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L’analyse de Frédéric DabiI, directeur du département opinion publique de l’Ifop, sur le potentiel électoral du ticket Joly- Duflot.
"La galaxie Verts-Europe Ecologie dispose aujourd’hui d’une vraie dynamique électorale. Avec elle, une cinquième force a émergé à gauche, une force 'antisystème et écologiste', comme le décrit dans son essai (*) le président de l’institut Viavoice, François Miquet-Marty. Cette force incarne aujourd’hui le deuxième parti de la gauche, devant le Front de gauche, qui sert désormais de parti d’appoint. Mais elle souffre d’un déficit d’incarnation en interne. Aucune figure emblématique de l’écologie ne se dégage, comme ce fut longtemps le cas avec le commandant Cousteau, hors des partis politiques.
Les enquêtes de popularité mettent en avant Nicolas Hulot, Corinne Lepage, José Bové ou Daniel Cohn-Bendit. Ce dernier a un vrai capital de sympathie atypique, à gauche comme à droite, dans toutes les catégories sociales. Il n’a pas de points faibles. Il appartient à la mémoire collective du pays. C’est un vrai atout pour la structure Verts- Europe Ecologie, où il joue le rôle de la statue du commandeur. Cécile Duflot et Eva Joly souffrent, elles, d’un important déficit de notoriété, car elles n’occupent pas le champ politique depuis longtemps. Celle d’Eva Joly est indexée au niveau du diplôme: elle est plus connue chez les professions libérales, les cadres supérieurs, etc. Or, pour ces partis qui ne sont pas de gouvernement, la notoriété est indispensable pour percer…
Aucune des deux ne peut aspirer aujourd’hui à des scores importants à la présidentielle. L’option du ticket ne semble pas non plus une bonne idée. Il existe un cas historique qui n’a pas fonctionné: en 1969, lorsque le candidat Gaston Defferre a annoncé Pierre Mendès France comme Premier ministre, et a obtenu tout juste 5 % des voix… Cela va à l’encontre du sens même de cette élection, avec un candidat, un dialogue et le peuple. Je ne vois pas le ticket Joly-Duflot durer jusqu’en 2012. Le but de cette annonce, c’est d’apaiser les tensions, pour peser à gauche et tenter d’obtenir 50 circonscriptions en 2012.
Car le vrai défi de la galaxie écolo reste de clarifier sa position autour de la structure et du projet: Daniel Cohn-Bendit veut ouvrir la maison Europe Ecologie, alors que les Verts sont clairement positionnés à gauche, sans doute plus que leur base électorale. Lors des élections régionales, nous avons ainsi constaté une homologie entre le segment des votants pour les Verts… et celui de François Bayrou. Leur objectif sera aussi d’éviter une guerre des chefs mortifère, comme ce fut le cas au PS. C’est l’archétype de ce que les Français ne veulent pas."
(*) La Guerre des gauches n’aura pas lieu , Fondation Jean-Jaurès, juin 2010.
Propos recueillis par Camille Neveu