Césaire, Fanon, Glissant, Chamoiseau : l’Atlantique noir caribéen francophone, en japonais, espagnol et portugais

Depuis quelque temps, un regard attentif est porté du Brésil au Japon, en passant par le monde hispanophone, sur les philosophes, essayistes, romanciers et poètes noirs des Amériques, ayant écrit leurs œuvres et travaux en français. En témoignent deux ouvrages – une revue littéraire brésilienne et un essai japonais – récemment consacrés à différents auteurs caribéens francophones. Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine et des Caraïbes de la Fondation, en livre une présentation.

Quatro, cinco, um, revue littéraire brésilienne, a consacré sa livraison de novembre 20251Quatro, Cinco, Um, n°99, novembre 2025. aux auteurs de l’Atlantique noir francophone, auteurs africains, les Camerounais Léonora Miano et Achille Mbembe, les Mauriciennes Ananda Devi et Nathacha Appanah, les Rwandais Gaël Faye, les Haïtiens Yanick Lahens et Jean D’Amérique, les Martiniquais Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau et Françoise Ega, tous traduits en portugais. Frankétienne, poète haïtien, a fait l’objet d’une présentation remarquée à la biennale 2025 de São Paulo. Frantz Fanon et Maryse Condé ont déjà été traduits ces dernières années, en espagnol et en portugais. Édouard Glissant, romancier martiniquais, a fait l’objet d’une traduction en espagnol en 2023. De façon plus surprenante, vient de sortir au Japon une biographie d’Aimé Césaire.

Au Japon, mais aussi de façon plus inattendue en Afrique et en Amérique latine, le terme afro-américain renvoyait jusqu’à tout récemment à la communauté états-unienne d’origine africaine. Privilège de la minorité discriminée la moins nombreuse, mais la plus riche, ses intellectuels ont été traduits et lus dans le monde entier. La majorité des Africains victimes de la traite a pourtant été déportée au Brésil et dans les Grandes et Petites Antilles. Le marronnage, sous différentes appellations, a été tout aussi pratiqué là qu’en Amérique du Nord. Des femmes et des hommes en ont témoigné, au centre et au sud des Amériques tout autant que dans sa partie septentrionale. Ils et elles ont théorisé ou romancé une réalité tout aussi violente en Guadeloupe, en Haïti, à Salvador de Bahia (Brésil), Carthagène des Indes (Colombie) qu’à Memphis ou Montgomery, villes états-uniennes.

Mais depuis quelques mois, sans que l’on puisse avancer une explication convaincante – peut-être l’angoisse d’éditeurs face à une source littéraire surexploitée et à renouveler –, un regard attentif est porté du Brésil au Japon, en passant par le monde hispanophone, sur les philosophes, essayistes, romanciers et poètes noirs des Amériques, ayant écrit leurs œuvres et travaux en français. Emportés par un élan de curiosité bienvenu, ces éditeurs ont parfois et même souvent traversé l’Atlantique et publié des auteurs congolais ou camerounais. « La littérature en langue française », s’étonne, ou feint de s’étonner le responsable du dossier sur le sujet présenté aux lecteurs de la revue brésilienne Quatro, Cinco, Um, « est un océan ». Il poursuit, sur le même ton : « Ce numéro spécial comporte entretiens, comptes-rendus de romans, contes, poèmes, essais d’auteurs ayant en commun une langue et bien plus. […] Leurs histoires créoles reflètent des sociétés emmêlées avec la France, confrontées à d’autres langues, et qui débattent d’identité, culture, exil et diaspora ». La liste d’ouvrages proposée en fin de dossier présente au lecteur un éventail d’ouvrages porteurs de réflexions critiques sur fond de diversité : diversité caribéenne avec, entre autres livres, Le discours antillais d’Édouard Glissant (O discurso antillano), Les soeurs Nardal. À l’avant-garde de la cause noire de Léa Mormic-Chauvac (As irmãs Nardal : a vanguardia da causa negra), et d’Afrique, avec De langue à langue : l’hospitalité de la traduction de Souleymane Bachir Diagne (De lingua a lingua : a hospitalidade da tradução). Côté hispanophone, la philosophe colombienne Angélica Montes Montoya, en écrivant un livre sur Édouard Glissant, a souhaité « offrir à l’insulaire antillais un lieu dans le panthéon des penseurs caribéens au côté de ses compatriotes plus connus (et déjà traduits), Frantz Fanon et Aimé Césaire2Angélica Montes Montoya, Édouard Glissant. El pensamiento de la creólisation errante, Barcelone, Herder, 2023. ».

