"2012, la démocratie jusqu'au bout", de Jean-Louis Bianco : un démocrate jusqu'au-boutiste

Publié le 22 Septembre 2010

Fin août, Jean-Louis Bianco a fait sensation dans le microcosme politique. En publiant un livre au titre évocateur, Si j'étais président... (Albin Michel, 304 p., 19 euros), l'ancien secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand a laissé croire qu'il pourrait, lui aussi, être candidat aux primaires que le Parti socialiste organisera dans un an pour choisir son champion à la présidentielle. Hypothèse d'autant plus hypothétique que cette personnalité discrète, qui déteste le jeu des petites phrases, réitère, dans ce même livre, son soutien à Ségolène Royal.

Député et président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, M. Bianco refuse que les dés soient pipés à l'avance. Soucieux de ne pas voir l'apparent consensus qui règne actuellement au PS étouffer le débat, il livre "sa" (rude) vérité. "2012 exigera plus que "du sang et des larmes", écrit-il dans Si j'étais président... Il faudra aussi porter un nouvel espoir, incarner une vision et une méthode radicalement différentes."

Dans son opuscule pour la Fondation Jean-Jaurès, qui paraîtra en octobre, où il reprend en titre la formule du tribun socialiste, "la démocratie jusqu'au bout", M. Bianco estime d'emblée que le PS "ne possède pas encore de projet novateur et crédible, adapté à la réalité du monde actuel" . Loin d'entretenir l'idée que le rejet de Nicolas Sarkozy suffira à lui ouvrir les portes de l'Elysée, il doit "passer d'un programme catalogue à l'affirmation d'une vision d'avenir, dire précisément ce que chacun aura à gagner d'une victoire de la gauche".

L'ancien ministre veut "partir des individus avec leurs besoins, leurs désirs, leurs craintes, leurs représentations" et "faire du sur-mesure" en respectant "le principe d'égalité" . Récusant l'égalité des chances - "l'égalité sur la ligne de départ ne suffit pas pour aboutir à une égalité réelle" -, il prône d'améliorer les modes de garde et d'adapter les pédagogies aux meilleurs et aux "décrocheurs" . Pour les jeunes qui démarrent, il reprend l'idée d'un "capital de départ, accompagné d'une allocation d'autonomie sous condition de ressources".

Chantre de la démocratie participative, comme M me Royal, M. Bianco juge qu'elle doit inclure "la participation à la décision" . "Il ne s'agit pas de priver les élus de leurs responsabilités, mais d'éclairer et si possible légitimer leurs décisions" , explique-t-il. Il réclame une "évaluation transparente, à tous les étages, des politiques publiques", sous l'autorité du Parlement. Pour "réactiver" la démocratie sociale, l'ancien ministre des affaires sociales veut généraliser la participation de 30 % de représentants élus des salariés dans les conseils de surveillance. Mais il n'évoque pas la place respective de la loi et du contrat.

Le livre fourmille de pistes, souvent novatrices, sur la compétitivité - "trou noir de la pensée socialiste" -, l'égalité fiscale, l' "économie durable" - "il ne s'agit pas de corriger les excès de notre modèle mais bien de changer de modèle" -, l'Europe et le monde. Affirmant que trop de lois sont "déclaratoires, verbeuses, peu utiles et pas évaluées" , il veut "diviser leur nombre par dix" . Faisant de la démocratie décentralisée "l'urgence absolue" , il propose que "la loi nationale puisse être adaptée selon les réalités locales" .

Hanté par la montée de l'abstention, ce partisan du vote obligatoire veut remettre les citoyens dans le coup "en conduisant le changement avec eux" . La démocratie jusqu'au bout a sa part d'utopie.

Michel Noblecourt

Mots-clés : Bianco | démocratie | 2012 |

eZ Publish™ copyright © 1999-2012 eZ Systems AS