29 Juin 2011
par Ronja Kempin Nicolai Von Ondarza
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Les divergences libyennes de Londres, Paris et Berlin, menacent la PSDC d’érosion. Le cadre européen ne permet pas aujourd’hui de considérer des options militaires dans la périphérie de l’Union. Berlin devra faire un pas vers ses voisins pour renforcer la PSDC et sortir l’Union de cette crise.
En réagissant individuellement au conflit en Libye, les Etats de l’UE ont démontré à quel point ils sont éloignés d’une politique extérieure, de sécurité et de défense commune (PESC/PSDC), efficace et cohérente. Pour préserver la PSDC du risque d’érosion, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont ensemble un rôle central à jouer. Néanmoins, Paris et Londres n’approuveront un renforcement du cadre européen que si l’Allemagne se décide à apporter une contribution substantielle à la composante militaire de la PSDC.
Les réformes de la décennie écoulée (Haute représentante, SEAE, PESC, PEV…) devaient justement donner à l’Union les moyens de résoudre ce genre de situations. Toutefois, cette crise a démontré que les grands Etats membres cherchent toujours à imposer leurs intérêts, sans attendre la définition d’une position européenne commune et sans associer la Haute Représentante.
De plus, les faiblesses opérationnelles de la PSDC sont une fois de plus apparues au grand jour. Le cadre européen n’ayant jamais été sérieusement envisagé pour une intervention militaire, même dans le voisinage direct de l’UE
Dans le passé, l’UE avait su utiliser des crises similaires pour en ressortir renforcée (création de la PESD après les guerres dans les Balkans en 1999). Mais les divergences de vue sur la question de la Libye montrent à quel point Berlin, d’une part, et Londres et Paris d’autre part ont des visions différentes en matière de politique de sécurité et de défense.
En novembre 2010, l’Allemagne a lancé avec la Suède un document de réflexion sur « l’intensi-
fication de la coopération militaire en Europe » (initiative de Gand). Mais elle ne porte pas sur ce que les Français considèrent comme nécessaire et urgent : la mise en place de capacités pour les opérations militaires de moyenne et de forte intensité. Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement français privilégie son partenariat avec Londres.
L‘accord bilatéral du 2 novembre dernier leur permettra de maintenir leurs capacités stratégiques essentielles, y compris en période de rigueur budgétaire. Ils ont clairement rejeté la coopération à 27 en la matière. Pour eux, la PSDC n’a d’intérêt que si elle sert à influer sur la politique internationale et à défendre les intérêts stratégiques de l’Europe.
Par son attitude dans la crise libyenne, l’Allemagne s’est encore éloignée de ses principaux partenaires. Berlin va donc devoir chercher à se rapprocher d’eux dans le cadre de la PSDC. Cela ne peut réussir que si elle s’engage fermement en faveur des capacités de la PSDC, y-compris dans le domaine militaire.
Berlin devra également promouvoir l’élaboration de recommandations stratégiques pour la PSDC, afin de renouveler la stratégie européenne de sécurité.
La relance du processus de Gand et l’ouverture d’un dialogue stratégique franc vont demander à l’Allemagne des efforts considérables et des concessions à ses partenaires. Pour autant, ces efforts sont impératifs si l’on veut stopper l’érosion de la PSDC. Ce n’est qu’en agissant rapidement et avec détermination que Berlin aura une chance de ramener Paris et Londres dans le giron européen, et de permettre à la PSDC de sortir renforcée de la crise.
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