Aimé Césaire, une biographie japonaise

Le rédacteur de ces lignes, ne connaissant pas la langue japonaise, a demandé à l’autrice de cet ouvrage consacré à Aimé Césaire, Oryu Yoko, professeure de civilisation française, de bien vouloir présenter son livre, et ainsi de faire comprendre à un lecteur francophone comment est perçu dans son pays ce lointain – géographiquement et culturellement parlant – intellectuel antillais. Les lignes qui suivent sont extraites de l’avant-propos de l’ouvrage, traduit en français par Oryu Yoko.

Penseur de la « négritude »

Aimé Césaire (1913-2008) est un poète, penseur et homme politique originaire de la Martinique, île française des Antilles dans la mer des Caraïbes. Ses œuvres sont utilisées dans le cadre du baccalauréat français, au même titre que celles de Shakespeare, et il a eu droit à des funérailles nationales à sa mort, ce qui donne une idée de l’importance de Césaire. Cependant, il n’était pas un intellectuel commode pour la France.

Sa pensée se résume dans le mot « négritude » (le fait d’être « noir »), qui est à la base de son œuvre phare, « Cahiers de retour au pays natal3Aimé Césaire, « Cahiers de retour au pays natal », Volontés, n°20, 1939. », traduite dans une trentaine de langues. Son ouvrage Discours sur le colonialisme4Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1955. décrit de manière logique cette pensée et critique de manière approfondie le colonialisme (le discours selon lequel la domination coloniale apporte progrès et bienfaits). Découvert par André Breton, considéré comme l’empereur du surréalisme, Césaire fit une apparition fulgurante dans le monde littéraire juste après la Seconde Guerre mondiale. Il a également été encensé par le philosophe Jean-Paul Sartre, et son recueil de poèmes, Corps perdu5Aimé Césaire, Pablo Picasso, Corps perdu, Paris, Éditions Fragrance, 1950., a été illustré par Picasso. Il a également publié des revues en tant que rédacteur en chef, participé à la création d’une maison d’édition et, dans les années 1950, période de grands bouleversements, il a organisé deux fois une conférence réunissant des écrivains et des artistes noirs dans le cadre d’un mouvement culturel visant à lutter contre le colonialisme. Il s’agissait d’une version culturelle de la Conférence de Bandung, qui s’opposait à l’empire colonial. Parallèlement, il était également dramaturge. Les répliques du personnage principal « le rebelle » de sa pièce Et les chiens se taisaient6Aimé Césaire, Et les chiens se taisaient, Paris, Présence Africaine, 1956. reflètent la propre attitude de Césaire. « Pousser d’une telle raideur le grand cri nègre, que les assises du monde en seront ébranlées ».

Aujourd’hui, Franz Fanon, élève de Césaire, est connu comme un pionnier du mouvement de libération coloniale et de la théorie postcoloniale, en partie grâce à sa vie dramatique, mais, en réalité, c’est Césaire qui fut l’acteur le plus important dans les Caraïbes françaises modernes, et Edward Saïd, connu pour son ouvrage L’orientalisme7Edward Saïd, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, New York, Vintage Books, 1978., était un lecteur attentif de Césaire, le poète qui a misé sur la « politique ».

Par ailleurs, Césaire a été maire de Fort-de-France, chef-lieu de la Martinique, pendant plus d’un demi-siècle, de 1945 à 2001, et a également été député jusqu’en 1993. Cependant, les réalisations de l’homme politique Césaire sont moins connues que celles du poète. Cet ouvrage retrace comment la pensée de Césaire s’est concrétisée dans la réalité sous la forme d’un « républicanisme depuis le périphérique » et a porté ses fruits sous la présidence de Mitterrand. Césaire dénonçait le passé esclavagiste et critiquait la domination coloniale, qu’il considérait comme un facteur de dépravation des Européens au pouvoir. Il estimait que c’était là le « rôle des descendants d’esclaves ».

