monde entier ont un rôle décisif à jouer dans ces liens indispensables. C’est à travers la coopération internationale féministe que nous construirons ensemble un monde plus juste, plus stable et plus durable.

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    Cassilde Brenière est directrice générale adjointe d’Expertise France, Agence française de coopération technique internationale (Groupe AFD).
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    Cécilia Nicolini est députée du Parlement du Mercosur (PARLASUR) pour l’Argentine, ancienne secrétaire au changement climatique, au développement durable et à l’innovation de la Nation argentine.

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