Gauche, au singulier ou au pluriel ?

La gauche est-elle condamnée à la marginalité dans l’élection présidentielle de 2027 et, comme en 2002, 2017 et 2022, à l’élimination dès le premier tour ? À partir des résultats de la vague 3 de l’Enquête électorale française menée par Ipsos BVA/Cesi École d’ingénieurs pour le Cevipof, Le Monde, l’Institut Montaigne et la Fondation Jean-Jaurès, Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation, livre son analyse.

Le poids de la gauche

En première approximation, la mesure du poids réel de la gauche permet de nuancer cette prédiction. Si l’on regarde les sympathies partisanes, le total des partis de gauche (de La France insoumise au Parti socialiste en passant par les Écologistes) s’élève à 26% ; le total des partis de droite (du MoDem aux Républicains en passant par Renaissance) à 17%. Si l’on additionne les intentions de vote par grands blocs, le bloc de gauche se situe entre 29,5% et 36,5% et le bloc de droite entre 23% et 30% – et, dans toutes les hypothèses, celui-là devance significativement celui-ci. Ainsi donc, dans un paysage ultra-dominé par le Rassemblement national, conclure que la gauche, contre toute attente, devance la droite pourrait être pertinent… s’il y avait une et non deux gauches.

Les divisions des gauches

Éclairer les convergences et les divergences entre les gauches, tel est en effet le deuxième apport de l’enquête. Les convergences existent sur de nombreux sujets et notamment si l’on se penche sur les préoccupations prioritaires de ses électeurs qui les distinguent des électeurs de droite. Les questions sociales écrasent toutes les autres (85% chez les sympathisants LFI, 62% chez les sympathisants PS, contre aux alentours de 33% chez les sympathisants de droite). Les questions environnementales les suivent en deuxième position (58% à LFI, 75% chez les Écologistes, 43% au PS contre 25% à droite et 10% au RN).

Mais, comme souvent dans l’histoire de la gauche, c’est dans les tempéraments et les méthodes que les divergences les plus profondes apparaissent. De tempérament : du côté socialiste, 40% se déclarent « modérés » et 8% « radicaux » ; du côté insoumis, les chiffres sont respectivement de 20% et de 37% (le reste se déclarant ni l’un ni l’autre). De méthode : 76% des socialistes défendent la perspective d’un dirigeant politique « prêt à faire des compromis » quand 54% des Insoumis la récusent.

La percée de Jean-Luc Mélenchon

L’enquête permet également de documenter la percée électorale de Jean-Luc Mélenchon. Cette percée est réelle : il recueille, selon les hypothèses, entre 15,5% et 17% des intentions de vote – avec une sociologie par âge très typée (plus de 40% chez les 18-34 ans, moins de 5% chez les plus de 70 ans). Certes, Édouard Philippe le devancerait jusqu’à 4 points dans l’hypothèse où il serait candidat – et seul candidat – du bloc macroniste. Certes, Raphaël Glucksmann le talonnerait jusqu’à 2 points dans l’hypothèse où il serait le candidat du bloc socialiste.

Il n’empêche que Jean-Luc Mélenchon se situe à un niveau bien plus élevé qu’à la même période en 2017 (12%) et en 2022 (8%). Et, surtout, qu’il serait en mesure de se qualifier pour le second tour dans quatre des six scénarios testés. La question de savoir si cette percée est un plancher ou un plafond reste ouverte. Jean-Luc Mélenchon n’arrive pour l’instant que très partiellement à reconstituer son électorat de 2022 (seuls 50% de ses électeurs d’alors déclarent vouloir voter à nouveau pour lui quand ce chiffre est supérieur à 90% pour Marine Le Pen). Les sympathisants du bloc PS-Place publique (PP) qu’il devrait (re)conquérir sont très loin de lui. 5% d’entre eux se classent  « très à gauche » quand 72% classent ainsi LFI. Et 8% d’entre eux se positionnent comme « radicaux » quand 81% positionnent ainsi Jean-Luc Mélenchon. Tout va dépendre de la dynamique de la campagne et de l’offre alternative.

La sélection socialiste

À un mois de la primaire socialiste, l’enquête électorale confirme enfin l’avantage d’opinion de Raphaël Glucksmann face à Olivier Faure : entre 11,5% et 13,5% pour le premier ; entre 4,5% et 5,5% pour le second. Mais elle permet surtout d’expliquer les ressorts de cet écart significatif. Il y a, d’un côté, l’élargissement – et même le double élargissement : sur sa gauche, dans l’électorat écologiste comme sur sa droite, dans l’électorat macroniste, Raphaël Glucksmann recueille dix points de plus que le premier secrétaire du Parti socialiste. Mais il y a aussi, d’un autre côté, une bien plus forte mobilisation du cœur électoral : Raphaël Glucksmann rassemble plus de 72% de l’électorat PS-PP quand Olivier Faure n’en rassemble que 36%. Rien de tout cela ne préjuge du résultat de la primaire socialiste. Celle-ci comptera davantage de candidats. Comme toutes les primaires, elle réservera son lot de surprises et dépendra de la qualité des campagnes et des débats. Surtout, son issue dépendra de la capacité des uns et des autres à mobiliser un corps électoral plus restreint. Il n’empêche que la perspective d’être dans la course avec Raphaël Glucksmann et marginalisé avec Olivier Faure pèsera.

Reste, pour être complet, celui qui n’est pas candidat et n’a donc pas été testé dans les intentions de vote : François Hollande. Nous ne disposons ici que d’un seul élément mais il est intéressant. Invités à classer des personnalités politiques sur un axe « radicaux / modérés », François Hollande ressort comme étant le plus modéré de tous – gauche et droite confondus. Il occupe ainsi exactement la position centrale qu’il cherche à incarner. Reste à savoir si cette position permettrait non seulement de rassembler au second tour mais, avant cela, de créer de la préférence pour le premier.

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