La conséquence politique de cette pensée était naturellement l’indépendance vis-à-vis de la France. Mais l’homme politique Césaire ne l’a pas revendiquée. Il a réfléchi à la question de savoir pourquoi les peuples aspirent à l’indépendance, et il a agi en conséquence. Il a consacré sa vie à demander que les Antillais soient considérés comme des « citoyens » de la République française et que la Martinique soit repositionnée comme une « société composée de citoyens à part entière » de la République française.

Il y a des choses qui ne peuvent être accomplies que par la « politique ». Césaire a misé là-dessus. Il a fait progresser la pensée de la négritude en se concentrant sur l’établissement de l’identité martiniquaise, et a également déclaré que les principes fondamentaux de la République française étaient « liberté, égalité, identité et fraternité8Oryu Yoko, op. cit., p. 330. ». À première vue, les rôles de poète et d’homme politique semblent incompatibles, mais cet ouvrage, s’appuyant sur le concept de négritude, confirme la cohérence de l’action de ce géant de la pensée et révèle la réalité du « républicanisme périphérique » qui aspirait à l’identité culturelle et à la non-soumission à la République.

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La lutte depuis les « Antilles françaises »

Poète et homme politique engagé dans l’amélioration des conditions de vie des habitants des Antilles, Césaire était une figure incontournable pour les présidents français successifs. François Mitterrand lui aurait proposé, lors de son investiture, le poste de ministre des Outre-mer, mais Césaire aurait refusé. Jacques Chirac, qui avait affronté Mitterrand lors de l’élection présidentielle en 1988, était un homme politique conservateur et occupait une position idéologique opposée à celle de Césaire. Cependant, en 2003, alors qu’il était président, il envoya à Césaire, à l’occasion de son 90e anniversaire, une lettre pleine de respect qui commençait par les mots « cher maître », louant ainsi le combat mené par Césaire pour la « négritude ». Nicolas Sarkozy, qui devint président par la suite, se vit refuser un entretien par Césaire en 2006, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, et fut contraint d’annuler sa visite en Martinique9Oryu Yoko, op. cit., p. 228.. Ces épisodes permettent d’imaginer l’influence que ce poète, maire et député de cette petite île, exerçait dans l’Hexagone. Si, aujourd’hui, la Martinique caribéenne se distingue particulièrement dans la culture francophone, cela n’est pas sans rapport avec l’influence d’Aimé Césaire en France, aux États-Unis et en Afrique, et avec la formation des « Antilles françaises » modernes en réponse à ces influences. Poète et homme politique, Césaire a souligné que les divers problèmes de la société moderne trouvaient leur origine dans la traite négrière, l’esclavage et le colonialisme, et il a consacré sa vie à la recherche de solutions. Ses poèmes, ses œuvres littéraires, ses activités politiques et sociales, ainsi que le concept de « négritude » qu’il a imaginé à partir du mot « nègre » continuent d’attirer des personnes qui partagent ses idées. Près de quinze ans après la mort de Césaire, les problèmes qu’il a soulevés ne sont pas encore résolus et constituent aujourd’hui les défis auxquels est confrontée la République française, devenue une nation multi-ethnique.

Le républicanisme périphérique

La république, ou le système républicain, est un type de régime politique de la Rome antique dérivé du latin res publica (chose commune), qui était déjà en vigueur avant la période impériale. En théorie, il s’agit d’un régime politique où tous les membres appartiennent à la société politique, mais les femmes, tout comme les esclaves, étaient exclues de la « communauté » et le nombre de membres ne correspondait pas au nombre d’habitants. Lorsque les États-Unis ont été fondés au XVIIIe siècle, ils ont adopté un régime républicain plutôt qu’une monarchie et, lorsque la Révolution française a renversé la monarchie et proclamé la république, celle-ci a été reconnue comme un régime politique opposé à la monarchie.

