À l’échelle humaine, de Léon Blum

Premier chef de gouvernement socialiste français, Léon Blum incarne durant la guerre la défense de la République en même temps qu’il supervise depuis sa cellule l’organisation de la Résistance socialiste. Il écrit alors À l’échelle humaine, texte réédité cette année avec une préface de Milo Lévy-Bruhl (Le Bord de l’eau, 2021). Pourquoi et comment relire Léon Blum aujourd’hui ? Un débat pour la Fondation, en partenariat avec l’association Maison Léon Blum et le Centre Henri-Aigueperse (Unsa Éducation), réunit Milo Lévy-Bruhl et Benoît Kermoal.

 

1941 : annus horribilis. Le drapeau nazi flotte quasiment partout en Europe et les troupes de la Wehrmacht sont aux portes de Moscou. En France, le régime de Vichy se radicalise. Après la défaite, pour justifier l’abolition de la République et la concentration des pouvoirs, le Maréchal Pétain s’est choisi un bouc émissaire : le Front populaire. Dans l’attente de son procès, son chef, Léon Blum, croupit en prison. C’est là qu’il écrit À l’échelle humaine. L’ouvrage entend d’abord expliquer les causes de la défaite. L’analyse de Blum, qui anticipe de nombreuses thèses de L’Étrange défaite de Marc Bloch, est lumineuse. Mais au milieu des malheurs, Blum impressionne surtout par la certitude avec laquelle il annonce l’inéluctable défaite nazie, le délitement de Vichy et les jours heureux de l’après-guerre. La prescience que tout le monde lui reconnaît depuis son discours prémonitoire du Congrès de Tours atteint ici des sommets. À l’échelle humaine ne saurait pourtant se résumer à un optimiste examen de conscience devant le désastre national. Cet ouvrage injustement oublié constitue également la pièce maîtresse d’une tradition socialiste proprement française. Celle de la synthèse de Marx et Jaurès, de la République et du socialisme, du patriotisme et de l’internationalisme, de la réforme et de la Révolution que Léon Blum met une fois de plus au service de la paix et de la justice.

Milo Lévy-Bruhl, doctorant en philosophie politique (EHESS), est interrogé par Benoît Kermoal, historien, chargé du pôle “histoire sociale” à Unsa-Éducation.

Des mêmes auteurs

Sur le même thème