Observatoire de l’action et de la puissance publiques

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Directrice de l'Observatoire de l'action et de la puissance publiques

Nous changeons de monde, mais nos organisations et nos politiques publiques ont du mal à opérer la bascule, prises au piège de logiciels et de réflexes déjà impuissants face au monde d’hier.

Cette dépendance reproduit en permanence les mêmes méthodes (optimisation, rationalisation, suppression…), les mêmes impensés (économiques, sociaux, culturels…), les mêmes préjugés (territoriaux, sexistes, racistes, classistes…) et au final les mêmes résultats. Ces partis pris assumés ou inconscients transcendent bien souvent les majorités politiques en responsabilité. Ils alimentent une déception à l’égard de l’intervention publique, des remises en cause de sa légitimité, une amputation de son efficacité, une défiance grandissante des citoyens et des citoyennes, et in fine un cycle infernal d’aggravation de l’impuissance collective. 

Plus préoccupante encore, l’accession de l’extrême droite au pouvoir n’est plus un scénario dystopique. Sa crédibilité à exercer des responsabilités publiques s’est sensiblement améliorée et on peine à ce stade à percevoir une contre-proposition crédible et désirable. 

Dans cette bataille idéologique et culturelle, deux types d’imaginaires puissants et imbriqués se sont déjà imposés au cœur de l’action publique : le libéralisme économique et l’autoritarisme politique. Ils imprègnent les politiques publiques, ils se matérialisent dans le réel et ils reconfigurent les infrastructures collectives sur lesquelles repose notre société. La logique de marché vampirise la puissance publique, l’affaiblit et la détourne au bénéfice de quelques-uns, et au détriment de la majorité. C’est l’un des enjeux démocratiques majeurs de la période.  

Pourtant, l’attachement des Françaises et des Français à leurs services publics, à leurs valeurs, à leur qualité est encore très présent. Le cadrage exclusivement décadent du sujet ajoute désormais plus de difficultés que de solutions, et il n’éclaire qu’une partie du fonctionnement de nos institutions, en ne regardant que le bout de la chaîne, en confondant bien souvent les causes et les conséquences. L’origine de nos difficultés est à rechercher bien plus en amont. Il est temps de changer de cadrage. 

Pour dépasser les seules indignations et les constats alarmistes, il convient de proposer un contre-narratif et de formuler des solutions concrètes, en faisant preuve d’imagination face au réel. Des initiatives prometteuses font déjà leurs preuves sur le terrain. 

L’Observatoire de l’action et de la puissance publiques est conçu comme un espace de débats et de délibération qui accueille des contributeurs et des contributrices d’horizons divers : chercheurs, agents publics, responsables politiques, représentants de la société civile, citoyens et usagers des services publics. 

L’ambition de notre Observatoire est de repenser une puissance publique véritablement démocratique, bien commun de chaque citoyen et de chaque citoyenne, qui émancipe, qui réduit toutes les formes d’inégalités et d’injustices, qui protège le vivant, qui accroît la puissance de décision et d’action de la société civile, qui redonne foi en un avenir partagé. 

C’est, au fond, à l’exercice délicat mais salutaire de refondation d’une nouvelle théorie de l’État et de l’action publique à laquelle nous entendons nous atteler, avec patience, méthode et pragmatisme.