Les esclaves existaient également sous la république. En France, l’esclavage a perduré jusqu’à la révolution de février 1848 et aux États-Unis jusqu’à la guerre civile. Mais cela était finalement incompatible avec l’esclavage, et les colonies n’étaient pas non plus conformes aux principes républicains.

C’est Césaire qui a joué un rôle majeur dans l’approfondissement de ces principes républicains. Les deux activités de Césaire, la poésie et la politique, visaient à faire des habitants de la Martinique des « citoyens » français de nom et de fait. Dans cet ouvrage, la pensée politique de Césaire est définie comme un « républicanisme périphérique ».

La république et le républicanisme ne désignent pas simplement un pays ou un régime démocratique sans monarchie. Une république doit être composée de « citoyens ». Depuis la Révolution française, le terme « citoyen » désigne non seulement les habitants d’une ville, mais aussi les personnes qui participent aux décisions concernant l’orientation de la société en tant que représentants politiques et qui mènent un dialogue politique. En d’autres termes, le terme « citoyen » a pris le sens de « s’orienter vers l’espace politique » et « faire progresser la société en tant que sujet ». Si la réponse à la question « Quel est le but de l’éducation ? » peut varier au Japon, elle est quant à elle bien définie en France. Il s’agit de former des « citoyens ».

Dans les « territoires d’outre-mer » (littéralement « au-delà de la mer » en français), l’esclavage était maintenu et le système en vigueur sur le continent n’était pas appliqué. L’abolition de l’esclavage a été décidée en 1794 après la Révolution française, mais a été annulée par Napoléon Bonaparte et ce n’est qu’en 1848 qu’il a été définitivement aboli. Ainsi, jusqu’au milieu du XIXe siècle, la République française a coexisté avec l’esclavage dans ses colonies.

La traite négrière et l’esclavage ont perduré pendant plus de deux cents ans, depuis la prise de possession des Antilles en 1635. Même lors de la Révolution française et de la révolution de Février 1848, personne ne pensait que la République pourrait démanteler ce système.

Avec la seconde abolition de l’esclavage en 1848, les personnes qui étaient soumises à l’esclavage sont devenues légalement des « citoyens ». Dans la République, l’intérêt public primait sur l’intérêt privé, et les citoyens autonomes et dévoués à leur patrie constituaient le fondement du régime politique. Le peuple adhérait à cette idéologie et partageait l’idée que la Nation/République ne pouvait exister sans cette vertu civique, à commencer par le service militaire.

Cependant, le même système ne s’appliquait pas aux colonies, et l’industrie de l’île restait inchangée, avec ses plantations de canne à sucre jusqu’au début des années 1970. Il était tout à fait naturel que les citoyens réclament le même système que celui en vigueur sur le continent. Césaire leur a donné les mots pour exprimer leur âme.

Présentation de l’ouvrage

Dans l’introduction, il aborde la réalité des Antilles sous l’angle du « vivre multilingue ». Dans les régions où l’esclavage était pratiqué, les gens parlaient le créole et le français, ce dernier, enseigné à l’école, ayant la prééminence en tant que langue officielle. Ce bilinguisme est appelé diglossie. Le premier chapitre présente un aperçu de la vie d’Aimé Césaire, né et élevé dans cette région, qui a commencé à écrire de la poésie en français, puis a étudié à Paris avant de retourner aux Antilles, jusqu’à ses débuts en tant qu’homme politique.

Le chapitre 2 se concentre sur les débuts de Césaire en tant qu’écrivain. Il décrit son activité littéraire en s’intéressant à la manière dont il a construit la « négritude » en tant que « point nodal entre l’Amérique et l’Afrique » dans le monde de la poésie. Il examine également la manière dont la poésie s’est étendue au mouvement littéraire jusqu’aux années 1950, puis retrace le parcours de Césaire qui, encouragé par ses amis, est devenu maire et député en 1945. Il analyse ensuite l’œuvre majeure de Césaire, « Cahiers d’un retour au pays natal », et aborde le mouvement littéraire et culturel qui s’est développé à partir de celle-ci jusqu’aux années 1950.

