A MOINS de deux ans de l'élection présidentielle de 2012, on assiste à des reclassements, importants à l'intérieur des partis de gauche, comme dans la structure de leur électorat.
Depuis le début des années 1990, les sympathisants de gauche étaient classés en quatre grandes familles de poids quasi égal : la « gauche sociale-libérale » (27 %, séduite par Dominique Strauss-Kahn), la « gauche antilibérale » (25 %, qui rassemble du NPA à Martine Aubry), la « gauche interventionniste » (24 %, sensible aux thèses de Jean-Luc Mélenchon et du PCF) et la « gauche populaire et autoritaire » ou « contre-gauche » (24 %, proche de Ségolène Royal). C'est ce que rappelait l'enquête annuelle menée par François Miquet-Marty, président de l'institut de sondage Viavoice, pour Libération en octobre 2009.
En 2008-2009, cette structure a été bouleversée par l'apparition d'une nouvelle famille, la « gauche antisystème et écologiste ». Elle réunit 19 % des sympathisants et tout indique qu'elle va durer - l'enracinement du vote écologiste lors des élections régionales comme la victoire de la candidate des Verts à Rambouillet, le 11 juillet. Anticapitaliste mais favorable aussi à la diminution du rôle de l'Etat, elle se reconnaît volontiers dans la personne de Daniel Cohn-Bendit.
Ces cinq galaxies de gauche ont-elles la moindre chance de s'unir en vue de la présidentielle ? C'est la thèse de François Miquet-Marty. Il la défend dans un essai qui vient de paraître aux éditions de la Fondation Jean-Jaurès, think tank du Parti socialiste ( La Guerre des gauches n'aura pas lieu , 78 p., à télécharger gratuitement sur le site de la fondation).
« Nos études mettent en évidence la possibilité, inédite, de convergences entre les composantes de la gauche, soutient le patron de Viavoice. Qu'il s'agisse d'éducation, de santé, d'énergie, de régulation financière ou d'éthique, nombreuses sont les attentes communes à tous les sympathisants. » Alors que la gauche n'a pas remporté l'élection présidentielle depuis vingt-deux ans, ces attentes, combinées à l'envie de gagner des dirigeants, pourraient faciliter le dépassement des traditionnels blocages qui restent forts sur des sujets comme la politique énergétique, la sécurité ou la régulation.
On constate aussi le brouillage de l'axe gauche radicale-gauche modérée d'hier. « L'aspiration au changement radical n'est plus l'apanage de l'extrême gauche mais est bien plus forte chez les sympathisants écologistes, plus intégrés dans la société que ne l'était naguère l'extrême gauche. »
L'émergence de la galaxie écologiste est favorisée par les crises économique, environnementale et alimentaire, qui ont entraîné ce que François Miquet-Marty appelle des « glissements colossaux » . Elle paraît aussi durable. « Elle s'est installée depuis le succès des listes d'Europe Ecologie aux élections européennes de 2008 , souligne-t-il. C'est un pôle qui s'enracine. Il est passé de 6 % du corps électoral début 2000 à 13 % environ aujourd'hui. »
Le patron de Viavoice discerne quelques « éléments de langage » qui faciliteraient une dynamique électorale : régulation, écologie, éthique, bien commun, révolution douce. « A la différence de 1981, il n'est plus question pour les électeurs de «changer la vie», ce serait trop violent. Mais les Français attendent que le pays retrouve le sens de l'Histoire et se réconcilie avec la promesse d'une ascension collective et partagée. »
Olivier Schmitt
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