Le chapitre 3 aborde les activités politiques de Césaire jusqu’aux années 1950. La loi du 19 mars 1946 visant à « transformer les colonies en départements » échoue sans parvenir à corriger les disparités avec la métropole. À la suite de l’intervention de l’armée soviétique lors de la révolution hongroise en 1956, défendue par le Parti communiste français, Césaire quitte ce parti et fonde deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais. Dans ce contexte difficile, il écrit Discours sur le colonialisme, ouvrage qui est encore lu aujourd’hui et condamne le colonialisme européen comme étant indéfendable.

Le chapitre 4 examine la trilogie théâtrale créée par Césaire au début des années 1960. Pourquoi Césaire, qui mettait en avant l’identité créole en Martinique, où l’on parle le créole, a-t-il écrit toutes ses œuvres en français ? C’est également l’un des points abordés dans ce chapitre.

Le chapitre 5 analyse Césaire en tant qu’homme politique. Césaire s’interroge sur la transformation des colonies en départements, rejette la simple « politique d’assimilation culturelle » et, dans les années 1960, définit la « culture » comme « l’activité des peuples pour se donner une identité ». Sur cette base, il a effectivement développé une politique culturelle municipale dans les années 1970, organisé des festivals et œuvré à la réalisation de la « Martinique en tant que nation ». En 1981, avec l’arrivée au pouvoir du président Mitterrand, Césaire est devenu son partenaire dans la mise en œuvre de la décentralisation et de l’« autonomie », réalisant ainsi les idéaux qui animaient son action depuis les années 1960. Sont ici examinés les changements institutionnels qui ont eu lieu en Martinique jusqu’à aujourd’hui.

Le chapitre 6 retrace le processus qui a conduit à l’adoption de la loi Taubira (promulguée en 2001) qualifiant la traite négrière et l’esclavage de crime contre l’humanité, et examine comment les descendants des anciens esclaves ont réussi à affirmer leur identité.

Le chapitre 7 se concentre sur les Antilles et la France métropolitaine du point de vue des gens ordinaires, et sur les Antillais qui ont émigré vers la métropole et leur conscience.

Le chapitre 8 revient sur la manière dont, après la mort de Césaire en 2008, sa poésie est devenue un  « patrimoine culturel » au XXIe siècle, un outil permettant de représenter « nous », et examine le débat sur la réparation de l’esclavage.

Le chapitre 9 met en avant la pensée politique de Césaire, qui a choisi de faire partie de la République plutôt que de mener un mouvement indépendantiste, en la qualifiant de « républicanisme périphérique », et revient sur l’expression « fraternité agissante », mentionnée lors de la proposition de la loi sur la départementalisation d’outre-mer en 1946. Dans un entretien accordé à l’auteur à la fin de sa vie, Césaire explique que la République est un lieu où chaque citoyen peut développer son autonomie et sa liberté dans le cadre d’une solidarité qui rend possible la vie en communauté. Favoriser la compréhension, expliquer, se respecter mutuellement, fournir des informations, encourager la participation : c’est en résistant à l’oppression sur une île loin de la métropole qu’il a choisi le « républicanisme périphérique ».

Dans la conclusion, les activités de Césaire sont évaluées du point de vue d’un mot, d’une représentation (représenter, symboliser, déléguer, etc.).

  • 1
    Quatro, Cinco, Um, n°99, novembre 2025.
  • 2
    Angélica Montes Montoya, Édouard Glissant. El pensamiento de la creólisation errante, Barcelone, Herder, 2023.
  • 3
    Aimé Césaire, « Cahiers de retour au pays natal », Volontés, n°20, 1939.
  • 4
    Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1955.
  • 5
    Aimé Césaire, Pablo Picasso, Corps perdu, Paris, Éditions Fragrance, 1950.
  • 6
    Aimé Césaire, Et les chiens se taisaient, Paris, Présence Africaine, 1956.
  • 7
    Edward Saïd, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, New York, Vintage Books, 1978.
  • 8
    Oryu Yoko, op. cit., p. 330.
  • 9
    Oryu Yoko, op. cit., p. 228.

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